lundi 4 mai 2020

Vers un accès libre au savoir ?


Comment continuer à se cultiver pendant le confinement ? En France depuis mars 2020 nos vies sont bouleversées par le COVID-19 et l'usage de l'informatique pour accéder à la connaissance est privilégié. 
Cependant tout le savoir n'est pas accessible sur Internet, notamment le partage de la culture. Le COVID va-t-il modifier les habitudes et rendre accessible la culture à tous ? 


Vers une ouverture de l'accès à l'information ? 

La conjecture actuelle nous montre l'importance du partage de la connaissance sur internet comme bien commun. L'accès pour tous à la connaissance est essentielle. [1]
En France, on constate une augmentation d'ouverture de contenus et de partage de ressources : 

  • Livres gratuitement téléchargeables pour tous
Des livres électroniques, e-book, ressources et livres audios sont proposés en téléchargement pour les enfants, étudiants et adultes. [2] 

  • Cours ouverts et MOOC 
Des cours gratuits (Open courses) peuvent être suivis à distance pour pouvoir continuer à se former. [3]  Le portail FUN a même décidé de réouvrir des MOOC qui étaient finis. [1] 

  • Musiques pour les familles 
La philharmonie met en libre accès des concerts à voir en famille. [4] 

  • Expositions virtuelles 
Certaines institutions culturelles ouvrent leurs contenus de manière plus large.  
De nombreuses expositions virtuelles de la ville de Paris sont proposées à en attendant la fin du confinement.  [5] 
De plus, les musées de Paris sont également visibles en ligne. En effet, les Musées de Paris ont adoptés une politique d'Open Content permettant le libre accès à l'art afin que les collections soient visibles et réutilisables par tous. Cette politique permet la valorisation et la connaissance des œuvres. Peggy Baron en explique le fonctionnement : "chaque utilisateur récupère un dossier comprenant l’image en haute définition, un fichier avec la notice de l’œuvre et une charte des bonnes pratiques liées aux images sous licence CCØ afin d’inviter chacun à citer la source et les informations sur l’œuvre."  [6]


L'ouverture à l'accès aux informations dans les lois 

La loi de 2016 pour une République Numérique pose les bases de la transition numérique. Elle amène une ouverture des données publiques par défaut et recommande les formats favorisant la réutilisation. De plus, elle encourage à faire circuler les informations et les savoirs. [7] 

En 2018, Le Plan national pour la science ouverte rend obligatoire l’accès ouvert à tous pour les publications et pour les données des recherches.  
La science ouverte (Open Science) facilite l’accès à l'information scientifique et contribue à une science plus transparente. [8] 

A ce jour, il n'existe pas de loi ou de plan national pour l'éducation et la culture ouverte qui permettrait l'accès au savoir et à la culture pour tous. Ce point de vue est développé dans l'article Pour un plan national pour la culture ouverte, l’éducation ouverte et la santé ouverte qui défend un libre accès du savoir : "Crise ou pas crise, nous avons tout le temps besoin d’un savoir ouvert" [1] 


Vers une culture ouverte ? 

Quand la fin du confinement sera venue, les entreprises qui partagent actuellement leur contenu continueront-elle à partager en libre accès ? La crise sanitaire va-t-elle changer les pratiques et amener un accès libre et ouvert au savoir ? [1] 




[1] Lionel Maurel,  Silvère Mercier, Julien DorraPour un plan national pour la culture ouverte, l’éducation ouverte et la santé ouverteFramablog, 04/04/2020 [consulté le 03/05/2020]

[2] Fidel NavamuelLa liste complète des livres à télécharger gratuitement pendant la période de confinement, les outils tice, 20/03/2020 [consulté le 03/05/2020]

[3] Thot Cursus Formation et culture numérique, Répertoire des cours ouverts et Moocs - Pour apprendre gratuitement, voici des cours !, 23/04/2020 [consulté le 03/05/2020]

[4] Philharmonie de Paris à la demande, La philharmonie chez vous en famille, [consulté le 03/05/2020]

[5] Rizhlaine F., Laurent P., Confinement: le top des expositions virtuelles à découvrir, Sortir à Paris, 01/05/2020 [consulté le 03/05/2020]

[6] Peggy Baron, Paris Musées propose plus de 100 000 œuvres en Open Content, L'ADN Business, 10/01/2020 [consulté le 03/05/2020]

[7Legifrance, LOI n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique [consulté le 03/05/2020]

[8] Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Science ouverte18.10.2019 [consulté le 03/05/2020]


vendredi 1 mai 2020

L'application StopCovid verra t-elle le jour ?

A compter du 11 mai, date choisie par le gouvernement pour le début du déconfinement, les Français pourront de nouveau circuler plus ou moins librement. Cependant la crainte d'une deuxième vague épidémique, telle que la connaissent certains pays étrangers, se fait sentir. Afin de mieux contrôler le risque de contamination, notamment des plus fragiles, l'Etat souhaite proposer au plus tôt le téléchargement sur smartphone d'une application de traçage numérique, nommée "StopCovid", permettant d'identifier les chaînes de transmission du virus et de mener une campagne de tests ciblés. Cependant, de nombreuses voix s'élèvent pour mettre en garde contre les possibles dérives de ces méthodes de "contact tracing"et l'efficacité même de l'application est mise en doute.


Une application en conformité avec le RGPD ?


Basé sur le projet européen PEPP-PT (Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing), le développement, encore en cours, de l'application a été confié en France à l'INRIA, aidé notamment de l'Institut Pasteur, de l'ANSSI, de l'Inserm, de Dassault Systèmes ou encore d'Orange [1]. StopCovid s'appuie sur la technologie Bluetooth couplée au protocole Robert [2], qui devrait permettre une anonymisation des données, rendant ainsi le système conforme aux exigences du RGPD. 
Le Bluetooth, technologie d'échange de données entre appareils électroniques, éviterait ainsi le recours à la géolocalisation tout en permettant de savoir quels appareils ont été en contact rapproché lors de nos déplacements. Si un utilisateur de l'application s'enregistre comme étant malade, alors tous les gens l'ayant croisé de près seraient prévenus par SMS et pourraient ainsi se mettre en quarantaine afin de briser la chaîne de transmission du virus. 
Les données chiffrées seraient conservées 21 jours sur des serveurs gérés par les autorités sanitaires et l'installation sur smartphones se ferait sur la base du volontariat. Déjà utilisé à Singapour, ce système apparaît donc à première vue comme une solution techniquement viable et légalement conforme.

De très nombreuses interrogations demeurent.


Cependant il est rapidement apparu que des problèmes de tous ordres subsistaient : techniques, juridiques, ou bien encore éthiques. Leur accumulation laisse planer le doute sur la mise en oeuvre de la solution, au moins dans les temps voulus par l'exécutif. 
Outre qu'une gestion centralisée des données pose d'importants problèmes de sécurité, une attaque informatique étant toujours possible, la technologie Bluetooth est elle-même contraignante. En effet, elle doit être activée en permanence pour que l'application soit efficace, même lorsque le téléphone est en veille. Ce que refusent absolument Apple et Google, d'une part parce que la collecte de données en continu par des applications tierces n'est pas autorisée sur leurs smartphones et d'autre part pour des raisons d'économie de batterie. Les deux GAFA ont donc proposé de développer eux-mêmes une plateforme pour collecter les données, de manière décentralisée cette fois, et de la mettre à disposition des États [3]. 
Si l'Allemagne, après des hésitations, et la Suisse ont choisi cette solution, la France, elle, préfère s'en passer : "C'est la mission de l'État que de protéger les Français : c'est donc à lui seul de définir la politique sanitaire, de décider de l'algorithme qui définit un cas de contact ou encore de l'architecture technologique qui protègera le mieux les données et les libertés publiques" a déclaré Cédric O, Secrétaire d'État au Numérique [4]. Mais la France, en choisissant de préserver sa souveraineté numérique, risque de n'avoir aucune solution applicable aux iPhone, soit 20% des smartphones en activité sur le territoire.
La CNIL a par ailleurs rendu un avis mitigé sur StopCovid : son utilité devra être suffisamment avérée et son utilisation encadrée (volontariat, utilisation temporaire et soumise à des évaluations régulières, durée de conservation des données limitée). Elle invite à ne pas céder au "solutionnisme technologique", l'application devant s'inscrire dans une stratégie sanitaire globale, et enfin elle pointe le risque accru de banalisation des applications de traçage [5].

Menaces sur les libertés.


Il faut qu'une majorité de la population soit équipée pour que l'application soit utile. Dès lors, la question du "volontariat" se pose avec acuité : ceux qui refusent d'installer l'application ne risquent-ils pas d'être considérés comme de mauvais citoyens ? Celui qui ne se déclare pas malade sur l'application peut-il encourir des sanctions s'ils contamine d'autres personnes ? Celui qui ne se met pas en quarantaine malgré un contact avec une personne contaminée, signalé par l'application, peut-il être accusé de mise en danger de la vie d'autrui ? Quelle sera la réaction des entreprises, responsables de la sécurité de leurs salariés, face aux employés qui refusent d'installer l'application ? [6]
On le voit, les pressions risquent d'être nombreuses, qui finalement transformeront un acte volontaire en obligation. Par ailleurs qu'en est-il des 30% de citoyens non-équipés de smartphones, dont une majorité de seniors, l'une des populations les plus à risque dans cette crise ? 
Une tribune publiée dans Le Monde dénonce l'application comme une "continuation du confinement par d'autres moyens" et redoute le risque d'un "StopCovid Analytica", en cas de fuite des données [7]. Dans une lettre ouverte plus de 150 chercheurs et experts en sécurité informatique parlent de "surveillance de masse" et de risques d'atteintes à la vie privée liés à la technologie Bluetooth [8]. La Ligue des Droits de l'Homme évoque quant à elle "un véritable bracelet électronique passé volontairement au poignet des Français" [9].

Face à toutes ces interrogations le Premier Ministre, changeant son fusil d'épaule, a reporté le débat parlementaire sur le sujet et a déclaré, le 28 avril, que l'application StopCovid ferait l'objet d'un vote spécifique à l'Assemblée, sans en préciser la date. Mais il apparaît assez peu probable qu'un consensus se fasse jour d'ici le 11 mai.



[1] SPORTISSE, Bruno. "Contact tracing, Bruno Sportisse, pdg d'INRIA, donne quelques éléments pour mieux comprendre les enjeux". Inria.fr. [En ligne]. Publié le 18/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.inria.fr/fr/contact-tracing-bruno-sportisse-pdg-dinria-donne-quelques-elements-pour-mieux-comprendre-les-enjeux>.

[2] INRIA, Site de présentation du protocole Robert, "Un protocole de suivi des contacts rapprochés, rigoureux et respectueux de la vie privée". [En ligne]. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.inria.fr/sites/default/files/2020-04/Présentation%20du%20protocole%20Robert.pdf>

[3] SEIBT, Sébastien. "Appli de traçage du Covid-19 : comment Apple et Google ont fait plier l'Allemagne". France24.com. [En ligne]. Publié le 27/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.france24.com/fr/20200427-appli-de-traçage-du-covid-19-comment-apple-et-google-ont-fait-plier-l-allemagne>.

[4] NAZARET, Arthur et PAILLOU, Sarah. "Le secrétaire d'État, Cédric O sur le traçage des malades : oui, l'application StopCovid est utile". Lejdd.fr. [En ligne]. Publié le 25/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur <https://www.lejdd.fr/Politique/le-secretaire-detat-cedric-o-sur-le-tracage-des-malades-oui-lapplication-stopcovid-est-utile-3964376>

[5] CNIL, "Publication de l'avis de la CNIL sur le projet d'application mobile StopCovid". Cnil.fr. [En ligne]. Publié le 26/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.cnil.fr/fr/publication-de-lavis-de-la-cnil-sur-le-projet-dapplication-mobile-stopcovid>

[6] CHAPUIS, Véronique et JUGLAR, Matthieu. "Projet de traçage numérique StopCovid : le droit, une autre victime de la guerre sanitaire Covid-19". Infoguerre.fr. [En ligne]. Publié le 20/20/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://infoguerre.fr/2020/04/projet-de-tracage-numerique-stop-covid-droit-victime-de-guerre-sanitaire-covid-19/>

[7] CASILI, Antonio, DEHAYE, Paul-Olivier, et SOUFRON Jean-Baptiste. "StopCovid est un projet désastreux piloté par des apprentis sorciers". Lemonde.fr. [En ligne]. Publié le 25/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/25/stopcovid-est-un-projet-desastreux-pilote-par-des-apprentis-sorciers_6037721_3232.html>

[8] COLLECTIF. "Mise en garde contre les applications de traçage". Attention-stopcovid.fr. [En ligne]. Publié le 26/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur <https://attention-stopcovid.fr>

[9] COLLECTIF. "Application StopCovid : non au traçage numérique". ldh-france.org. [En ligne]. Publié le 28/04/2020. [Consulté le 30/04/2020]. Disponible sur : <https://www.ldh-france.org/application-stop-covid-non-au-tracage-numerique/>






lundi 27 avril 2020

DataJust, vers une justice prédictive?

La publication du décret 2020-356, portant création d'un traitement automatisé des données à caractère personnel, DataJust, a été accueillie avec étonnement par certains professionnels du droit. Son opportunité en pleine crise pandémique due au Covid-19 leur paraissant injustifiée. Ce décret, qui vise la constitution d'un référentiel d'indemnisation des préjudices corporels en s'appuyant sur l'analyse des données judiciaires, a soulevé de nombreuses réactions allant de l'hostilité à une certaine forme d'attentisme. En quoi consiste-t-il concrètement ? En ouvrant la possibilité de justice prédictive, peut-on y déduire l'inéluctabilité de l'avènement d'une justice avec des juges-robots, et la disparition du métier d'avocat comme semblent le craindre certains ? 

Entré en vigueur en vigueur dès le 30 mars 2020, le lendemain de sa publication dans le JORF, la mise en œuvre du décret s'étalera sur deux ans. Il autorise le Ministère de la Justice, à travers la Direction des Affaires civiles et du Sceau à développer DataJust, un traitement automatisé de données à caractère personnel. Cette opération doit permettre de développer un algorithme servant à:
  • La réalisation d'évaluations (...) des politiques publiques en matière de responsabilité civile ou administrative ;
  • L'élaboration d'un référentiel indicatif d'indemnisation des préjudices corporels ;
  • L'information des parties et l'aide à l'évaluation du montant de l'indemnisation (...) afin de favoriser un règlement amiable des litiges ;
  • L'information ou la documentation des juges appelés à statuer sur des demandes d'indemnisation des préjudices corporels.
L'outil analysera des décisions de justice rendues en appel entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019, et extraites des bases de la Cour de Cassation (JuriCA) et du Conseil d'État (Ariane) [1]. Plus précisément, la jurisprudence qui porte sur les préjudices corporels. Les données à caractère personnel enregistré dans le cadre de ce traitement pourront comporter plusieurs éléments dont les noms et prénoms de personnes physiques, à l'exception de celles des parties. Pourront en outre y figurer des données relatives à  l'état civil, à l'adressage, aux avis des médecins, aux infractions et condamnations pénales, aux préjudices subis, à la vie professionnelle, à la situation financière (article 2). Se pose alors la question de la protection des données à caractère personnel. Ainsi, des règles d'accès, de durée de conservation et de traçage des opérations effectuées sur ces données (2 ans à compter de la publication du décret), et de suppression de celles collectées sont définies aux articles  3 à 5. Cependant, l'article 6  stipule des dérogations relatives au périmètre d'application du RGPD dans le cadre de cette mise en œuvre [2]. Saisi par la ministre de la justice au mois de novembre 2019, la CNIL avait, en janvier 2020, émis un avis assorti de remarques de conformité.

Réactions des acteurs du monde judiciaire
 
Même si le projet DataJust [3] avait été annoncé deux ans auparavant, lors du Vendôme Tech 2, le monde des professionnels du droit semble avoir été pris de court avec la publication du décret. Sans doute en raison de la situation créée par la pandémie du SARS-CoV 2. D'ailleurs, un juriste spécialisé dans la défense de victimes de dommages corporels, y voit une anticipation des nombreux recours juridiques des malades du Covid-19, notamment pour satisfaire les assureurs [4]. Dans un communiqué, la Confédération nationale des avocats (CNA) réclame tout simplement l'abrogation du décret. Elle y perçoit un risque de déjudiciarisation au détriment de l'intérêt des victimes, et une réglementation de la justice à travers le prisme de la rentabilité, puisque seules des considérations d'ordre budgétaire seraient à la base de ce projet. De son côté, tout en s'interrogeant sur l'opportunité de cette publication, et pointant le manque de transparence sur la question, le Syndicat de la Magistrature a été plus conciliant. Dans un courrier à la ministre de la Justice, il appelle entre autres à veiller sur la qualité du référentiel qui sera un élément décisif. D'autant qu'il aura des conséquences sur les algorithmes des sociétés privées, et incitera à une déjudiciarisation des contentieux. En rappelant certaines de ses prises de position antérieures relatives à la mise en œuvre de l'ouverture des données judiciaires, le syndicat a exigé d'être associé à l'élaboration du projet. Toutefois, quelques voix ont accueilli favorablement le décret. L'ancien directeur des Affaires civiles et du Sceau, Thomas Andrieu, y voit une manière de faciliter le débat contradictoire en rendant toute l'information accessible à ceux qui n'ont pas les moyens de recourir à des solutions de modélisation de ce type. Ce point de vue est également partagé par le directeur de l'École de formation des barreaux, Pierre Berlioz [5].

Encore la justice des hommes et/ou des femmes

Au-delà des différentes appréciations de DataJust, se pose plus largement la question de l'intelligence artificielle dans le domaine judiciaire. Comme l'a souligné Dominique Cardon, le numérique introduit "une rupture dans la manière dont nos sociétés produisent, partagent, et utilisent les connaissances" [6]. Il modifie certaines formes de médiation. Est-ce sans doute la raison pour laquelle ce projet soulève tant d'inquiétudes parmi les avocats. Si la justice prédictive offre aux justiciables la possibilité de voir leur affaire traitée plus rapidement, doit-on craindre pour autant que les moyens informatiques en viennent à trancher les litiges? Antoine Garapon souligne bien le risque d'un "usage performatif" du big data qui conduirait à un conformisme: "Un juge peut être tenté d’estimer que s’il a les moyens de savoir comment la majorité de ses collègues trancherait l’affaire qui lui est soumise, le moins risqué pour lui est de les suivre" [7]. Bruno Pireyre, président de chambre à la Cour de cassation, qui préfère parler de justice augmentée, n'ignore pas ce risque tout en renouvelant sa confiance en l'intelligence humaine et professionnelle des juges [8]. Aussi prône-t-il une régulation du recours à l'intelligence artificielle qui passerait notamment par l'obligation de transparence des algorithmes, et la mise en œuvre de mécanismes de contrôle par la puissance publique. En suivant Garapon, le meilleur rempart face à ce conformisme serait de garder en tête que le droit recouvre des enjeux éthiques et [que] la justice est une expérience sociale et humaine. Les outils restant des outils, leur place dans la vie sociale ne sera-t-elle pas celle que les acteurs sociaux voudront bien leur accorder?


SOURCES:

[1] DataJust. Construire un référentiel d'indemnisation des préjudices corporels [en ligne]. Paris, s.d [Consulté le 26 avril 2020. <https://entrepreneur-interet-general.etalab.gouv.fr/defis/2019/datajust.html>.
[2] Article 6 du décret: "Compte tenu des efforts disproportionnés que représenterait la fourniture des informations mentionnées aux paragraphes 1 à 4 de l'article 14 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 susvisé, le droit d'information prévu à ce même article ne s'applique pas au présent traitement.
Afin de garantir l'objectif d'intérêt public général d'accessibilité du droit, le droit d'opposition prévu à l'article 21 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 susvisé ne s'applique pas au présent traitement en application de l'article 23 du même règlement.
Les droits d'accès, de rectification et à la limitation s'exercent auprès du ministre de la justice dans les conditions prévues respectivement aux articles 15, 16 et 18 du même règlement
".<https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000041763205>.
[3] Certaines spécificités techniques sont déjà disponibles en ligne. Cliquer ici
[4] FOURGEAUD, Gérard. France bleue Isère. [en ligne]. Isère: 8 avril 2020. [consulté le 26 avril 2020]. Le gouvernement aurait-il anticipé des centaines de recours juridiques des malades du Covid-19? Dossier: Coronavirus. <https://www.francebleu.fr/infos/politique/le-gouvernement-aurait-il-anticipe-des-centaines-de-recours-juridiques-des-malades-du-covid-1586372071>.
[5] MARRAUD

jeudi 2 avril 2020

Design, SIC et architecture(s) de l'information

Une rencontre Reticulum (Rencontres interdisciplinaires entre SIC et Design) s'est tenue le 20 février 2020 à la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine (Université de Bordeaux Montaigne). Co-organisée par Florian Harmand et Arthur Perret (UBM, Mica), cette rencontre - seconde édition des Reticulum - avait pour objet d'étude  l'architecture de l'information comme notion à l'intersection du design et des SIC. Parmi les thèmes abordés lors de cette journée, les ontologies comme système de représentation de l'information (Karl Pineau) ou encore Architecture de l'information VS Design d'information (Anne Beyaert-Geslin). Le programme complet de la journée est consultable sur le site de Reticulum. La mention de cette rencontre introduit une réflexion quant à quelques notions abordées lors de cette journée. [1]

Architecture de l'information : à l'intersection entre Design et SIC ? 

Introduite par Richard Wurman (architecte et designer) en 1976, la notion d'architecture de l'information répond à un besoin de structurer l'information, face à cette réalité que constitue la rencontre de l'ère de l'information d'avec les techniques numériques, dans un contexte d'explosion volumétrique de la donnée. Si l'expression d' architecture de l'information est métaphorique, la pratique du design permet de concrétiser la notion en offrant des voies de représentation de l'information : cartographie, design d'orientation spatiale, datavisualisation, design de documents complexes, design d'interface, etc. [4Les chercheurs en SIC rencontrent la notion d'architecture de l'information à travers ces trois axes de réflexion : organisation de l'information, communication des organisations et humanités digitales. Mais pour les deux sciences, la prise en compte de l'usager (expérience utilisateur et réception du message) est au coeur de l'enjeu que constitue  l'architecture de l'information face à l'explosion des données et justifie cette double appropriation ; par les SIC et le Design. [2] 

Focus sur le design d'information

Parle-t'on d'un design destiné à informer ou plutôt de méthodes de mise en forme de l'information ? Le design d'information est une sous-catégorie de la datavisualisation, laquelle désigne tous les types de représentations visuelles facilitant l'exploitation, l'analyse et la communication des données. Le design d'information traite de données déjà structurées. Son rôle : révéler, de manière expressive, cette structure. Résultat de l'équilibre entre l'exactitude scientifique, l'esthétique, l'efficacité cognitive et l'accessibilité, le design d'information constitue un langage à part entière. Dans ce nouveau rapport au réel qu'a introduit le numérique, la pratique du design d'information consiste à reformuler la façon, pour le récepteur, de se saisir et de comprendre l'information afin d'en produire un élément de connaissance. La démarche est là encore orientée récepteur puisqu'il s'agit de rendre l'information accessible, voir attractive. Une analyse efficace et stratégique de l'information constitue, semble-t-il, le coeur de la démarche. [3]



Sources

[1] MULLER, Catherine. "Reticulum 2. Architecture(s) de l'information - 20 février - Rencontres Interdisciplinaires entre SIC et DESIGN". Dlis.hypotheses.org. [En ligne]. 14/02/2020. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://dlis.hypotheses.org/5095>.

[2] BEYAERT-GESLIN, Anne. "Architecture de l'information versus design de l'information", Études de communication. Jounals.openedition.org. [En ligne]. 2018. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://journals.openedition.org/edc/7651>.

[3FREDRIKSSON, Sylvia. "Du design d’information à la visualisation de données : un enjeu de transmission de sens auprès de la société civile". I2D – Information, données & documents, Cairn.Info[En ligne]. 2015. [Consulté le 30 mars 2020]. Disponible sur : <https://www.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-2-page-36.htm#no6>.

[4] PILON, Laurence. "Qu'est-ce que le design d'information ?". A medium corporation.com. [En ligne]. 2017.  [Consulté le 31 mars 2020]. Disponible sur : <https://medium.com/@laurencepilon/quest-ce-que-le-design-de-l-information-bbacad34b020>.