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samedi 5 septembre 2020

Contrôle Scientifique et Technique sur les projets de dématérialisation : réalité terrain et témoignage d’expert

Les Archives départementales (AD) de Seine-et-Marne (à Dammarie-les-Lys) s’appliquent à relever les défis du numérique pour garantir l’efficacité de la collecte de demain auprès des structures sur lesquelles elles exercent le Contrôle Scientifique et Technique (CST). Qu’en est-il des démarches et des moyens actuellement déployés au sein de la collectivité territoriale ? Explications de Pauline Antonini, sous-directrice du pôle Contrôle, collecte et traitement des fonds.

Rôle des Archives départementales sur la dématérialisation

« Le rôle des AD sur les archives nativement numériques est le même que pour le papier mais la procédure diffère » explique Pauline Antonini, chartiste, conservatrice du patrimoine et sous-directrice de trois services depuis 2014 :

- Archives administratives, judiciaires et pénitentiaires ;
- Iconographie, archives privées et publications ;
- Archives notariales, communales et intercommunales.

Au même titre que pour le papier, les Archives départementales exercent leur mission régalienne en contrôlant, conseillant et accompagnant les administrations qui entreprennent une démarche de dématérialisation et ont pour obligation de verser leurs archives définitives.

L’objectif est de maîtriser les flux numériques pour qu’à terme les AD puissent récupérer des données nativement numériques répondant aux exigences techniques et assurer leur conservation pour les générations à venir.

Les avantages de la dématérialisation

Malgré la présence encore importante du papier pour nos besoins perpétuels en documentation, la e-administration poursuit son développement grâce à la dématérialisation offrant de nombreux avantages opérationnels et matériels ; elle conforte la possibilité d’une réponse à l’enjeu du stockage physique des archives : avec la « dématérialisation croissante des processus administratifs » [1], les données tendent à concurrencer le papier sur plusieurs critères.

Pauline Antonini précise : « en plus de permettre un gain de place, la dématérialisation offre l’excellent avantage d’éviter la démultiplication de bouts de dossiers et de constituer un dossier unique accessible à tous, un réel avantage pour la fluidité du travail ».

Le terme dématérialisation se définit ainsi : transformation de document papier en traitement numérique, soit par le biais d’une opération de numérisation, soit par la révision des processus de production et de gestion de l’information [2].

Les ressources internes

Un poste est dédié à la dématérialisation au sein du service des archives administratives, judiciaires et pénitentiaires. L’archiviste ici, exerce un rôle de veille, de contrôle, d’accompagnement des services. Ce travail collaboratif nécessite parfois l’intervention de plusieurs archivistes, en raison notamment de l'émergence de nouvelles obligations réglementaires de dématérialisation (des marchés publics, des factures) et proportionnellement aux avantages que ces projets apportent une fois mis en place.

Au sein des Archives du département de la Seine-et-Marne, le service mission SIA/SAE a été créé pour s’occuper du logiciel interne (Système d’Information Archivistique) et du Système d’Archivage Electronique (SAE). Ce dernier est en cours d’étude depuis plusieurs années mais il n’est pas implanté à l’heure actuelle. L’informaticien du service accompagne les archivistes sur les questions techniques.

« C’est notre regard couplé qui permettra de répondre au plus juste aux administrations qui nous sollicitent » exprime Pauline Antonini.

L'usage de SAE dans les départements

Certains départements mutualisent leur SAE avec des métropoles ou des communautés d’agglomération principalement en raison des coûts d’une telle solution.

D’après le rapport de Christine Nougaret (ex vice-présidente du Conseil supérieur des Archives en 2017), à Madame Audrey Azoulay (ex ministre de la Culture et de la Communication), si « [...] plus de la moitié des archives départementales disposent désormais d’un SAE, une minorité de ces services l’utilisent à ce jour, faute de flux d’archives définitives à prendre en charge. » [1, p. 10]

La masse des flux progressant de façon exponentielle, comment expliquer cela ? Le phénomène proviendrait-il de leur niveau d’« archivabilité », de leur capacité technique à être transféré, classé et lisible sur le long terme ?

Avant de mettre en place un SAE, il convient en amont de contrôler les données et métadonnées qui y seront déposées, de s’assurer de leur conformité, de pouvoir garantir leur intégrité pendant toute la durée de leur conservation et de pouvoir répondre aux exigences d’interopérabilité entre les différentes solutions techniques de gestion et d’archivage en vue de garantir les futurs versements entre les services versants et les Archives départementales dans les meilleurs conditions.

Exercer le CST en amont de la dématérialisation

« La collecte est la mission essentielle des services d’archives » ([1] p.16) et pour la mener à bien, il convient de l’anticiper au mieux.

Dès lors, la démarche des AD prend tout son sens précise Pauline Antonini :
« intervenir en amont de la dématérialisation, quand les archives ne sont pas encore produites ; apporter des conseils pour cadrer les projets et s’assurer que les archives soient produites selon les normes en vigueur et puissent être versées chez nous, dans un futur potentiel grâce à un interfaçage entre les logiciels de Gestion Electronique de Documents (GED) des administrations et notre (futur) SAE. » 

Afin de garantir une collecte et une conservation durable, fiable et intègre des données numériques, les AD prennent part et opèrent, à la genèse des projets, en apportant une aide à la prise de décisions auprès des administrations, en les accompagnant au plus près (en participant aux groupes de travail) et en apportant des préconisations afin d’éviter certains écueils. Cette démarche se matérialise par des comptes rendus, des notes, des documents de référence et des ressources relatifs au cadre normatif et technique de la dématérialisation, communiqués aux administrations qui en font la demande. Les AD de Seine-et-Marne proposent et mettent à profit le Vademecum du SIAF qui sert également de grille d’évaluation pour le suivi des projets.

En pratique, les équipes des AD vont sur place et participent aux réunions de réflexion. Elles rappellent aux administrations les durées légales de conservation des informations (à l’appui des circulaires du Service Interministériel des Archives de France (SIAF) et de tableaux de gestion), elles signalent les formats de fichiers préconisés par la norme NF Z42-013 [3] , elles recommandent d’établir des plans de classement ; puis les services producteurs évaluent les documents à intégrer dans une GED, leur degré d’importance afin d’être conservés pour des raisons parfois vitales, comme cela peut être le cas pour les dossiers sensibles d’aide sociale à l’enfance (l’un des projets les plus importants en cours de traitement) et dont la portée des informations reposent sur des critères et des enjeux juridiques conséquents, témoigne Pauline Antonini.

Les défis à relever au quotidien

Pauline Antonini explique : « nous sommes là en regard extérieur ; souvent les gens pensent que c’est nous personnellement qui donnons ces préconisations alors qu’en fait nous faisons référence à un cadre réglementaire. Nous ne sommes pas toujours entendus et suivis. »

En effet, après toutes les préconisations communiquées par les AD, comme pour le papier les services producteurs sont responsables de la continuité et de la progression de leurs projets. Par conséquent libres à eux de s’y conformer. Dans certains cas de figure, ils cessent parfois toute communication, ce qui rend difficile le recueil d’informations sur le fonctionnement des flux numériques pour certains projets.

Même si les exigences générées par la dématérialisation ne sont pas toujours respectées, il est important pour les AD d’avoir un retour sur le développement et la finalité des projets afin de comprendre la réalité terrain et d’envisager de possibles améliorations.

Comme pour le papier

Comme pour le papier, les administrations peuvent contacter les AD pour leur soumettre leurs interrogations [4]. Les équipes sont présentes pour leur apporter conseil.

Pauline Antonini ajoute : « nous ne sommes pas très connus et encore moins pour les projets de dématérialisation. Au quotidien, il s’agit d’un travail répétitif de pédagogie, de sensibilisation. »

Comme pour le papier, les problématiques restent les mêmes« la dématérialisation, c’est l’avenir du métier mais en soit c’est le même métier. Tous les problèmes qui sont dans le papier, s’ils ne sont pas résolus, on les retrouvera dans le numérique. Le papier et le numérique sont indissociables » conclut Pauline Antonini.

En général, les interrogations sur la gestion et la conservation des archives demeurent les mêmes quel que soit le support. Mais c’est justement le « support » qui fait la différence. Aujourd’hui pour le numérique nous ne disposons pas du recul ancestral que nous observons avec le papier.

Contrairement au CST sur les archives au format papier, les Archives départementales de Seine-et-Marne agissent en amont de la création et de la collecte des données d’archives. Cette étape d’anticipation et de sensibilisation est une démarche qualité décisive et nécessaire pour maîtriser l’archivage à venir des flux numériques. Ces principes sont également recommandés par les normes de records management (AFNOR, NF ISO 15 489 et la série NF ISO 30 300).

Les AD de Seine-et-Marne sont une représentation terrain locale. Parallèlement et en d’autres points, les situations et les moyens diffèrent et apportent d’autres modèles d’observation, telles les Archives fédérales suisses imposant aux administrations de verser leur archives conformément aux directives qu’elles ont établies, disponibles sur leur site internet [5]. Elles ont ainsi développé différentes solutions logicielles proposées en téléchargement aux services versants pour pallier aux exigences techniques du transfert des flux de données.

Merci à Pauline Antonini pour sa disponibilité et son professionnalisme.

Sources :

[1] Madame Christine Nougaret, Rapport à Madame Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication, Une stratégie nationale pour la collecte et l’accès aux archives publiques à l'ère numérique, 2017, 53 pages, [en ligne]. Consulté le 5 septembre 2020 sur le site web du Service Interministériel des Archives de France : https://francearchives.fr/file/b0d6555950508ab637adb10ece33d381644d6d37/2017_03_24_RAPPORT_DEFINITIF_NOUGARET.compressed.pdf

[2] Association des archivistes français, Abrégé d’Archivistique, principes et pratiques du métier d’archiviste, AAF, 4è édition, refondue et augmentée, 2020.

[3] AFNOR, Archivage électronique, NF Z 42-013, mai 2019, page 72.

[4] Archives départementales de Seine-et-Marne, Espace Pro. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://archives.seine-et-marne.fr/espace-pro

[5] Archives fédérales suisses, Archivage, Versements numériques. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://www.bar.admin.ch/bar/fr/home/archivage/versement-de-documents/documents-numeriques.html

jeudi 19 décembre 2019

Ecologie numérique : les data, une consommation énergétique

Le magazine Archimag a mené une étude sur la consommation d'énergie par les data. Il note que les activités sur internet consomme de plus en plus d'électricité et que les données que nous produisons par des data centers sont particulièrement énergivores. "A l'échelle européenne, un code de bonne conduite incite les professionnels à mieux dimensionner leurs centres de données." [1] 


Internet consomme beaucoup d’électricité. En effet, les données que nous créons et nous transmettons consomme de l'énergie et contribuent largement à la dégradation de notre écosystème. Selon l'organisation non gouvernementale Greenpeace  : "Si internet était un pays, il serait classé dans le top cinq des plus gros consommateurs mondiaux d'électricité." Selon d'autres associations, "internet pourrait même se hisser à la troisième place des puissances énergivores avec 1500 TWH par an, derrière la Chine et les Etas-Unis." [2]
Archimag a cité l'exemple de la vidéo de la chanson coréenne Gagnam style visionnée 3,4 de fois sur YouTube qui a généré une demande d'électricité équivalente à la consommation annuelle d'une petite centrale. Il faut noter également que à l'heure du triomphe de Netflix et des autres plateformes de visionnage en ligne, notre consommation d'électricité n'est pas près de baisser. 
Aussi, les courriels que nous envoyons chaque jours enrichis de pièces jointes volumineuses et des data centers qui hébergent toutes ces données... "En matière d'émission de CO2, internet pollue 1,5 fois plus que le transport aérien. La moitié des gaz à effet de serre produits par internet provient de l'utilisateur, l'autre moitié étant divisée entre le réseau et les data centers", explique le site Fournisseur Energie.   
Pour résoudre le problème, en France, le groupe de travail EcoInfo du CNRS propose une série de recommandations à l'usage des entreprises, mais aussi en direction des particuliers. [3] Un "guide des bonnes pratiques pour le code de conduite européen sur les datacentres" fait appel à la "sobriété numérique". Il prône notamment "d'adapter les niveaux de redondance aux besoins réels des entreprises plutôt que de surdimensionner les centres de données" [4]
Cependant, le refroidissement des centres de données, quant à lui, est traditionnellement assuré par des pompes à chaleur. Cela engendre l'énorme inconvénient de consommer beaucoup d'énergie pour produire de l'air froid. Un système alternatif est envisagé par le code de conduite européen : le "free cooling" ou rafraîchissement gratuit. Le "free cooling" est en mesure de générer du froid sans recourir aux pompes à chaleur. "Il s'agit d'un procédé qui utilise la différence de température entre l'air en sortie des ordinateurs et la température de l'air extérieur afin d'aider au système de refroidissement à eau." [5] 
En effet, ce type de refroidissement est de plus en plus adopté par des entreprises, des institutions et des organisations. Archimag a cité le cas de l'université de Strasbourg qui a reconstruit son centre de calcul autour d'une solution de "free cooling indirect à air" et aussi le cas de l'université de Grenoble dont le supercalculateur Froggy est refroidi avec de l'eau tiède. Selon Archimag, ce système est très satisfaisant. "La machine est relativement stable et la redondance des chassis hydrauliques des baies fonctionne bien", expliquent les porteurs du projet.   
Sources:
[1] Bruno Texier, Ecologie numérique: les data, une gouffre énergétique à combler, 20/11/2019 https://www.archimag.com/demat-cloud/2019/11/20/ecologie-numerique-data-gouffre-energetique-combler consulté le 13/12/2019. 
[2] Ibid.
[3] ecoinfo.cnrs.fr 
[4]  Bruno Texier, Ecologie numérique: les data, une gouffre énergétique à combler, opcit. 
[5] Ibid. 

jeudi 14 novembre 2019

Le vitam : le logiciel d'archivage électronique



A l'instar de nombreux colloques et séminaires, une journée d'études se tiendra le 29 Novembre 2019 à l'INTD-CNAM. Au cours de cette journée organisée par XDemat et l'INTD-CNAM, les spécialistes de l'information débattront sur le thème: Enjeux et contraintes de l'archivage électronique, le positionnement de vitam.


A l'ère du numérique et plus principalement de l'archivage numérique plusieurs logiciels ont été édités pour faciliter la conservation des archives. La solution vitam faisant partie de l'une des dernières nouveautés de cette famille de logiciel, elle émane de la volonté de trois ministères pour une conservation pérenne des archives de l'Etat: les ministères des Affaires Etrangères, de la défense, de culture et communication[1][2]. 

Les archivistes et les informaticiens n'ont souvent pas le même point de vue sur la conception des logiciels d'archivages au cours des projets de grandes envergures; La solution vitam a été une réalité grâce à la bonne coopération de ces deux corps de métiers(archivistes, Informaticiens). 
L'objectif du vitam est de permettre la conservation sécurisée d'un grand nombre de documents d'archives au cours de leur cycle de vie (archives courantes, archives intermédiaires, archives définitives)[2].

La solution vitam connaîtra trois versions: les deux premières versions ont été présentées en 2018 après la version bêta de 2016 et le lancement front offices de 2017. Ces deux premières versions se positionnent comme la mise en production des plateformes[2]. 
La troisième version de la solution logicielle a été livrée en 2019 et marque la mise en oeuvre du logiciel par les trois ministères initiateurs et les partenaires[2]. Bien que la solution vitam soit née entre trois ministères qui ne l'utilisent pas au même degré, d'autres partenaires sont aussi concernés à cause du grand nombre de volume d'archives que ceux-ci produisent[1]. 

Le vitam qui connaîtra une amélioration continue et une finalisation des plateformes dans l'année 2020, se positionne aujourd'hui comme une solution logicielle à part entière en matière d'archivage  électronique[2].

Sources:

[1]Archimag, Vitam: Archiver à lère du tsunami numérique [Internet]. [cité le 14 Nov 2019]. 

[2]Programme interministériel archivage numérique [Internet]. [cité le 14 Nov 2019].