jeudi 13 juin 2013

Amnésie du web au profit de la protection du citoyen ?

Face à la prolifération d'opérateurs qui utilisent nos données personnelles, les instances européennes travaillent activement sur des textes visant à demander aux états membres de veiller à une gestion appropriée de ces flux de données. Ainsi le rapport Albrecht préparé depuis 2011 [1] qui vient d'être remis en vue d'une adoption avant fin juin 2013, envisage la destruction et l'anonymisation systématique de tout document public contenant des données personnelles qui ont été collectés une fois le traitement de ces documents effectué. Si, au nom de la protection des données personnelles, l'idée semble émaner d'une bonne intention, une application stricte d'une telle disposition aboutirait sans aucun doute à une amnésie collective. L'association des archiviste de France s'en est ému, (ainsi que d'autres instances archivistiques, généalogistes et de recherche) et fait actuellement circuler une pétition contre un traitement aussi radical.

Cependant, de nombreux amendements risquent de retarder fortement cette échéance. Le point de vue de la CNIL est tout autre [2], jugeant que ces dispositions vont dans le bon sens pour la protection des citoyens et l'harmonisation européenne en la matière et renforce au passage le rôle du Comité Européen de protection des données.

A l'opposé des émois suscités par l'anonymisation généralisée, le bi-mensuel 01net publie dans sa dernière livraison un dossier sur toutes les données personnelles détenues par les géants du net et l'usage commercial qu'ils en font [3].

Ces données sont collectées avec notre accord plus ou moins tacite, selon des conditions générales d'utilisation parfois léonines. Ce ne sont pas tant ces informations parcellaires qui menacent nos libertés individuelles, mais leur enrichissement avec celles collectées par d'autres sites et qui aboutissent à un profilage fin permettant, au moins de recevoir de la part des annonceurs des propositions commerciales ciblées, au pire de rendre public nos moindres faits et gestes (géolocalisation et traçabilité de tous nos déplacements par exemple).

Le G29, groupe des CNIL européennes, semble démuni de moyens concrets, qu'ils fussent techniques ou juridiques pour réglementer et sanctionner les abus des principaux acteurs qui font de cette manne d'informations personnelles un fonds de commerce très juteux.


[1] Antoine Oury. Données personnelles : la recherche perd-elle la mémoire ?   in site Actualitté [en ligne] 07 avril 2013. [consulté le 28 mai 2013]
 
www.actualitte.com/patrimoine/donnees-personnelles-la-recherche-perd-elle-la-memoire-41518.htm

http://www.archivistes.org/IMG/pdf/201301_rapport_albrecht.pdf

[2] www.zdnet.fr/actualites/donnees-privees-l-union-europeenne-dans-la-bonne-direction-pour-la-cnil-39786343.htm

[3] 01 net édité par Next interactive N° 775, du 30/05 au 12/06/2013

"Tout ce que les géants du web savent de vous", pp 38 à 53, dossier coordonné par Amine Meslem. Amélie Charnay, Marc Giroud, JM Manat et alter.

Pour en savoir plus : 

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