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jeudi 2 avril 2020

Design, SIC et architecture(s) de l'information

Une rencontre Reticulum (Rencontres interdisciplinaires entre SIC et Design) s'est tenue le 20 février 2020 à la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine (Université de Bordeaux Montaigne). Co-organisée par Florian Harmand et Arthur Perret (UBM, Mica), cette rencontre - seconde édition des Reticulum - avait pour objet d'étude  l'architecture de l'information comme notion à l'intersection du design et des SIC. Parmi les thèmes abordés lors de cette journée, les ontologies comme système de représentation de l'information (Karl Pineau) ou encore Architecture de l'information VS Design d'information (Anne Beyaert-Geslin). Le programme complet de la journée est consultable sur le site de Reticulum. La mention de cette rencontre introduit une réflexion quant à quelques notions abordées lors de cette journée. [1]

Architecture de l'information : à l'intersection entre Design et SIC ? 

Introduite par Richard Wurman (architecte et designer) en 1976, la notion d'architecture de l'information répond à un besoin de structurer l'information, face à cette réalité que constitue la rencontre de l'ère de l'information d'avec les techniques numériques, dans un contexte d'explosion volumétrique de la donnée. Si l'expression d' architecture de l'information est métaphorique, la pratique du design permet de concrétiser la notion en offrant des voies de représentation de l'information : cartographie, design d'orientation spatiale, datavisualisation, design de documents complexes, design d'interface, etc. [4Les chercheurs en SIC rencontrent la notion d'architecture de l'information à travers ces trois axes de réflexion : organisation de l'information, communication des organisations et humanités digitales. Mais pour les deux sciences, la prise en compte de l'usager (expérience utilisateur et réception du message) est au coeur de l'enjeu que constitue  l'architecture de l'information face à l'explosion des données et justifie cette double appropriation ; par les SIC et le Design. [2] 

Focus sur le design d'information

Parle-t'on d'un design destiné à informer ou plutôt de méthodes de mise en forme de l'information ? Le design d'information est une sous-catégorie de la datavisualisation, laquelle désigne tous les types de représentations visuelles facilitant l'exploitation, l'analyse et la communication des données. Le design d'information traite de données déjà structurées. Son rôle : révéler, de manière expressive, cette structure. Résultat de l'équilibre entre l'exactitude scientifique, l'esthétique, l'efficacité cognitive et l'accessibilité, le design d'information constitue un langage à part entière. Dans ce nouveau rapport au réel qu'a introduit le numérique, la pratique du design d'information consiste à reformuler la façon, pour le récepteur, de se saisir et de comprendre l'information afin d'en produire un élément de connaissance. La démarche est là encore orientée récepteur puisqu'il s'agit de rendre l'information accessible, voir attractive. Une analyse efficace et stratégique de l'information constitue, semble-t-il, le coeur de la démarche. [3]



Sources

[1] MULLER, Catherine. "Reticulum 2. Architecture(s) de l'information - 20 février - Rencontres Interdisciplinaires entre SIC et DESIGN". Dlis.hypotheses.org. [En ligne]. 14/02/2020. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://dlis.hypotheses.org/5095>.

[2] BEYAERT-GESLIN, Anne. "Architecture de l'information versus design de l'information", Études de communication. Jounals.openedition.org. [En ligne]. 2018. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://journals.openedition.org/edc/7651>.

[3FREDRIKSSON, Sylvia. "Du design d’information à la visualisation de données : un enjeu de transmission de sens auprès de la société civile". I2D – Information, données & documents, Cairn.Info[En ligne]. 2015. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://www.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-2-page-36.htm#no6>.

[4] PILON, Laurence. "Qu'est-ce que le design d'information ?". A medium corporation.com. [En ligne]. 2017.  [Consulté le 31 mars 2020]. Disponible sur : <https://medium.com/@laurencepilon/quest-ce-que-le-design-de-l-information-bbacad34b020>.

lundi 19 mars 2018

Les Fake News à l'épreuve de l'artiste et du diplomatiste. Questionner l'archive.


Fontaine, Marcel Duchamp, 1917 (réplique), Scottish National Gallery of Modern Art, Edinburgh - Source : Wikipedia CCBYSA
Ces derniers mois, l'engouement pour les Fake News n'est pas resté inaperçu. On les aperçoit dans de nombreux domaines. Alerté par France Info Culture [1] de l'ouverture récente de l'exposition "America ! America ! How real is real"[2], ce billet propose de croiser le regard de l'artiste contemporain avec celui du diplomatiste sur les Fake News. 

En 1917, Marcel Duchamp propose la "Fontaine", au comité d’accrochage du Salon des artistes indépendants de New York sous un faux nom tandis que ce dernier en faisait lui-même partie. L'expérience se solde d'un refus en contradiction avec le principe pourtant fondateur de ce salon : ne refuser aucune œuvre. Avec ce coup d'éclat, Marcel Duchamp réussit à démontrer que le regard de ces pairs sur la valeur fonctionnelle de l'objet manufacturé (readymade), ici l'urinoir, reste prédominante. Pourtant tout l'apanage de l’œuvre artistique a été développé : un objet, une signature, une date et une présentation au Salon. Urinoir ? Fontaine ? Œuvre ? Dans son contexte de création, Marcel Duchamp n'a pas pu faire passer l'urinoir pour ce qu'il n'était pas [encore]. Aujourd'hui, la "Fontaine" de Marcel Duchamp compte plusieurs copies conservées dans des musées internationaux d'art contemporain renommés. Plusieurs années plus tard, et authentifiée par d'autres pairs, l’œuvre de Marcel Duchamp a fini par obtenir son statut patrimonial.

Détourner les objets, les évènements et les informations n'est pas un geste récent dans les pratiques artistiques. L'exemple de l'urinoir de Duchamp remonte à un siècle (1917-2018). Réel, fiction, authentique, faux, trace, archive, document sont autant de concepts traités par les artistes d'art contemporain grâce aux usages de divers médias. "Fake news room" est en 1983 une installation des artistes Larry Sultan et Mike Mandel. A l'époque, ils avaient créé une salle de rédaction de fausses informations au Berkeley Art Museum [3]. En 2017, les artistes l'on réactivée sous la forme d’une œuvre net art [4].

Parfois, les artistes questionnent et mettent à mal le statut de l'archive et les informations qu'elle véhicule. C'est le cas de Vera Frenkel, qui mena son travail à partir des années 1970. Elle créa notamment dans sa série "The Secret Life of Cornelia Lumsden. A remarkable Story" différentes installations où archives authentiques, archives fausses, archives détruites, archives recrées se côtoient dans un univers où la frontière entre réel et fiction ne cesse d'être interrogée [5]. Selon Vera Frenkel, la création de son personnage mi-fictif mi-réel de Cornelia Lumsden avait "à voir avec l'histoire collective, comment on la détruit, comment on la préserve".

L'article d'André Gunthert "La trace ou la source absente" [6], faisant suite à sa participation à un récent séminaire du Centre d’Histoire et Théorie des Arts (CEHTA) de l’EHESS, montre que les questions liées à l'économie de la trace, du document et de l'archive marquent encore l'actualité des Sciences Humaines et Sociales. De manière non exhaustive citons certains grands acteurs du 20e siècle : Paul Ricœur, Gérard Genette ou Jacques Derrida.

Enfin, pour étayer notre propos, un article de Marie-Anne Chabin [7] nous mène vers la découverte d'un autre intervenant que l'artiste pour mettre à mal les informations fausses : le diplomatiste. Sans pour autant faire le lien immédiat avec les Fake news (l'article fut publié en 2013, issu d'une table ronde en 2010), Marie-Anne Chabin met en avant la démarche du diplomatiste comme le moyen "de s’interroger sur la crédibilité de l’écrit qu’il a sous les yeux et tout d’abord de discerner s’il est bien ce pour quoi il se donne" en citant Georges Tessier.

Si les Fake News ont "fait couler beaucoup d'encre" ces derniers mois, elles continueront d'inspirer les artistes et encourager les diplomatistes à les dénicher.


Sources :
 

[1] LIXON, Jean-François. "America ! America !" : quand l'art explore l'info et les fake news. In franceinfo culturebox [en ligne]. Publié le 17/01/2018, [consulté le 19/03/2018] <https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/evenements/america-america-quand-l-art-explore-l-info-et-les-fake-news-268081>

[2] "America ! America ! How real is real" au musée Frieder Burda de Baden-Baden, en Allemagne, qui se tient jusqu'au 21 mai

[3]  Des artistes travaillent chaque jour à la conception de Fake News. In Offbeat [en ligne, consulté le 19/03/2018].<http://offbeat.fr/contempler/art/des-artistes-travaillent-chaque-jour-a-la-conception-de-fake-news/>

[4] Fakenewsroom [en ligne, consulté le 19/03/2018] <http://fakenewsroom.org/ae92fa>

[5] BENICHOU, Anne. De l'archive comme œuvre à l'archive de l’œuvre. Vera Frenkel. In Les artistes contemporains et l'archive. Interrogation sur le sens du temps et de la mémoire à l'ère de la numérisation. Actes du colloque 7-8 décembre 2001. Presses universitaires de Rennes. 2004.

[6] GUNTHERT, André. La trace ou la source absente. In l'image sociale. Carnet de recherche d'André Gunthert [en ligne]. Publié le 21/01/2018, [consulté le 19/03/2018] <http://imagesociale.fr/5538>

[7] CHABIN, Marie-Anne. Peut-on parler de diplomatique numérique ? In Vers un nouvel archiviste numérique, sous la dir. de Valentine Frey et Matteo Treleani, L’Harmattan, 2013 (actes de la table ronde de l’INA, 25 novembre 2010). Disponible en ligne : [consulté le 19/03/2017] <http://www.marieannechabin.fr/diplomatique-numerique/>

Éduquer un esprit critique ou un esprit libre ?

Dès la rentrée scolaire de septembre 2018, l'usage des téléphones portables sera interdit dans l'enceinte des établissements scolaires primaires et collèges visant à restreindre un usage compulsif poreux à la désinformation. Faut-il interdire ou mieux éduquer à consulter et pour cela ne pas interdire ? Éduquer à un esprit critique produit-il des esprits libres ?

En 2015, plus de huit adolescents sur dix étaient équipés de smartphones. Le corps enseignant déplore le phénomène des "pianoteurs", ces élèves accros à leur téléphone portable au détriment de leur concentration [1]. Au delà de l'altération de la qualité d'assimilation des enseignements, les smartphones ont envahi les cours de récréation. Au point que le Gouvernement a décidé d'interdire les téléphones portables pour la rentrée scolaire 2018 dans l'enceinte des établissements.

Source inépuisable de distractions à l'école, le Gouvernement envisage de mener deux batailles de front: la lutte contre les fake news auprès des adolescents. L'interdiction des téléphones portables entend redonner la main aux enseignants sur l'éducation aux bonnes pratiques en matière d'usage, d'accès et de sélection de l'information pertinente: " Il s'agit de développer des compétences visant à s'informer et à évaluer l'information, de sorte à distinguer les interprétations validées par l'expérience, les hypothèses, les opinions face aux croyances". L'Education nationale entend développer l'esprit critique: " L'esprit critique s'applique à de nombreux domaines et en particulier à l'information numérique par définition diffuse, morcelée et complexe voire irrationnelle. Il s'agit dans le cas des fake news de savoir identifier et comprendre la signification des informations mensongères fabriquées par des individus, des mouvements ou des puissances étrangères que les réseaux sociaux permettent de diffuser à grande échelle, sans participer volontairement ou à son insu, à leur diffusion"[2].

Parallèlement, des expérimentations sont menées comme le programme INTERCLASS de France Inter crée dans la foulée de l'attentat de Charlie Hebdo et qui vise à initier des collégiens et des lycéens aux médias et à l'information piloté par Emmanuelle DAVIET "(...) Je trouve qu'il y a péril démocratique". " Ces jeunes sont déjà confrontés à la pauvreté sociale, culturelle, économique langagière et on ajoute à cela une pauvreté informationnelle". " Je pense réellement que l'éducation aux médias est une impérieuse nécessite pour toute cette génération" [3].

"L'éducation aux médias et à l'information doit être placée au rang de compétence fondamentale (...)". C'est l'appel lancé à l'occasion de la 19ème journée mondiale de l'Internet Sans Crainte (Safer Internet Day) (SID)[4].

Pour autant, Bruno DEVAUCHELLE sur le blog Veille et Analyse TICE s'interroge: " Ainsi la Ministre de la Culture va dans un sens: éducation aux médias, sensibiliser aux médias dans les écoles. Dans le même temps, le Ministre de l'Education va dans l'autre sens: interdiction à géométrie variable du smartphone à l'école et au collège, avec changement de la loi. D'un coté, il faut éduquer en faisant, de l'autre interdire de faire est éducatif"[5].

Il y aurait donc un paradoxe de nature à brouiller l'objectif : interdire le smartphone c'est interdire de pratiquer. Or une pratique raisonnée et raisonnable parce que l'esprit critique surmonte l'usage compulsif et affectif régulerait les usages sans nécessité d'interdiction. Par ailleurs, certains enseignants font le choix d'autoriser le smartphone en classe: " C'est très positif, l'élève devient acteur de la construction du savoir, il apprend à trier les informations" [1].

Parce que les étudiants aiment qu'on gratifient leurs efforts, il existe une application qui récompense ceux qui lâchent leur smartphone pendant les cours [6]. Les points s'échangent contre un bon de café gratuit, une réduction pour une place de cinéma, du pop-corn ou toute récompense offerte par les marques partenaires.

Gratifier par des bons de consommation de produits, c'est soulever une autre problématique: " (...) comment faire en sorte que l'ensemble de la population redevienne pilote de son devenir, en évitant que les moyens de communication, d'influence (publicité, marketing, etc...) ne neutralisent leur capacité à penser et à choisir ?"[5].

[1] Le Monde de l'Education; L’interdiction du téléphone portable à l'école, une mesure difficilement applicable; Le Monde.fr, http://www.lemonde.fr/education/article/2017/12/11/l-interdiction-du-telephone-portable-a-l-ecole-une-mesure-difficilement-applicable_5228060_1473685.html; 2017/12/11

[2] PIERRE Sylvie, Former à l'esprit critique: une arme efficace contre les fake news; The conversation.com, https://theconversation.com/former-a-lesprit-critique-une-arme-efficace-contre-les-fake-news-91438; 2018/02/08

[3] EUTROPE Xavier, L'éducation aux médias est une impérieuse nécessite; Inaglobal.fr, https://www.inaglobal.fr/presse/article/leducation-aux-medias-est-une-imperieuse-necessite-10128; 2018/03/12

[4] ELALOUF Deborah, SCHMIDT Jean-Bernard; Les fake news, c'est à l'école qu'on doit les enseigner pour les combattre; The Huffingtonpost.fr, https://www.huffingtonpost.fr/deborah-elalouf-lewiner/les-fake-news-cest-a-lecole-quon-doit-les-enseigner-pour-les-combattre_a_23354008/; 2018/02/06

[5] DEVAUCHELLE Bruno; Education aux médias et téléphone portable: contradictions ou intérêts? Veille et Analyse TICE brunodevauchelle.com, http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=2662 ; 2018/03/06

[6] LAURENT Annabelle, une appli qui récompense les étudiants qui lâchent leurs smartphones pendant les cours; Usbek & Rica.com, https://usbeketrica.com/article/hold-recompense-les-etudiants-britanniques-qui-lachent-leurs-smartphones-pendant-les-cours; 2018/03/08

jeudi 9 novembre 2017

Les bibliothèques, des institutions cruciales dans nos communautés


Avec la montée en puissance du numérique et l'évolution des pratiques culturelles et des demandes sociales, les bibliothèques sont en constante mutation. A l'ère du Big Data, elles vont pouvoir se plonger dans la visualisation de données avec l'arrivée de la datavisualisation et communiquer efficacement sur leurs activités en n'oubliant pas la notion de service, rendu sur place ou en ligne, qui prend une place de plus en plus importante.

Comme en témoigne le blog de Christian Lauersen, directeur de bibliothèques danois, intitulé Le Laboratoire de la Bibliothèque (1), on assiste à la croissance de nouveaux lieux. Pour lui, "les bibliothèques sont associées à des espaces d'apprentissages, d'éducation, de recherche et d'activités culturelles".
Il vient de publier, le 17 octobre 2017, sur son blog, quelques réflexions sur la bibliothèque en tant que lieu et marque : Pourquoi viennent-ils ? (2). Il explique que les conditions pour les étudiants, et surtout dans l'enseignement supérieur, ont  radicalement changé au cours des dernières années. Ils ne viennent pas forcément dans les bibliothèques pour lire mais pour échanger. Christian Lauersen parle de "plateforme physique et mentale de dialogue entre les gens". L'objectif des bibliothèques est de répondre aux besoins de tous, de créer un pont entre les gens et les méthodes numériques.

En France, selon une étude menée par le ministère de la Culture (3), les bibliothèques municipales sont de plus en plus fréquentées par les Français et constituent un réseau culturel important.
Les 25 et 26 novembre prochains, le premier patrimoine de France, la BNF organisera sont deuxième Hackhaton (4) sur le thème de la musique dans l'objectif de partager et de parler de sujets autour du numérique.

Pour aller plus loin:
Je vous conseille vivement d'aller voir le film documentaire EX LIBRIS: THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY, film reportage en séquences courtes de 3h37, sortie le 01 novembre 2017. Le spectateur s'immerge dans la plus grande bibliothèque de New York, la New York Public Library. Le réalisateur Frederick Wiseman, montre l'engagement inlassable de ces bibliothécaires au profit de la culture pour tous. 
Une bibliothèque à lire entre toutes ses lignes...


Sources:





lundi 20 février 2017

Décodex, la controverse

 Décodex - une boîte à outils créée et gérée par le journal d'actualité Le Monde sortie le 1er février 2017 - fait sujet à controverse. Comme l'a présenté Mathilde Calvez dans son billet publié lundi dernier, Décodex contient un plugin à installer sur son navigateur web et, grâce à un système de couleur, permet à l'utilisateur de connaître la fiabilité d'un site web. Premier à proposer ce système, Le Monde a lancé son application dans l'optique de contrer la prolifération des "fake news"qui seraient l'une des raisons de la méfiance grandissante des internautes envers les médias actuels. A peine sortie, le plugin rencontre déjà de nombreuses critiques mais aussi apporte de nouvelles réflexions.
 
Le collectif SavoirComun1 (1) - un groupement de bibliothécaires engagé pour les libertés à l’ère numérique et la libre dissémination des savoirs - ne dénigre pas l'utilité de Décodex dans le contexte actuel, mais partage son inquiétude sur ce type d'application d'évaluation, qui gérée par des plate-formes privées, voire par l'Etat pourrait amener à des formes de censure.

Le collectif soutient que :
La qualité de l’information constitue un Commun, qui nécessite en tant que telle une gouvernance par les communautés qui la construisent et l’entretiennent. 

et invite donc à considérer la question sous l’angle des Communs de la connaissance. Il prend l'exemple de Wikipedia qui "montre qu’un espace de publication qui s’est organisé comme un Commun résiste mieux aux fausses informations".

En vue de favoriser l’émergence d’une telle communauté de vigilance informationnelle autour du Décodex, le collectif SavoirsCom1 préconise donc :
  • que les outils de vérification soient toujours eux-mêmes vérifiables (pas de boîte noire),
  • que les règles de contribution et de régulation soient clairement énoncées et toujours susceptibles d’être mises en discussion,
  • que les sites évalués puissent faire appel de leur évaluation en démontrant leur mode d’élaboration ou de transmission de l’information,
  • que les acteurs tirant profit de la diffusion de l’information (organes de presse ou prestataires de services informationnels) contribuent d’une manière ou d’une autre au développement d’une politique publique d’éducation aux médias et à l’information de tous les citoyens.

Des blogueurs comme Olivier Berruyer (2) ou Jacques Sapir (3) qui ont vu leur blog affiché d'une mauvaise évaluation par Décodex accuse Le Monde d'un manque d'objectivité et s'oppose à l'idée qu'un journal d'actualité seul puisse s'arroger le droit d'estimer la valeur d'une information. Daniel Schneiderman, fondateur du site de critique des médias Arrêts sur image, estime lui aussi qu'il y a "une difficulté à ce que Le Monde soit à la fois juge et parti"(4). Jacques Sapir reproche également au journal ne pas faire la distinction entre des blogs donnant des avis personnels et gérés par des auteurs indépendants, et des grands médias gérés par des journalistes professionnels.

Pourtant d'autres spécialistes des sciences de l'information voient Décodex d'un autre oeil et ne retournent pas les mêmes critiques négatives.

Sur son blog, Olivier Ertzscheid (5) considère que Décodex doit être avant tout vu comme un outil perfectible et "s'adresse en priorité à des publics "en formation" aux logiques de publication et de viralité consubstantielles au numérique" et non aux spécialistes de l'information. Il explique également que malgré ses évaluations négatives, Décodex n'est pas légitime à mettre en cause le travail d'autres collectifs, associations de critiques de l'information et insiste avant tout sur le caractère pédagogique de la boîte à outil du journal Le Monde qui a l'avantage de réussir à s'adresser à un public qui n'avait pas conscience de l'impact d'un tel sujet.

Le site Doc pour docs (6) voit dans la controverse autour de Décodex, un bon outil à la réflexion pour les élèves documentalistes. Ils trouvent "fécond le travail sur la controverses et la cartographie des sources qui permettent aux élèves de dépasser le seul critère de la fiabilité d’une source mais de s’attarder sur ceux de pertinences, de discours, d’autorité énonciative (liée à l’auteur), l’autorité institutionnelle (éditeur, organisation…), l’autorité du support (liée au type de document), l’autorité de contenu (la « plausibilité intrinsèque » du texte). Lors des séances en info-documentation et EMI, il semble pertinent de faire travailler les élèves sur des sites puis de les amener à comparer leur analyse à celle de Décodex afin d’en dégager des critères communs ou divergents."

En conclusion, ils citent Vincent Glad qui déclare : "En somme, prenez les sentences du Décodex pour ce qu’elles sont : un intéressant apport au débat public, mais qu’il faut lui-même interroger. Qui décodexera le Décodex ?"

Voir aussi : 
La cartographie "Décodex : controverse" - 
https://framindmap.org/c/maps/306843/public


Sources :

(1) "Controverse Décodex : et si on pensait la qualité de l’information comme un Commun ?" Par SavoirCommun1 du 7 février 2017

(2) Site d'Olivier Berruyer -  http://www.les-crises.fr/

(3) "Déconnant DECODEX" Par Jacques Sapir du 9 février 2017 -

(4) "«Qui fact-checkera les fact-checkeurs ?» : le Decodex du Monde suscite des critiques" Par Eugénie Bastié du 9 février 2017 dans Le Figaro -

(5) "Le #decodex ? Pas de quoi fouetter un Fake." Par Olivier Ertzscheid du 9 février 2017 -

(6) "Controverse autour de Décodex, un outil contre la désinformation ?" Par Doc pour docs du 7 février 2017 - http://docpourdocs.fr/spip.php?article593
 

jeudi 19 janvier 2017

Le développement des compétences numériques des citoyens: quelle prise en compte au plan national et international ?


La publication du nouveau volet de l'enquête NET tendances (1) en décembre 2016 par le CEFRIO  est  l'occasion  de faire le point sur l'évaluation du niveau des compétences numériques des citoyens ainsi que les mesures mises en oeuvre en vue du développement de ces compétences au niveau de la France et de l'Europe.

Dans un contexte d'innovations technologiques affectant toutes les activités humaines (éducation, santé..),  le quotidien des citoyens est modifié. Il devient nécessaire que les citoyens se dotent des compétences qui leur permettront d'utiliser les nouvelles technologies.

Une culture générale numérique est utile dans l'exercice de la citoyenneté mais également  dans la plupart des métiers.

Dans ce contexte, l'évaluation des compétences des citoyens en lien avec les innovations technologiques constitue un enjeu majeur qui nécessite la création de dispositifs adaptés.

L' évaluation des compétences numériques des adultes au Québec

Le CEFRIO est un organisme de recherche innovant mandaté par le gouvernement québécois, en charge du développement numérique au Québec.
L'enquête du NET tendances du CEFRIO porte sur un panel de 1000 adultes de plus de 18 ans.

Elle repose sur une auto-évaluation du niveau de compétences sur une échelle de 3 niveaux par rapport à un cadre de référence constitué de 5 grands domaines de compétences:
  • le niveau général des compétences
  • communication sur internet 
  • recherche sur internet
  • transactions en ligne
  • sécurité en ligne.
Actuellement, près d’un Québécois sur deux (45 %) considère avoir un niveau de compétences numériques élevé.

Les résultats de l'enquête précisent les facteurs de vulnérabilité à l'origine de la fracture numérique:
  •  La scolarité : le niveau de compétences est fortement lié au niveau de la scolarité ; plus le niveau de scolarité est élevé, plus les personnes interviewées exprimant un sentiment d’aisance sur le plan numérique augmente.
  •  L'âge : à partir de 55 ans, le niveau de compétences exprimé baisse.
  •  La Région : les Québécois habitant en région disent se sentir moins à l’aise avec le numérique, comparativement aux résidents de la région de Montréal.  
  • Une disparité homme-femme : les femmes sont  plus nombreuses à se sentir moins habiles pour protéger leurs renseignements personnels des virus  sur Internet ainsi que leur ordinateur.

La mesure des compétences numériques au plan international 

En 2013, l'OCDE a publié les résultats de sa première enquête internationale sur les compétences requises pour évoluer dans les sociétés d'aujourd'hui: le Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA).
Les compétences évaluées sont les compétences en littératie, en numératie
auprès des adultes de 16 à 65 ans dans 24 pays. 

Le projet de cadre de référence des compétences numériques en France

Le Plan numérique pour l'éducation lancé en mai 2015 renforce la place du numérique au sein du système éducatif.Il vise le développement de moyens d'apprentissage innovants et la responsabilisation des jeunes dans l'usage des services, ressources et outils numériques.
Dans ce contexte, nouveau projet de cadre de référence  (2) élaboré en 2016  organise en 5 domaines 16 compétences numériques développées de l'école élémentaire à l'université et évaluées selon 8 niveaux de maîtrise des compétences.

Ce cadre de référence permettra de délivrer une attestation de niveau de maîtrise pour la scolarité obligatoire.

Le référentiel national est la déclinaison du référentiel européen DIGCOM pour la France. 

Enfin, la mise en place d'une plateforme d'évaluation et de certification en ligne des compétences numériques est prévue à la rentrée 2017.

Le dispositif d'évaluation sera accessible aux élèves, étudiants et aux professionnels dans le cadre de la formation continue des adultes.

Sources:
CEFRIO compétences numériques des adultes Québécois (2016)   http://www.cefrio.qc.ca/media/uploader/Fascicule2016-Comptencesnumriquesdesadultesqubcois-final-5.pdf (consulté le 18/01/2017)

Ministère de l'Education nationale de l'enseignement Supérieur et de la Recherche -cadre de référence des compétences numériques pour l'école et le collège http://eduscol.education.fr/ (consulté le 18/01/2017)

jeudi 3 novembre 2016

La semaine intitulée la "MIL Week" 2016 est lancée : cinquième évènement mondial pour sensibiliser les populations à la nécessité de l’éducation aux médias et à l’information

L’éducation aux médias et à l’information (EMI ou MIL en anglais) devient primordiale dans l’environnement mondial actuel hyper-digitalisé. Elle permet aux utilisateurs de comprendre comment les médias – traditionnels ou numériques – peuvent être des vecteurs permettant de promouvoir les valeurs de la paix et du dialogue.

Organisée par l’UNESCO chaque année depuis 2012, en coopération avec l’Alliance mondiale pour les partenariats sur l’éducation aux médias et à l’information (GAPMIL)(1), avec l’Alliance des civilisations de l’ONU (UNAOC)(2) et avec le Réseau universitaire international de l’éducation aux médias et à l’information et du dialogue interculturel (MILID), la "MIL Week"(3) a pour objectif de sensibiliser le public à l’importance de l’éducation aux médias et à l’information à l'échelle mondiale dans le cadre du développement durable, tout en encourageant la coopération et l'engagement civique, la mobilité et le partage.

Cette année, le thème choisi est : "des nouveaux paradigmes pour un dialogue interculturel"(4). Les événements marquants comprennent la sixième conférence de l’éducation aux médias et à l’information et du dialogue interculturel et la première assemblée générale de l’Alliance mondiale pour les partenariats sur l’éducation aux médias et à l’information. 

En plus de partager leurs points de vue tout au long de l'événement, les participants des Réseaux de la Jeunesse Méditerranéenne (NET-MED Youth)(5) contribueront à une "déclaration de la jeunesse sur l'éducation aux médias et à l'information", ainsi qu'aux discussions dans le cadre du Comité de la jeunesse et des sections régionales de l'Alliance mondiale pour les partenariats sur l'éducation aux médias et à l'information.

En marge de l'événement, une étude(6) menée par le Pew Research Center nous apprend que, sur le format de contenu préféré pour s’informer, 42% des 18-29 ans préfèrent lire, 38% préfèrent regarder, 19% préfèrent écouter. Cette étude nous apprend aussi que 81% des jeunes préfèrent largement s’informer sur Internet et seulement 10% via des journaux papiers.

L’UNESCO estime essentiel que l’éducation aux médias soit promue à travers le monde, grâce à des conférences, débats ou colloques. Dans ce cadre, elle invite toutes les parties prenantes à une démarche participative en "fêtant" l’éducation aux médias et à l’information par l’organisation d’événements ou d’initiatives dans leur communauté, région ou en ligne notamment en utilisant les réseaux sociaux mais aussi à diffuser largement leurs recherches sur le sujet. En France, cette tâche est notamment dédiée au Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information(7) (CLEMI). Il a pour missions d’éduquer tous les élèves à une pratique citoyenne des médias et à l'information (presse écrite ou en ligne, radio, télévision, Internet...) en proposant des formations et des ressources pour mieux appréhender l’utilisation de ces médias en classe. L'objectif de la CLEMI est de permettre aux élèves et jeunes adultes d'exercer leur citoyenneté dans une société de l'information et de la communication, former des "cybercitoyens" actifs, éclairés et responsables de leur avenir.

Si l’événement principal et les conférences se tiennent à Sao Paulo du 2 au 5 novembre 2016, des événements locaux se déroulent tout au long de l’année. De nombreuses « Journées MIL » y feront écho. Pour la France, on peut notamment citer la 28e Semaine de la presse et des médias dans l’école, qui se déroulera du 20 au 25 mars 2017.


Quand ?
Du 31 octobre 2016 au 6 novembre 2016.

Où ?
- Evénements à l'international
- São Paulo, Brésil : conférence et l’assemblée générale.

Qui participe ?
Des organisations internationales, des universités, des associations, des chercheurs et enseignants, des professionnels des médias, des bibliothécaires et spécialistes de l’information, des décideurs et régulateurs, des ONG et des praticiens de l’EMI du monde entier.

Le déroulé des événements en direct sur twitter :

Contacts : 
– Alton Grizzle, Spécialiste du Programme : a.grizzle@unesco.org
– Xu Jing, Consultant : ji.xu@unesco.org



Références sitographiques :

(1) - Global Alliance for Partnerships on Media and Information Literacy [en ligne]. UNESCO, 2016 [consulté le 03 novembre 2016]
<http://www.unesco.org/new/en/communication-and-information/media-development/media-literacy/global-alliance-for-partnerships-on-media-and-information-literacy/>

(2) - UNESCO-UNAOC UNITWIN on Media and Information Literacy and Intercultural Dialogue [en ligne]. UNAOC, 2016 [consulté le 03 novembre 2016]
<http://www.unaoc.org/communities/academia/unesco-unaoc-milid/>


(3) - Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information 2016 : Au premier plan [en ligne]. UNESCO, 2016 [consulté le 03 novembre 2016]


(4) - Global MIL Week 2016 [en ligne]. UNESCO, 2016 [consulté le 03 novembre 2016] <http://www.unesco.org/new/en/communication-and-information/media-development/media-literacy/global-alliance-for-partnerships-on-media-and-information-literacy/global-mil-week/>

(5) - Réseaux de la Jeunesse Méditerranéenne (NET-MED Youth) [en ligne]. UNESCO, 2016 [consulté le 03 novembre 2016] 


(6) - Amy Mitchell. Younger adults more likely than their elders to prefer reading news [En ligne]. Site Pew Research [consulté le 03 novembre 2016]

(7) - Semaine de la presse et des médias dans l’école [en ligne]. Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information, 2016 [consulté le 03 novembre 2016]