lundi 20 mars 2017

Les dérives de l'information médiatique



L’Observatoire de la déontologie de l’Information  a pour objet de contribuer à la prise de conscience de l’importance de la déontologie dans la collecte, la mise en forme et la diffusion de l’information au public. L’OIT vient tout juste de rendre public son rapport 2016. 

Les grands constats cernent les difficultés qu’il y a à traiter l’information dans un contexte de répression ou les prises de paroles sont bridées. Mais ils ne font pas l’impasse sur les contraintes liées au nouveau modèle économique de la presse induit par le passage au digital qui se traduit par une convergence des média. Que l’on ajoute à cela la confiscation des revenus publicitaires par les grands acteurs du numérique et l’on se fait une idée de de la difficulté à ne pas soumettre les choix informationnels à des contraintes extérieures à celles définies par la déontologie, alors même que des groupes de presse sont repris par des industriels et des financiers.

« Rien n’est simple constatait » Sempé il y a plus de 40 ans. Et « tout se complique » ajoutait-il un peu plus tard.

Et en effet l’information déjà malmenée par le contexte économique et politique se voit encore rudoyée par ceux même qui devrait la protéger. Le fait ne se sépare plus nettement du commentaire, souligne le rapport de l’ODI, et la rigueur fait de plus en plus défaut mêlant informations et prise de position ainsi que des citations tronquées destinées à servir une démonstration. Interprétations hâtives et abus de langage sont aussi convoqués. Comment s’étonner que le baromètre Kantar/La Croix ainsi que le « trust Barometer » produit par l’agence Edelman, traduisent d’année en année un peu plus de défiance du public avec une soudaine accélération ? C’est qu’il faut compter aussi avec les nouveaux acteurs de l’information que sont les réseaux sociaux, qui, forts de l’absence de déontologie et de contraintes, produisent nombre de contrevérités ou de fausses informations à une vitesse que les journalistes se sont mis en tête de calquer. Hors, Hannah Arendt disait « quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat  n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien ».

Que faire pour corriger cet état ?

C’est là que la solution blesse : en effet les médias professionnels se sont engagés ainsi que des ensembles collaboratifs dans des démarches de « vérification des faits ». Hors la vérification des faits n’est pas neutre. La production des faits ou des données ne l’est pas plus. Et le « fact cheking », cherchant à ne plus être débordé par les « vérités alternatives » perdure ainsi dans un rôle de prescripteur d’opinion, explique Frédéric Nordon sur le blog du Monde.

Ainsi, il ne faudrait pas que les journalistes se considèrent comme de simple relais de données, de faits dûment vérifiés alors qu’il y a tant à discuter hors les vérités factuelles.

Et cette position serait encore malencontreuse car elle leur ferait rencontrer un autre danger que celui des post-vérités. C’est un danger technologique qui prend nom d’intelligence artificielle. Car les robots journalistes, qui sont des algorithmes, se sont immiscés déjà dans les rédactions aux Etats-Unis, en Allemagne, en France (Le Monde) et traitent des informations plus ou moins complexes sans être à ce jour capables de contextualiser ou mettre en perspective, d’analyser ou d’expliquer.

Le journalisme a donc bien intérêt à ne pas se laisser rassurer par une démarche de « fact checking » qui, si elle est nécessaire, est loin d’être suffisante.

La morale de cette histoire ?  

Exigence d’exactitude, de véracité et qualité des données sont l’alpha et l’omega des professionnels de l’information. Même si ce n’est pas le tout, c’est un socle indiscutable.


SOURCES :

L'information au coeur de la démocratie-Observatoire de la déontologie  de l'information-16 Mars 2017
www.odi.media/wp-content/uploads/2014/09/Linformation-au-coeur-de-la-de%CC%81mocratie.pdf

Le journalisme, un métier sous pression qui doit devenir plus exigeant-Alexandre FOATELLI-16 mars 2017
www.inaglobal.fr/presse/article/le-journalisme-un-metier-sous-pression-qui-doit-devenir-plus-exigeant-9588

Le journalisme : vers une intelligence artificielle ?- Sophie Roche-03 Mars 2017
http://future.arte.tv/fr/le-journalisme-vers-une-intelligence-artificielle

Politique post vérité ou journalisme post-politique-Frédéric Lordon-22 Novembre 2016
http://blog.mondediplo.net/2016-11-22-Politique-post-verite-ou-journalisme-post

Post-vérité, un enjeu crucial que communicants et journalistes doivent résoudre-05 Février 2017
http://www.leblogducommunicant2-0.com/2017/02/05/post-verite-un-enjeu-crucial-que-communicants-et-journalistes-doivent-resoudre//

DMOZ … un Dinosaure du Net vient de disparaître … âgé de moins de 20 ans !

 



Le 14 Mars dernier, DMOZ l’un des derniers annuaires généralistes du net, a fermé (1). Né en 1998 pour contrer les annuaires commerciaux, il avait accompagné et guidé les premiers pas des  internautes dans leur recherche, au moment ou les moteurs de recherche se développaient. 


La structuration et la sélection des sites de cet annuaire étaient effectuées par une une vaste communauté de bénévoles. En Novembre 2000 (2), à son heure de gloire, 31.000 internautes volontaires le géraient (chacun  chargé d’un périmètre), il répertoriait 2,2 millions de sites, répartis dans près de 320.000 catégories différentes et dans 78 langues.


Cette disparition se positionne dans une lente évolution des annuaires généralistes pour contrer la richesse des moteurs de recherche qui se déclinent en 3 périodes (3) :
  • 1994-2000 : transformation en portail
  • 2000-2004 : dépassés par le développement du Web, adoption du référencement payant
  • 2004-2006 : disparition de la plupart des annuaires généralistes

Plusieurs raisons ont conduit à cette fin de « règne » (1) :
  • La pertinence des recherches même généraliste des moteurs de recherche, a conduit à une faible utilisation (malgré un relooking en 2016)
  • La navigation dans la multitude de catégories, était un frein à une époque ou beaucoup d’internautes se limite aux trois premières recherche de Google
  • Ces mises à jours étaient plutôt aléatoires :  comment recenser les 571 sites web lancés chaque minutes ?
  • Google l’avait retiré de ses services en 2011, lui accordant moins de visibilité
Les modèles économique et fonctionnel se sont lentement épuisés après les différentes reprises successives par Netscape, puis AOL en final.



Les seuls survivants à cette lente extinction programmée : "les annuaires spécialisés, concernant un domaine/un sujet peuvent avoir une utilité » - Béatrice FOENIX-RIOU



Mais l’intervention humaine directe se retire-t-elle progressivement du Web ? : Non, Qora La plate-forme américaine de questions-réponses entre internautes a lancé, mardi 28 février 2017 (5), sa version francophone. Mais contrairement à Wikipedia, Quora n’exige pas de citer ses sources. Toutefois, elles demandent aux utilisateurs à se servir de leur véritable nom et à renseigner une biographie ...


Sources:

(1) Abondance - "L'annuaire DMOZ (Open Directory) fermera ses portes le 14 mars prochain" - En ligne le 01/03/17 - Consulté le 20/03/2017 
https://www.abondance.com/actualites/20170301-17697-lannuaire-dmoz-open-directory-fermera-portes-14-mars-prochain.html

(2) Journal du Net - "Open Directory : L'union fait la force" Consulté le 20/03/2017 
http://www.journaldunet.com/moteurs/moteurs10.shtm

(3) Béatrice FOENIX-RIOU -  "Recherche éveillée sur internet : mode d'emploi" - Base Publication et Lavoisier - 2011 - Chapitre l'évolution des annuaires généralistes p109 

(4) Recherche Eveillée -  "Annuaires généralistes : la (presque) fin d’une histoire" -  En ligne le 27/08/11 - Consulté le 20/03/2017

(5) Le Monde - "Le site de questions-réponses Quora se met au français" - En ligne le 04/03/17 - Consulté le 20/03/2017