jeudi 12 novembre 2020

Qu'apporte la plateforme "Microscope" d'OpenAi dans la recherche sur le fonctionnement des réseaux de neurones artificiels ?

En avril 2020, OpenAi présente "Microscope" un ensemble de collections d'images issues de modèles de réseaux de neurones reconnus par la communauté scientifique. L'objectif étant d'aider cette dernière à mieux comprendre comment ces réseaux construisent leurs propres stratégies de compréhension et d'interprétation visuelles.


Le 14 avril 2020,  la compagnie co-fondée par Elon Musk, OpenAi [1], rajoute à son kit d'outils autour de l'intelligence artificielle cette bibliothèque virtuelle qui s'attarde sur l'analyse comparative d'éléments  particuliers apparaissant lors de la prise de décision de ces réseaux.
Ces grands réseaux analysés sont les plus étudiés du moment dans la communauté scientifique : AlexNet, Alexnet Places, Inception v1, Inception v1 (Places), VGG 19, Inception v3, Inception v4 et ResNet v2 50. [2] Pour exemple, AlexNet a été cité jusqu'ici plus de 50 000 fois dans des articles ou études scientifiques.

 

Une vue sur 4 nœuds dans le réseau de neurone Inception v1 avec sa modélisation à droite. Source : OpenAi Microscope, Creative Commons Attribution.

Une modélisation composée de "nœuds", incarnant les couches du réseau  et de liens reliant ces nœuds entre eux,  accompagne les visualisations de ces réseaux. Vous pouvez ainsi vous "promener" au sein de l'architecture du réseau et voir les images générées à toutes les couches du réseau ainsi que celles qui sont le fruit de différentes techniques mentionnées comme le Deep dream entre autres, programme informatique qui, à l'origine, devait aider les scientifiques à comprendre ce qu'un réseau de neurones profond voit au moment même où il cherche dans une image fournie en donnée d'entrée. [3]
Les jeux de données sont également fortement utilisés car ils provoquent une excitation maximale des neurones et les résultats sont souvent surprenants.

Outil collaboratif, les images sont sous Creative Commons Attribution, utilisables à condition de citer Microscope OpenAi.


Cependant, Microscope possède quelques inconvénients du fait de son existence récente : d'une part, il n'est pas utilisable sur des modèles de réseaux personnalisés, et d'autre part, bien qu'efficace sur des techniques comme la visualisation des poids synaptiques (transmission des signaux entre neurones), l'application devient limitée sur des techniques plus complexes comme l'apprentissage par renforcement  [4]

L'avenir lui est cependant ouvert pour s'adapter sur le long terme aux différents besoins des chercheurs.

 

Sources :

[1]  SCHUBERT, Ludwig. PETROV, Michael. CARTER, Shan.  OpenAi Microscope.  In OpenAi Blog [En ligne]. 14 avril 2020. [Consulté le 11 novembre 2020]. < https://openai.com/blog/microscope/ >


[2] Microscope. Models. [En ligne]. 2020. [Consulté le 11 novembre 2020]. < https://microscope.openai.com/models >


[3]Google.  Deep Dream - A code example for visualising Neural Network. In Google Ai Blog [en ligne]. 1 juillet 2015  [Consulté le 11 novembre 2020]. <https://ai.googleblog.com/2015/07/deepdream-code-example-for-visualizing.html >

[4] ELIYA, R. HERMANN, J.M. Evolutionary Selective Imitation : Interpretable agents by imitation learning without a demonstrator. [PDF, autres formats]. [En ligne]. 17 septembre 2020. [Consulté le 10 novembre 2020]. Disponible sur : < https://arxiv.org/pdf/2009.08403.pdf >

dimanche 8 novembre 2020

Protection des données personnelles : le projet "Global Privacy Control" (GPC)

 Au début du mois d'octobre dernier, en Californie, fut lancée une nouvelle initiative : le GPC [1] suite à l'entrée en vigueur cet été du "California Consumer Privacy Act" [2] adopté en janvier 2020 visant à protéger au mieux les intérêts des utilisateurs de la toile.

En association avec les navigateurs web via leur moteur de recherche, il sera maintenant possible de choisir clairement les informations que l'on souhaite partager.



Sourcehttps://www.01net.com/actualites/global-privacy-control-des-acteurs-de-la-tech-et-du-web-s-associent-pour-proteger-votre-vie-privee-sur-la-toile-1987662.html




Après l'échec dix ans plus tôt du projet "Do not Track", Ashkan Soltani [3], Consultant et chercheur spécialisé IT se lance un nouveau défi intitulé "Global Privacy Control" (GPC).

Pour ce faire, il s'entoure d'un panel d'experts provenant d'horizons divers tels que des spécialistes IT et navigateurs [4], des médias [5], des juristes ainsi que des associations de protection des données privées [6] en vue de faciliter la navigation web quotidienne des utilisateurs.

Le GPC est un process qui permettra aux internautes de paramétrer de façon unilatérale leurs préférences concernant les données personnelles qu'ils souhaiteront rendre accessible sur la toile.

Ce paramétrage se fera uniquement au niveau du navigateur grâce à des extensions spécifiques et non plus au niveau de chaque site. 

A ce jour, la phase test est disponible exclusivement via DuckDukGo, Avine ou Disconnect.

Il s'agira tout d'abord pour l'utilisateur d'activer GPC afin de configurer ses préférences de confidentialité qui seront ensuite relayées aux sites web lors de la navigation.

En cas de non-respect ou de violations des choix des internautes, ces derniers pourront intenter des actions judiciaires à l'encontre des navigateurs grâce aux législations en vigueur relatives à la RGPD [7] coté européen et au CCAP coté américain.

Le GPC illustre une volonté consensuelle de prouver l'adéquation possible entre liberté de navigation et protection des données personnelles de l'utilisateur.

Comme déclaré par Selena Deckelmann, vice-présidente de Firefox Desktop : "Les droits des personnes en matière de données personnelles doivent être reconnus et respectés, et [cette initiative] est un pas dans la bonne direction".

Reste à savoir si le GPC aura plus de succès que son prédécesseur.


Sources

[1] Global Privacy Control [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible

[2] California Consumer Privacy Act - Final Text Of Proposed Regulations [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible

[3] Ashkan Soltani [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible

[4] Sebastian Zimmeck [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible , Mozilla, Brave

[5] The New York Times, The Washington Post, Financial Times

[6] Electronic Frontier Foundation [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible

[6] Consumer Reports [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible

[7] « Le règlement no 2016/679, dit règlement général sur la protection des données (RGPD, ou encoreGDPR » [En ligne] [Consulté le 16 octobre 2020]. Disponible



jeudi 5 novembre 2020

Le Covid booste la prescription électronique de médicaments

    En Belgique, la prescription électronique n'est pas apparue avec le coronavirus, elle est même obligatoire depuis le 1er janvier 2020. A ce jour, il n'est plus autorisé de délivrer aux patients une prescription de médicaments sous forme papier. [1]

    En France le Covid-19 et le développement de la téléconsultation portent un coup d'accélérateur à un processus de dématérialisation des prescriptions médicales qui peine à se déployer pleinement depuis des années. [2]

Source : https://www.lespecialiste.be/fr

Rappel du contexte,

La téléconsultation s'est imposée à tous avec le confinement du printemps dernier. L'objectif de la téléconsultation médicale est d'éviter les contacts rapprochés interpersonnels et la manipulation de documents touchés par les mains de plusieurs personnes. [3]

Comment se déroule la prescription électronique ?

Le prescripteur (médecin, dentistes, sages-femmes, etc.) rédige une prescription cryptée et envoyée dans un système de stockage temporaire de prescriptions créé à cet effet. 

Puis, la prescription peut être décryptée et lue uniquement par les professionnels de santé habilités pour accéder au programme.  

Pour accéder au système, il faut utiliser : soit un logiciel de Dossier Médical Informatisé (DMI), soit le logiciel du Dossier du Patient Informatisé (DPI) de l'hôpital, soit l'application PARIS (Prescription & Autorisation Requesting Information System) développée par l'INAMI à cet effet. [4]

Le décryptage se fait grâce à un code qui prend la forme d'un code-barres nommé Recip-e ou "RID". [3]

Cependant, le patient continue de fournir un papier pour récupérer les médicaments prescrit. En effet, ce dernier sert de preuve à la prescription médicale avec le fameux code RID. 

Face à un système dual

Puisque la prescription est dématérialisée mais son code de décryptage ou du moins le moyen de télétransmission de ce code, ne l'est pas. A terme il est envisagé que cette preuve papier disparaisse qui permettra au patient de se rendre en pharmacie et de renseigner son RID grâce à sa carte d'identité. 

La dématérialisation de la prescription médicale est donc qu'à mi-chemin !

Néanmoins

Afin de faire disparaitre complétement le papier pendant la pandémie, l'arrêté royal n°2 du 14 mai 2020 allège le processus en permettant une transmission du code RID par des canaux de communication dématérialisés. Ainsi, le prescripteur peut transmettre le "code RID" par un autre moyen de communication : mail, SMS, WhatsApp, Skype, etc. [3]


Cette décision a été prise dans l'urgence pour répondre à une nécessité, celle de limiter la propagation du Covid-19, et certaines questions importantes restent en suspens : notamment le niveau de sécurité de la transmission du code RID.


Sources

[1] La Libre. "Boostée par la confinement, la télémédecine a satisfait une majorité des Belges." Disponible en ligne : https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/belga/boostee-par-le-confinement-la-telemedecine-a-satisfait-une-majorite-de-belges-5f7d3e437b50a641f6318502. Consulté le 05/11/2020.

[2] Ticsante.com. "La FNEHAD émet une série de recommandations pour le développement de la télésanté." Disponible en ligne : https://www.ticsante.com/story/5411/la-fnehad-emet-une-serie-de-recommandations-pour-le-developpement-de-la-telesante.html. Consulté le 05/11/2020.

[3] Droits & Technologies. Le COVID booste la prescription électronique de médicaments. Disponible en ligne : https://www.droit-technologie.org/actualites/le-covid-booste-la-prescription-electronique-de-medicaments. Consulté le 05/11/2020.

[4] INAMI. "Des prescriptions électroniques possibles sans DMI grâce l'application PARIS." Disponible en ligne : https://www.inami.fgov.be/fr/themes/cout-remboursement/par-mutualite/medicament-produits-sante/prescrire-medicaments/Pages/prescriptions-electroniques-sans-dmi-paris.aspx. Consulté le 05/11/2020.

samedi 5 septembre 2020

Contrôle Scientifique et Technique sur les projets de dématérialisation : réalité terrain et témoignage d’expert

Les Archives départementales (AD) de Seine-et-Marne (à Dammarie-les-Lys) s’appliquent à relever les défis du numérique pour garantir l’efficacité de la collecte de demain auprès des structures sur lesquelles elles exercent le Contrôle Scientifique et Technique (CST). Qu’en est-il des démarches et des moyens actuellement déployés au sein de la collectivité territoriale ? Explications de Pauline Antonini, sous-directrice du pôle Contrôle, collecte et traitement des fonds.

Rôle des Archives départementales sur la dématérialisation

« Le rôle des AD sur les archives nativement numériques est le même que pour le papier mais la procédure diffère » explique Pauline Antonini, chartiste, conservatrice du patrimoine et sous-directrice de trois services depuis 2014 :

- Archives administratives, judiciaires et pénitentiaires ;
- Iconographie, archives privées et publications ;
- Archives notariales, communales et intercommunales.

Au même titre que pour le papier, les Archives départementales exercent leur mission régalienne en contrôlant, conseillant et accompagnant les administrations qui entreprennent une démarche de dématérialisation et ont pour obligation de verser leurs archives définitives.

L’objectif est de maîtriser les flux numériques pour qu’à terme les AD puissent récupérer des données nativement numériques répondant aux exigences techniques et assurer leur conservation pour les générations à venir.

Les avantages de la dématérialisation

Malgré la présence encore importante du papier pour nos besoins perpétuels en documentation, la e-administration poursuit son développement grâce à la dématérialisation offrant de nombreux avantages opérationnels et matériels ; elle conforte la possibilité d’une réponse à l’enjeu du stockage physique des archives : avec la « dématérialisation croissante des processus administratifs » [1], les données tendent à concurrencer le papier sur plusieurs critères.

Pauline Antonini précise : « en plus de permettre un gain de place, la dématérialisation offre l’excellent avantage d’éviter la démultiplication de bouts de dossiers et de constituer un dossier unique accessible à tous, un réel avantage pour la fluidité du travail ».

Le terme dématérialisation se définit ainsi : transformation de document papier en traitement numérique, soit par le biais d’une opération de numérisation, soit par la révision des processus de production et de gestion de l’information [2].

Les ressources internes

Un poste est dédié à la dématérialisation au sein du service des archives administratives, judiciaires et pénitentiaires. L’archiviste ici, exerce un rôle de veille, de contrôle, d’accompagnement des services. Ce travail collaboratif nécessite parfois l’intervention de plusieurs archivistes, en raison notamment de l'émergence de nouvelles obligations réglementaires de dématérialisation (des marchés publics, des factures) et proportionnellement aux avantages que ces projets apportent une fois mis en place.

Au sein des Archives du département de la Seine-et-Marne, le service mission SIA/SAE a été créé pour s’occuper du logiciel interne (Système d’Information Archivistique) et du Système d’Archivage Electronique (SAE). Ce dernier est en cours d’étude depuis plusieurs années mais il n’est pas implanté à l’heure actuelle. L’informaticien du service accompagne les archivistes sur les questions techniques.

« C’est notre regard couplé qui permettra de répondre au plus juste aux administrations qui nous sollicitent » exprime Pauline Antonini.

L'usage de SAE dans les départements

Certains départements mutualisent leur SAE avec des métropoles ou des communautés d’agglomération principalement en raison des coûts d’une telle solution.

D’après le rapport de Christine Nougaret (ex vice-présidente du Conseil supérieur des Archives en 2017), à Madame Audrey Azoulay (ex ministre de la Culture et de la Communication), si « [...] plus de la moitié des archives départementales disposent désormais d’un SAE, une minorité de ces services l’utilisent à ce jour, faute de flux d’archives définitives à prendre en charge. » [1, p. 10]

La masse des flux progressant de façon exponentielle, comment expliquer cela ? Le phénomène proviendrait-il de leur niveau d’« archivabilité », de leur capacité technique à être transféré, classé et lisible sur le long terme ?

Avant de mettre en place un SAE, il convient en amont de contrôler les données et métadonnées qui y seront déposées, de s’assurer de leur conformité, de pouvoir garantir leur intégrité pendant toute la durée de leur conservation et de pouvoir répondre aux exigences d’interopérabilité entre les différentes solutions techniques de gestion et d’archivage en vue de garantir les futurs versements entre les services versants et les Archives départementales dans les meilleurs conditions.

Exercer le CST en amont de la dématérialisation

« La collecte est la mission essentielle des services d’archives » ([1] p.16) et pour la mener à bien, il convient de l’anticiper au mieux.

Dès lors, la démarche des AD prend tout son sens précise Pauline Antonini :
« intervenir en amont de la dématérialisation, quand les archives ne sont pas encore produites ; apporter des conseils pour cadrer les projets et s’assurer que les archives soient produites selon les normes en vigueur et puissent être versées chez nous, dans un futur potentiel grâce à un interfaçage entre les logiciels de Gestion Electronique de Documents (GED) des administrations et notre (futur) SAE. » 

Afin de garantir une collecte et une conservation durable, fiable et intègre des données numériques, les AD prennent part et opèrent, à la genèse des projets, en apportant une aide à la prise de décisions auprès des administrations, en les accompagnant au plus près (en participant aux groupes de travail) et en apportant des préconisations afin d’éviter certains écueils. Cette démarche se matérialise par des comptes rendus, des notes, des documents de référence et des ressources relatifs au cadre normatif et technique de la dématérialisation, communiqués aux administrations qui en font la demande. Les AD de Seine-et-Marne proposent et mettent à profit le Vademecum du SIAF qui sert également de grille d’évaluation pour le suivi des projets.

En pratique, les équipes des AD vont sur place et participent aux réunions de réflexion. Elles rappellent aux administrations les durées légales de conservation des informations (à l’appui des circulaires du Service Interministériel des Archives de France (SIAF) et de tableaux de gestion), elles signalent les formats de fichiers préconisés par la norme NF Z42-013 [3] , elles recommandent d’établir des plans de classement ; puis les services producteurs évaluent les documents à intégrer dans une GED, leur degré d’importance afin d’être conservés pour des raisons parfois vitales, comme cela peut être le cas pour les dossiers sensibles d’aide sociale à l’enfance (l’un des projets les plus importants en cours de traitement) et dont la portée des informations reposent sur des critères et des enjeux juridiques conséquents, témoigne Pauline Antonini.

Les défis à relever au quotidien

Pauline Antonini explique : « nous sommes là en regard extérieur ; souvent les gens pensent que c’est nous personnellement qui donnons ces préconisations alors qu’en fait nous faisons référence à un cadre réglementaire. Nous ne sommes pas toujours entendus et suivis. »

En effet, après toutes les préconisations communiquées par les AD, comme pour le papier les services producteurs sont responsables de la continuité et de la progression de leurs projets. Par conséquent libres à eux de s’y conformer. Dans certains cas de figure, ils cessent parfois toute communication, ce qui rend difficile le recueil d’informations sur le fonctionnement des flux numériques pour certains projets.

Même si les exigences générées par la dématérialisation ne sont pas toujours respectées, il est important pour les AD d’avoir un retour sur le développement et la finalité des projets afin de comprendre la réalité terrain et d’envisager de possibles améliorations.

Comme pour le papier

Comme pour le papier, les administrations peuvent contacter les AD pour leur soumettre leurs interrogations [4]. Les équipes sont présentes pour leur apporter conseil.

Pauline Antonini ajoute : « nous ne sommes pas très connus et encore moins pour les projets de dématérialisation. Au quotidien, il s’agit d’un travail répétitif de pédagogie, de sensibilisation. »

Comme pour le papier, les problématiques restent les mêmes« la dématérialisation, c’est l’avenir du métier mais en soit c’est le même métier. Tous les problèmes qui sont dans le papier, s’ils ne sont pas résolus, on les retrouvera dans le numérique. Le papier et le numérique sont indissociables » conclut Pauline Antonini.

En général, les interrogations sur la gestion et la conservation des archives demeurent les mêmes quel que soit le support. Mais c’est justement le « support » qui fait la différence. Aujourd’hui pour le numérique nous ne disposons pas du recul ancestral que nous observons avec le papier.

Contrairement au CST sur les archives au format papier, les Archives départementales de Seine-et-Marne agissent en amont de la création et de la collecte des données d’archives. Cette étape d’anticipation et de sensibilisation est une démarche qualité décisive et nécessaire pour maîtriser l’archivage à venir des flux numériques. Ces principes sont également recommandés par les normes de records management (AFNOR, NF ISO 15 489 et la série NF ISO 30 300).

Les AD de Seine-et-Marne sont une représentation terrain locale. Parallèlement et en d’autres points, les situations et les moyens diffèrent et apportent d’autres modèles d’observation, telles les Archives fédérales suisses imposant aux administrations de verser leur archives conformément aux directives qu’elles ont établies, disponibles sur leur site internet [5]. Elles ont ainsi développé différentes solutions logicielles proposées en téléchargement aux services versants pour pallier aux exigences techniques du transfert des flux de données.

Merci à Pauline Antonini pour sa disponibilité et son professionnalisme.

Sources :

[1] Madame Christine Nougaret, Rapport à Madame Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication, Une stratégie nationale pour la collecte et l’accès aux archives publiques à l'ère numérique, 2017, 53 pages, [en ligne]. Consulté le 5 septembre 2020 sur le site web du Service Interministériel des Archives de France : https://francearchives.fr/file/b0d6555950508ab637adb10ece33d381644d6d37/2017_03_24_RAPPORT_DEFINITIF_NOUGARET.compressed.pdf

[2] Association des archivistes français, Abrégé d’Archivistique, principes et pratiques du métier d’archiviste, AAF, 4è édition, refondue et augmentée, 2020.

[3] AFNOR, Archivage électronique, NF Z 42-013, mai 2019, page 72.

[4] Archives départementales de Seine-et-Marne, Espace Pro. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://archives.seine-et-marne.fr/espace-pro

[5] Archives fédérales suisses, Archivage, Versements numériques. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://www.bar.admin.ch/bar/fr/home/archivage/versement-de-documents/documents-numeriques.html

dimanche 12 juillet 2020

L'Institut des Systèmes Complexes publie une série de cartographies interactives d'études liées au Covid-19[1] grâce à la plate-forme Gargantext.

Gargantext[2] est une plateforme web collaborative, développée en open source par l'Institut des Systèmes Complexes Paris Ile de France (ISC-PIF). Elle permet l'exploration de gros volumes de documents non structurés à partir de son moteur de traitement automatique des langues et de puissants outils de visualisation de données. 
Gargantext a été créé au sein de l'ISC-PIF[3], par une équipe réunie autour d'un noyau de chercheurs et de développeurs tels que David Chavalarias directeur de l'ISC-PIF, le sociologue/développeur Alexandre Delanoë[4] et le développeur Simon Murail. L'initiative associe l'ISC-PIF et le Centre d'Analyse des Mathématiques Sociales. Elle est financée par École des Hautes Études en Sciences Sociales, l’École des Mines, ParisTech, l'Institut Pasteur, et l'Institut Mines Telecom[5].

Curieuse discipline que celle de l'étude des systèmes complexes. Un article paru dans la revue Hermès en 2011 et cosigné par des chercheurs de l'Institut des Systèmes Complexes de Lyon, Éric Bertin, Guillaume Beslon, Olivier Gandrillon, Sébastian Grauwin, Pablo Jensen et Nicolas Schabanel, définit la raison d'être de leur institut de la manière suivante:

« Nous appellerons « complexe » une approche qui vise à comprendre comment la dynamique d'interaction entre des entités micro parvient à créer une unité à un autre niveau d'observation macro. […] Nous défendons l'idée qu'une bonne pratique des « approches complexes » ne peut se faire que dans le cadre d'une interdisciplinarité équilibrée. Or, si l'interdisciplinarité est souvent invoquée par les politiques scientifiques, force est de constater que, dans les faits, les conditions de sa mise en pratique sont loin d'être réunies ; probablement parce que les difficultés de l'interdisciplinarité sont souvent sous-estimées. Au-delà de l'imprécation classique « l'interdisciplinarité passe par la définition d'un langage commun », ce sont l'ensemble des pratiques culturelles qui diffèrent d'une discipline à l'autre.[6] » .
 
Cet accent sur l'interdisciplinarité se retrouve aussi dans la présentation de l'ISC-PIF : « Crée en 2005, L’ISC-PIF est une unité de service et de recherche du CNRS dédiée au développement inter-institutionnel et inter-disciplinaire de la recherche sur les systèmes complexes[7] ».
L'utilisation d'outils cartographiques en adéquation avec l'approche micro/macro, facilite donc l'interdisciplinarité. Elle présente sans distinction de spécialités un ensemble de plus de 6500 études sur les coronavirus, parues depuis les années 2000, classées par thèmes et occurrences retrouvés par les outils de text mining et de natural language processing de Gargantext. David Chavalarias explique ainsi que :

 « En montrant explicitement les liens qui existent entre des termes utilisés par des communautés différentes, ces visualisations peuvent pousser les scientifiques à échanger leurs idées pour avancer. C'est d'ailleurs souvent à l'intersection entre les spécialités que se font les découvertes importantes. Dans ce sens, j'ai réalisé le 5 avril, à partir de près de 17 000 articles publiés là aussi sur les vingt dernières années, une autre carte qui synthétise la recherche sur les antiviraux de manière large. Sur cette carte, le coronavirus est un domaine parmi d'autres et l'idée est de visualiser les recherches qui se font ailleurs (herpès, cancer...) pour éventuellement trouver des réponses propres au Covid-19 [8]».  

Outil de travail bibliographique pour le chercheur, cette carte met en valeur les communautés thématiques des recherches sur le coronavirus. Elle est construite à partir des occurrences de thèmes communs aux différents textes. La taille des points est proportionnelle à la fréquence d'apparition de termes représentatifs du corpus.
Cartographie des recherches liées aux Coronavirus. Crédit: David Chavalarias

Les personnes intéressées par Gargantext pourront trouver ici une présentation de l'outil pour la veille, l'analyse de données brutes et leur organisation sous forme de cartes sémantiques : https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf [9].

On trouvera de même, à cette page, un tutoriel pour une utilisation sur les bases de données linguistiques du Crisco : http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865 [10].


[1] Cartographie des connaissances liées au coronavirus – David Chavalarias Homepage, https://iscpif.fr/chavalarias/?p=1712, consulté le 12 juillet 2020.
[2] Gargantext – Text analytics software from ISC-PIF CNRS, https://iscpif.fr/gargantext/, consulté le 12 juillet 2020.
[3] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[4] Delanoë Alexandre, 25 novembre 2016, Vidéo : Des outils pour un état de l’art, https://iscpif.fr/2016/11/11543/, consulté le 12 juillet 2020.
[5] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, About – Gargantext, https://iscpif.fr/gargantext/about/, consulté le 12 juillet 2020.
[6] Bertin Éric, Gandrillon Olivier, Beslon Guillaume, Grauwin Sebastian, Jensen Pablo et Schabanel Nicolas, 2011, « Les complexités : point de vue d’un institut des systèmes complexes », Hermes, La Revue, 2011, n° 60, no 2, p. 145‑150.
[7] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France – Un Institut par et pour les chercheurs, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[8] Bourdet Julien, 2020, Visualiser la recherche sur le coronavirus en un coup d’œil, https://lejournal.cnrs.fr/articles/visualiser-la-recherche-sur-le-coronavirus-en-un-coup-doeil , 22 avril 2020, consulté le 12 juillet 2020.
 La cartographie des essais cliniques est visible à cette page : Chavalarias David, Mapping of Coronavirus Clinical Trials, http://maps.gargantext.org/maps/clinicaltrials/, consulté le 12 juillet 2020.
[9] Leitzelman  Mylène, Présentation de Gargantext, https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf, consulté le 12 juillet 2020.
[10] Chardon Laurette, 2019, CRISCO - Université de Caen Normandie - Lettre d’actualités n°7 du DES, UNICAEN, http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865, novembre 2019, consulté le 12 juillet 2020.

dimanche 5 juillet 2020

Eurêkoi, c’est quoi ?

Lorsque l’accès aux ressources documentaires est empêché et/ou que l’on cherche une réponse de qualité, il existe des services exigeants de questions-réponses à distance comme Eurêkoi [1]. Mais à l’heure de l’évolution des usages numériques, un tel service s’inscrit dans une réflexion plus globale sur les « enjeux de la médiation numérique des savoirs » [2]. Mais Eurêkoi, c’est quoi ?

Eurêkoi, est un site qui propose : « Une question ? Une réponse ! En 72h max ».
La Bibliothèque publique d’information (BPI) est à l’origine de ce service gratuit créé en 2006 sous le nom de BiblioSés@me, devenu Eurêkoi en 2015, qui met en relation des internautes avec les bibliothécaires de cinquante bibliothèques françaises et belges [3]. Les internautes peuvent poser des questions ou demander des conseils de livres, films ou séries. Le public cible n’étant pas un public universitaire, Eurêkoi s’adresse aujourd’hui avant tout à un public jeunesse [4] ou sénior via une application mobile et des formulaires présents sur les sites des 50 bibliothèques partenaires. Il est aussi présent sur les réseaux sociaux.

Si le service de questions-réponses marche bien, le service de recommandation est ralenti. Le réseau, qui à son origine était novateur, se pose aujourd’hui des questions quant aux périmètres du service, le paysage de la recommandation ayant changé du fait de la prépondérance des algorithmes dans le champ de la recherche d’information avec, en premier lieu, celui de Google.
Vanessa Derouen, coordinatrice du réseau, explique que le service doit se réinventer [5]. Centré sur l’exigence et la qualité des réponses, il s’agit de valoriser « des moteurs de recherche vivants : les bibliothécaires », même si le réseau peine à recruter de nouveaux collègues car c’est un service « lourd ». Pour cela, la recommandation doit être encore plus personnalisée et de nouvelles pistes sont à explorer : créer une communauté, renforcer les liens avec la musique, le jeu, la vidéo, s’inscrire dans de grands événements pour gagner en visibilité.

Car même si Eurêkoi a maintenu son service en période de confinement, au contraire du Guichet du savoir par exemple, il souffre d’un déficit de visibilité.
Le 27 avril 2020, Silvère Mercier, ancien coordinateur du réseau, écrivait sur son compte twitter [6] : « Regrets que malgré la mobilisation des bibliothécaires (500 personnes !) on ne parle pas plus d’@eurekoi comme un service de continuité des bibliothèques en période de confinement ! Il y a un savoir-répondre à distance trop peu connu ! ».
Dans l'ouvrage, Médiation numérique des savoirs, coécrit avec Lionel Dujol [7], les auteurs jugent les services de questions-réponses d’Eurêkoi « précieux » au regard de la personnalisation de la relation et d’une médiation qu’ils distinguent de la simple communication.
Une dimension relationnelle entre l’internaute et le bibliothécaire qui est au cœur du service d’Eurêkoi et des réflexions actuelles de ses acteurs afin de continuer à le faire vivre. [8]

Merci à Gaël Dauvillier et Vanessa Derouen, coordinatrice du réseau Eurêkoi, pour leur réactivité et disponibilité.
[1] Eurêkoi - complice de votre curiosité ou Le Guichet du savoir pour la bibliothèque municipale de Lyon.
[2] FOURMEUX, Thomas. "Coronavirus, le virage manqué des bibliothèques", La gazette des communes. 06/04/2029. Disponible en ligne. (Consulté le 02/05/2020):  <https://www.lagazettedescommunes.com/670473/coronavirus-le-virage-manque-des-bibliotheques/> 
[3] Coordonnées par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
[4] Le 26 mars 2020, Eurêkoi était présenté dans l'émission Barbatrucs sur France Inter: BARBA, Dorothée. "Questions des enfants: des bibliothécaires vous aident à répondre!". France Inter. 26/03/2020. Disponible en ligne. (Ecouté le 27/03/2020). <https://www.franceinter.fr/emissions/barbatrucs/barbatrucs-26-mars-2020>
[5] Entretien téléphonique avec Vanessa Derouen le 05/05/2020.
[6] Silvère Mercier sur twitter: lien vers le compte
[7] DUJOL, Lionel, MERCIER, Silvère. Médiation numérique des savoirs. 
Des enjeux aux dispositifs. Les éditions Asted. 22/11/2017. 
Disponible en ligne (consulté le 05/05/2020):
<http://mediation-numerique-des-savoirs.org/>
[8] Eurêkoi fait parler de lui : pour en savoir plus 

mardi 30 juin 2020

"Cookie walls", l'interdiction de la CNIL se heurte au Conseil d'Etat


En juillet 2019, la CNIL avait émis une ligne directrice interdisant les « cookie walls », pratique qui bloque l’accès au contenu d’un site internet en cas de refus des cookies par l’internaute. Par une décision du 19 juin 2020, le Conseil d’Etat a jugé que l’interdiction des « cookie walls » par une ligne directrice de la CNIL était illégale. Cet épisode judiciaire illustre les différends opposant la CNIL et les éditeurs de sites sur l’interprétation du RGPD. 

Le 4 juillet 2019, la CNIL a adopté un plan d’action sur le ciblage publicitaire concernant la protection juridique des internautes confrontés à l’acceptation de cookies lors de la consultation de sites internet. Dans le contexte du renforcement des droits des internautes posé par le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), entré en vigueur en mai 2018, plusieurs lignes directrices ont été retenues, visant à renforcer les modalités pratiques du recueil du consentement aux cookies. Les traceurs de connexion permettent en effet aux éditeurs de sites d’obtenir des données relatives aux internautes qui peuvent ensuite être revendues pour mettre en place des publicités personnalisées. [1]

Suite à la contestation des mesures posées par la CNIL par des associations et syndicats professionnels du secteur publicitaire, de l’e-commerce et des médias, le Conseil d’Etat a annulé, par une décision du 19 juin 2020, l’interdiction générale des « cookie walls » posée par la CNIL. Le Conseil d’Etat a en effet censuré la recommandation de la CNIL estimant que l’accès à un site internet ne pouvait jamais être soumis à l’acceptation de cookies. Le Conseil d’Etat a motivé sa décision en arguant du fait que des lignes directrices sont un instrument de droit souple et ne peuvent donc pas poser d’interdiction générale [2]. L’avocat des associations requérantes a estimé que « cette décision du Conseil d’Etat est un retour à l’esprit d’équilibre du RGPD qui ne prévoit pas d’interdiction de principe » [3]. 

La CNIL a fait savoir qu’elle prenait acte de la décision du Conseil d’Etat. En revanche, les autres recommandations voulues par la CNIL en juillet 2019 sont confirmées par le Conseil d’Etat [4] :
-    Le refus du consentement ou le retrait du consentement des internautes aux traceurs de connexion doit pouvoir être réalisé facilement ;
-    Les sites utilisant des traceurs de connexion doivent mettre en place une information spécifique sur les différentes finalités des traceurs consentis par l’internaute ;
-    Les internautes doivent pouvoir connaître l’identité des responsables de traitement qui déposent les cookies.
-    La charge de la preuve du consentement valide de l’internaute repose sur ces mêmes responsables de traitement.

Bien que cette décision du Conseil d’Etat puisse être considérée comme un désaveu pour la CNIL, le Conseil d’Etat n’est pas intervenu pour juger de la légalité ou de l’illégalité sur le fond des « cookie walls », mais bien de l’illégalité de les interdire par un acte de droit souple (par une ligne directrice en l’occurrence). La question reste donc en suspens. Les lignes directrices émises par la CNIL seront prochainement précisées pour aboutir à un guide pratique proposant des modalités concrètes de recommandations aux éditeurs de site pour le recueil du consentement aux cookies. Cette prochaine étape devrait intervenir en septembre 2020.

Sources:

[1] CNIL. « Cookies et autres traceurs : la CNIL publie de nouvelles lignes directrices ». Cnil.fr. [En ligne]. 18 juillet 2019. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.cnil.fr/fr/cookies-et-autres-traceurs-la-cnil-publie-de-nouvelles-lignes-directrices >

[2] Conseil d’Etat. « Le Conseil d’État annule partiellement les lignes directrices de la CNIL relatives aux cookies et autres traceurs de connexion ». conseil-etat.fr. [En ligne]. 19 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/le-conseil-d-etat-annule-partiellement-les-lignes-directrices-de-la-cnil-relatives-aux-cookies-et-autres-traceurs-de-connexion >

[3] DEBES, Florian. « La CNIL mise en difficulté sur les “ cookie walls” ». lesechos.fr. [En ligne]. 14 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/la-cnil-mise-en-difficulte-sur-les-cookie-wall-1214538 >

[4] CNIL. « Cookies et autres traceurs : le Conseil d’État rend sa décision sur les lignes directrices de la CNIL ». Cnil.fr. [En ligne]. 19 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.cnil.fr/fr/cookies-et-autres-traceurs-le-conseil-detat-rend-sa-decision-sur-les-lignes-directrices-de-la-cnil >