jeudi 19 novembre 2020

Le patrimoine numérique : quel destin pour nos données après notre mort ?

Tout utilisateur d’internet, qu’il le veuille ou non, se constitue un patrimoine numérique composé de l’ensemble des données qu’il laisse sur divers supports et sur internet (comptes email, profils de réseaux sociaux, historiques des recherches, etc.). À notre mort, la conservation et la gestion de ce patrimoine peut susciter des problèmes. Mais, en France, le devenir de ce patrimoine numérique fait l’objet d’une législation qui permet aux proches ou héritiers, même en l’absence de directives de la part du défunt, de disposer, à leur guise, de ces données.

Si l’immortalité n’est pas assurée pour autant, la mort physique n’épuise pas, en effet, la vie d’un utilisateur d’internet car les données qu’il a laissées derrière lui restent disponibles et forment ce qu’on appelle l’identité numérique qui perdure bien après la mort réelle. Le patrimoine numérique, c’est-à-dire « l’ensemble des données électroniques qu’un utilisateur laisse sur divers supports de données et sur Internet en cas de décès »[1], peut faire l’objet d’exploitation et de traitement assez particuliers, comme, entre autres, assurer au défunt une « existence » outre-tombe. Sans traiter de la question de l’immortalité numérique que nous nous promettons d’aborder dans un prochain billet, on peut, toutefois, réfléchir sur le problème de l’héritage numérique qui pose de sérieux problèmes juridique et éthique. En effet, le 8 septembre 2020, la cour fédérale de justice de Karlsruhe en Allemagne a décidé d’autoriser les parents d’une jeune fille écrasée en 2012 par un métro à accéder à son compte Facebook afin de déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un suicide. Le compte était verrouillé par Facebook pour des raisons de confidentialité. En 2018, ils avaient déjà obtenu de la cour fédérale de justice le droit d’accès aux données de leur fille contre Facebook qui arguait qu’un tel accès violait la confidentialité des utilisateurs qui communiquaient avec la défunte. A la suite de ce jugement favorable, Facebook leur avait remis une clé USB contenant les données laissées par la jeune fille et présentées en un document pdf de 14 000 pages, difficilement exploitables. Insatisfaits, les parents poursuivirent leur combat pour accéder non pas seulement aux données mais au compte lui-même. Ce qui leur fut accordé le 8 septembre 2020. En France, le problème de l’héritage numérique est réglé par l’article 63 de la loi pour une République numérique du 7 Octobre 2016 qui donne à chaque utilisateur la possibilité d’organiser la gestion de ses données personnelles après sa mort :

« Toute personne peut définir des directives relatives à la conservation, à l’effacement et à la communication de ses données à caractère personnel après son décès ».

Même en l’absence de ce qu’on pourrait nommer un testament numérique, c’est-à-dire dans le cas où l’utilisateur n’a pas laissé de consignes claires sur la gestion des données qu’il laisse, la loi dite Lemaire autorise les héritiers à se substituer dans l’exercice de ses droits au défunt, de telle sorte que même en l’absence de directives sur la gestion des données, ces derniers peuvent décider de la conservation ou non des données « sauf, précise ladite loi, lorsque la personne concernée a exprimé une volonté contraire dans les directives ».

Sources: 
1. Leparisien : « Facebook : les parents d’une ado décédée en 2012 enfin autorisés à accéder à son compte ». Consulté le 17/11/2020. Disponible sur < https://www.leparisien.fr/societe/facebook-les-parents-d-une-ado-decedee-en-2012-enfin-autorises-a-acceder-a-son-compte-08-09-2020-8380959.php
2. CNIL : « Mort numérique : peut-on demander l’effacement des informations d’une personne décédée ? ». Consulté le 17/11/2020. Disponible sur < https://www.cnil.fr/fr/mort-numerique-effacement-informations-personne-decedee
3. Légifrance : « LOI n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique ». Consulté le 17/11/2020. Disponible sur < https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000033202746/2020-11-19/
4. Avocats/Droits/Succession : « Mort numérique ». Consulté le 17/11/2020. Disponible sur < https://avocat-droit-succession-cahen.fr/apres/mort-numerique/
5. Justifit : « Mort numérique : le droit à l’oubli en cas de décès ». Consulté le 17/11/2020. Disponible sur < https://www.justifit.fr/b/guides/droit-informatique/mort-numerique-droit-oubli-deces/

mercredi 18 novembre 2020

Le poids informationnel de WhatsApp remarqué dans le cadre de l’information sur le coronavirus

Le 18 mars 2020, WhatsApp a annoncé, un partenariat avec l'OMS ainsi qu'une donation d’un million de dollars à l’International Fact-Checking Network (IFCN) du Poynter Institute. [1]


WhatsApp, pédagogue et actif en matière de lutte contre les fausses informations…

WhatsApp est une application de messagerie pour mobile ou ordinateur. Elle est possédée par Facebook depuis son rachat en 2014 [2]. Sur une page de son site internet, WhatsApp explique comment utiliser l’application, s’adressant notamment aux « responsables publics locaux » comme les membres du corps médical, les enseignants et les entreprises [3].
Vous y trouverez un lien qui dirige vers le canal de conversation propre à l’OMS [4], disponible en français depuis le 27 mars 2020 [5]. Pour rejoindre la conversation, l’utilisateur doit installer l’application WhatsApp et envoyer « salut » au +41 22 501 72 98. Cette conversation est destinée à tout le monde, aussi bien aux professionnels de santé qu’aux particuliers soucieux d’être informés aux mieux des nouvelles concernant la Covid19 [5].

Au-delà de son partenariat avec l’OMS, WhatsApp a effectué une donation d’un million de dollars à l’International Fact-Checking Network (IFCN) [1]. Cet organisme appartient au Poynter Institute, une école de journalisme américaine à but non lucratif, très investie dans la vérification des faits [6]. L’IFCN propose notamment une page internet renvoyant à des sources vérifiées, signataires d'un code de principes sur lesquels veille l'organisme [7]. Via WhatsApp, l’IFCN propose également un « bot de vérification ». De même qu’avec l’OMS, un canal de discussion propre à l'IFCN a été mis en place pour n’importe quel interlocuteur souhaitant vérifier une information. Pour utiliser ce service, il faut télécharger l’application et rejoindre la discussion au numéro de téléphone correspondant à celui de notre pays [8].

...et non sans raison

Il n’échappe à personne que ces services d’information en partenariat avec l’OMS et l’IFCN invitent les personnes qui ne sont pas utilisatrices de la messagerie à la télécharger [4] [8]. WhatsApp est gratuit mais cherche à augmenter son nombre d’utilisateurs. Aujourd’hui, l’application a dépassé la barre colossale des deux milliards d’utilisateurs dans le monde [9].

En renforçant sa pédagogie à propos de la fiabilité des sources d’information, WhatsApp donne de réelles clés à ses utilisateurs et remplit son devoir envers eux et en tant qu’entreprise responsable. Que l’on soit ou non en faveur de la plateforme de messagerie, force est d’admettre qu’elle a déployé de remarquables efforts pour faciliter à ses utilisateurs l’accès à une information vérifiée.

Cette dynamique de méfiance face aux informations délicates et non-vérifiées est d’autant plus nécessaire que les fausses informations et les arnaques se propagent rapidement sur la plateforme. Une personne mal intentionnée peut rédiger un message malveillant et compter sur la naïveté ou la bonne volonté des utilisateurs pour se laisser tromper [10]. 

Personne n'est à l’abri de recevoir un message d’un expéditeur inconnu. Au mieux, c’est une erreur et rien de grave ne s'en suit. Mais cela peut aussi être une fausse information ou une information invérifiable qui se propage sur la toile (un « hoax »), auquel cas il en va de la responsabilité de chacun de se garder de la diffuser à son tour. Plus gênant encore, un message d’origine inconnue peut être malveillant et avoir pour but de récupérer certaines de vos données personnelles (« phishing » ou « hameçonnage ») ou d’installer un virus sur votre téléphone ou votre ordinateur.

Quelques exemples de fausses informations ou de messages malveillants mises en œuvre via l’application WhatsApp [10] :

- Message indiquant qu’une version améliorée et payante de WhatsApp appelée « Gold » va sortir, incitant à cliquer pour y avoir accès [11].

- Message contenant un lien vous renvoyant soi-disant vers le code de vérification de votre compte. [10]

- Message contenant des bons d’achat [10].

- Message proposant d’appeler un numéro de téléphone au motif que l'utilisateur aurait demandé à transférer son numéro vers un autre appareil [10].

En dehors du fait que ces messages sont des arnaques, quel est le point commun des exemples cités ci-dessus ? 

Ils incitent tous l’utilisateur à passer à l’action, comportent un « call-to-action », poussant à transférer un message, à télécharger une pièce ou à cliquer sur un lien [12]. En cliquant, l’utilisateur prend le risque de télécharger un logiciel malveillant ou d’être redirigé vers un espace où il devra renseigner des informations personnelles.

Quelle posture adopter en cas de doute [10] [11] [12]
 ?
Ne pas cliquer sur les liens ou les documents contenus dans le message
.
Vérifier l’information auprès de sources fiables
 [3] [7].
Ne pas transférer le message [3]. Si vous souhaitez alertez vos proches à propos d’un message malveillant qui circule sur WhatsApp, rédigez vous-même un message qui ne comportera alors aucun lien ni aucune consigne appelant votre destinataire à une action nuisible.


 

 Mise en perspective et enjeux actuels

La messagerie est une plateforme d’intermédiation. Elle ne produit rien, mais permet de mettre en relation des acteurs. Ce positionnement a fait le succès des plateformes numériques d’intermédiation les plus connues. Amazon et Netflix — qui sont désormais aussi des producteurs de biens matériels et de films — sont avant tout de simples plateformes d’intermédiation mettant des personnes en relation, tout comme Uber, Facebook et Airbnb. Ces plateformes sont propriétaires des données primaires renseignées consciemment par les utilisateurs, et secondaires, traces laissées par l’activité de l’utilisateur [13 p.53].

L'accès aux données utilisateurs des plateformes d’intermédiation — moteurs de recherche, réseaux sociaux, sites internet étrangers — constitue un enjeu géopolitique majeur :
    

    « Pour des raisons historiques et politiques, l’Europe a peur des données. Elle voit dans la société de l’information une immense menace qu’il convient de circonscrire, et qui semble inhiber toute vraie ambition, sans se rendre compte que moins on développe l’industrie de l’information, plus nos données quittent le territoire. » [13 p.45]

    « Grâce à l’analyse des requêtes sur son moteur, Google sait, ou est en capacité de savoir, plus de choses que l’Insee sur la France. » [13 p.46]

Les coopérations WhatsApp - OMS et WhatsApp - IFCN témoignent du poids informationnel endossé par les GAFAM dans la société civile et nous rappelle l'enjeu géopolitique de la propriété des données utilisateurs, qui ne revient actuellement pas aux États mais à une entreprise privée, en l’occurrence nord-américaine.   

Finalement, il est une nécessité pour tous les utilisateurs de se former non seulement à l’utilisation mais aussi à la compréhension des outils numériques afin de mieux appréhender la complexité du monde actuel et de s’en protéger. Ce besoin est en partie comblé par les acteurs du numérique eux-mêmes comme nous l’avons vu ici dans le cas de WhatsApp. Mais en définitive, il relève de la responsabilité de chacun de maîtriser les outils numériques en ayant conscience des enjeux liés aux données primaires et secondaires.

 

 Références bibliographiques :

[1] Programme des Nations Unies pour le Développement. COVID-19 : l’OMS, l’UNICEF et le PNUD s’associent à WhatsApp. En ligne sur undp.org. Publié le 18 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.undp.org/content/undp/fr/home/news-centre/news/2020/COVID-19_WHO_UNICEF_UNDP_Partner_with_WhatsApp_to_Get_Real_Time_Health_Information_to_Billions_around_the_World.html>


[2] WELCH, Chris. Facebook is buying WhatsApp for $16 billion. En ligne sur theverge.com. Publié le 19 février 2014 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.theverge.com/2014/2/19/5427332/facebook-is-buying-whatsapp>


[3] WhatsApp. Comment WhatsApp peut vous aider à rester connecté(e) pendant la pandémie de coronavirus (COVID-19). Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.whatsapp.com/coronavirus?lang=fr>
 

[4] WhatsApp. Discuter sur WhatsApp avec World Health Organization. Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://api.whatsapp.com/send/?phone=41798931892&text=hi&app_absent=0>
 

[5] Organisation Mondiale de la Santé.Le service d’alerte sanitaire WhatsApp de l’OMS désormais disponible en français. Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.who.int/fr/news-room/feature-stories/detail/who-health-alert-brings-covid-19-facts-to-billions-via-whatsapp>
 

[6] Poynter. The International Fact-Checking Network. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.poynter.org/ifcn/>
 

[7] IFCN-Poynter. Verified signatories of the IFCN code of principles. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://ifcncodeofprinciples.poynter.org/signatories>
 

[8] WhatsApp. Organisations spécialisées dans le fact checking IFCN sur WhatsApp. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://faq.whatsapp.com/general/ifcn-fact-checking-organizations-on-whatsapp/?lang=fr>
 

[9] GAUDIAUT, Tristan. WhatsApp atteint le cap des 2 milliards d'utilisateurs. Publié le 14 février 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://fr.statista.com/infographie/amp/20836/nombre-utilisateurs-actifs-mensuels-whatsapp/>
 

[10] STRAUSS, Alina. Les escroqueries les plus courantes sur WhatsApp. En ligne sur tophebergeur.com. Mis à jour le 12 octobre 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.webblog.tophebergeur.com/les-escroqueries-les-plus-courantes-sur-whatsapp.html>
 

[11] CHAMBERS, Georgia. WhatsApp Gold virus 2019: The ‘martinelli’ message explained. En ligne sur EveningStandard.uk. Publié le 28 novembre 2019 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.standard.co.uk/tech/whatsapp-gold-virus-martinelli-message-explained-a4030661.html>
 

[12] Sophos News. WhatsApp Gold : comment détecter un hoax sur les réseaux sociaux ?. En ligne sur sophos.com. Publié le 11 janvier 2019 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://news.sophos.com/fr-fr/2019/01/11/whatsapp-gold-comment-detecter-hoax-reseaux-sociaux/>
 

[13] FRÉNOT, Stéphane et CRUMBACH, Stéphane. Les données sociales, objets de toutes les convoitises. Revue Hérodote, Cyberespace : enjeux géopolitiques, n°152-153, 2014, pages 43 à 66. [consulté le 11 novembre 2020] <http://www.cairn.info/revue-herodote-2014-1.htm>

mardi 17 novembre 2020

Transformation numérique dans les entreprises à l'aune de la Covid-19

  La pandémie de Covid-19  n'a pas exempté les entreprises de ses effets pervers. Elles sont fortement ébranlées dans leurs modes de fonctionnement même si elles avaient entamé leur mue de transformation numérique. Du fait de la gravité de la situation, les entreprises sont obligées de revoir leurs habitudes de travail en instaurant le télétravail de façon généralisée. Ceci étant dit, les conséquences et les manifestations de la Covid-19 permettent de jeter un regard lucide sur la transformation numérique dans les entreprises. 

Les entreprises face à la crise de la Covid-19

Face à l'intensité de la pandémie, de nombreux pays, à l'image de la France, ont adopté des politiques de confinement systémique pour sauver des vies mais aussi l'économie. Dans ce climat triste, les entreprises devaient trouver des solutions conjoncturelles et structurelles. Alors, elles ont décrété le télétravail surtout celles qui avaient déjà amorcé la transformation numérique et qui avaient commencé ce mode de travail. Pour simplifier la mise en place du télétravail, certaines entreprises ont eu recours à des solutions GED pour mieux organiser les flux documentaires.

La GED élément facilitateur du télétravail 

Travailler à distance peut parfois être pénible pour un employé car il peut confronter à une inaccessibilité des documents indispensables à son activité. Alors qu'il doit être efficace pour permettre à l'entreprise d'avoir une santé économique. La gestion électronique de documents communément appelée GED casse les codes voire les barrières physiques de l'entreprise en mettant à disposition des collaborateurs les données dont ils ont besoin dans le cadre de leurs activités. Par ailleurs, à l'aune de la Covid-19, la GED facilite le travail collaboratif car elle permet de créer un espace commun. Dans la mesure où une solution unifiée pour le transfert et le partage fluide des informations est mise en place. Ceci étant dit, la GED met à disposition des employés in fine des collaborateurs des fonctions indispensables pour la bonne marche du télétravail. 

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière l'importance de la transformation numérique des entreprises  sur les nouveaux modes de travail comme le télétravail. Par ailleurs, elle a mis en exergue les nouvelles pratiques managériales que les entreprises doivent adopter.

 

Sources : 

[1] RAUD, Pauline. La crise Covid-19 suffira-t-elle à enraciner la transformation  numérique ? avril 2020 Consulté le 16 Novembre 2020 à l'adresse suivante :  https://www.maddyness.com/2020/04/29/crise-enraciner-transformation-numerique/

[2] FRIMOUSSE, Soufyane. PERETTI, Jean-Marie. Les Changements organisationnels induits par la crise de la Covid-19 : Dans questions de management, mars 2020, n°29, p.105-149 Consulté à l'adresse : https://www.cairn.info/revue-questions-de-management-2020-3-page-105.htm

[3] IGuana. La transformation numérique des entreprises à l'heure du Covid-19, septembre 2020 Consulté le 16 Novembre à l'adresse suivante : https://www.archimag.com/demat-cloud/2020/09/10/iguana-transformation-numerique-covid-coronavirus-ged-archivage

lundi 16 novembre 2020

TousAntiCovid - aura t-il plus de succès que StopCovid ?

 Après l'échec de StopCovid - l’application française de traçage des malades du coronavirus- sa nouvelle version TousAntiCovid a été lancée par le gouvernement le 22 Octobre.  Ce nouvel outil aura-t'il plus de succès que son prédécesseur dans la lutte contre la Covid-19 ? Quels seront les facteurs de réussite ?

Lors de la première vague du Covid du printemps dernier, différents pays européens ont développé  leur propre outil de traçage. Si tous ces outils avaient en commun l'objectif de contenir la propagation du virus, en stoppant au plus vite  les chaines de contamination, tous n'ont pas rencontré le même succès.

En effet, en date du 14 octobre, soit presque 4 mois et demi après son lancement, la France se plaçait en queue de l'Europe avec seulement 2,6 millions  de téléchargements et d'installations de son application StopCovid. A titre comparatif, les chiffres de son pendant britannique et allemand s'élevaient à 16 millions et 18 millions, respectivement.

Par ailleurs, moins de 8000 personnes s'y sont déclarées positives et moins de 500 notifications ont été envoyées à de potentiels cas contacts via StopCovid. [5].

Comment s'explique cette  divergence et que peut-on attendre pour le nouveau outil TousAntiCovid ? 

Rappel du fonctionnement de l'outil

"Lorsque deux téléphones se croisent pendant au moins deux minutes à moins d'un mètre, chacun enregistre l'autre dans l'historique de son application de manière cryptée. Cela permet rétrospectivement que, lorsqu'une personne se déclare positive dans l'application, l'ensemble des utilisateurs de StopCovid qu'elle a croisé soit prévenu. [...] Quand une personne est testé positive, elle reçoit un code à usage unique avec son résultat de test. Si elle le souhaite, elle peut alors utiliser ce code pour signaler dans l'application qu'elle est malade. Les personnes alertées par l'application seront invitées à consulter leur médecin traitant. (...]

La technologie utilisée est celle du Bluetooth en évitant de recourir à des technologies utilisant la géolocalisation des personnes" [12]. 

Toutes les applications Anti-Covid européennes fonctionnent selon ce mode de fonctionnement et il en est  de même pour l'outil TousAntiCovid, qui n'est rien d'autre qu'une mise à jour de l'application StopCovid, enrichie par l'accès à des informations factuelles et sanitaires sur l'épidémie. [4] 

La protection de la vie privée

En Europe, le respect de la vie privée et la protection des données est  un sujet de société important, ayant conduit au  "règlement général de protection des données" (RGPD) en 2018. 

Suite à la décision de la RGPD, l'utilisation de la géolocalisation dans le but de surveiller la propagation de la Covid-19 a été interdite, afin d'assurer "le droit des personnes à leur vie privée, pas seulement pour respecter l'État de droit, mais aussi parce que c'est un gage de confiance, sans lequel les utilisateurs potentiels de ces technologies seront peu disposés à les adopter."[13]

En France, La CNIL a à plusieurs reprises appelé à la vigilance et imposé des exigences supplémentaires au dispositif  "StopCovid", ce qui reflète l'importance que les Français accordent au sujet du respect de leur vie privée.  [1], [15]

Le contexte sanitaire et politique

Alors que les Français venaient de faire l'expérience inédite de la crise sanitaire de la "première vague" avec un pic sanitaire de plus de 7000 personnes en réanimation pour cause de Covid-19 de, atteint le 08 avril, la situation s'est ensuite continuellement améliorée.

Le jour du lancement de l'application StopCovid, le 02 juin, seulement 1253 personnes étaient encore hospitalisées en réanimation. Heureusement, le déconfinement, survenu deux semaines auparavant, n'avait pas non plus fait partir ces chiffres vers la hausse. [6]

Or, «Dans un contexte où la prévalence de l'épidémie décroît très vite, l'incitation des gens à installer l'application est limitée», a reconnu le secrétaire d'Etat au numérique.[16]

En revanche, la nouvelle version TousAntiCovid a été introduite  au moment où la deuxième vague de contamination submergeait l'Europe, à une semaine du deuxième confinement. Associée à ce contexte sanitaire "favorable", l'introduction de TousAntiCovid a bénéficié d'une communication réussie, résultant en deux pics de téléchargements importants (voir image ci-dessous).


Evolution des nouveaux utilisateurs de StopCovid/ TousAnticovid dans le context sanitaire
( graphique élaboré en superposant les données épidémiologiques [6] et les données métriques de l'outil de traçage[21])
                         
  • Le premier pic observé, autour du 22-23 octobre est consécutif à l'intervention, le 21 octobre, de Jean Castex et de Cédric O, lors d'une conférence de presse. C'est à ce moment-là que la nouvelle version a été annoncée. D'un coup, l'application a enregistré 919 637 téléchargements en deux jours. 
  • Le second pic observé, autour du 29-30 octobre est consécutif à l'allocution du chef de l'État, le 28 octobre et la conférence de presse de Jean Castex le lendemain durant lesquelles TousAntiCovid est de nouveau évoquée. En deux jours, l'application a été téléchargée près de 1 700 000 fois [...]

Ces deux pics ont permis de cumuler près de 3 millions de téléchargements en l'espace de cinq jours, qui s'ajoutent aux 2,5 millions de téléchargements "hérités" de StopCovid . [11]

En date du 14 novembre, environ 8,5 millions de téléchargements ont été réalisés et 500 personnes/jour sont notifiées contact.  


Evolution des personnes se déclarant contact, des cas notifiés et du nombre total d'utilisateurs
  ( graphique élaboré basé sur les données métriques de l'outil de traçage[21])

En conclusion: TousAntiCovid rencontre plus de succès que sa première version, StopCovid, mais ce n'est pas encore suffisant. L'objectif est d'atteindre 15 millions de téléchargements d'ici début décembre, date prévue du déconfinement. A titre comparatif, vingt millions de Britanniques ont à ce jour téléchargé et installé leur application à 22 [...] et 22 millions d'Allemands. [17]

La disponibilité des nouvelles fonctions telles que la possibilité de générer des attestations numériques améliorées [18] ou prochainement un carnet de rappel numérique [19] offrent une plus grande ergonomie et sécurité [10], ce qui devrait inciter davantage les Français à utiliser l'application .

La désinformation sur la Covid-19

La crise sanitaire a conduit à l'émergence d'un raz-de-marée de désinformation, qui se propage presque aussi vite que le virus, parmi lesquels un grand nombre mettent en cause la gravité de la la crise sanitaire, voire son existence, et par conséquence les moyens mis en oeuvre pour y faire face. Il est évident, que cette désinformation a eu un impact négatif sur le taux d'utilisation de l'application de traçage de la Covid-19. [20]

Afin de démanteler ces fausses informations, et dans le but de favoriser l'éducation au médias, l'AFP  a lancé dès le début de la pandémie un partenariat inédit avec Facebook France, avec une campagne de vidéos sur les fausses informations au sujet du Covid-19, disponibles sur son son site factuel.afp.com.  Le succès de cette campagne s'est traduit par une augmentation de l'audience du site de 900% au moment du pic de la première vague [7] et actuellement, au moment de la deuxième vague, les nouvelles fausses informations n'arrêtent pas d'affluer. Un bel exemple de l'utilité du fact-checking en cette période de crise sanitaire. 

Bibliographie

[1] SOW, Mamadou.Covid-19: concilier la surveillance et la protection de la vie privée. CNAM. Universblog.19/05/2020 [consulté le 09/11/2020] http://bloguniversdoc.blogspot.com/2020/05/covid-19-concilier-la-surveillance-et.html

[2] LESAVRE, Marie: TousAntiCovid: 4,2 millions de téléchargements en France. AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.27/10/2020  [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/tousanticovid-42-millions-de-telechargement-en-france-85257>

[3] LESAVRE, Marie: L'application TousAntiCovis à nouveau fonctionnelle après une saturation.AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.23/10/2020  [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/lapplication-tousanticovid-a-nouveau-fonctionnelle-apres-une-saturation-85073/>

[4]  NATHAN, Michael: Covid-19.Gouvernement Français. Portail d'information [consulté le 09/11/2020]< https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/tousanticovid>

[5] LESAVRE, Marie: TousAntiCovid: 4,2 millions de téléchargements en France. AFP. Les Techniques de l'IngénCovid-19: « Tous anti-Covid », nouvelle application de traçage du gouvernement (Macron). AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.27/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/covid-19-tous-anti-covid-nouvelle-application-de-tracage-du-gouvernement-macron-84832/>

[6] LUCCHESI, Laure: synthèse-fra. données relative à l'épidémie de Covid-19 en France. Gouvernement Français.MAJ 14/11/2020 [consulté le 14/11/2020]<https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/donnees-relatives-a-lepidemie-de-covid-19-en-france-vue-densemble/#>

[7] FRIES, Fabrice: Covid-19! L'AFP lance une initiative avec Facebook en France L'AFP sur tous les fronts de lutte contre les fausses informations.AFP. 16/04/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www.afp.com/fr/lagence/communiques-de-presse/covid-19-lafp-lance-une-initiative-avec-facebook-en-France>

[8] FRIES, Fabrice: Les hôpitaux "pas débordés" car les chiffres sur les lits de réanimation sont une "superchérie"?.AFP Factuel.31/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://factuel.afp.com/covid-19-les-reanimations-ne-sont-pas-debordees-faux>

[9] GRABLY, Raphaël: Plus de 500,000 Personnes ont installé Tousanticovid en 24 heures. BFM Business. 23/10/2020 [consulté le 09/11/2020]  <https://www.bfmtv.com/tech/plus-de-500-000-personnes-ont-installe-tous-anti-covid-depuis-hier_AN-202010230128.html>

[10] TRUJILO, Elsa: Carnets de rappel: ce que les restaurateurs peuvent faire (ou non) de vos données. BFM Business.06/10/2020 [consulté le 09/11/2020]<https://www.bfmtv.com/tech/carnets-de-rappel-ce-que-les-restaurateurs-peuvent-faire-ou-non-de-vos-donnees_AN-202010060229.html>

[11] DEMAGNY, Xavier, FLOCHEL, Claire: TousAntiCovid: les chiffres montrent "l'effet Macron" sur les téléchargements. France Inter.10/11/2020  [consulté le 10/11/2020]<https://www.franceinter.fr/tousanticovid-les-chiffres-montent-l-effet-macron-sur-les-telechargements>

[12] NATHAN, Michael: A propos de StopCovid/Comment cela fonctionne-t'il ?. Gouvernement Français [consulté le 09/11/2020]  <https://www.economie.gouv.fr/stopcovid-faq>

[13] UNTERSINGER, Martin: Coronavirus « Les applications de “contact tracking“ appellent la vigilance particulière ». Le Monde. Publié le 07/04/2020.[Consulté le 01/05/2020] <https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/05/coronavirus-les-applications-de-contact-tracing-appellent-a-une-vigilance-particuliere_6035639_4408996.html>

[14] DENIS, Marie-Laure: "TousAntiCovid": La CNIL revient sur l'évolution de l'application "StopCovid".CNIL. Publié le 23/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www.cnil.fr/fr/tousanticovid-la-cnil-revient-sur-levolution-de-lapplication-stopcovid>

[15] VERGARA, Ingrid:  Application StopCovid: la Cnil clôture la mise en demeure du ministère de la Santé.Le Figaro. Publié le 20/07/2020, MAJ le 04/09/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/application-stopcovid-la-cnil-met-en-demeure-le-ministere-de-la-sante-20200720>

[16] :  FEUILLEE, Marc: Stopcovid: 1,5 million de téléchargements et "une poignée de notifications, selon Cédric O. Le Figaro. Publié le 11/06/2020 [Consulté le 09/11/2020]< https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/stopcovid-1-5-million-de-telechargements-et-une-poignee-de-notifications-selon-cedric-o-20200611>

[17] BEMBARON, Elsa: TousantiCovid vise les 15 Mio de téléchargements. Le Figaro. Publié le 03/11/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/tousanticovid-vise-les-15-millions-de-telechargements-20201103

[18] BECHADE, Corentin: Comment Générer son attestation de sortie sur TousantiCovid. Les Numériques. Publié le 03/11/2020 [Consulté le 09/11/2020]<https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/comment-generer-son-attestation-de-sortie-sur-tousanticovid-n156493.html>

[19] KAHN, Samuel: Quels nouveautés pour la nouvelle application de Traçage Tousanticovid?.Le Figaro. Publié le 22/10/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/quelles-nouveautes-pour-la-nouvelle-application-de-tracage-francaise-tousanticovid-20201022>

[20]MAFFRE, Bernard: https://www.lindependant.fr/2020/06/09/fake-news-non-le-gouvernement-ninstalle-pas-en-douce-lapplication-stopcovid-sur-les-smartphones,8924101.php

[21] QUEST, Christian: ficher tac-metriques.csv (Métriques d'utilisation de l'application TousAntiCovid. Gouvernement Français. Publié e 13/10/2020, MAJ le 15/10/2020 [Consulté le 16/10/2020]<https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/metriques-dutilisation-de-lapplication-tousanticovid/>

Vers un affichage dynamique éco-responsable

Au mois de  mars 2020, la startup Ecodisplay recevait le label « GreenTech Innovation »[1] dans la catégorie « Efficacité énergétique ». En juin 2020, la startup INKcoming réalisait une deuxième levée de fonds.[2] Leur objectif commun : développer un affichage dynamique éco-responsable. Comment relever ce challenge ?

 

L’affichage dynamique : un dispositif énergivore   

L’affichage dynamique est un outil digital utilisé pour la communication interne en entreprise visant à remplacer l’affichage papier traditionnel. Il permet d’informer les collaborateurs, et les visiteurs, par l’intermédiaire d’écrans placés dans les locaux professionnels (espaces partagés, salles de réunion, accueil…).[3] Il est ainsi possible de diffuser des notes de service, des messages d’accueil, des communications de résultats économiques, financiers… en temps réel.[1] L’affichage dynamique sert également à la signalétique interne ou encore pour afficher des messages d’urgence. Via une gestion centralisée, le contenu affiché sur les écrans peut être mis à jour de façon simplifiée. Les informations ainsi diffusées attirent davantage l’attention de leur public.[3]

Des offres de dispositifs d’affichage dynamique existent déjà sur le marché. Ces solutions utilisent généralement des écrans LCD ou LED qui fonctionnent environ 12 heures par jour. Ces dispositifs sont énergivores.[2] De plus, les écrans LED classiquement utilisés pour l’affichage dynamique peuvent avoir un impact sur la santé des collaborateurs et du public. Selon l’ANSES, qui a publié un avis en avril 2019 [4], les LED peuvent avoir des effets négatifs sur la santé humaine et sur l’environnement. Sont notamment relevés les effets toxiques de la lumière bleue produite par les LED sur la rétine, ainsi que la perturbation de l’horloge biologique.  

Alors que de nombreuses entreprises s’engagent dans une démarche RSE, quelle solution ces deux startups proposent-elles pour relever le défi de l’éco-responsabilité ? : la mise en place d’écrans utilisant la technologie du papier numérique.

Le papier numérique (ou epaper, encre électronique) : de quoi s’agit-il ?

Cette technologie, reposant initialement sur un affichage en noir et blanc, est principalement connue comme celle utilisée dans les liseuses. Mais elle est également utilisée pour les étiquettes de signalétique.[5]

Ces écrans reproduisent l’effet du papier et offrent une clarté d’affichage élevée, sans rétroéclairage.[5] Le papier numérique est réflectif et utilise la lumière ambiante de manière analogue au papier classique[2]. Au-delà du confort visuel, cette technologie présente une caractéristique importante : elle ne consomme de l’énergie que lorsque l’image affichée est mise à jour [5]. Lorsqu'une image statique est affichée, aucune énergie n’est consommée.  Le papier numérique est connecté afin de permettre les mises à jour instantanées.[2]

En 2020, le marché du papier numérique est boosté par des innovations technologiques récentes. La taille des écrans a augmenté de manière significative au cours de ces dernières années, dépassant dorénavant les 13 pouces [2] ce qui ouvre le champ à de nouvelles utilisations pour l’affichage dynamique. De plus, cette technologie permet aujourd’hui de produire des écrans permettant l’affichage couleur. En 2019, E Ink a lancé un écran couleur de 26 pouces et compte en produire 10 fois plus en 2020.[7] Malgré la crise économique actuelle, le société E Ink Holdings, leader mondial du marché du papier numérique, a connu au cours du premier trimestre une augmentation de ses résultats de 80% par rapport au premier trimestre 2019.[6] 

Les offres d’Ecodisplay et d’Inkcoming 

Ces deux startups proposent des applications logicielles d’affichage dynamique, notamment pour la communication interne, et des écrans connectés sans fil sur batterie pour le matériel.[8][9]

Les écrans basés sur la technologie du papier numérique proposés par Ecodisplay (disponibles en janvier 2021), d’une taille de 32 pouces, ont une consommation énergétique particulièrement faible : ils consomment 100 fois moins d’énergie que les écrans LED ou LCD. Ainsi, une économie significative de 0,8 t de CO2 est réalisée sur le cycle de vie d’un écran.[1] INKcoming annonce une consommation analogue pour ses écrans.[2]


Ces offres sont récentes. La volonté des entreprises de s’investir dans une démarche éco-responsable est d’actualité, le secteur matériel du papier numérique est en pleine évolution. Cette proposition technique sera-t-elle suffisamment accessible économiquement pour permettre à ces deux startups de s’imposer face à leurs concurrents classiques du marché de l’affichage dynamique destiné à la communication interne ?


Sources :

[1] MAROUANI, Jacques. Des écrans qui consomment 100 fois moins d’énergie que les Led ou les LCD. ElectroniqueS, novembre 2020, n°120, p.26. [En ligne]. [Consulté le 05 novembre 2020]. < http://www.electroniques.biz/index.php/news/itemlist/category/29-revue-electroniques >

[2] LOVENS, Pierre-François. INKcoming, start-up spécialisée dans l’affichage électronique responsable, boucle une deuxième levée de fonds. lalibre.be. [En ligne]. Publié le 26 juin 2020 Mis à jour le 06 juillet 2020. [Consulté le 31 octobre 2020]. < https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/avec-inkcoming-l-affichage-devient-ecoresponsable-5ef469ba7b50a66a59bf2742 >  

[3] Digi-Solution. Qu’est-ce que l’affichage dynamique ?. digi-solution.fr. [En ligne]. Mis à jour le 21 septembre 2019. [Consulté le 11 novembre 2020]. < https://www.digi-solution.fr/affichage-dynamique-fonctionnement-avantages >

[4] Anses. Effets sur la santé humaine et sur l’environnement (faune et flore) des diodes électroluminescentes (LED). Anses.fr. [En ligne]. Mis à jour en avril 2019. [Consulté le 07 novembre 2020]. < https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2014SA0253Ra.pdf

[5] E-Ink-info. Introduction - What is E Ink and E-Paper?. e-ink_info.com. [En ligne]. Mis à jour le 16 septembre 2019. [Consulté le 06 novembre 2020]. < https://www.e-ink-info.com/introduction >

[6] PARZONKO, Karolina. Le papier électronique gagne en popularité. lettresnumeriques.be. [En ligne]. Publié le 21 août 2020. [Consulté le 07 novembre 2020]. < http://www.lettresnumeriques.be/2020/08/21/le-papier-electronique-gagne-en-popularite >

[7] MERTENS, Ron. E Ink's color e-paper display production lines are running at full capacity. e-ink_info.com. [En ligne]. Publié le 22 juin 2020. [Consulté le 06 novembre 2020]. < https://www.e-ink-info.com/e-inks-color-e-paper-display-production-lines-are-running-full-capacity >

[8] Ecodisplay. Accueil. Ecodisplay.fr. [En ligne]. Mis à jour le 29 septembre 2020. [Consulté le 03 novembre 2020]. < https://www.ecodisplay.fr >

[9] INKcoming. Home. Inkcoming.com. [En ligne]. Mis à jour le 24 septembre 2020. [Consulté le 31 octobre 2020]. < https://www.inkcoming.com/fr >


dimanche 15 novembre 2020

La dématérialisation, les entreprises françaises en font un projet prioritaire en cette période de confinement

La propagation des outils informatiques ou des technologies de l'information et de la communication a profondément impacté le travail du spécialiste de l'information documentaire en général. Les fonds, principalement papiers, il y a de cela quelques années, ont fait place à des documents numériques qui impliquent un traitement documentaire spécifique et adéquat. Le stockage des données, leur diffusion, leur pérennité, le risque juridique et leur mise en valeur sont autant des points à revoir si l'on souhaite s'adapter aux dispositions juridiques de l'ère numérique et le télétravail recommandé en cette période de confinement.

L'objet visé en proposant ce sujet est de montrer les différentes étapes dans la conduite d'un projet de dématérialisation et son importance en cette période de confinement.

Gestion de projet de dématérialisation

La gestion de projet est une démarche visant à organiser le bon déroulement d'un projet du point de vue organisationnel, opérationnel et tactique en respectant l'équilibre qualité-coût-délai.

Nous examinerons son application dans le cadre de la création ou de la mise en place d'un fonds d'archives à l'ère du numérique.

Conduire à bien un projet d'archivage à l'ère du numérique nécessite beaucoup d'exercices.

En premier, il faut cerner la demande (le traitement des éliminations, des versements, la mise en place des systèmes de gestion et de communication des documents tel que l'informatisation du fonds, du tableau de gestion et la mise à disposition, la formation des services versants).  Il est important de dresser un état des lieux en définissant les paramètres à prendre en compte comme les buts de l'archivage, les valeurs (patrimoniale, historique, culturelle), le risque juridique, le cycle de vie des documents et enfin faire des propositions en dégageant les priorités. 

Pour mener à bien un tel projet, il s'agit de faire l'analyse préliminaire. Ensuite vient la mise en oeuvre du projet documentaire en faisant la conception et le phasage en "4P" (plan, processus, personnes et pouvoir). La mise en oeuvre du projet demande de la planification.

La construction du planning passe par la modélisation du réseau de dépendance entre tâches sous forme graphique. Il faut décomposer le projet en sous-ensembles  plus simples et construire un planning en partant de l'objectif Date à atteindre. Le diagramme de GANTT permet de situer dans le temps les phases, les activités, tâches et ressources du projet.

Nous ne pouvons parler de politique d'archivage numérique, de dématérialisation sans parler du choix de l'outil informatique  et le cahier des charges.

En définitive, il nous revient, spécialiste de l'information documentaire de faire un point sur les différents enjeux que constitue un tel projet. Comme enjeux, nous avons les enjeux archivistiques ( cycle de vie du document numérique), technologiques, économiques.

L'objectif de l'archivage est de maitriser les flux numériques, la conservation pour les générations à venir.

L'archivage numérique, de nos jours s'avère utile pour toute organisation s'inscrivant dans le contexte d'évolution des outils de travail. Il donne la possibilité au spécialiste de l'information documentaire ( archiviste...) de faire des recherches à distance, vu le contexte sanitaire actuel, s'agissant d'archives ouvertes, à valeur patrimoniale et culturelle. Même confiné, l'archiviste peut travailler et répondre aux besoins d'information des usagers.

GED, projet prioritaire pour 1 PME sur 3 en période de confinement.

Les TPE-PME françaises ont tiré des leçons du premier confinement auquel elles n'étaient pas préparées. Pour poursuivre leurs activités, bon nombre d'entre elles ont fait du télétravail une possibilité, soutenues par une GED (Gestion électronique des documents) efficace et d'importants projets de dématérialisation. Autant de nouvelles habitudes de travail qui permettent aux entreprises de taille restreinte d'appréhender le re-confinement plus sereinement.

Archimag réalisant une enquête pour Zeendoc a constaté que 80% des structures PME ont opté pour le télétravail dans leur fonctionnement.

Pour les interviewés, la dématérialisation permet de gagner en espace et en temps. Elle contribue à l'efficacité dans la gestion documentaire la traçabilité. La GED est aussi un outil de maintien d'activité surtout en cette période de crise sanitaire. 

Pour Laurence Desoulière, directrice Marketing chez Zeendoc "En temps de crise ou d'instabilité, ce sont (...) les plus petites organisations qui parviennent à s'adapter le mieux aux différents changements" Elle renchérira en disant que "L'avenir appartient donc aux petites organisations adaptables. La transmission digitale tant annoncée aura donc bien lieu. Et plus vite que prévu...C'est une question de survie.

Mais des questions restent posées, le numérique coûte cher, comment un archiviste peut-il convaincre ses supérieurs ou même les acteurs de l'entreprise à passer du 100% papier au 100% numérique ? L'archivage numérique, quelle utilité pour les entreprises ?

Références bibliographiques

[1] http://www.idnum.fr/methodoc/conduire-un-projet-documentaire/

[2] GUYON, Céline. Conduire un projet d'archivage électronique : l'expérience du conseil général de l'Aube. [PDF, autres formats]. [ en ligne]. Le 12/11/2020. Consulté le 16 novembre 2020. Disponible sur : https://francearchives.fr/file/b285eab1e4412af739346d4e574f2fac4ca039ad/static_4876.pdf

 [3] Carré, Fabien. La GED, projet prioritaire pour 1 PME sur 3 en période de confinement. In Archimag [ en ligne]. Le 06/11/2020, mis à jour le 12/11/2020. Consulté le 16/11/2020. Disponible sur https://www.archimag.com/demat-cloud/2020/11/06/ged-projet-prioritaire-pme-periode-confinement mise à jour le 12/11/2020.

vendredi 13 novembre 2020

L'université française à l'heure de la crise sanitaire : faut-il craindre une généralisation de l'usage du numérique dans l'enseignement supérieur ?

 

 Le 20 septembre dernier, Philippe Forest, professeur en littérature française à l'Université de Nantes déclarait sur les ondes de l'émission France Culture, " si l'université passe en ligne, elle ne sera plus l'université" [1] ; dénonçant ainsi une adoption plus large des enseignements à distance, accélérée par la crise sanitaire actuelle. Les propos de cet enseignant remettent à jour un débat qui semble diviser la communauté universitaire, non seulement française, mais aussi internationale depuis plusieurs années quant à l'usage du numérique dans les processus d'apprentissage. 

Panorama des projets de numérisation dans l'enseignement supérieur français

 Depuis plusieurs années, l’État français encourage l'usage du numérique dans toute la société à travers différents programmes.  En 1996, il a lancé le Programme national de numérisation et valorisation des contenus culturels (PNV). En 1997, ce fut le tour du Plan d'action gouvernementale pour la société de l'information (Pagasi) [2]. En avril 2000, le monde universitaire est directement concerné avec l'appel à projets Campus Numériques Français (CNF), programme qui visait le développement de la formation à distance. Ce programme est intervenu dans la dynamique  des Open Course Ware initiés dans les années 2000 par la MIT. Cette dynamique va davantage se préciser avec l'initiative France Université Numérique (FUN) lancée en 2013 par le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche . Et en janvier 2016, la France prit définitivement le virage du numérique avec la loi "Pour une République du numérique" qui plaçait l'université au cœur de ce processus [3]. Ce qui va conduire à la mise en place du projet Développement d'Universités Numériques expérimentales (DUNE) en 2016. 

Les initiatives du gouvernement en faveur du numérique et plus précisément du e-learning sont légion et plusieurs universités en font déjà l'expérience. Sciences Po, Paris I, Nantes, Cergy, Normandie et bien d'autres encore. Avec la crise sanitaire, elles ont accéléré la mise en ligne de leurs enseignements pour faire face aux difficultés rencontrées. 

Enjeux du numérique avec l'enseignement à distance

 La course au numérique est motivée par de nombreux enjeux selon l’État français et les défenseurs de cette cause. La démocratisation de l'accès à la culture, au savoir est largement reprise par le gouvernement :

"La numérisation des contenus culturels constitue une des principales conditions à la mise en œuvre d'une stratégie numérique ministérielle résolument tournée vers les usages, la diffusion de la culture au plus grand nombre, le développement du numérique éducatif et l'émergence de nouveaux services en ligne" [4].

Le cabinet conseil Wavestone quant à lui, distingue cinq valeurs au numérique dans la formation universitaire. Une valeur d'attractivité qui permet de renforcer la visibilité et la singularité de l'offre de formation ; une valeur de croissance envisagée grâce à la conquête de nouveaux marchés solvables ; une valeur pédagogique du fait de la réussite et du développement des compétences ; une valeur économique à partir de l'optimisation des coûts de formation ; et enfin une valeur altruiste  qui porte sur l'accès au savoir pour tous. Cette dernière valeur est en accord avec l’argumentaire des pouvoirs publics notamment du Ministère de la Culture, puisqu'elle fait référence à la démocratisation de la culture. Gilles Babinet et Edouard Husson pensent que la transition numérique dans les universités françaises est vitale pour prétendre appartenir au "groupe des puissances  éducatives"[5]. Ils affirment que toute institution académique est désormais, obligatoirement, connectée, sous peine de ne pas rester dans la compétition nationale et internationale. Le numérique serait-il désormais la voie à suivre pour toute université qui se veut compétitive et pérenne ?

Numérique VS Université classique?

 Face à la montée en puissance du numérique et la digitalisation  des cours qu'il entraine, des voix s'élèvent pour attirer l'attention des différents acteurs notamment des pouvoirs publics sur ses dangers pour la formation des jeunes et la liberté d'expression des enseignants. Le décrochage massif que provoque les cours en ligne est évoqué par certains enseignants. Selon l'institut de sondage Ipsos, on enregistre 80% de décrochage chez les étudiants de 18-25 ans inscrits en formation initiale en distanciel [6]. Ce qui a fait dire à Paul Mayaux, "le maintien des cours en présentiel est aujourd'hui plus que nécessaire". Avis partagé par Pascale Dubus. Selon cette dernière, le recours au distanciel démontre la faillite de l’État qui depuis plusieurs années n'investit pas assez dans l'université. Les effectifs d’étudiants augmentent mais le moyens humains, financiers et infrastructurels ne suivent pas.  Elle dit d'ailleurs que "le distanciel, ça ne marchera pas. A distance, c'est la distraction". Le sentiment de certains enseignants d'être mis sous surveillance entrave une fluidité et une spontanéité dans la transmission des cours. Pour Olivia Chambard, le mal est plus profond car le numérique sous-tend un modèle économique, capitaliste, basé sur une logique entrepreneuriale contraire aux valeurs de l'université dont la caractéristique fondamentale a toujours été sa liberté de penser.

Le numérique est présenté par de nombreux acteurs notamment l’État, comme une solution à de nombreuses difficultés que connait l'enseignement supérieur français. Cependant, cet usage tous azimuts du digital n'est pas sans conséquences à en croire plusieurs universitaires. Dans ce contexte, Gilles Babinet et Edouard Husson pensent tout simplement que

 "l'enseignement digital ne suffit pas. Il prend toute sa valeur à condition d'être complété par un accompagnement en présentiel. Comme dans d'autres domaines de l'activité humaine à l’ère du numérique, le purement virtuel n’existe pas."

 Cette assertion est-elle une interpellation des acteurs de l'éducation quant aux tares du modèle du tout numérique qui semble gagner progressivement la société ?

 

Références bibliographiques :

[1] GESBERT Olivia, L'université, entreprise des savoirs ?, Émission La Grande table des idées, [podcast France Culture] 20/09/2020, consulté en ligne le 25/10/2020 : https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/rentree-universitaire-comment-sen-sortir
 
[2] Commission de l'éducation, de la communication et des affaires culturelles de la francophonie, Usage du numérique pour l'enseignement et la formation à distance dans l'enseignement supérieur de l'espace francophone [en ligne], rapport consulté en ligne le 25/10/2020 : http://apf.francophonie.org/Reunion-de-la-Commission-de-l-3506.html
 
[3] BOUCHET Thomas, CAMINO Guillaume et  JARRIGE François, L'université face au déferlement numérique, Variations, [en ligne], consulté le 01/10/2020 : https://journals.openedition.org/variations/740
 
[4] Ministère de la Culture française, Programme national de numérisation et valorisation des contenus culturels (PNV) [en ligne], Paris, MinCult, consulté en ligne le 25/10/2020 : https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Innovation-numerique/Programme-national-de-Numerisation-et-de-Valorisation-des-contenus-culturels-PNV2
 
[5] BABINET Gilles et  HUSSON Edouard, Enseignement supérieur et numérique : connectez-vous !, rapport juin 2017, p. 41.
 
[6] HUSSONNOIS-ALAYA Céline, Enseignement à distance à l'université : le risque du décrochage [en ligne], consulté le 01/11/2020 : https://www.bfmtv.com/societe/enseignement-a-distance-a-l-universite-le-risque-du-decrochage_AN-202010080001.html

FOREST Philippe, L'Université en première ligne à l'heure de la dictature numérique, Paris, Gaillimard, 2020.

THENOZ Marie-Joëlle et LEGRIS Ludovic, Le numérique dans l'enseignement supérieur et la formation tout au long de la vie : enjeux et perspectives en France et à l'international [en ligne], Wavestone, consulté le 22/10/2020 : https://www.wavestone.com/fr/insight/numerique-enseignement-superieur-formation/