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jeudi 19 novembre 2020

Quel est l’impact du premier confinement sur les usages des ressources numériques des bibliothèques territoriales ?

La crise du Covid-19 et le premier confinement ont été des accélérateurs dans le développement numérique des bibliothèques. Deux « enquêtes flashs » menées par le ministère de la Culture en mars et en juin 2020 ont permis de constater une hausse significative des usages des ressources numériques des bibliothèques territoriales. [1]

 
Un pic des usages suivi de l’adaptation des bibliothèques  
 
Sur les 531 réponses d’établissements analysées, 68% des bibliothèques ont constaté une augmentation des consultations de leurs ressources numériques sur le mois de mars. Cette constatation passe tout d’abord par le signalement d’une hausse des inscriptions, impliquant pour une grande majorité la mise en place de nouvelles modalités d’inscriptions afin de répondre à la hausse des demandes d’accès aux ressources en ligne par les usagers. [2]
 
Face à cette augmentation des usages, 25% des bibliothèques ont exprimé l’intention de revoir leur budget à la hausse. 71% des bibliothèques ont choisi d’adapter leur offre numérique : en augmentant le nombre d’usagers autorisés sur leurs ressources par abonnement (43%), ou en augmentant leur catalogue de livres numériques (42%).
 
Des difficultés techniques, organisationnelles et financières
 
Malgré cette adaptation, 58% des bibliothèques rendent compte de difficultés. Pour 37%, ce sont tout d’abord des difficultés financières qui ressortent : pour beaucoup, l’élargissement du service à un plus grand nombre d’utilisateurs se confronte à la problématique d’un budget trop restreint. 
 
Viennent ensuite les difficultés techniques et organisationnelles (30%),  qui se matérialisent par le manque d’agents disponibles, un trop grand nombre de demandes à traiter, ou des difficultés dans les liens avec leurs prestataires : certaines bibliothèques mentionnent les limites de leurs contrats avec leurs éditeurs et l’impossibilité d’en changer les modalités en cours d’année.
 
Enfin, l’enquête fait ressortir la difficulté de certaines bibliothèques dans l’obtention de statistiques permettant d’analyser finement les usages : statistiques gérées au niveau départemental, absence de fourniture statistiques chez des éditeurs. [1]
 
Une deuxième enquête qui confirme la tendance 

Alors que la première enquête s’adressait aux bibliothèques municipales, intercommunales et départementales de taille moyenne, la deuxième enquête s’est adressée aux bibliothèques de taille importante, inscrites dans le dispositif « Bibliothèques numériques de référence » du ministère de la culture. [3]
 
L’analyse des 85 réponses confirme la tendance à l’augmentation des usages des ressources numériques pendant et après la période de confinement. En comparaison avec le mois de février, les mois de mars, avril et mai présentent respectivement des augmentations de 208%, 321% et 162% dans l’usage des ressources. Le moi de juin présente une augmentation de 32%. [4]

Cette deuxième enquête est marquée par une hausse des difficultés rencontrées par les bibliothèques,  en témoigne un différentiel significatif dans l’expression des difficultés financières : 74% contre 37% dans l’enquête du mois de mars. Malgré ces difficultés, les réponses évoquant la nécessité d’un effort budgétaire ont progressé par rapport à la première enquête : seulement 25% des bibliothèques envisageait une augmentation du budget des ressources numériques, alors que fin juin, cette augmentation est prévue ou déjà effective pour 58% des établissements questionnés. [4]

Une nouvelle occurrence de l’enquête est envisagée par le ministère de la culture, et pourrait être réalisée au printemps 2021.

Sources :
 
[1] Ministère de la culture. Enquête flash : Covid-19 : quel impact sur l’offre numérique des bibliothèques territoriales ». Publié en Mars 2020. [En ligne]. Consulté le 19/11/2020. Disponible sur <https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Livre-et-lecture/Actualites/Enquete-l-impact-de-la-crise-sanitaire-Covid-19-sur-l-offre-numerique-des-bibliotheques-des-bibliotheques-territoriales>
 
 [2] JOST, Clémence. Bibliothèques : quel est l'impact du covid-19 sur leur offre numérique ? archimag.com. Publié le 06/04/2020. [En ligne]. Consulté le 19/11/2020. Disponible sur <https://www.archimag.com/bibliotheque-edition/2020/05/20/bibliotheques-covid-19-confinement-deconfinement-abf>
 
 [3] Ministère de la culture. Les Bibliothèques numériques de référence. [En ligne]. Consulté le 19/11/2020. Disponible sur <https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Livre-et-lecture/Bibliotheques/Numerique-et-bibliotheques/Les-Bibliotheques-numeriques-de-reference>
 
[3] Ministère de la culture. Enquête flash (2e édition –juin 2020) La crise sanitaire Covid-19 : quel impact sur l’offre numérique en bibliothèque territoriale ? Consulté le 19/11/2020. Disponible sur <https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Livre-et-lecture/Actualites/Ressources-numeriques-en-bibliotheque-2e-volet-de-l-enquete-sur-l-impact-de-la-crise-sanitaire-Covid-19-sur-l-offre-numerique-des-bibliotheques-d>

lundi 15 janvier 2018

Lire à haute voix restera gratuit

Le bras de fer qui opposait l'ABF à la SCELF sur la gratuité des lectures à voix haute en bibliothèques publiques a probablement connu son épilogue le vendredi 12 janvier 2018 lors de la conférence de presse de la ministre de la Culture Françoise Nyssen.


Depuis 2016, la Société Civile des Editeurs de Langue Française revendiquait auprès des bibliothèques publiques de lui verser des droits sur les lectures à haute voix en s'appuyant sur le code de la propriété intellectuelle L122-4 selon lequel "tout acte de représentation en public est soumis à droit d’auteur". Un barème de 30€ est ainsi imposé même sans billetterie pour toute activité de lecture. Magnanime, la SCELF proposait un perception de droits sur la base d'un forfait annuel de 100€ des bibliothèques qui disposent d'un budget pour leurs animations...

Vendredi 12 janvier, lors de la conférence de presse de la Ministre de la Culture Françoise Nyssen pour la présentation de la Nuit de la Lecture, cette dernière a tranché: "La perception des droits sur les lectures en public, j'y suis opposée."[1]

Dès le début des revendications de la SCELF, l'Association des Bibliothécaires de France s'est opposée à la fin de la gratuité des lectures à voix haute dans les bibliothèques publiques, notamment défendant la sauvegarde de l'heure du conte pour les enfants: " Au nom de leurs missions de service public et de la promotion de de la lecture et en raison des difficultés budgétaires des communes, l'ABF réclame une exonération totale pour ce type d'animations culturelles".[2]

L'ABF a pu compter sur des alliés de poids et inattendus : les auteurs ! "Les lectures publiques proposées par les bibliothécaires comme les libraires sont indispensables aux auteurs. Elles contribuent à faire connaitre les auteurs ainsi que leurs livres. Il n'est donc pas question de grappiller quelques euros à cette occasion" explique le Société des Gens De Lettres (SGDL).[3]

Daniel Pennac, auteur du livre "Comme un roman" dans lequel il établit les droits imprescriptibles du lecteur est remonté: "Il y en a marre de tondre le tondu: cette idée de redevance sur les lectures publiques ne tient compte ni de la réalité, ni des besoins".[4]

L'arbitrage de la Ministre de la Culture arrivera également à calmer l'Education Nationale dont les enseignants s'inquiétaient d'une nouvelle contrainte: " Sur le plan de la philosophie sociétale, le paiement d'un tel droit pose question sur la marchandisation de tout et n'importe quoi".[5]


Sources :

[1] HEURTEMATTE Véronique. La Ministre de la culture opposée à une taxe sur les lectures publiques en bibliothèque, Livres Hebdo,  http://www.livreshebdo.fr/article/la-ministre-de-la-culture-opposee-une-taxe-sur-les-lectures-publiques-en-bibliotheque .13 janvier 2018

[2] Association des Bibliothécaires de France. Communiqué de presse, www.abf.asso.fr, http://www.abf.asso.fr/1/175/636/ABF/communique-suite-au-rendez-vous-du-14-novembre-2016-avec-la-scelf .13 juin 2017

[3] GIRARD Hélène. Pourquoi les auteurs sont sur la même longueur d’onde que les bibliothécaires ? la Gazette.fr, http://www.lagazettedescommunes.com/543852/lectures-en-public-pourquoi-les-auteurs-sont-sur-la-meme-longueur-donde-que-les-bibliothecaires/ .10 janvier 2018

 [4] GARY Nicolas. Daniel Pennac: faire payer la lecture publique, c’est non, Actua Litté.com, https://www.actualitte.com/article/monde-edition/daniel-pennac-faire-payer-la-lecture-publique-c-est-non/86701 .11 janvier 2018


[5] OURY Antoine. La taxe sur la lecture publique pourrait-elle s’appliquer aux écoles ? Actua Litté.com, https://www.actualitte.com/article/monde-edition/la-taxe-sur-la-lecture-publique-pourrait-elle-s-appliquer-aux-ecoles/86718 .12 janvier 2018