mardi 15 janvier 2019

Ces nouvelles méthodes pour redonner vie au passé

Les technologies de l’information que sont la navigation virtuelle et la réalité virtuelle permettent d’imaginer de nouvelles formes de médiation culturelle mais aussi d’assurer la conservation du patrimoine mondial. De la navigation à l’immersion complète dans un environnement créé ou reconstitué, l’utilisateur peut aujourd’hui avoir accès à des lieux lointains, inaccessibles ou même disparus. 


En septembre 2018, les collections du musée de Rio de Janeiro disparaissaient dans un incendie ravageur [1]. Une perte inestimable pour le peuple brésilien, les chercheurs et l’ensemble des acteurs culturels du monde. Trois mois plus tard, on apprend la mise en ligne par Google d’une version virtuelle du musée [2]. Ce projet était mené depuis 2016 par Google en collaboration avec l’Université fédérale de Rio et le Ministère de l’éducation. L’objectif était de donner accès aux collections au plus grand nombre depuis l’application Google Arts & Culture. La première version donne la possibilité de se déplacer dans les salles du musée grâce à la technologie street view, et le public à accès au détail de 164 œuvres parmi les plus importantes du musée [2]. 
Le travail de collecte de données des œuvres et des espaces, réalisé en amont, permet aujourd’hui une reconstitution minutieuse. Photographiées, les salles sont reproduites à l’identique de ce qu’était le musée peu de temps avant sa disparition. 

D’autres projets de reconstitution de monuments historiques ou même de ville voient le jour. Les sites antiques, dont la conservation n’est pas assurée dans le temps, sont particulièrement visés par ce type de projet [3].  
Le projet Rome Reborn, démarré à la fin des années 90 propose une immersion dans la ville antique de Rome. Ici la logique est différente, pas de reconstitution à l’identique : « 50 historiens, archéologues et informaticiens pendant 22 ans pour recréer 7000 édifices et monuments de la Rome de l’an 320, au moment où le développement urbain de la ville éternelle atteignait son apogée » [3]. La collaboration transdisciplinaire est essentielle car les outils technologiques doivent s’adapter à l’état de la recherche historique et archéologique et ne pas risquer de dépasser la connaissance à l’instant T ou laisser libre court à l’imagination. La "volonté de vérité" est une donnée fondamentale de ce type de projet.

Les reconstitutions virtuelles aujourd'hui en développement prennent un place à part dans la valorisation du patrimoine culturel. Elles permettent une nouvelle forme de médiation culturelle en mettant en valeur la recherche archéologique et historique. Elles viennent également combler le vide physique laissé par la disparition des œuvres patrimoniales. 


Pour une visite de Rome en 320, suivez le guide :  https://www.youtube.com/watch?v=pA4SG9amhTE#action=share


Sources :

[1] CONSEIL INTERNATIONAL DES MUSÉES. Communiqué à propos de l’incendie dévastateur au Musée National du Brésil - ICOM [en ligne]. 3 septembre 2018. [Consulté le 15 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://icom.museum/fr/news/communique-a-propos-de-lincendie-devastateur-au-musee-national-du-bresil-en-rio-de-janeiro/

[2] PUECH, Benjamin. Google reconstitue virtuellement le musée national de Rio ravagé par un incendie [en ligne]. 17 décembre 2018. [Consulté le 15 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2018/12/17/03015-20181217ARTFIG00175-google-reconstitue-virtuellement-le-musee-national-de-rio-ravage-par-un-incendie.php

[3] BAILLARGEON, Stéphane. Archéologie et histoire virtuelles au service de la reconstitution des sites anciens. Dans : Le Devoir [en ligne]. 3 janvier 2019. [Consulté le 15 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.ledevoir.com/societe/544656/archeologie-et-histoire-virtuelles-au-service-de-la-reconstitution-des-sites-anciens

mardi 8 janvier 2019

La justice « digitale », doit-on en avoir peur ?

L’intelligence artificielle appliquée au droit est aujourd’hui une réalité. Ce phénomène bouleverse tant les métiers juridiques que la relation citoyenne à la justice, et suscite de vifs débats. Quels en sont les applications, les enjeux, voire les risques pour la démocratie ?

Récemment Antoine Garapon, magistrat et secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ), et Jean Lassègue, anthropologue et chercheur au CNRS attaché à l’Institut Marcel Mauss de l’EHESS, ont donné une définition à cette nouvelle justice liée au numérique. Ils parlent de « justice digitale » (1), terme qui recouvre la justice prédictive et les legaltech. Si le concept de justice prédictive n'est pas nouveau, l'utilisation des algorithmes en a modifié la portée. D'autant que, souligne Antoine Garapon (2), dorénavant les initiateurs des évolutions législatives ne sont plus des juristes, mais des développeurs, des entrepreneurs, animés par une logique de profit et non plus sociale.

Etat des lieux

Source : Village de la justice - LesEchos Start
Les legaltech – ces start-ups du droit en ligne qui essaiment en France depuis 2010 ont leur observatoire et leur salon – sont des plateformes qui compilent et analysent des millions de textes juridiques, facilitant ainsi l'accès à la doctrine. Les principales activités de service qu'elles proposent sont la rédaction d'actes ou de documents juridiques et l'information juridique, seulement 3 % de leurs activités touchent la justice prédictive (voir ci-contre). Et 62 % de leurs clients sont des cabinets d'avocats (3). Les maisons d'édition d'ouvrages juridiques ont bien compris le potentiel des legaltech – de même que le risque pour leurs publications traditionnelles –, et rares sont celles qui ne sont pas partenaires de telles plateformes.

Les algorithmes, de simples outils…

Louis Boré, président de l’ordre des avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, rappelle que « constitutionnellement, la loi ne doit pas être trop précise » et doit adapter le général (le code) aux cas particuliers (4).
Pour lui, le travail effectué par les algorithmes facilite l’analyse des décisions de justice des juges du droit, mais le magistrat, l’humain, aura toujours ce pouvoir de contrôle des résultats proposés, donc de décision finale. Pour répondre aux craintes des avocats d’être remplacés par des machines, il prédit plutôt un déplacement de leurs missions vers davantage de conseil.

... Ou des substituts à l’intelligence humaine ?

Gain de temps dans le traitement des dossiers, optimisation du travail des juristes... Pourtant, le recours aux legaltech peut entraîner le remplacement de collaborateurs par des machines. Aux Etats-Unis, les cabinets d’avocats qui utilisent le logiciel Ross (développé par IBM) ont considérablement réduit leurs équipes (5). En France, l’un des objectifs du projet de loi de programmation 2018-2022 et de la réforme pour la Justice, toujours en cours d’examen est d’organiser la transformation numérique de la Justice pour la rendre plus accessible et plus efficace – et, bien entendu, de poser un cadre législatif à l’utilisation des données. Or, à ce titre, elle prévoit le recours à des algorithmes pour la résolution amiable de certains litiges, ce qui est déjà pratiqué en Amérique du Nord (6).
Un autre métier risque de faire les frais de ces innovations : celui de documentaliste juridique ou professionnel de l'information documentaire (7). En termes de rapidité de traitement, de veille et d'économies, les machines sont largement plus performantes, même si, pour le moment, ce que proposent les outils de l'IA, doit être vérifier et compléter... par l'homme.

La vigilance est de mise

Des chercheurs américains ont mené une étude comparant les décisions prises par des juges-robots et par des juges humains. Sur 8 cas sur 10 les décisions étaient similaires : des résultats qui peuvent paraître prometteurs. Cependant l'analyse des deux cas divergents doit avant tout être questionnée, insiste Boris Barraud, docteur en droit (8).
Car le risque majeur n'est-il pas la régression démocratique que peut entraîner ce traitement de la Justice ? C'est ce que pointe, après avoir détaillé les atouts des nouvelles technologies appliquées au droit, Antoine Garapon (9). En effet, d'une part, le recours systématique à l'IA promet une perte d'expérience, donc de pouvoir de contrôle sur les décisions ; d'autre part, la justice prédictive peut à la longue devenir trop normative et conservatrice. Il cite l'exemple, aux Etats-Unis, d'un système qui finalement reproduit les discriminations dont souffrent les Afro-Américains.

Il est encore tôt pour mesurer les conséquences du recours à l'intelligence artificielle appliquée à la justice, mais on ne doit pas en ignorer les dangers. Veillons aux garde-fous : Celui du règlement européen sur la protection des données personnelles, dont l'article 22 pose que toute personne « a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le profilage, produisant des effets juridiques la concernant ou l'affectant de manière significative de façon similaire ». En outre, une charte européenne éthique européenne devrait encadrer le déploiement de l'IA liée à la justice (10)... 

 Sources :

(1) GARAPON, Antoine et LASSÈGUE, Jean. Justice digitale. Presses Universitaires de France-P.U.F. Paris : 978-2-13-073357-7, 2018. ISBN 978-2-13-073357-7.  Voir son interview : COUSTET, Thomas. Antoine Garapon : « le numérique est un remède à la lenteur de la justice » | Interview | Dalloz Actualité. [en ligne]. 4 mai 2018. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.dalloz-actualite.fr/interview/antoine-garapon-numerique-est-un-remede-lenteur-de-justice#.XDJiMi97TfY

(2) GARAPON, Antoine. Les enjeux de la justice prédictive. La semaine juridique [en ligne]. 9 janvier 2017. N° 1‑2, pp. 4. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : http://unedesrevues.lexisnexis.fr/unerevues/pdf/une/sjg1701.pdf

(3) Comprendre la LegalTech en 4 graphes. start.lesechos.fr [en ligne]. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://start.lesechos.fr/entreprendre/actu-startup/comprendre-la-legaltech-en-4-graphes-13504.php

(4) MATHIEU, Claire et ABITEBOUL, Serge. La justice prédictive et l’égalité devant la loi. Entretien avec Louis Boré, président de l’ordre des avocats au Conseil d’état et à la Cour de cassation. The Conversation [en ligne]. 26 avril 2018. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : http://theconversation.com/la-justice-predictive-et-legalite-devant-la-loi-95116

(5) BARRAUD, Boris. Un algorithme capable de prédire les décisions des juges : vers une robotisation de la justice ? Les Cahiers de la justice [en ligne]. mars 2017. N° 1, pp. 121‑139. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01404518

(6) RACINE, Jean-Baptiste. La résolution amiable des différends en ligne ou la figure de l’algorithme médiateur. Recueil Dalloz, 13 septembre 2018, n°31, p. 1700.

(7) BARTHE, Emmanuel. L’intelligence artificielle et le droit. I2D – Information, données & documents [en ligne]. 3 juillet 2017. Vol. Volume 54, n° 2, pp. 23‑24. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2017-2.htm

(8) BARRAUD, Boris. Op. cit.

(9) GARAPON, Antoine. Les enjeux de la justice prédictive. Op. cit.

(10) MARRAUD DES GROTTES, Gaëlle. Justice et intelligence artificielle : une charte éthique européenne pour organiser son déploiement | Actualités du droit | Wolters Kluwer France. [en ligne]. 5 décembre 2018. [Consulté le 7 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.actualitesdudroit.fr/browse/tech-droit/start-up/18146/justice-et-intelligence-artificielle-une-charte-ethique-europeenne-pour-organiser-son-deploiement

samedi 22 décembre 2018

L’Open data en Europe : entre valeurs et engagements des pouvoirs publics

Le 12 décembre 2018 a été publié un décret relatif aux catégories de documents à caractère administratif pouvant être rendus publics(1), et sans que cela rende nécessaire une opération d'anonymisation de ces données. Cet énième acte du législateur semble parachever le dispositif de protection des données personnelles. Ce décret peut marquer la fin d'un cycle d'harmonisation européenne de réglementation du web 2.0 : il aura commencé en 2016, et le point d'orgue aura été l'entrée en vigueur du règlement européen relatif à la protection des données personnelles (ou RGPD) le 25 mai 2018. 

Comment expliquer l'open data ? Est-ce que la France suit une politique originale en la matière, à la différence de ses partenaires européens ? Et quelles sont les conséquences directes pour les pouvoirs publics ? 


1. Le mouvement Open Data et les données publiques : caractéristiques éthiques principales.


 On peut définir l'open data comme une volonté de porter à la connaissance du plus grand nombre des données spécifiques, et ce de façon gratuite et sans aucune contrepartie (2). Ces données se présentent sous la forme d'informations ayant un intérêt général. Pour être rendues publiques et être conformes à l'environnement légal, elles ne doivent comporter aucun élément discriminant. 

Le mouvement "Open data" porte des valeurs, notamment la transparence et la gratuité. Pour tenter de définir les données publiques éligibles à l'ouverture, on peut se reporter à la section I de la loi du 7 octobre 2016 pour une république numérique (3) :

  "Les administrations [...] sont tenues de communiquer dans le respect de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, les documents administratifs qu'elles détiennent aux autres administrations mentionnées [...] qui en font la demande pour l'accomplissement de leurs missions de service public."
Comme il est écrit, le législateur précise les modalités de réutilisation des données publiques. Il est bien précisé que le motif invoqué pour toute exploitation est l'accomplissement d'une mission de service public. Peu après est mentionné le principe de gratuité :
"A compter du 1er janvier 2017, l'échange d'informations publiques entre les administrations de l'État [...] ne peut donner lieu au versement d'une redevance".
 L'open data est un des affluents du grand fleuve que les chercheurs, observateurs, et experts nomment le "big data" ; ce mouvement a fait l'objet d'un colloque en sciences de l'information organisé en 2015, et qui s'est tenu à Rabat (4). Paquets de données massives, programmes précurseurs, centres de données de plus en plus puissants : s'il y a une mondialisation des échanges, c'est aussi à ce niveau qu'on la mesure. Les actes de ce colloque livrent une analyse en profondeur des concepts de ces deux phénomènes contemporains : big data et open data, indissociables faces d'une même médaille.

Si échanger semble s'expliquer par un rattachement intrinsèque au capitalisme, et la gratuité à la notion de service public, les racines de la transparence semblent être ailleurs. La lointaine origine de cette lame de fond ne remonterait-elle pas plutôt à ce mois de juin 1972, lors duquel la société civile américaine a découvert le scandale du Watergate ?


 Si la loi Lemaire pour une République Numérique bénéficie des antécédents législatifs dans le domaine de la protection des données publiques, un des apports de cette loi réside peut-être dans l'élaboration d'une identité numérique (5). Si cette notion a pris corps grâce aux rédacteurs de la loi, est-ce que cette préoccupation est le propre du seul législateur français ?


2. Une exception française ? L'exigence d'open data et ses conséquences 


Est-ce que la France suit une politique originale ? En vérité, l'entrée en vigueur du Règlement européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD) (6) a été l'occasion d'harmoniser  diverses politiques menées par les États depuis de nombreuses années. Si les pouvoirs publics de France ont décidé de créer la Commission nationale de l'informatique et des libertés (7), les Pays-Bas disposent aussi d'un organisme dont les missions et attributions recouvrent le même périmètre (8). L'Agentschap voor gegevensbescherming in Nederland aurait rendu un rapport récent relatif à la télémétrie de Microsoft Office (9), considéré comme contraire aux nouvelles dispositions.

La politique de protection des données peut être considérée comme la conséquence logique de cette mise à disposition d'informations au grand public. 

La France a-t-elle voulu montrer sa singularité en élaborant une loi adaptant le RGPD à son territoire le 20 juin 2018 ? D'une manière générale, les règlements européens sont appliqués à la lettre dans les différents états de l'Union, à la différence des directives. 

Il apparaît que cette diffusion des données publiques doit être contrôlée, car leur objet est un bien commun. Les appels à la transparence, à la gratuité, et au libre accès ont pour conséquence d'obliger les pouvoirs publics à afficher des contenus libres de droit. Par conséquent, les pouvoirs publics ont constitué une équipe interministérielle dont le rôle est de favoriser le partage des données des ministères et administrations dans un souci de meilleure évaluation des politiques publiques : c'est la mission d'ETALAB. La mise en production du site data.gouv.fr est l'aboutissement d'années d'efforts visant à construire une administration électronique. 

Ainsi, les pouvoirs publics accompagnent un mouvement de fond propre aux sociétés occidentales, et qui transforme leur pratiques, leurs formes, et leurs actions.  


Sources : 

(1) JOST, Clémence. Archives et open data : les catégories de documents pouvant être publiés sans anonymisation enfin fixées par décret, Archimag, [en ligne], 13/12/2018 [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible sur https://www.archimag.com/univers-data/2018/12/13/archives-open-data-documents-publies-sans-anonymisation-decret.

(2) La Rédaction JDN. Open data : définition, traduction et synonymes,  Journal du Net [en ligne], 4 novembre 2018 [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible sur https://www.journaldunet.fr/business/dictionnaire-du-marketing/1198329-open-data-definition-traduction-et-synonymes/.

(3) Loi n°2016-1321 pour une République numérique, 7 octobre 2016, titre premier, chapitre premier, section 1, article 1 [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible en ligne sur légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2016/10/7/ECFI1524250L/jo/texte.

(4)  Big Data - Open Data : Quelles valeurs ? Quels enjeux ? Actes du colloque « Document numérique et société », Rabat, 2015. De Boeck Supérieur, « Information et stratégie », 2015, 282 pages [consulté le 22 décembre 2018]. ISBN : 9782807300316. Disponible sur : https://www.cairn.info/big-data-open-data-quelles-valeurs--9782807300316.htm

(5) BARDIN, Michaël. L’identité numérique et le droit : esquisse d’une conciliation difficile, Hermès, La Revue, 2018/1 (n° 80), p. 283-291 [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2018-1.htm-page-283.htm.

(6)Règlement européen (UE) 216/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et abrogeant la directive 95/46/CE [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible sur Eur-Lex : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32016R0679.

(7) Plus connue sous son acronyme "CNIL", cette autorité administrative indépendante (AAI) est accessible en ligne : https://www.cnil.fr/.

(8) Organisme accessible sur : https://www.autoriteitpersoonsgegevens.nl/.

(9) CIMPANU, Catalin. Pays-Bas : la télémétrie de Microsoft Office enfreint le RGPD, Zdnet [en ligne], 15.11.2018 [consulté le 22 décembre 2018]. Disponible sur : https://www.zdnet.fr/actualites/pays-bas-la-telemetrie-de-microsoft-office-enfreint-le-rgpd-39876517.htm 



vendredi 21 décembre 2018

ISO 30401 : KM n'est plus seulement "nice to have"

Au début du mois de novembre est parue la norme sur les systèmes de management des connaissances ISO 30401:2018. Très attendue par les professionnels du KM, elle est un signe de maturité pour le domaine et lui apporte non seulement un cadre universel, mais également une légitimité accrue pour sa démarche. 

En France, le Club de Gestion des connaissances a été particulièrement impliqué dans la définition de la norme au sein du groupe de travail ISO, sa traduction en français et désormais sa promotion, avec notamment son fondateur, professeur à l'école de management de l’Institut à Mines-Télécom Jean-Louis Ermine, David Lamotte, Head of Knowledge Management chez IOSH, et Nicolas Dubuc, Fellow Michelin - Knowledge management & Technology Intelligence.

La gestion des connaissances ou Knowledge Management (KM) est une discipline qui s'est fortement développée dans les entreprises depuis les années 2000, d'abord dans des cabinets de conseil ou les secteurs comme ceux du nucléaire et du pétrole. Selon Gonzague Chastenet de Géry, directeur associé chez Ourouk et professeur au CNAM, "ce qui est frappant aujourd'hui, en 2018, c'est le regain d'intérêt de la part des PME travaillant dans l'ingénierie, le génie civil ou les services, cabinets d'avocats. Il y un vrai besoin, surtout dans des métiers où il faut tirer parti de l'expérience"

La norme ISO 30401 a justement pour finalité d'aider les organismes, indépendamment de leur type ou taille, à concevoir un système de management qui valorise et facilite la création de valeur grâce aux connaissances. Il s'agit ici d'une norme de système de management qui s'applique aux connaissances. Elle s'adresse notamment aux directions, aux knowledge managers, et à tous ceux qui doivent mettre en œuvre et entretenir le système de management des connaissances [1].
 
©Jack Moreh, Thinking and Learning in the Digital Age, Source : freerangestock

En une vingtaine de chapitres on retrouve une introduction, des définitions, le périmètre d'application et les fonctions qui composent le système de management. Les annexes définissent le champ du KM par rapport à d'autres métiers, ce qui permet d'assoir l'indépendance de la discipline. La question de l'importance du renforcement de la culture du management des connaissances dans l'organisme est également abordée [1].

Pour G. Chastenet de Géry, l'un des points les plus importants évoqués dans la norme est le leadership. En effet, le soutien de la direction est indispensable à la réussite d'une démarche KM. Toutefois, la beauté du KM et en même temps sa difficulté est liée au fait qu'il doit être une synergie entre deux mouvements top down et bottom up. Le KM c'est à la fois les remontées des pratiques du terrain et un pilotage par la Direction Générale. Il est important d'avoir une impulsion qui vienne d'en haut, mais ça ne suffit pas. D'ailleurs, cette dimension permet de définir la maturité de la culture du KM en entreprise. Elle est difficile à évaluer en se basant seulement sur la norme, qui prévient de ses propres limites en disant que chaque entreprise doit se construire sa propre démarche. Il faut aller plus loin que la norme.

Comme le souligne Nicolas Dubuc [1], cette norme est un cadre de travail que l'on peut percevoir comme une aide, ou une check-list dans laquelle tous les points nécessaires sont présents et lisibles. ISO 30401 s’adresse à tous et peut s'appliquer au rythme de chacun ; en effet, la mise en place d'une démarche KM peut s'avérer assez longue. Elle définit le quoi mais pas le comment, à savoir : qu'il faudra travailler tous ensemble. 
C'est précisément le but du KM Handbook mis au point par le Club de Gestion des connaissances ou de la formation du CNAM Gestion des connaissances, levier de transformation

Dans le contexte de l'automatisation grandissante des tâches répétitives et de l'essor de l'intelligence artificielle, le KM pourrait être davantage valorisé, car "les entreprises vont prendre conscience des limites de l’intelligence artificielle. Elles vont aussi redécouvrir que tout ce que l'intelligence artificielle ne peut pas faire, c'est le KM qui peut les aider à le faire", conclut G. Chastenet de Géry.


Je remercie M. G. Chastenet de Géry et M. D. Lamotte d'avoir répondu à mes sollicitations et de m'avoir communiqué les éléments qui m'ont permis de rédiger ce billet.


[1] ERMINE Jean-Louis, LAMOTTE David, DUBUC Nicolas, Replay : Avec la norme ISO 30401, mettez en place un système de management des connaissances, Afnor, 30/11/2018, disponible en ligne [https://www.youtube.com/watch?v=hKuD3vTt03E&feature=youtu.be] [Consulté le 20/12/2018].

lundi 17 décembre 2018

Les Français et leur smartphone : de la fusion à la "digital detox"

Alors que le Baromètre du numérique 2018 annonce que le smartphone est devenu l'outil le plus utilisé pour se connecter à Internet, de nombreuses études pointent du doigt les effets parfois délétères de l'ultra-connexion. Les Français eux-mêmes sont conscients de ce glissement insidieux qui transforme l'outil pratique en objet fusionnel, parfois au détriment de leurs capacités cognitives voire de leur vie intime. Réponse à ce phénomène : certains mènent des "digital detox" ou déconnexions volontaires afin de reprendre le contrôle sur les technologies... et sur leur quotidien. 

Le smartphone : l'outil de prédilection pour surfer sur Internet


Début décembre, le Baromètre du numérique 2018 a publié ses résultats. Cette étude annuelle menée par le CREDOC pour le compte de l'Arcep, du Conseil Général de l'Économie et de la Mission Société numérique fait le point sur les usages des Français en matière de TIC [1]. D'après Mounir Mahjoubi, Secrétaire d'État au numérique, il s'agit de "[prendre] le pouls de notre société face aux évolutions technologiques"[2].

Parmi les grands enseignements de l'étude, le fait que le smartphone est devenu l'outil de prédilection des Français pour surfer. 46% de la population préfère l'utiliser pour se connecter à Internet : c'est 4 points de plus par rapport à 2017 et c'est davantage que l'ordinateur qui n'est préféré que par 35% des répondants.

Cette évolution des usages s'explique en partie par une meilleure couverture du réseau 4G : 61% des détenteurs de téléphone portable l'utilisent en 2018 alors qu'ils étaient seulement 42% en 2016.

Photo libre de droit

Dans le même temps, les Français estiment qu'ils passent trop de temps sur leur téléphone


L'hebdomadaire Télérama a récemment réalisé un dossier au titre provocateur : "L'abus de smartphone rend-il idiot ?". Le magazine y évoque notamment, sur la base de données Ifop, que 42% des utilisateurs de smartphone se sentent "dépendants" de cet objet. Sentiment qui illustre ce que les anglo-saxons appellent le FOMO (Fear or Missing Out) ou, autrement, la peur de rater quelque chose [3]. 

Cette peur entraîne une consultation répétée de nos écrans : d'après une récente étude du cabinet Deloitte, les Français consultent leur téléphone en moyenne 26 fois dans la journée. C'est encore plus chez les 18-24 ans avec 50 consultations par jour en moyenne [4].

Cette consultation réflexe de nos écrans n'est pas neutre pour nos capacités cognitives. D'après l'endocrinologue américain Robert Lustig, nous mettons en moyenne 23 minutes après avoir consulté notre smartphone pour être de nouveau concentré à notre tâche [3]. En consultant à répétition nos écrans, nous finissons par ne plus être totalement présents à notre activité.

L'Observatoire Bouygues Télécom 2018 confirme cette déconnexion difficile y compris dans notre vie privée : 42% des répondants restent connectés en présence de leurs amis (69% chez les 15-25 ans) et 26% le restent même pendant les repas de famille (41% chez les 15-25 ans) [5].

Pourtant, même non-utilisé, la simple présence sur la table d'un téléphone altère la qualité d'une discussion, et en particulier de la capacité d'empathie. Un phénomène que les chercheurs surnomment le "iPhone effect" [6].

Photo libre de droit


Se déconnecter volontairement ou la "digital detox"


Pour se protéger du caractère invasif des nouvelles technologies voire se préserver de leurs propres mauvaises habitudes, de plus en plus d'individus entament une "digital detox". Le but est de se déconnecter volontairement afin de reprendre le contrôle.

Le projet Devotic (ou Déconnexion volontaire aux TIC), animé par le sociologue Francis Jaureguiberry, a enquêté auprès des populations les plus exposées à une utilisation intensive des TIC. Il explique : "Si ces technologies sont en effet synonymes d'immédiateté, de sécurité, d'ouverture et d'évasion, elles le sont aussi d'informations non désirées, d'appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions, de contrôles et de surveillance non autorisés" [7].

L'étude a révélé que cette déconnexion est rarement totale (elle peut en effet être difficile à mettre en oeuvre dans un cadre professionnel) et très souvent temporaire, mais elle permet d'avoir un usage plus conscient et raisonné des outils de communication et donc moins subi

D'après Francis Jaureguiberry, cette déconnexion est "parfaitement révélatrice de la figure de l'homme hypermoderne qui ne se contente pas du sens du mouvement moderne mais l'interroge au contraire par une réflexivité accrue sur ses choix". 


Sources :


[1] Arcep, Conseil Général de l'Économie, de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies, Mission Société numérique. Baromètre du numérique 2018 [Infographie en ligne]. 03 décembre 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[2] Sécrétariat d'État au numérique. Baromètre du numérique 2018 [Dossier de presse en ligne]. 03 décembre 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[3] Télérama : L'abus de smartphone rend-t-il idiot ? N°3594 du 1er au 07 décembre 2018. 

[4] Deloitte. Usages mobiles [Étude en ligne]. 2016 [consulté le 17 décembre 1986] 

[5] Bouygues Telecom. Observatoire Bouygues Telecom des pratiques numériques des Français. 1ère édition, février 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[6] MISRA Shalini, CHENG Lulu, GENEVIE Jamie, YUAN Miao. The iPhone effect : the quality of in-person social interactions in the presence of mobile devices. Environment and behavior. 1er juillet 2014 [consulté le 17 décembre 1986]

[7] JAUREGUIBERRY Francis. Déconnexion volontaire aux technologies de l'information et de la communication. 7 janvier 2014 [consulté le 17 décembre 1986] 

Proposition de réforme du droit d'auteur dans l'Union européenne : Google Actualités réagit

Les députés européens ont validé, le 12 septembre dernier, une proposition de réforme du droit d'auteur dans l'Union européenne. Celle-ci prévoit des droits aux éditeurs de publications de presse pour l'utilisation numérique de leurs publications de presse. La direction de Google Actualités, inquiète, réagit en menaçant de fermer son service.

Le parlement européen a proposé une directive afin de réformer le droit d'auteur au sein de l'Union européenne, afin de l'adapter aux usages numériques [3]. Mais l'article 11 suscite des débats : il prévoit de taxer l'utilisation de liens sortants vers les médias et sites de presse. Dans un premier temps, cet article avait été rejeté [5], pour finalement être approuvé le 12 septembre 2018. Cela inquiète la direction de Google Actualités. Richard Gingras, vice-président de Google attaché aux médias, souhaite que ce texte soit modifié [2], sans quoi le service Google Actualités pourrait être fermé.

Il existe un précédent. En 2014, l'Espagne avait adopté une loi similaire prévoyant de taxer les clics sur les liens hypertexte. Immédiatement, le service Google Actualités avait répondu en déréférençant tous les articles de la presse espagnole. [1][2][4]

D'une part, les services d'agrégation de contenus comme Google Actualités référencent les articles des sites de presse sans leur accorder de contrepartie financière. Les éditeurs de presse leur reprochent d’avoir absorbé une grande partie des recettes publicitaires qui servaient auparavant à soutenir les journaux imprimés. [2]

D'autre part, Google Actualités n'utilise pas directement le contenu créé par les médias en ligne : via les liens, il redirige l'audience vers les sites de presse. Ces derniers bénéficient donc de ce lectorat que Google Actualités leur envoie, ce qui peut contribuer à augmenter leurs revenus numériques. [2] Google Actualités ne fait pas payer les sites de presse pour cela. [1] Enfin, les associations de défense des libertés numériques dénoncent une "taxe sur les liens", considérant que cela remettrait en cause un principe fondamental du partage sur internet. [1][4]

La décision finale sera prise en janvier 2019 avec le vote (approbation ou rejet) de la directive. [5]

 Sources :

[1] DIDIER, Hervé. Google Actualités pourrait fermer en Europe, 20 novembre 2018. [en ligne]. [Consulté le 17 décembre 2018]. Disponible à l’adresse :
https://www.commentcamarche.net/news/5872067-google-actualites-pourrait-fermer-en-europe?een=f99b00cd810e8a13a72c4ed090fd4210&seen=2&utm_source=greenarrow&utm_medium=mail&utm_campaign=ml146_findegoogleactu

[2] WATERSON, Jim. Google News may shut over EU plans to charge tax for links | Technology | The Guardian, 18 novembre 2018. [en ligne]. [Consulté le 17 décembre 2018]. Disponible à l’adresse :
https://www.theguardian.com/technology/2018/nov/18/google-news-may-shut-over-eu-plans-to-charge-tax-for-links

[3] Proposition de Directive du parlement Européen et du Conseil sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique, 14 septembre 2016. [en ligne]. [Consulté le 17 décembre 2018]. Disponible à l’adresse :
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52016PC0593&from=EN

[4] RICHIR, Camille. Le Parlement européen valide la directive sur le copyright. Fin des débats??, 12 septembre 2018. Toute l’Europe.eu [en ligne]. [Consulté le 17 décembre 2018]. Disponible à l’adresse :
https://www.touteleurope.eu/actualite/le-parlement-europeen-valide-la-directive-sur-le-copyright-fin-des-debats.html
Alors qu’ils l’avaient écartée le 5 juillet dernier, les députés européens ont adopté ce mercredi 12 septembre la proposition de réforme du droit d’auteur dans l’Union européenne. Les défenseurs d’un internet libre et ouvert s’écharpent depuis deux ans sur ce texte avec les partisans d’une plus...

[5] VINCENT, James. EU approves controversial Copyright Directive, including internet ‘link tax’ and ‘upload filter’. The Verge [en ligne]. 12 septembre 2018. [Consulté le 17 décembre 2018]. Disponible à l’adresse :
https://www.theverge.com/2018/9/12/17849868/eu-internet-copyright-reform-article-11-13-approved
Those in favor say they’re fighting for content creators, but critics say the new laws will be ‘catastrophic’

vendredi 7 décembre 2018

Sommet des GovTech à Paris : les startups au service de l'action publique

C'est dans les salons de La Ville de Paris que s'est tenu pour la première fois le 12 novembre 2018, le Sommet des GovTech [1] qui a  rassemblé des dirigeants politiques, des ministres européens, des maires de grandes villes, des innovateurs venus de tout le continent, des agents publics, des entreprises et des universitaires. L'objectif : imaginer le gouvernement technologique de demain.


Soutenu par le président Emmanuel Macron, la maire de Paris Anne Hidalgo et la Commission européenne, le Sommet des GovTech accueillera des intervenants de toute l’Europe. L’ambition première de cette journée était de réinventer les services publics grâce à l’innovation technologique tout en relavant le défi de replacer les citoyens au centre de la décision publique. Une aubaine pour les acteurs des Civic Tech largement représentés tout au long de la journée, qui en ont profité pour signer une charte d’alliance intitulée « Initiative pour une démocratie durable ».

Selon BPI France [2], partenaire de ce sommet, la définition de la GovTech est en constitution, il existe peu de startups qui se définissent par essence comme GovTech (« B2G »). Cependant, une startup est « GovTech » dès lors qu’elle travaille pour le secteur public. En fait, beaucoup de startups font de la GovTech sans le savoir !

La GovTech rassemble de nombreuses startups et entrepreneurs avec différentes technologies – à l’image des nombreux secteurs que recouvre le déploiement de l’action publique : de la mobilité à la santé, la sécurité, le développement international, l'e-gov, l’engagement civique et citoyen... [3]

CivicTech et GovTech  reposent sur de nouvelles approches des technologies de l'information qui font converger le numérique, l’innovation, le gouvernement et le citoyen. Ces 2 démarches sont caractérisées par des projets numériques au service d'une action publique accessible et transparente, et une implication citoyenne.

Sources :

[1] LE SOMMET DES GOVTECH.<https://govtechsummit.eu/>[Consulté le 5 décembre 2018]

[2] BPI-FRANCE <https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Evenements/Sommet-des-GovTech-inscrivez-vous-!-42555> [Consulté le 5 décembre 2018]

[3] Brigitte Menguy. Les Civic Tech, invitées d’honneur au sommet 2018 des Gov Tech. La Gazette.fr 12 novembre 2011. <https://www.lagazettedescommunes.com/591120/les-civic-tech-invitees-dhonneur-au-sommet-2018-des-govtech/>
[Consulté le 5 décembre 2018]