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jeudi 13 mai 2021

Où le régulateur, voulant sauver la planète grâce à la finance, favorisera la numérisation de l'économie

Ces dernières années, la réglementation a été un levier de premier choix pour pousser les entreprises à franchir le tournant numérique. Si le règlement européen sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) a pour but de proposer un label écologique aux investisseurs, elle pourrait accélérer indirectement la tranformation numérique des entreprises en faisant des institutions financières de nouveaux intermédiaires de cette transformation.

Opérations à distance, analyses des marchés, trading à hautes fréquences, le secteur financier a toujours eu de l’appétence pour les données massives. Mais depuis quelques années les organismes de surveillance des marchés les obligent à produire et transmettre un certain nombre de données, dans un but qui dépasse le cadre de la poursuite du gain ou de l'efficacité opérationnelle. Des institutions de surveillance, telle l'Autorité des Marchés Financiers, réclament elles aussi leur part d'informations. 

Ainsi l'AMF reçoit à elle seule plus d'un terabit de données par mois [1], soit plus d'une centaine de millions de lignes, en provenance des rapports des établissements financiers français. La plateforme ICY [2] mise en place en 2018 par l'Autorité, pour l'aider à la lutte contre la fraude, les escroqueries, le financement du terrorisme. Si les institutions financières sont les premières de cordée pour l'adoption de l'intelligence artificielle [3], elles concentrent, la majorité de leurs dépenses en TICs dans une perspective anti-blanchiment et Know Your Customer [4], afin d'éviter d'être rendues complices d'éventuelles malversations.

Dans ce même esprit reporting, le 10 mars 2021, la loi SFDR [5] est entrée en application. Elle-même s'inscrit d'ailleurs dans la politique de l'OCDE [6] en matière de transition écologique et pourrait avoir des implications qui transcendent le champ d'application du secteur financier. Cette loi obligera les organismes financiers mentionnant la finance durable dans leurs communications à justifier la traçabilité de leurs instruments, l'utilisation précise des investissements qui en sont issus par des bénéficiaires dont les activités devront dorénavant  être passées à la loupe. 

Cette mesure de transparence doit permettre au consommateur européen d'être mieux informé de l'utilisation de son épargne et limiter le green washing. Plus qu'un simple argument marketing accompagnant les documents et contrats de leur clientèle d'épargnants, la régulation devrait prévoir un certain nombre d'avantages fiscaux aux détenteurs du précieux sésame si elle suivait, à terme, les recommandations de l'OCDE. L'article 4 de la loi obligera aussi les organismes financiers à faire figurer la mention de l'absence du "label" finance durable lorsqu'elles ne souscriront pas aux exigences de reporting inscrites dans la législation.

Ces reportings, dont les modèles sont inspirés un corpus de formats européens [7] et internationaux [8], nécessitent un certain nombre de données de type Know Your Customer. Les banques seront donc poussées [9] à réclamer des informations,  dont la liste n'est pas encore totalement arrêtée [10], mais très conséquentes, aux entreprises émettrices des actions composant leurs supports d’investissements estampillés "finance durable" ou "écolabel" avant d'accepter de les y inclure. Ces informations transmises sous forme de données détaillés [11] sur leurs activités ne devraient pouvoir être délivrées que dans la mesure où elles ne soient capables de les leur fournir, grâce à un système d'information suffisamment développé et intégré à leurs processus de production.

C'est donc par des avantages en terme de financement que les entreprises pourraient être encouragées à la fois à adopter  une démarche écologique [12] et à se doter des moyens de fournir les informations réclamées par les banques. Le projet de loi actuellement en discussion au Sénat "Climat et résilience" devrait avoir un impact potentiel similaire [13]. 

Si les avantages et pénalités (non) prévus aux règlements sont loin d'être suffisants pour engager l'économie vers un tournant écologique, la création même de ces taxonomies et leur implémentation très progressive dans les secteurs concernés laissent planer la possibilité d'un revirement réglementaire plus engageant, voir coercitif. Il s'agit donc d'un sujet à surveiller de près dans les prochaines années.

mardi 22 décembre 2020

L’émergence d’applications écologiques de la blockchain démontrée par Suez

Suez, multinationale de la gestion de l’eau et des déchets a annoncé le 22 septembre [1] le lancement d’une blockchain de l’économie circulaire garantissant la traçabilité des boues valorisées dans les stations d’épuration. A travers cette annonce, loin d’être anodine, Suez démontre la percée de cette technologie en dehors du secteur bancaire et d’initiatives collectives à petite échelle. 

Anticiper l’application de la loi Economie Circulaire

Le but de ce déploiement ? Garantir aux agriculteurs une ressource sûre pour remplacer les intrants chimiques et encourager l’utilisation de ressources recyclées pour l’épandage des sols agricoles. Diane Galbe, directrice générale adjointe de Suez : 

“Nous récupérons sur les stations d'épuration du phosphore et le recyclons sous la forme d'un engrais, qui se substitue aux phosphates minéraux. […] Grâce à la blockchain, la traçabilité des matières fertilisantes est désormais 100% sécurisée et valorisée. Première technologique proposée sur ce secteur, la solution permet de rassurer les producteurs de boues par une plus grande maîtrise de la gestion de leur filière de valorisation agricole.” [1]

Avec CircularChain, Suez anticipe la loi Economie Circulaire votée le 12 février 2020 qui prévoit d’augmenter les contraintes concernant les boues valorisées pour les terres agricoles. Mais, au delà de cette application pour les agriculteurs, cette annonce tend à montrer que de nouveaux secteurs s’approprient la technologie, amorçant alors sa démocratisation annoncée depuis 2015 [2]. Et parmi ses applications, on en trouve de plus en plus d’ordre écologique, alors que la blockchain a pu rencontrer beaucoup de critiques sur sa consommation énergétique. Comment expliquer cette transition écologique de la blockchain depuis le lancement du Bitcoin en 2009 ?


Histoire de la blockchain, sujet de mode, d’espoirs… et de controverses 

C’est en 2015, lorsque The Economist s’intéresse à la blockchain, que le terme atteint un pic de notoriété. En couverture, le journal la renomme « machine à créer de la confiance ». Il prédit même que « la technologie derrière le Bitcoin pourrait changer le monde ». A la suite de cette publication, le sujet suscite une grande curiosité et l’ensemble des rédactions s’y intéresse pour relayer l’article. Le sujet est désormais partout et soulève l’intérêt du grand public. Elle reste cependant une promesse technologique qu’il faut encore développer, les acteurs devant s’en saisir pour exploiter ses capacités et l’appliquer à leurs domaines. [2] 

Si la technologie tient en elle tant d’espoir, c’est qu’elle promet une décentralisation des opérations, de ne plus avoir besoin de passer par un organisme tiers, envisageant la continuité du monde promis par Internet : disparition des intermédiaires, autonomie des individus et autorégulation libératrice. Et les chiffres rapportés par l’IDC (International Data Corporation) vont dans ce sens : les dépenses mondiales dans les solutions blockchain s’élève à 2,9 milliards de dollars en 2019, soit une croissance de 88,7% par rapport à 2018. Et on l’estime à 4,3 milliards de dollars pour 2020. [3]

Le coût environnemental du Bitcoin, mauvaise presse pour la blockchain

Mais rapidement, une notion centrale de la blockchain suscite la controverse : le protocole Proof-of-Work (PoW), utilisée notamment par la blockchain Bitcoin. Cette étape de contrôle des blocs de transaction met en compétition des « mineurs », garants de l’intégrité du système qui rivalisent de puissance de calcul pour trouver la « preuve » permettant la validation du bloc afin de remporter une récompense en bitcoin. Cette surenchère technologique, toujours plus gourmande en énergie, engendre une course à la puissance pour s’assurer de remporter la récompense. Ce qui fait que la dépense énergétique est consubstantielle au Bitcoin [4], mais pas nécessairement pour la blockchain. Même si aux yeux du grand public, les deux restent associés. Cette dépense énergétique demeure cependant relative. En effet, des études (dont celle de Bitmex du 15 septembre 2017) viennent montrer que les mineurs se tournent majoritairement vers des énergies renouvelables et sous-exploitées : 

« une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées (car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau).» [5]

Si le PoW demande une énergie toujours plus importante, d’autres protocoles moins gourmands existent, dont le Proof-of-Stake [6] qui est souvent préféré pour cette raison. 


Les premières applications écologiques de la blockchain 

En parallèle des cryptomonnaies, des initiatives collectives apparaissent peu à peu sur des projets de moindre envergure pour appliquer la blockchain dans le secteur de l’énergie et de l’écologie, voyant dans ce registre de confiance partagée une opportunité pour développer des projets de valorisation énergétique. Ouvrant alors la voie à l’exploitation écologique de la blockchain comme a pu le faire Brooklyn Microgrid (pour l’auto-gestion de la consommation photovoltaïque collective d’un quartier), un exemple souvent cité. [7] 

Si les montants des investissements des grandes sociétés dans la blockchain sont importants et qu’ils rencontrent une croissance fulgurante, on estimait en 2016 que pour les grands acteurs du secteur de l’énergie, elle serait encore longue à se déployer. Pour les entreprises bancaires, l’enjeu et les opportunités à se lancer étaient évidents, pour les autres, peut-être un peu moins. [7]  


2020, l’âge de la maturité ?

Après quelques années, le déploiement et les applications de la technologie pénètrent finalement ce secteur d’activité avec l’initiative de Suez, démontrant que la blockchain s’insère progressivement dans de nouveaux domaines. Ce projet fait figure de test pour le géant de l’eau et des déchets, qui compte poursuivre cette dynamique et développer prochainement une technologie similaire pour la traçabilité des déchets dangereux, qui constituent un volume annuel et des enjeux bien plus importants. En se lançant dans ce domaine, il pourrait être la locomotive de toute une filière et ainsi amorcer une révolution dans la gestion des déchets. Une baisse des investissements dans la blockchain ne devrait donc pas arriver avant un moment et pourrait même s’étendre à de nouveaux marchés. 


Sources : 

[1] HECKETSWEILER Tiphaine. SUEZ lance CircularChain, la blockchain de l’économie circulaire. Publié le 22/09/2020. Disponible en ligne. suez.fr [consulté le 05/12/2020] : https://www.suez.com/fr/actualites/communiques-de-presse/suez-lance-circularchain-blockchain-economie-circulaire-et-accompagne-la-transition-agricole-clef-de-voute-alimentation-durable

[2] LELOUP Laurent. Blockchain, la révolution de la confiance. Publié le 17/02/2017. Disponible en ligne. books.google.fr [consulté le 05/12/2020] :  https://books.google.fr/books/about/Blockchain.html?id=1t8fDgAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false   

[3] IDC. IDC Reports Worldwide Blockchain Spending to Slow Down to US$ 4.3 Billion in 2020. Publié le 22/06/2020. Disponible en ligne. idc.com [consulté le 19/12/2020] : https://www.idc.com/getdoc.jsp?containerId=prAP46625520

[4] RODRIGUES David. Blockchain et transition énergétique : une cohabitation impossible ? Publié le 16/09/2019. Disponible en ligne. environnement-magazine.fr [consulté le 19/12/2020] https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2019/09/16/125867/tribune-blockchain-transition-energetique-une-cohabitation-impossible

[5] JEANNEAU Clément. Impact écologique des blockchains et cryptomonnaies : idées reçues et réalités. Publié le 02/02/2019. blockchainpartner.fr [consulté le 19/12/2020] :     

[6] COMITOGIANNI Kevin. Proof-of-Work vs Proof-of-Stake. Publié le 19/10/2020. Disponible en ligne. crytonaute.fr [consulté le 15/12/2020] : https://cryptonaute.fr/proof-of-work-vs-proof-of-stake/

[7] LAURENT Anthony. Blockchain, 15 projets dans l’énergie. Publié le 08/02/2017. Disponible en ligne. environnement-magazine.fr  [consulté le 15/12/2020] : https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2017/02/08/48996/blockchain-15-projets-dans-energie

vendredi 20 novembre 2020

Numérique Responsable : lancement de la plateforme Planet Tech'Care

Sous l'impulsion du Conseil National du Numérique (CNN), l'organisation professionnelle Syntec Numérique avec dix autres partenaires, ont lancé la plateforme Planet Tech'Care pour accompagner les entreprises et les acteurs de la profession souhaitant conduire une transition numérique responsable. Quelle est la motivation qui pousse les acteurs du secteur à se fédérer autour d'un manifeste et quel est le contexte dans lequel émerge cette plateforme ?

Le lancement de la plateforme Planet Tech'Care annoncé lors du colloque "Numérique et environnement" s'est déroulé le 8 octobre 2020 à Paris Bercy. Le colloque a été organisé conjointement par le Ministère de la Transition écologique, le Ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance et le Secrétariat d’État en charge de la Transition numérique et des Communications électroniques. Cet événement a été l'occasion de rappeler les problématiques rattachées à la transformation accélérée du numérique que maintes entreprises et particuliers prennent en main dans le contexte social et professionnel dû à la crise sanitaire de la Covid-19.

Lors de l'édition de 2018 du même colloque se ressentait cette volonté d'allier la transformation numérique et la transition écologique des entreprises et des acteurs du secteur en France. Cette veine de conciliation vers un usage du numérique responsable a été mis en avant dans l'édition de 2020, pour diminuer l'impact négatif que peut avoir la transition numérique sur l'environnement car, comme l'évoque Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project : « Le numérique tel qu’il est aujourd’hui n’est absolument pas durable » [1].

Pour expliquer cette prise de conscience, il faut citer le rapport publié en 2019 par GreenIT.fr [2] qui a présenté le taux d'émission de gaz à effet de serre pour le secteur numérique qui s'élève à 3%. Comme élément de comparaison nous pouvons rappeler que ce pourcentage se rapproche de celui produit par le secteur de l'aéronautique. L'étude de GreenIT.fr a mis l'accent sur l'aspect polluant du numérique et a indiqué des efforts à mener de la part des producteurs et des consommateurs. Ce qui a été remis en cause dans cette étude mondiale est l'obsolescence programmée des objets comme les tablettes, smartphones, ordinateurs, chargeurs etc. et les combustibles utilisés pour leur fabrication. Des techniques plus vertes ont été proposées pour répondre aux besoins des professionnels du numérique, comme des data-center écologiques et un usage plus globalisé des services cloud. Ce changement dans la production des équipements numériques trouve un appui dans la politique du gouvernement français qui veut soutenir financièrement les filières de la réparation, de la seconde main et du réemploi du numérique, en engageant un montant de 21 millions d'euros au sein du Plan de relance [3].

Dans ce contexte émergeant de transformation des usages du numérique de la part des particuliers et des professionnels, la plateforme Planet Tech'Care vise à accompagner les entreprises et les professionnels de la formation du secteur à mesurer et réduire leur empreinte dans l'environnement. Un manifeste [4] explicite les actions visées par le acteurs qui s'y engagent, lesquels bénéficient d'un accès à un réseau de professionnels, fournisseurs de services et de solutions spécialisés dans l’accompagnement RSE des entreprises.

Veronique Torner, administratrice de Syntec Numérique et cofondatrice et coprésidente chez Alter Way, met l'accent sur l'impact que la crise de la Covid-19 a eu dans les liens sociaux dans un contexte de confinement et de distanciation tout comme pour le suivi professionnel des entreprises et les facilités que les instruments collaboratifs numériques permettent dans ce sens. Les 100 entreprises de petite et grande taille qui ont rejoint cette plateforme de septembre à octobre et se sont fédérées autour de la problématique du numérique responsable. Les acteurs de la plateforme s'intéressent à développer des correspondants dans chaque pays européen, pour permettre une profusion plus large de l'initiative. Veronique Torner s'exprime ainsi : « Si nous arrivons à avoir des " Planet Tech’Care " dans tous les pays d’Europe, il sera beaucoup plus facile de fédérer les " communs numériques " (open source, base de données… ndlr) qui permettront d’agir à grand échelle »[5].

L'initiative de Syntec numérique démontre une volonté de mobiliser les acteurs du secteur généralisé car un usage responsable du numérique peut favoriser une transition écologique. Au delà de fédérer les acteurs du secteur, les contributeurs de Planet Tech'Care envisagent un discours normatif fondé sur des données certifiées : un bilan des actions de la plateforme est donc prévu pour la rentrée 2021[6], pour comprendre quelles actions ont un réel impact dans la transition écologique.

 

Sources

[1] Marcellin, Dorian. Numérique et environnement : les deux transitions majeures sont-elles conciliables? En ligne sur alliancy.fr. Publié le 9 octobre 2020 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.alliancy.fr/numerique-environnement-transitions-majeures

[2] Bordage, Frédéric. Empreinte environnementale du numérique mondial. Rapport de GreenIT.fr, publié en 2019 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2019/10/2019-10-GREENIT-etude_EENM-rapport-accessible.VF_.pdf>

[3] Duval, Loïc. Planet Tech'Care. Le numérique se soucie enfin de ses impacts environnementaux. En ligne sur informatiquenews.com. Publié le 8 octobre 2020 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.informatiquenews.fr/planet-techcare-le-numerique-se-soucie-enfin-de-ses-impacts-environnementaux-73735>


[4] Manifeste de Planet Tech'Care par Syntec Numérique. Publié le 8 octobre 2020 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.planet-techcare.green/manifeste/>

[5] Marcellin, Dorian. Véronique Torner (Syntec Numérique) : « On voit naître un élan collaboratif, qui dépasse les seules fonctions RSE ». En ligne sur le site alliancy.fr. Publié le 13 octobre 2020 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.alliancy.fr/veronique-torner-syntec-numerique-planet-tech-care>

[6] Arène, Véronique. Planet Tech'Care : Une plateforme sur les enjeux environnementaux du numérique. En ligne sur lemondeinformatique.fr. Publié le 9 octobre 2020 : [consulté le 14 novembre 2020] <https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-planet-tech-care-une-plateforme-sur-les-enjeux-environnementaux-du-numerique-80652.html>

lundi 16 novembre 2020

Vers un affichage dynamique éco-responsable

Au mois de  mars 2020, la startup Ecodisplay recevait le label « GreenTech Innovation »[1] dans la catégorie « Efficacité énergétique ». En juin 2020, la startup INKcoming réalisait une deuxième levée de fonds.[2] Leur objectif commun : développer un affichage dynamique éco-responsable. Comment relever ce challenge ?

 

L’affichage dynamique : un dispositif énergivore   

L’affichage dynamique est un outil digital utilisé pour la communication interne en entreprise visant à remplacer l’affichage papier traditionnel. Il permet d’informer les collaborateurs, et les visiteurs, par l’intermédiaire d’écrans placés dans les locaux professionnels (espaces partagés, salles de réunion, accueil…).[3] Il est ainsi possible de diffuser des notes de service, des messages d’accueil, des communications de résultats économiques, financiers… en temps réel.[1] L’affichage dynamique sert également à la signalétique interne ou encore pour afficher des messages d’urgence. Via une gestion centralisée, le contenu affiché sur les écrans peut être mis à jour de façon simplifiée. Les informations ainsi diffusées attirent davantage l’attention de leur public.[3]

Des offres de dispositifs d’affichage dynamique existent déjà sur le marché. Ces solutions utilisent généralement des écrans LCD ou LED qui fonctionnent environ 12 heures par jour. Ces dispositifs sont énergivores.[2] De plus, les écrans LED classiquement utilisés pour l’affichage dynamique peuvent avoir un impact sur la santé des collaborateurs et du public. Selon l’ANSES, qui a publié un avis en avril 2019 [4], les LED peuvent avoir des effets négatifs sur la santé humaine et sur l’environnement. Sont notamment relevés les effets toxiques de la lumière bleue produite par les LED sur la rétine, ainsi que la perturbation de l’horloge biologique.  

Alors que de nombreuses entreprises s’engagent dans une démarche RSE, quelle solution ces deux startups proposent-elles pour relever le défi de l’éco-responsabilité ? : la mise en place d’écrans utilisant la technologie du papier numérique.

Le papier numérique (ou epaper, encre électronique) : de quoi s’agit-il ?

Cette technologie, reposant initialement sur un affichage en noir et blanc, est principalement connue comme celle utilisée dans les liseuses. Mais elle est également utilisée pour les étiquettes de signalétique.[5]

Ces écrans reproduisent l’effet du papier et offrent une clarté d’affichage élevée, sans rétroéclairage.[5] Le papier numérique est réflectif et utilise la lumière ambiante de manière analogue au papier classique[2]. Au-delà du confort visuel, cette technologie présente une caractéristique importante : elle ne consomme de l’énergie que lorsque l’image affichée est mise à jour [5]. Lorsqu'une image statique est affichée, aucune énergie n’est consommée.  Le papier numérique est connecté afin de permettre les mises à jour instantanées.[2]

En 2020, le marché du papier numérique est boosté par des innovations technologiques récentes. La taille des écrans a augmenté de manière significative au cours de ces dernières années, dépassant dorénavant les 13 pouces [2] ce qui ouvre le champ à de nouvelles utilisations pour l’affichage dynamique. De plus, cette technologie permet aujourd’hui de produire des écrans permettant l’affichage couleur. En 2019, E Ink a lancé un écran couleur de 26 pouces et compte en produire 10 fois plus en 2020.[7] Malgré la crise économique actuelle, le société E Ink Holdings, leader mondial du marché du papier numérique, a connu au cours du premier trimestre une augmentation de ses résultats de 80% par rapport au premier trimestre 2019.[6] 

Les offres d’Ecodisplay et d’Inkcoming 

Ces deux startups proposent des applications logicielles d’affichage dynamique, notamment pour la communication interne, et des écrans connectés sans fil sur batterie pour le matériel.[8][9]

Les écrans basés sur la technologie du papier numérique proposés par Ecodisplay (disponibles en janvier 2021), d’une taille de 32 pouces, ont une consommation énergétique particulièrement faible : ils consomment 100 fois moins d’énergie que les écrans LED ou LCD. Ainsi, une économie significative de 0,8 t de CO2 est réalisée sur le cycle de vie d’un écran.[1] INKcoming annonce une consommation analogue pour ses écrans.[2]


Ces offres sont récentes. La volonté des entreprises de s’investir dans une démarche éco-responsable est d’actualité, le secteur matériel du papier numérique est en pleine évolution. Cette proposition technique sera-t-elle suffisamment accessible économiquement pour permettre à ces deux startups de s’imposer face à leurs concurrents classiques du marché de l’affichage dynamique destiné à la communication interne ?


Sources :

[1] MAROUANI, Jacques. Des écrans qui consomment 100 fois moins d’énergie que les Led ou les LCD. ElectroniqueS, novembre 2020, n°120, p.26. [En ligne]. [Consulté le 05 novembre 2020]. < http://www.electroniques.biz/index.php/news/itemlist/category/29-revue-electroniques >

[2] LOVENS, Pierre-François. INKcoming, start-up spécialisée dans l’affichage électronique responsable, boucle une deuxième levée de fonds. lalibre.be. [En ligne]. Publié le 26 juin 2020 Mis à jour le 06 juillet 2020. [Consulté le 31 octobre 2020]. < https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/avec-inkcoming-l-affichage-devient-ecoresponsable-5ef469ba7b50a66a59bf2742 >  

[3] Digi-Solution. Qu’est-ce que l’affichage dynamique ?. digi-solution.fr. [En ligne]. Mis à jour le 21 septembre 2019. [Consulté le 11 novembre 2020]. < https://www.digi-solution.fr/affichage-dynamique-fonctionnement-avantages >

[4] Anses. Effets sur la santé humaine et sur l’environnement (faune et flore) des diodes électroluminescentes (LED). Anses.fr. [En ligne]. Mis à jour en avril 2019. [Consulté le 07 novembre 2020]. < https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2014SA0253Ra.pdf

[5] E-Ink-info. Introduction - What is E Ink and E-Paper?. e-ink_info.com. [En ligne]. Mis à jour le 16 septembre 2019. [Consulté le 06 novembre 2020]. < https://www.e-ink-info.com/introduction >

[6] PARZONKO, Karolina. Le papier électronique gagne en popularité. lettresnumeriques.be. [En ligne]. Publié le 21 août 2020. [Consulté le 07 novembre 2020]. < http://www.lettresnumeriques.be/2020/08/21/le-papier-electronique-gagne-en-popularite >

[7] MERTENS, Ron. E Ink's color e-paper display production lines are running at full capacity. e-ink_info.com. [En ligne]. Publié le 22 juin 2020. [Consulté le 06 novembre 2020]. < https://www.e-ink-info.com/e-inks-color-e-paper-display-production-lines-are-running-full-capacity >

[8] Ecodisplay. Accueil. Ecodisplay.fr. [En ligne]. Mis à jour le 29 septembre 2020. [Consulté le 03 novembre 2020]. < https://www.ecodisplay.fr >

[9] INKcoming. Home. Inkcoming.com. [En ligne]. Mis à jour le 24 septembre 2020. [Consulté le 31 octobre 2020]. < https://www.inkcoming.com/fr >