samedi 21 mars 2020

Accès ouvert : l'ouverture aux publications scientifiques s'accélère en Allemagne et plus largement avec le COVID-19?

Le 09 janvier 2020, un consortium d'universités allemandes et l'éditeur scientifique Springer Nature annonçaient la finalisation d'un accord. Ce Protocole d'Echange (PE), en cours de rédaction depuis août 2019, définit de nouvelles modalités de services en Accès Ouvert (AO) et l'accès à certaines revues gratuitement à la recherche scientifique allemande appartenant aux universités membres de ce Projekt Deal. Le contrat court jusqu'à 2022 avec une extension possible en 2023. [1]. Ce contrat marque t-il le début d'une tendance de fond? La crise du COVID-19 va-t-elle marquer une étape majeure dans les problématiques de libre accès de l'édition scientifique? 

Un Protocole d'Echange en deux parties: 
Le Protocole d'Echange est divisé en deux parties: une partie Accès Ouvert  (AO) et une partie "Publish and Read" (PAR).
1.  La partie Accès Ouvert permet aux auteurs des institutions allemandes du consortium, de publier dans les revues  intégralement Accès Ouvert  de Springer Nature, soit dans plus de 600 titres ainsi que dans plus de 1900 revues hybrides qui publient déjà un article sur quatre en Accès Ouvert. 
2. La partie "Publish and Read" (PAR) offre aussi à cette même communauté scientifique, un accès permanent en lecture au contenu des revues académiques Springer, Palgrave, Adis et Macmilllan publié pendant la durée de vie du contrat. Les coûts liés à l'accès à la lecture et à la publication Accès Ouvert dans la composante PAR seront reflétés dans les frais de publication PAR de 2750 € par article et seront payés par les frais centraux d'abonnement. Springer Nature offrira de plus, une remise de 20% sur le prix affiché pour la publication en Accès Ouvert relatifs aux titres BMC et SpringerOpen pour toutes les institutions. Les augmentations des prix catalogue de traitement d'articles ne dépasseront pas 3.5% par titre et par an, calculées sur la base du prix catalogue 2020. La composante PAR n'inclut pas Nature et les autres revues sous abonnement,ni les revues purement professionnelles, ni les magazines tels que Scientific American ou Spektrum der Wissenschaft. Les institutions participantes auront un accès rétroactif gratuit aux archives des revues incluses dans le contrat, depuis 1997. Springer Nature et Projekt DEAL visent également à combler les lacunes en matière d'accès au contenu des archives de toutes les revues Springer Nature couvertes par le protocole d'accord.[2]

Un Contrat engagé vers l'Accès Ouvert
Les deux parties signataires évoquent "Le Contrat le plus engagé du monde vers l'accès ouvert." [3]. Ils espèrent ainsi apporter de la visibilité à la recherche allemande et favoriser la circulation des savoirs en général. Ils  prévoient plus de 1300 publications annuelles [1]. 

Une crise sanitaire qui peut faire accélérer ce mouvement ? 
Dans la lignée de ce contrat et plus largement suite au contexte de pandémie du COVID-19, la communauté scientifique française réclame face à cet état d'urgence, l'ouverture aux publications scientifiques. 
En effet, le 19 mars 2020, le consortium français Couperin.org*, l'ABDU * et EPRIST * se joignent au communiqué de l'association internationale ICOLC* pour lancer un appel aux éditeurs " « Ouvrez largement l’accès aux publications scientifiques !”. Reste à savoir si l'appel sera entendu... affaire à suivre. [4]

* Couperin.org: Consortium unifié des établissements universitaires et de recherche pour l'accès aux publications numériques
L'ADBU: Association française des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation
* EPRIST: Responsables IST des organismes de recherche
* ICOLC: International Coalition of Library Consortia


[1]  GFII (Groupement Français de l'Industrie de l’information) , 2020. Springer Nature et Projekt Deal finalisent la signature du plus important accord transformatif open access au monde. Gfii.fr [en ligne]. 14 janvier 2020. [Consulté le 30 janvier 2020]. Disponible à l'adresse:<http://www.gfii.fr/fr/document/springer-nature-et-projekt-deal-finalisent-la-signature-du-plus-important-accord-transformatif-open-access-au-monde>
[2]  Springer Nature press release, 2020. Springer Nature and Germany's Projekt DEAL Finalise World's Largest Transformative Open Access Agreement. Group.springernature.com [en ligne]. 9 janvier 2020. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible à l'adresse: <https://group.springernature.com/gp/group/media/press-releases/springer-nature-projekt-deal/17553230 >
[3] Antoine Oury, 2019. Allemagne : Springer Nature signe un accord pour plus d'accès ouvert. Actuallite.com [en ligne]. 23 août 2019. [ Consulté le 2 février 2020]. Disponible à l'adresse: <https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/allemagne-springer-nature-signe-un-accord-pour-plus-d-acces-ouvert/96479
[4] ADBU, 2020. Covid-19, “Ouvrez largement l’accès aux publications scientifiques !” / « Make scientific publications widely available! » – Appel ADBU, Couperin, EPRIST aux éditeurs académiques. Adbu.fr [en ligne]. 19 mars 2020.[Consulté le 20 mars 2020]. Disponible à l'adresse: <https://adbu.fr/appel-adbu-couperin-eprist-aux-editeurs-academiques


lundi 9 mars 2020

Comment mettre en place un dispositif de veille ?

Le mardi 3 mars 2020, l'INTD a organisé en collaboration avec l'ADBS une journée d'étude concernant la mise en place d'un dispositif de veille. Ce fut l'occasion de présenter des outils de collecte d'information, avec leurs avantages et inconvénients. Ainsi que les outils disponibles pour diffuser l'information. [1]

Si la veille a aujourd’hui toute sa place dans la chaîne informationnelle des organisations, elle reste encore trop souvent sous-estimée. On la situe en effet du côté des fonctions support, non du côté directement productif. Pour autant, la veille, c’est le regard « fertile » de l’entreprise vers son environnement extérieur. 
https://www.kbcrawl.com/fr/

Les étapes de la mise en place d'une veille :
- Élaborer un plan de veille,
- Identifier les sources et définir les requêtes,
- Collecter les informations [2],
- Procéder à la diffusion.

Lors de la journée d'étude, des outils ont été présentés :
1/ Pour la collecte d'informations :
- Inoreader : outil de veille collaborative qui permet de suivre l'actualité grâce aux flux RSS provenant de différentes sources d'informations : YouTube, DIIGO, newsletter, etc, [3]
- Sindup : plateforme de veille stratégique et e-réputation,
- Twitter : suivre différents sujets ou mettre en place une surveillance [4],

2/ Pour diffuser l'information : 
- L’agrégateur Inoreader (création d'un compte pour le destinataire de la veille, création d'un clip html ou d'un digest d’e-mail), 
- L'outil flash issue pour créer des newsletters personnalisées,   
- L'outil IFTTT qui permet d'automatiser les diffusions,
- Les réseaux sociaux : WhatsApp et Twitter.

Chaque outil a ses avantages et inconvenients, le choix doit être réalisé en fonction des besoins, des objectifs et du budget. En effet, plus le budget sera restreint, plus le veilleur devra avoir à disposition "une boite à outil" importante.

Les avantages d'une veille gratuite
- Pratique et ergonomique pour déchiffrer un sujet,
- Ne nécessite pas de connaissances techniques et de configurations complexes,
- Intègre la veille collaborative à grande échelle (exemple via Twitter).

En contrepartie, les limites de ce type de veille :
- Fonctionnalités limitées,
- Intégration de différents outils (de la collecte à la diffusion),
- Capacités restreintes.

Pour conclure, la veille permet de demeurer informé des nouvelles publications et des nouveaux développements dans un domaine précis. L'investissement accordé à la mise en place d'un dispositif de veille va dépendre des objectifs fixés. A noter, qu'il est également important d'impliquer et de fédérer les collaborateurs dans la démarche.

Par ailleurs, l'ADBS propose une formation : utiliser les réseaux sociaux pour la veille du 20 et 21 avril 2020 [5]. 

Source :
[1] ADBS : Mettre en place un dispositif de veille. Consulté le 06/03/2020.
Disponible en ligne : https://www.adbs.fr/agenda/mettre-en-place-dispositif-de-286677



[2] Archimag : quel logiciel de veille choisir ? Publié le 20/01/2020. Consulté le 06/03/2020.

[4] Archimag. Quel agrégateur de flux RSS choisir pour automatiser sa veille en 2020. Publié le 27/02/2020. 
Consulté le 08/03/2020.
Disponible en ligne : https://www.archimag.com/veille-documentation/2020/02/27/agregateur-flux-rss-choisir-automatiser-veille-2020


[5] ADBS : formation "utiliser les réseaux sociaux pour la veille". Consulté le 06/03/2020.



mercredi 4 mars 2020

Le droit au déréférencement : Internet n'oublie rien?

Depuis son entrée en application le 25 mai 2018, le Règlement Général sur le Protection des Données (RGPD) est le texte de référence quant à la protection des données à caractère personnel. Son article 17 explicite notamment le concept de droit au déréférencement, lui-même déjà consacré par la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) en mai 2014 suite à l'affaire Google Spain, au titre de l'interprétation de la directive 95/46/CE d'octobre 1995. Malgré sa relative ancienneté, ce droit est apparemment encore sujet à questionnement puisque le Conseil d'Etat a publié treize décisions le concernant en décembre 2019. 

Un droit au déréférencement?

Contrairement au droit à l'effacement qui permet la suppression définitive des données personnelles collectées et stockées par un quelconque organisme, le droit au déréférencement permet à tout citoyen européen d'exiger qu'un moteur de recherche supprime les résultats de recherche associés à son nom et prénom. Comme le précise le Comité Européen de la Protection des Données, il ne s'agit donc pas de supprimer le contenu sur le site internet source - qui demeure accessible et visible via une autre requête - mais bien le lien qui mène à ce dernier [3].
Pour en bénéficier, il suffit de contacter le moteur de recherche en question (via un formulaire électronique ou un courrier), lui soumettre et motiver sa demande tout en indiquant l'URL concernée. Ce dernier aura alors un délai d'un mois pour examiner la demande et lui donner suite. En cas de refus, il est toujours possible de saisir la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL). Sans oublier que la violation de ce droit fait l'objet d'une sanction sous forme d'amende administrative [4] [5].

Quelles données sont concernées?

Si ce droit s'applique à toutes données à caractère personnel, la CJUE en distingue tout de même plusieurs types : celles ne relevant pas de catégorie particulière et celles relevant de données spécifiques soit tout ce qui est relatif aux origines raciales et/ou ethniques, les opinions politiques/ religieuses, l'orientation sexuelle, les données génétiques ou biométriques. 
La CJUE affirme que l'exploitant d'un moteur de recherche est responsable du référencement de ces données personnelles. Tout citoyen européen est donc en droit d'exiger à ce dernier d'effacer le lien qui mène à ces informations personnelles, dans le cadre de la protection et du respect de sa vie privée.  

Quelles sont les problématiques soulevées?

Si revendiquer ce droit est tout à fait légitime et légal, il n'est toutefois pas absolu. En effet, le moteur de recherche se garde le droit de le refuser s'il juge la demande abusive. Comment légitime-t'il ce refus? En invoquant un autre principe tout aussi fondamental de la liberté d'expression : le droit d'information des internautes.

Face à cette mise en balance complexe, le Conseil d'Etat s'est attaché à définir plus précisément les conditions relatives au déréférencement en proposant treize décisions [2], suivi de près par la CNIL qui étaye ces décisions dans un communiqué publié le 31 décembre 2019 [1]. Ce qu'il faut en retenir est que selon ces deux instances, il est absolument nécessaire de traiter chaque demande au cas par cas, en s'appuyant sur trois catégories de critères : les caractéristiques des données (leurs sensibilités), la personne concernée (sa fonction, sa notoriété publique) et les conditions d'accès. Le but étant de déterminer la pertinence et le potentiel impact de leur diffusion [6].

De même, la portée géographique de ce droit est elle aussi limitée. Dans un arrêt du 24 septembre 2019, la CJUE précise que le droit au déréférencement n'est applicable qu'au sein de l'Union Européenne, en mettant en place un géoblocage filtrant l'accès au contenu. Les moteurs de recherche ne suppriment donc pas l'intégralité des extensions (.com, .fr, .be, etc.) ce qui nuance fortement l'effectivité de ce "droit à l'oubli" [4].

En conclusion.

La protection des données à caractère personnel est bien un thème central et inhérent à l'apogée d'Internet et du "tout numérique". Le droit au déréférencement, allié au droit à l'effacement, qui ne sont pas (encore) des droits absolus en eux-mêmes, découlent de cette volonté de protection de la vie privée des citoyens européens. Force est de constater que les grands acteurs de ce monde numérique nient voire contestent ce droit à l'oubli - et à juste titre puisque les données personnelles sont devenues la nouvelle richesse de notre société, une partie intégrante du monde économique et mercantile.


[1] CNIL, 2019. Le droit au déréférencement en question. Cnil.fr [En ligne]. 31 décembre 2019. [Consulté le 5 janvier 2020]. Disponible à l'adresse : <https://www.cnil.fr/fr/le-droit-au-dereferencement-en-questions>

[2] Conseil d'Etat, 2019. Droit à l'oubli, le Conseil d'Etat donne le mode d'emploi. Conseil-etat.fr [En ligne]. 6 décembre 2019. [Consulté le 13 février 2020]. Disponible à l'adresse: <https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/droit-a-l-oubli-le-conseil-d-etat-donne-le-mode-d-emploi>

[3] CUVELLIEZ, Charles, QUISQUATER, Jean-Jacques, 2019. Plus de clarté (enfin) pour encadrer le droit à l'oubli sur Google. Latribune.fr. [En ligne]. 28 décembre 2019. [Consulté le 3 février 2020]. Disponible à l'adresse :<https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/plus-de-clarte-enfin-pour-encadrer-le-droit-a-l-oubli-sur-google-836160.html>

[4] DEVILLER, Nathalie, 2018. Le droit à l'effacement : ce que Google oublie de vous dire dans son rapport de transparence. Theconversation.com [En ligne]. 6 mars 2018. [Consulté le 25 février 2020]. Disponible à l'adresse :<http://theconversation.com/le-droit-a-leffacement-ce-que-google-oublie-de-vous-dire-dans-son-rapport-de-transparence-92908>

[5] NEUER, Laurence, 2019. Données personnelles : comment exercer son droir à l'oubli. Lepoint.fr [En ligne]. 14 juin 2019. [Consulté le 5 janvier 2020]. Disponible à l'adresse: <https://www.lepoint.fr/editos-du-point/laurence-neuer/donnees-personnelles-comment-exercer-son-droit-a-l-oubli-14-06-2019-2319031_56.php>

[6] SIMON-RAINAUD, Marion, 2020. Dans quelles conditions pouvez-vous faire valoir votre droit à l'oubli sur Internet? 01net.com [En ligne]. 3 janvier 2020. [Consulté le 3 février 2020]. Disponible à l'adresse: <https://www.01net.com/actualites/dans-quelles-conditions-pouvez-vous-faire-valoir-votre-droit-a-l-oubli-sur-internet-1834210.html#xtor=AL-123461>

jeudi 27 février 2020

Une boîte à outils pour les historien.ne.s... et les autres.

Afin de promouvoir les outils numériques dans la recherche en histoire, deux enseignants chercheurs, Franziska Heimburger, maîtresse de conférences à l’université Paris-Sorbonne et Émilien Ruiz, historien assistant professeur à Sciences Po (en détachement de l’université de Lille) ont, dans le cadre du séminaire "Outils informatiques pour les historiens", créé un blog dédié à ce sujet en 2009. Justement intitulé Boite à Outils pour Historien.ne.s[1], il contient de nombreuses ressources et des informations précieuses, tout cela gratuitement puisque la plupart des outils qui y sont présentés sont opensources. 

Les deux auteurs du blog, ainsi que d'autres chercheurs, ont mis en commun leurs connaissances des outils de recherche et leurs expériences durant 10 ans. Mais ce qui fait la richesse de ce blog, outre les apports personnels de ressources mises en avant et expliquées de façon claire, est le fait qu'ils s'appuient sur un réseau actif de collaborateurs. Emilien Ruiz (qui anime actuellement le séminaire "Chantier d'histoire administrative" avec Marc Olivier Baruch à l'EHESS), est  l'instigateur principal du blog Devenir Historien-ne recensant les retours d'expériences de recherche de ses étudiants apprenti-historiens à l'heure où les sciences humaines s'engagent enfin dans le virage numérique.

On trouvera sur le blog à titre d'exemples une bibliographie académique internationale sur le Records Management [2], des listes d'outils spécialisés dans le Text Mining [3], de nombreux outils facilitant la production de livrables tels que Scrivener [4] permettant d’abolir les problèmes de gestions des innombrables fenêtres et onglets qui parasitent inévitablement le travail de production écrite. Mais aussi des présentations de traitement de texte tel LaTeX, dont l'architecture rend plus simple et plus rapide la gestion des bibliographies, ainsi que la manutention de textes longs - et donc de fichiers lourds ; que les traitements de texte classiques tels que Word ou OpenOffice.

On pourra aussi y découvrir une série de tutoriels très complets pour les essentiels de la recherche - Zotero par exemple [5] - ou des astuces pour dynamiser des cartes ou graphes statiques à l'aide de l'utilitaire Gimp, habituellement dédié aux GIFs[6].
L'exemple ci-dessous montre bien en quoi l'utilité de la méthode dépasse l'agrément esthétique:
crédit: Baptiste Coulmont [7]

Plus qu'un long discours il apparaît que la meilleure manière d'illustrer la richesse du portail est de faire la cartographie de ses liens sortants, triés à partir des résultats d'un crawl de Xenu [8]. Le rendu a été réalisé à l'aide de la plateforme Gephi [9], entrainée par l’algorithme Force Atlas 2, dont on retrouvera le tutoriel sur le blog [10] parmi des dizaines d'autres.



                                                                                        



[1]Franziska Heimburger, Émilien Ruiz, La boîte à outils des historien·ne·s, [En ligne].https://www.boiteaoutils.info/, [consulté le 27 février 2020].

[2]Franziska Heimburger, Émilien Ruiz, Archives et numérique, [En ligne]. https://www.boiteaoutils.info/ressources-issues-de-notre-bibliographie-collaborative-sous-zotero/archives-et-numerique/ , [17 mai 2014, consulté le 26 février 2020].

[3]Franziska Heimburger, Émilien Ruiz, Text Mining, [En ligne]. https://www.boiteaoutils.info/ressources-issues-de-notre-bibliographie-collaborative-sous-zotero/text-mining/  17 mai 2014, [consulté le 26 février 2020].

[4]Caroline Muller Lesinvités de la boîte , 2015, Scrivener, un outil d’écriture créative, [En ligne].https://www.boiteaoutils.info/2015/06/scrivener-ecriture-creative/ , 29 juin 2015, [consulté le 26 février 2020].

[5]Franziska Heimburger, Émilien Ruiz, Zotero,[En ligne]. https://www.boiteaoutils.info/category/tutoriels/zotero/, [consulté le 27 février 2020].

[6]Émilien Ruiz,Animer un graphique ou une carte avec Gimp – La boîte à outils des historien·ne·s, [En ligne].https://www.boiteaoutils.info/2014/06/gif-gimp/, [consulté le 27 février 2020].

[7]Baptiste Coulmont, Cartographie, [En ligne]. http://coulmont.com/blog/category/cartographie/, [consulté le 27 février 2020].

[8]Tilman Hausherr Find broken links on your site with Xenu’s Link Sleuth (TM), [téléchargeable]. http://home.snafu.de/tilman/xenulink.html, [consulté le 27 février 2020].

[9]Common Licence, Gephi - The Open Graph Viz Platform, [téléchargeable]. https://gephi.org/, [consulté le 27 février 2020].

[10]Franziska Heimburger, Calendrier de l’avent « Trucs, astuces et outils » – La boîte à outils des historien·ne·s, [En ligne]. https://www.boiteaoutils.info/2019/12/calendrier-de-lavent-trucs-astuces-et-outils/, [consulté le 27 février 2020].

mardi 25 février 2020

Records Management et Intelligence Artificielle


En 1956, les participants de la Conférence de Dartmouth donnaient son nom à l'Intelligence Artificielle, partant de ce principe : « chaque aspect de l’apprentissage ou toute autre caractéristique de l’intelligence peut être si précisément décrit qu’une machine peut être conçue pour le simuler » Des années ont passé avant de voir Deep Blue l’emporter aux Échecs sur l’intelligence humaine: c’était dans les années 90. L’intelligence Artificielle a ensuite passé le cap des années 2000, tournant dans son essor et, avec l’influence grandissante des GAFAM, l’IA continue son expansion et fait dorénavant partie de notre quotidien. Quid alors des pratiques du Records Management face à l'efficacité toujours plus poussée des technologies de l'IA?

Records Management et Intelligence Artificielle : un avant et un après ?

Le 20 janvier 2020, James Lappin, records manager anglais, a publié un article sur son blog Thinkingrecords.co.uk dans lequel il pose la question de l’avant/après intelligence artificielle pour les pratiques du Records Management. Basé sur son projet de recherche sur la politique d’archivage du courrier électronique, James Lappin retrace l’histoire de la gestion des documents, de l’avant révolution industrielle à la révolution numérique, décrivant ce que cette dernière a eu d’impact sur le records management.[1]

De la fonction de (révolution industrielle) à la fonction de « politique » (révolution numérique), le records management couplé à l’IA deviendrait une data science. Parmi ce qu’annonce James Lappin, voici quelques faits signifiants sur ce que l’après IA induit d’effets sur le Records Management :
  • Le Records Management devient une data science qui aura pour pratique de superviser les algorithmes de classification des informations documentées, des règles de conservation et d’accès aux enregistrements.
  • Le volume des documents et des données continueront d’augmenter car les algorithmes de l’IA produiront eux-mêmes des informations à gérer.
  • Au sein d’un même organisme, la cohabitation des diverses bases de données inter-services sera facilitée par l’IA : les algorithmes pourront utiliser les données d’une base de données pour gérer et alimenter les données d’une autre base de donnée.

IA : un renouveau pour les métiers du records management ?

La révolution de l'IA offre de nouveaux pouvoirs aux gestionnaires de documents / professionnels de la gouvernance de l'information pour intervenir efficacement au sein et entre les systèmes de documents à des fins de gouvernance. Comme tout pouvoir, cela s'accompagne de responsabilités et de la nécessité de l'utiliser judicieusement et en toute sécurité. Telle est l’analyse de James Lappin au sujet de l’impact de l’IA sur les métiers du records management. 

Le fait est que depuis 20 ans déjà, les professionnels de l'information tentent d’appliquer l’IA au Records Management. Sans trop de succès. Ce n’est que depuis 5 ans et grâce à l’essor de la technologie du Machine Learning que l’IA propose des solutions renversant les pratiques (et dépassant parfois les compétences) des professionnels de la gestion documentaire.  Ces tâches en particulier sont en voie d'automatisation : la classification (un des sujets les plus complexes du Records Management), l'élimination des doublons ou des documents obsolètes des systèmes documentaires, ou encore surveillance exhaustive de la conformité des données/documents. 

Où se situent alors les métiers du records management ? 

Percevoir le Machine Learning comme une menace ne constitue pas la meilleure approche : l’IA et ses Machines Learning permettent l’automatisation de certaines tâches au profit du développement de nouvelles compétences pour les professionnels de l'information.[2] Parmi elles, l’éducation de l’IA et des Machines Learning, une expertise visant à détecter des problèmes émergents en matière de gestion documentaire.[3] 

[1] LAPPIN, James. "Records Management, before and after the AI revolution". Thinkingrecords.co.uk. [En ligne]. 30 janvier 2020. [Consulté le 06 février 2020].Disponible sur : <https://thinkingrecords.co.uk/2020/01/30/records-management-before-and-after-the-ai-revolution/>.

[2] GILLIN, Paul. "A fresh look at Artificial Intelligence and Records Management". Infogoto.com. [En ligne]. 27 janvier 2018. [Consulté le 20 février 2020]. Disponible sur : <https://www.infogoto.com/a-fresh-look-at-artificial-intelligence-and-records-management/>.

[3] Conseil National des Archives. "Intelligence Artificielle et impact sur la gestion des documents et des archives". www.ica.org. [En ligne]. 19 mars 2019. [Consulté le 20 février 2020].Disponible sur : <https://www.ica.org/sites/default/files/mef_intelligence_artificielle_dissemination.pdf>.


La veille terrain : une stratégie toujours utile

A l'ère du digital, la veille de terrain garde toujours son utilité et son efficacité quant à la collecte d'informations. Adeline Lory, responsable du marketing pour Scoope Veille augmentée, chargée d'enseignement en veille à l'Université de Bourgogne, et Louis-Marc Pérez, directeur général adjoint d'Ixxo, éditeur de solutions collaboratives de veille, expliquent comment mettre en place cette stratégie de veille. [1]

D'abord, qu'est-ce que la veille terrain ? Pour essayer de donner une définition précise, selon Adeline Lory, en entreprise,  la veille terrain se définit par l'action de collecter des informations stratégiques dans l'objectif d'anticiper des évolutions de son écosystème. [1] En effet, elle s'appuie non pas sur des sources d'informations web ou presse (veille classique) mais plutôt sur des sources humaines. Les sources humaines sont les sources d'information. 

En outre, selon Adeline Lory, la veille classique ne saurait pas collecter des informations de manière efficace comme la veille de terrain. Cette dernière possède l'avantage d'intervenir dans des événements formels (salons, conférences, rendez-vous clients, congrès) et informels (discussions à la machine à café, échanges téléphoniques, etc.) Ce type de veille est « le plus répandu parmi les entreprises. Certaines conçoivent même un plan de veille spécifique avec objectif et plan de visite. » [2]

Julien Bourgau, responsable du développement chez Démosthène, spécialiste de l'animation commerciale et de la force de vente supplétive, témoigne : « Je pratique la veille sur les salons, notamment les salons professionnels de réseaux de distribution, où nous pouvons avoir de très bons contacts. » [3]

Cependant, pour réaliser une veille de terrain, Adeline Lory donne nombre de conseils : 
  1. Mettre en place en amont un agenda des événements professionnels pour l'année prochaine qui intéresse l'entreprise. On peut les repérer en utilisant l'outil EventsEye qui répertorie nombre d'événements professionnels dans le monde. 
  2. Constituer une équipe de quelques collaborateurs et même de l’extérieur de l'entreprise.
  3. Faire un rapport de veille et le communiquer aux services concernés.
Aussi, pour faire la veille de terrain, faut-il assurer la remontée des informations terrain pour en permettre le traitement et la diffusion et recruter des sources humaines motivées et fiables. 

Louis-Marc Pérez met en avant la prise des notes et la photographie prise à l'occasion d'une présentation. Il insiste également sur la transversalité afin d'améliorer la circulation de l'information entre les différents départements de l'entreprise et la génération de connaissances. 

Rémi Laurent, directeur innovation-recherche et développement au sein de la chambre régionale d'agriculture de Normandie, déclare : « Avec 450 collaborateurs, nous disposons de 450 paires d'yeux et de 450 paires d'oreilles susceptibles de faire la veille.» [4] La veille de terrain se conjugue pour lui en mode collaboratif (collaboration avec des clients, des fournisseurs, des agriculteurs et des collectivités.) 

Néanmoins, lors des salons professionnels  dédiés à la veille, la veille terrain n'est guère évoquée. Selon Louis-Marc Pérez elle est « considérée à tort comme de l'espionnage. Contrairement au RGPD et au big data, la veille de terrain n'est pas dans la lumière.» [5] Louis-Marc Pérez pense que la veille terrain peut se hisser en priorité numéro un notamment dans le secteur du retail (commerce de détail.) 

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[1] Lory Adeline, « Veille : allez sur le terrain ! », Archimag n°330 décembre 2019 - janvier 2020, p.13-16. [En ligne]. [Consulté le 25 février 2020]. Disponible sur : < http://www.cafoc-versailles.fr/doc_num.php?explnum_id=466  >

[2] Bruno Texier, « La veille terrain doit passer par la transversalité », (entretien avec  Louis-Marc Pérez), Archimag n°330 décembre 2019 - janvier 2020, p.19. [En ligne]. [Consulté le 25 février 2020]. Disponible sur : <  http://www.cafoc-versailles.fr/doc_num.php?explnum_id=466  >

[3] Adeline Lory, « Veille : allez sur le terrain ! » Op.cit. 

[4] Bruno Texier, « Quand l'agriculture laboure la veille terrain », Archimag n°330 décembre 2019 - janvier 2020, p.20. [En ligne]. [Consulté le 25 février 2020]. Disponible sur : <  http://www.cafoc-versailles.fr/doc_num.php?explnum_id=466  >

[5] Bruno Texier, « La veille terrain doit passer par la transversalité » (entretien avec  Louis-Marc Pérez). Op.cit. 

lundi 24 février 2020

Un panorama d'applicatifs IA dans la chaîne de valeur des médias

Après l’adaptation à Internet et la numérisation des contenus, les médias sont en première ligne pour tester et déployer les outils basés sur l’intelligence artificielle. Cette nouvelle vague d’innovation impacte tous leurs métiers et tous les maillons de la chaîne production [1]. En effet, cette ruée vers ces applications a modifié considérablement les rôles des professionnels et les canaux d’accès à l’information. Le recours à ces applicatifs pose cependant de nombreuses questions, notamment sur le plan éthique : faut-il imposer une forme de transparence vis-à-vis des lecteurs ? Faut-il généraliser l'usage de ces technologies à l'heure des fake news ?

Les applications de l'IA pour les médias sont vastes : automatisation des process métiers et des relations clients, veille et écoute des réseaux sociaux, vérification de l'information et détection des fake news, analyse prédictive de succès, création de vidéos et post-production, conversation automatique par assistants vocaux, rédaction automatisée, recommandation personnalisée. Loin de se vouloir exhaustif, voici un panorama de quelques applications IA dans la chaîne de valeur des médias.

Veille, identification des tendances :

  • NewsWhip est un outil qui permet de détecter des tendances sur Twitter, Facebook, Linkedin. Il est adopté par plusieurs agences de presses comme la BBC, le Guardian, il aide au traitement des données 
  • QWAM Text Analytics traite et analyse de grandes masses de données non structurées pour en tirer les éléments essentiels et indicateurs clés. Utilisé par Le Figaro pour la génération des tags, et l'enrichissement sémantique, la recommandation des contenus similaires [2].

 Vérification de l’information :

  • FactMata est une plateforme qui utilise l'IA pour détecter les fake news en attribuant des indices de confiance aux contenus, en repérant les discours de haine et les contenus abusifs, la propagande [3].

 Rédaction automatique :

  • Quotebot est un programme qui génère automatiquement des textes à partir de données financières pour le quotidien belge L'Echo. Il a été développé avec les journalistes de la rédaction à l'aide de syllabs [4].

Assistants vocaux :

  • CallDesk propose un robot intelligent capable de prendre en charge des appels téléphoniques, au côté des téléopérateurs. Ce robot comprend les requêtes en langage naturel et offre une expérience de qualité aux interlocuteurs en leur apportant une réponse pertinente. Il reconnait également et transfère automatiquement les tâches complexes aux téléopérateurs spécialisés [5].

Indexation automatique  :

  • Newsbridge est une solution d'indexation automatique et en temps réel des rushs, via la reconnaissance d'images. Elle optimise le process de production d'un sujet  et pérennise les  contenus en facilitant leur réutilisation différée. Une fonctionnalité de traduction est également proposée pour les interviews [6].

IA dans les médias : Quelles limites ?

"S’il est certain que l’IA ne remplacera pas les journalistes, sa mise en place dans les rédactions peut être compliquée. Elle peut déclencher un "clash de cultures" entre les employés aux profils technique et journalistique. Ensuite, elle nécessite un bon management et des workflows définis. L’usage de l’IA ne peut se limiter à un seul service au sein de la rédaction, touchant de nombreuses fonctions différentes. Automatiser des tâches de routine nécessite de bien les délimiter afin d’éviter d’inscrire des erreurs ou des biais dans le processus, qui seraient ensuite invisibilisés par l’automatisation" [7]. 

Sources:
[2]http://www.qwamci.com/qwam-text-analytics/ [consulté le 22/02/2020]
[3]https://factmata.com/technology.html [consulté le 23/02/2020]
[5]https://calldesk.ai/  [consulté le 22/02/2020]
[6]https://www.newsbridge.io/  [consulté le 22/02/2020]