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lundi 5 février 2018

Documentation et gestion des connaissances dans les fablabs : un chantier à défricher

Si la contribution à la documentation et le partage des connaissances sont inscrits dans la charte de responsabilité de tout contributeur à un Fablab (1), dans les faits, la transmission passe le plus souvent par l'oralité et l'échange pair à pair, seul 10 % des projets seraient documentés. Un frein au partage et à l'innovation de ces lieux ?

Documenter ses projets : c'est moins fun que de les faire

L'activité de documentation est une activité chronophage : dans ces endroits tout entier consacrés au "faire", comment inciter les usagers à prendre du recul sur leur travail ? Comment sélectionner les informations à documenter ? Quand doit-on le faire ? Différentes stratégies sont mises en places par les structures : fiche structurée à remplir (2), espace physique de documentation, journal de bord, machine-outil dédiée (3), initiation à des outils de communication (ateliers wiki, video...), ateliers de "gamification" de la documentation, contrainte (notamment pour les Fablabs universitaires)...

En novembre dernier, le FacLab (le fablab de la faculté de Cergy Pontoise) a organisé un atelier sur la problématique "documentation et contribution dans les fablabs" (4). Les participants ont imaginé un nouveau poste au sein des fablabs : le fabdocumentaliste, qui pourrait être assuré de façon tournante, et identifié les compétences qu'il/elle devrait développer (5).

Le management et la gestion de l'information : la difficulté du partage d'information au niveau mondial


Chaque fablab est porteur d’une culture et d’une identité propre formées de la diversité des projets qu’il accueille, sur un territoire défini, et s'il est "connecté", utilise un CMS (ou wiki) différent. Alors comment, pour assurer la diffusion des connaissances, passer de la communauté in situ à la communauté élargie voire mondiale en faisant dialoguer ces lieux hétérogènes ? Difficile d'imposer des standards documentaire, et une logique hiérarchique de plans de classement ou de thésaurus compte tenu de la posture bottum-up des fablabs (6).

Plateformes commerciales, ontologie open source et API : des pistes de réponse

Depuis 2014, pour s'affranchir des plateformes commerciales existantes de documentation (comme thingiverse ou instructables) et dans une logique open source, plusieurs fablabs européens ont réfléchi à la mise en place de formats pour l'échange d'information : d'abord à partir de flux RSS simples, puis en structurant ces flux par des éléments xml. Ils ont commencé à poser les bases d'une documentation ontologique : le FabML, pour la documentation en fablab (7).

Mais au delà de la documentation des projets, les fablab souhaitent donner à voir leur utilité sociale et leur impact sur le territoire, en développant des interfaces de programmation applicative (API) basée sur l'exploration massive de donnés. Le projet européen FabCityDashboard, un tableau de bord pour tenter de mesurer l'apport des fablabs à l’économie des villes et des questions plus larges sur les mutations des territoires dans les décennies à venir (8), en est un bon exemple.

On peut raisonnablement penser que ces questions vont être largement débattues lors de la FAB14, 14e  Conférence Internationale des Fablabs organisé cette année en juillet dans plusieurs villes françaises (9).



Sources

[1] Les fablabs (Laboratoire de Fabrication) sont des espaces ouverts au public où il est mis à disposition toutes sortes d'outils, et notamment pilotés par ordinateur (imprimante laser, découpeuse laser...), pour lui permettre de réaliser des projets (réalisation d'objets uniques, transformation ou réparation d'objets de la vie de tous les jours...), en solo ou en collaboration. Pour être appelé Fab Lab, un atelier de fabrication doit respecter la charte des Fab Labs, mise en place par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Lien vers la Charte des Fabs labs <http://fab.cba.mit.edu/about/charter/>

[2] Le guide de l'aide à la documentation du FabLabo, animé par l'association PING à Nantes <http://fablabo.net/wiki/Aide:Documenter>

[3] Le site de l'atelier des chercheurs qui proposent méthodes et outils pour documenter les projets <https://latelier-des-chercheurs.fr/outils>

[4] Mailly Loïc, "Fabdocumentaliste : promouvoir la documentation au sein des fabslabs", 15 décembre 2017, Médium <https://medium.com/@loicmailly/fabdocumentaliste-promouvoir-la-documentation-au-sein-des-fablabs-47806904081e> [consulté le 5 février 2018]

[5] Fiche de poste d'un Fabdocumentaliste, compte-rendu de l'atelier <https://annuel2.framapad.org/p/Fiche-de-poste-Fabdocumentaliste> [consulté le 5 février 2018]

[6] Gasnier, Frédéric, "la documentation dans les fablabs est une serpent de mer. Rencontre avec Adel Kheniche au Petit Fablab de Paris", 6 novembre 2017, Blog du diplôme universitaire "facilitateur" de l'Université de Cergy Pontoise, <http://cours.education/dufacilitateur/2017/11/06/la-documentation-dans-les-fablabs-est-un-serpent-de-mer-rencontre-avec-adel-kheniche-au-petit-fablab-de-paris/> [consulté le 5 février 2018]

[7] Compte-rendu de l'atelier "documentation / FabML ontologie", wiki du FabLabo, dernière modification octobre 2014, <http://fablabo.net/wiki/WorkshopDocumentation/FabmlOntologies> [consulté le 5 février 2018]

[8] Paris, Julien "Fabcity Dashboard, pour les labs d’aujourd’hui et les villes de demain", 8 novembre 2016 <http://www.makery.info/2016/11/08/fabcity-dashboard-pour-les-labs-daujourdhui-et-les-villes-de-demain/> [consulté le 5 février 2018]


[9] Site du Fab14 <http://www.fab14.org/>

mardi 29 mars 2011

Une après-midi et un vade-mecum sur la gestion des abonnements aux périodiques

Le 18 mars dernier, le GFII a organisé un séminaire sur la gestion commune des abonnements aux périodiques. L'objectif : réunir autour d'une même table les acteurs concernés par la problématique - à savoir clients, agences et éditeurs - pour saisir l'évolution et les enjeux du marché.

Le point de vue client a été exposé par :
  • Catherine Baude (Ministère de la Santé, ADBS) qui a présenté les résultats de l'enquête menée par l'ADBS en 2009 sur les préoccupations des professionnels de l'info-doc relatives aux abonnements électroniques (le questionnaire est encore en ligne ici) ;

Les éditeurs ont été représentés par :
  • Toby Green, chef des éditions de l'OCDE, pour qui l'utilisateur est au centre de la problématique. Selon lui, l'éditeur offre un service et constitue un intermédiaire entre le client et les contenus (qui choisit de dresser - ou non - des murs entre l'offre et le demandeur) ;
  • Laurent Bérard-Quélin, en tant que directeur de la Société Générale de Presse et président de la Commission des médias électroniques de la FNPS, s'est concentré sur la relation entre lecteur et éditeur de presse et a parlé d'"intermédiation" et de "désintermédiation".

Enfin, quatre agences - Ebsco, Lavoisier, Swets et Prenax (respectivement représentées par Delphine Dufour, Patrick Fenouil, Philippe Glätzle et Delphine Panier) ont présenté leur vision du marché en soulignant notamment l'évolution de leur clientèle : ils constatent devoir faire face désormais à de véritables acheteurs et négociateurs et à de nouvelles exigences.

En fin de journée, Sophie Petitjean, responsable du service Négociations Portails à l'INIST, et Magali Colin, chef de projet Statistiques d'usage, ont présenté comment les statistiques sont recueillies et analysées à l'INIST et l'enjeu qu'elles représentent pour l'élaboration de la politique documentaire du CNRS et l'aide à la décision (rappelons en effet que l'INIST est l'opérateur technique des portails thématiques du CNRS et qu'il intervient pour la gestion et la négociation de ses abonnements).

Terminons en signalant que cette journée était organisée principalement dans le but de présenter les travaux du comité de pilotage du groupe inter-associations ADBS / ADBU / FNPS / GFII / SNIEL dont le vade-mecum "Clients, agences, éditeurs : comment gérer ensemble les abonnements aux périodiques" se révèle l'aboutissement. L'édition 2011 est à la fois une mise à jour et une synthèse des deux précédentes publiées en 2005 et 2007. Les quatre parties qui le composent (Les acteurs et le marché, Le cycle de vie de l'abonnement via une agence, Le cas des abonnements électroniques, Les archives électroniques et la pérennité des données) sont émaillées de 43 recommandations qui font de ce document un guide de bonnes pratiques indispensable et très attendu par les professionnels concernés par la gestion des périodiques et confrontés aux problématiques - en constante mutation - liées aux abonnements électroniques. Quatre fiches très pratiques et instructives complètent le guide : "La fiscalité de l'édition en ligne", "Le statut de la presse en ligne", "Les procédures EDI" (pour Echange de données électroniques) et une présentation synthétique du projet COUNTER ("Du constat au succès") lancé en 2002 et fédérant aujourd'hui 222 membres (éditeurs, intermédiaires, bibliothèques, associations professionnelles...) autour de l'élaboration d'un code de bonnes pratiques concernant les statistiques relatives aux revues et bases de données ainsi qu'aux e-books.

Notons enfin qu'un blog a été ouvert dans le but de poursuivre les discussions de la journée mais aussi de commenter le vade-mecum et de solliciter les auteurs si des précisions s'avéraient nécessaires.