dimanche 12 juillet 2020

L'Institut des Systèmes Complexes publie une série de cartographies interactives d'études liées au Covid-19[1] grâce à la plate-forme Gargantext.

Gargantext[2] est une plateforme web collaborative, développée en open source par l'Institut des Systèmes Complexes Paris Ile de France (ISC-PIF). Elle permet l'exploration de gros volumes de documents non structurés à partir de son moteur de traitement automatique des langues et de puissants outils de visualisation de données. 
Gargantext a été créé au sein de l'ISC-PIF[3], par une équipe réunie autour d'un noyau de chercheurs et de développeurs tels que David Chavalarias directeur de l'ISC-PIF, le sociologue/développeur Alexandre Delanoë[4] et le développeur Simon Murail. L'initiative associe l'ISC-PIF et le Centre d'Analyse des Mathématiques Sociales. Elle est financée par École des Hautes Études en Sciences Sociales, l’École des Mines, ParisTech, l'Institut Pasteur, et l'Institut Mines Telecom[5].

Curieuse discipline que celle de l'étude des systèmes complexes. Un article paru dans la revue Hermès en 2011 et cosigné par des chercheurs de l'Institut des Systèmes Complexes de Lyon, Éric Bertin, Guillaume Beslon, Olivier Gandrillon, Sébastian Grauwin, Pablo Jensen et Nicolas Schabanel, définit la raison d'être de leur institut de la manière suivante:

« Nous appellerons « complexe » une approche qui vise à comprendre comment la dynamique d'interaction entre des entités micro parvient à créer une unité à un autre niveau d'observation macro. […] Nous défendons l'idée qu'une bonne pratique des « approches complexes » ne peut se faire que dans le cadre d'une interdisciplinarité équilibrée. Or, si l'interdisciplinarité est souvent invoquée par les politiques scientifiques, force est de constater que, dans les faits, les conditions de sa mise en pratique sont loin d'être réunies ; probablement parce que les difficultés de l'interdisciplinarité sont souvent sous-estimées. Au-delà de l'imprécation classique « l'interdisciplinarité passe par la définition d'un langage commun », ce sont l'ensemble des pratiques culturelles qui diffèrent d'une discipline à l'autre.[6] » .
 
Cet accent sur l'interdisciplinarité se retrouve aussi dans la présentation de l'ISC-PIF : « Crée en 2005, L’ISC-PIF est une unité de service et de recherche du CNRS dédiée au développement inter-institutionnel et inter-disciplinaire de la recherche sur les systèmes complexes[7] ».
L'utilisation d'outils cartographiques en adéquation avec l'approche micro/macro, facilite donc l'interdisciplinarité. Elle présente sans distinction de spécialités un ensemble de plus de 6500 études sur les coronavirus, parues depuis les années 2000, classées par thèmes et occurrences retrouvés par les outils de text mining et de natural language processing de Gargantext. David Chavalarias explique ainsi que :

 « En montrant explicitement les liens qui existent entre des termes utilisés par des communautés différentes, ces visualisations peuvent pousser les scientifiques à échanger leurs idées pour avancer. C'est d'ailleurs souvent à l'intersection entre les spécialités que se font les découvertes importantes. Dans ce sens, j'ai réalisé le 5 avril, à partir de près de 17 000 articles publiés là aussi sur les vingt dernières années, une autre carte qui synthétise la recherche sur les antiviraux de manière large. Sur cette carte, le coronavirus est un domaine parmi d'autres et l'idée est de visualiser les recherches qui se font ailleurs (herpès, cancer...) pour éventuellement trouver des réponses propres au Covid-19 [8]».  

Outil de travail bibliographique pour le chercheur, cette carte met en valeur les communautés thématiques des recherches sur le coronavirus. Elle est construite à partir des occurrences de thèmes communs aux différents textes. La taille des points est proportionnelle à la fréquence d'apparition de termes représentatifs du corpus.
Cartographie des recherches liées aux Coronavirus. Crédit: David Chavalarias

Les personnes intéressées par Gargantext pourront trouver ici une présentation de l'outil pour la veille, l'analyse de données brutes et leur organisation sous forme de cartes sémantiques : https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf [9].

On trouvera de même, à cette page, un tutoriel pour une utilisation sur les bases de données linguistiques du Crisco : http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865 [10].


[1] Cartographie des connaissances liées au coronavirus – David Chavalarias Homepage, https://iscpif.fr/chavalarias/?p=1712, consulté le 12 juillet 2020.
[2] Gargantext – Text analytics software from ISC-PIF CNRS, https://iscpif.fr/gargantext/, consulté le 12 juillet 2020.
[3] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[4] Delanoë Alexandre, 25 novembre 2016, Vidéo : Des outils pour un état de l’art, https://iscpif.fr/2016/11/11543/, consulté le 12 juillet 2020.
[5] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, About – Gargantext, https://iscpif.fr/gargantext/about/, consulté le 12 juillet 2020.
[6] Bertin Éric, Gandrillon Olivier, Beslon Guillaume, Grauwin Sebastian, Jensen Pablo et Schabanel Nicolas, 2011, « Les complexités : point de vue d’un institut des systèmes complexes », Hermes, La Revue, 2011, n° 60, no 2, p. 145‑150.
[7] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France – Un Institut par et pour les chercheurs, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[8] Bourdet Julien, 2020, Visualiser la recherche sur le coronavirus en un coup d’œil, https://lejournal.cnrs.fr/articles/visualiser-la-recherche-sur-le-coronavirus-en-un-coup-doeil , 22 avril 2020, consulté le 12 juillet 2020.
 La cartographie des essais cliniques est visible à cette page : Chavalarias David, Mapping of Coronavirus Clinical Trials, http://maps.gargantext.org/maps/clinicaltrials/, consulté le 12 juillet 2020.
[9] Leitzelman  Mylène, Présentation de Gargantext, https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf, consulté le 12 juillet 2020.
[10] Chardon Laurette, 2019, CRISCO - Université de Caen Normandie - Lettre d’actualités n°7 du DES, UNICAEN, http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865, novembre 2019, consulté le 12 juillet 2020.

dimanche 5 juillet 2020

Eurêkoi, c’est quoi ?

Lorsque l’accès aux ressources documentaires est empêché et/ou que l’on cherche une réponse de qualité, il existe des services exigeants de questions-réponses à distance comme Eurêkoi [1]. Mais à l’heure de l’évolution des usages numériques, un tel service s’inscrit dans une réflexion plus globale sur les « enjeux de la médiation numérique des savoirs » [2]. Mais Eurêkoi, c’est quoi ?

Eurêkoi, est un site qui propose : « Une question ? Une réponse ! En 72h max ».
La Bibliothèque publique d’information (BPI) est à l’origine de ce service gratuit créé en 2006 sous le nom de BiblioSés@me, devenu Eurêkoi en 2015, qui met en relation des internautes avec les bibliothécaires de cinquante bibliothèques françaises et belges [3]. Les internautes peuvent poser des questions ou demander des conseils de livres, films ou séries. Le public cible n’étant pas un public universitaire, Eurêkoi s’adresse aujourd’hui avant tout à un public jeunesse [4] ou sénior via une application mobile et des formulaires présents sur les sites des 50 bibliothèques partenaires. Il est aussi présent sur les réseaux sociaux.

Si le service de questions-réponses marche bien, le service de recommandation est ralenti. Le réseau, qui à son origine était novateur, se pose aujourd’hui des questions quant aux périmètres du service, le paysage de la recommandation ayant changé du fait de la prépondérance des algorithmes dans le champ de la recherche d’information avec, en premier lieu, celui de Google.
Vanessa Derouen, coordinatrice du réseau, explique que le service doit se réinventer [5]. Centré sur l’exigence et la qualité des réponses, il s’agit de valoriser « des moteurs de recherche vivants : les bibliothécaires », même si le réseau peine à recruter de nouveaux collègues car c’est un service « lourd ». Pour cela, la recommandation doit être encore plus personnalisée et de nouvelles pistes sont à explorer : créer une communauté, renforcer les liens avec la musique, le jeu, la vidéo, s’inscrire dans de grands événements pour gagner en visibilité.

Car même si Eurêkoi a maintenu son service en période de confinement, au contraire du Guichet du savoir par exemple, il souffre d’un déficit de visibilité.
Le 27 avril 2020, Silvère Mercier, ancien coordinateur du réseau, écrivait sur son compte twitter [6] : « Regrets que malgré la mobilisation des bibliothécaires (500 personnes !) on ne parle pas plus d’@eurekoi comme un service de continuité des bibliothèques en période de confinement ! Il y a un savoir-répondre à distance trop peu connu ! ».
Dans l'ouvrage, Médiation numérique des savoirs, coécrit avec Lionel Dujol [7], les auteurs jugent les services de questions-réponses d’Eurêkoi « précieux » au regard de la personnalisation de la relation et d’une médiation qu’ils distinguent de la simple communication.
Une dimension relationnelle entre l’internaute et le bibliothécaire qui est au cœur du service d’Eurêkoi et des réflexions actuelles de ses acteurs afin de continuer à le faire vivre. [8]

Merci à Gaël Dauvillier et Vanessa Derouen, coordinatrice du réseau Eurêkoi, pour leur réactivité et disponibilité.
[1] Eurêkoi - complice de votre curiosité ou Le Guichet du savoir pour la bibliothèque municipale de Lyon.
[2] FOURMEUX, Thomas. "Coronavirus, le virage manqué des bibliothèques", La gazette des communes. 06/04/2029. Disponible en ligne. (Consulté le 02/05/2020):  <https://www.lagazettedescommunes.com/670473/coronavirus-le-virage-manque-des-bibliotheques/> 
[3] Coordonnées par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
[4] Le 26 mars 2020, Eurêkoi était présenté dans l'émission Barbatrucs sur France Inter: BARBA, Dorothée. "Questions des enfants: des bibliothécaires vous aident à répondre!". France Inter. 26/03/2020. Disponible en ligne. (Ecouté le 27/03/2020). <https://www.franceinter.fr/emissions/barbatrucs/barbatrucs-26-mars-2020>
[5] Entretien téléphonique avec Vanessa Derouen le 05/05/2020.
[6] Silvère Mercier sur twitter: lien vers le compte
[7] DUJOL, Lionel, MERCIER, Silvère. Médiation numérique des savoirs. 
Des enjeux aux dispositifs. Les éditions Asted. 22/11/2017. 
Disponible en ligne (consulté le 05/05/2020):
<http://mediation-numerique-des-savoirs.org/>
[8] Eurêkoi fait parler de lui : pour en savoir plus 

mardi 30 juin 2020

"Cookie walls", l'interdiction de la CNIL se heurte au Conseil d'Etat


En juillet 2019, la CNIL avait émis une ligne directrice interdisant les « cookie walls », pratique qui bloque l’accès au contenu d’un site internet en cas de refus des cookies par l’internaute. Par une décision du 19 juin 2020, le Conseil d’Etat a jugé que l’interdiction des « cookie walls » par une ligne directrice de la CNIL était illégale. Cet épisode judiciaire illustre les différends opposant la CNIL et les éditeurs de sites sur l’interprétation du RGPD. 

Le 4 juillet 2019, la CNIL a adopté un plan d’action sur le ciblage publicitaire concernant la protection juridique des internautes confrontés à l’acceptation de cookies lors de la consultation de sites internet. Dans le contexte du renforcement des droits des internautes posé par le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), entré en vigueur en mai 2018, plusieurs lignes directrices ont été retenues, visant à renforcer les modalités pratiques du recueil du consentement aux cookies. Les traceurs de connexion permettent en effet aux éditeurs de sites d’obtenir des données relatives aux internautes qui peuvent ensuite être revendues pour mettre en place des publicités personnalisées. [1]

Suite à la contestation des mesures posées par la CNIL par des associations et syndicats professionnels du secteur publicitaire, de l’e-commerce et des médias, le Conseil d’Etat a annulé, par une décision du 19 juin 2020, l’interdiction générale des « cookie walls » posée par la CNIL. Le Conseil d’Etat a en effet censuré la recommandation de la CNIL estimant que l’accès à un site internet ne pouvait jamais être soumis à l’acceptation de cookies. Le Conseil d’Etat a motivé sa décision en arguant du fait que des lignes directrices sont un instrument de droit souple et ne peuvent donc pas poser d’interdiction générale [2]. L’avocat des associations requérantes a estimé que « cette décision du Conseil d’Etat est un retour à l’esprit d’équilibre du RGPD qui ne prévoit pas d’interdiction de principe » [3]. 

La CNIL a fait savoir qu’elle prenait acte de la décision du Conseil d’Etat. En revanche, les autres recommandations voulues par la CNIL en juillet 2019 sont confirmées par le Conseil d’Etat [4] :
-    Le refus du consentement ou le retrait du consentement des internautes aux traceurs de connexion doit pouvoir être réalisé facilement ;
-    Les sites utilisant des traceurs de connexion doivent mettre en place une information spécifique sur les différentes finalités des traceurs consentis par l’internaute ;
-    Les internautes doivent pouvoir connaître l’identité des responsables de traitement qui déposent les cookies.
-    La charge de la preuve du consentement valide de l’internaute repose sur ces mêmes responsables de traitement.

Bien que cette décision du Conseil d’Etat puisse être considérée comme un désaveu pour la CNIL, le Conseil d’Etat n’est pas intervenu pour juger de la légalité ou de l’illégalité sur le fond des « cookie walls », mais bien de l’illégalité de les interdire par un acte de droit souple (par une ligne directrice en l’occurrence). La question reste donc en suspens. Les lignes directrices émises par la CNIL seront prochainement précisées pour aboutir à un guide pratique proposant des modalités concrètes de recommandations aux éditeurs de site pour le recueil du consentement aux cookies. Cette prochaine étape devrait intervenir en septembre 2020.

Sources:

[1] CNIL. « Cookies et autres traceurs : la CNIL publie de nouvelles lignes directrices ». Cnil.fr. [En ligne]. 18 juillet 2019. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.cnil.fr/fr/cookies-et-autres-traceurs-la-cnil-publie-de-nouvelles-lignes-directrices >

[2] Conseil d’Etat. « Le Conseil d’État annule partiellement les lignes directrices de la CNIL relatives aux cookies et autres traceurs de connexion ». conseil-etat.fr. [En ligne]. 19 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/le-conseil-d-etat-annule-partiellement-les-lignes-directrices-de-la-cnil-relatives-aux-cookies-et-autres-traceurs-de-connexion >

[3] DEBES, Florian. « La CNIL mise en difficulté sur les “ cookie walls” ». lesechos.fr. [En ligne]. 14 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/la-cnil-mise-en-difficulte-sur-les-cookie-wall-1214538 >

[4] CNIL. « Cookies et autres traceurs : le Conseil d’État rend sa décision sur les lignes directrices de la CNIL ». Cnil.fr. [En ligne]. 19 juin 2020. [Consulté le 30 juin 2020]. Disponible sur : < https://www.cnil.fr/fr/cookies-et-autres-traceurs-le-conseil-detat-rend-sa-decision-sur-les-lignes-directrices-de-la-cnil >

vendredi 22 mai 2020

Les nouveaux métiers de la documentation: Doc controller et Data controller

Avec l’émergence du numérique au sein des entreprises, mis à part les anciens métiers de la documentation: Archiviste, documentaliste, nous avons assisté au cours de ces dernières années à de nouvelles appellations métiers. Parmi ces nouveaux métiers de la documentation nous avons : agent de médiathèque, ludothèque, discothécaire, opératrice chargée de numérisation, chargé d'études documentaires, veilleur, chargé de veille, gestionnaire de base de données, chargé de ressources documentaires, chargé de bibliothécaire, adjoint du patrimoine et des bibliothèques, médiathécaire, catalogueur, doc controller et data controller.... Les métiers de doc controller et de data controller sont les métiers sur lesquels nous allons plus mettre l'accent car ils sont actuellement les plus fréquents à cause de la transformation numérique dans les entreprises[1].

Le Doc controller

Le doc controller est l'acteur principal qui s'occupe de la gestion documentaire au sein d'un projet d'ingénierie ou technologique. Il est au centre du projet et a pour rôle de veiller à la bonne circulation de l'information à travers le workflow. Il s'occupe de la mise à jour et du contrôle des informations. Etant garant des documents, le doc controller s'assure que les documents qui circulent au cours du projet sont bien à jour. Le métier de doc controller nécessite une connaissance, une maîtrise des logiciels de gestion électronique de documents et une connaissance de l'anglais. On retrouve souvent les document controller dans les projets d'ingénierie, d'expertise technologique et des projets internationaux[2].

Le Data controller

Le Data controller communément appelé en français le responsable du traitement des données est l'acteur qui au sein de l'entreprise détermine les stratégies et les méthodes pour le traitement des données. Avec le flux des informations qui ne cesse de croitre, beaucoup d'entreprises optent pour le recrutement d'un data controller qui traite, gère et sécurise les données de l'entreprise plus particulièrement les données à caractère personnel en respectant bien sûr le RGPD (Règlement général de protection des données). Le métier de Data controller nécessite la connaissance et la maîtrise des bases de données pour la bonne gestion de l'information. La capacité de synthèse et d'autonomie doivent être des atouts nécessaires pour un gestionnaire de données[3].

Les différences entre Doc controller et Data controller

Avec leur nouvelle casquette, le rôle des métiers de doc controller et de data controller sont souvent confondus. Il est alors bien de souligner que les acteurs de chacun de ces métiers ont des rôles bien différents. Contrairement au doc controller qui s'occupe de la gestion documentaire au cours des projets, le data controller par contre se concentre sur la gestion des données surtout de leur sécurisation. Néanmoins chacun de ces acteurs jouent souvent les deux rôles au sein d'une entreprise.  

Sources

[1] Archimag. "Gestion de l'information: 10 métiers dans le vent". Archimag.com. [En ligne]. 20/11/2019. [Consulté le 25/04/2020]. Disponible sur: https://www.archimag.com/emplois/2014/04/25/emploi-gestion-information-documentation-10-metiers-vent

[2] Josée Lesparre. "Document controller." Cidj.com. [En ligne]. 04/2020. [Consulté le 25/04/2020]. Disponible sur: https://www.cidj.com/metiers/document-controller

[3] Commission Européenne. "Qu'est-ce qu'un responsable du traitement des données ou un sous-traitant des données?". ec.europa.eu. [En ligne]. [Consulté le 25/04/2020]. Disponible sur: https://ec.europa.eu/info/law/law-topic/data-protection/reform/rules-business-and-organisations/obligations/controller-processor/what-data-controller-or-data-processor

mardi 19 mai 2020

Covid-19: concilier la surveillance et la protection de la vie privée

Face à la pandémie de Covid-19, de plus en plus d'États multiplient les dispositifs de surveillance. Les défenseurs des droits fondamentaux s'alarment d'une banalisation des atteintes à la vie privée [1]. En effet, depuis l’apparition du covid-19 de nombreux pays en Asie et en Europe ont déployé des solutions de « tracking » des individus via des technologies de type GPS, Blutooth ou encore la reconnaissance faciale dans le but de stopper la chaine de transmission du virus. Cette course effrénée de collecte des données personnelles et sanitaires a des conséquences directes sur la vie privée de nos concitoyens d’où la nécessité de mettre en place des mécanismes anti-intrusions dans le souci de préservation des libertés individuelles.

 La vie privée, l’autre victime du covid-19 :

Dans de nombreux pays, la vie privée risque de devenir une victime de la pandémie de COVID-19. Par exemple, les applications pour smartphones compatibles GPS avec des autorisations de collecte de données libérales sont désormais obligatoires à Hong Kong, en Chine et en Corée du Sud. Les problèmes de confidentialité peuvent sembler anodins à côté de la menace pressante pour la vie humaine que représente COVID-19, mais le terrain cédé aux autorités au nom de la santé publique pourrait ne pas être gagner une fois la crise passée [2]. Par ailleurs, Dans un communiqué titré “Déclaration sur le traitement des données personnelles dans le contexte de l'épidémie de covid-19“, le gendarme européen de la vie privée (CEPD) a fait savoir que "le RGPD permettait aux autorités sanitaires compétentes de traiter les données personnelles dans le contexte d'une épidémie, conformément au droit national et dans les conditions qui y sont fixées [3] . Suite à cette déclaration la commission européenne à dresser une liste d’exigences à respecter auxquelles doivent se plier les applications mobiles permettant de lutter contre la pandémie du coronavirus, ainsi que des orientations ayant trait au respect de la vie privée des utilisateurs de ces applications.

Quelles solutions pour concilier la surveillance du covid-19 et la protection de la privée ?

Face à l’impératif de contenir la propagation du covid-19 et la nécessité de préserver les libertés individuelles, des solutions moins intrusives sont à préconiser. En effet, les dispositifs doivent intégrer le droit des personnes à leur vie privée, pas seulement pour respecter l'État de droit, mais aussi parce que c'est un gage de confiance, sans lequel les utilisateurs potentiels de ces technologies seront peu disposés à les adopter [4]. C’est pourquoi en Europe, le règlement général sur la protection des données (RGPD) oblige, les projets en cours de s'inspirer plus ou moins de l'application « TraceTogether » développée à Singapour, qui s'appuie sur la communication en Bluetooth sans enregistrer la géolocalisation. Schématiquement, lorsque deux utilisateurs se trouvent à proximité l'un de l'autre pendant un temps donné, chaque smartphone enregistre un identifiant correspondant à l'autre terminal . Lorsqu'un utilisateur est testé positif au Sars-Cov-2, il peut renseigner l'application pour que les personnes ayant été à son contact soient notifiées tout en protégeant l'identité des cas contacts [5]. C'est dans ce contexte que les autorités Françaises  ont émis l'idée de développer  une application dénommée StopCovid similaire de « TraceTogether ».

Quelles mises en gardes :

L’application pour smartphone de traçage des malades du Covid-19 n'a pas  fini  de susciter des débats, notamment sur le respect des libertés individuelles. C'est pourquoi , la CNIL appelle à la vigilance et souligne que l'application ne peut être déployée que si son utilité est suffisamment avérée et si elle est intégrée dans une stratégie sanitaire globale. Elle demande certaines garanties supplémentaires et  insiste sur la nécessaire sécurité du dispositif, et fait des préconisations techniques [6]. En ce qui concerne la mise en place d’un système d’information reposant sur deux bases de données médicales à savoir SI-DEP et Contact Covid, la CNIL prévient qu’elle sera vigilante sur la durée de conservation, et a déjà plaidé pour que certaines données soient effacées au plus vite [7] .


[1] Amaelle Guiton ,“Avec le virus , l’occasion de passer à la traque ? “, Libération .[En ligne],Publié le 04 avril 2020 .[Consulté le 01/05/2020].Disponible sur<https://www.liberation.fr/planete/2020/04/03/avec-le-virus-l-occasion-de-passer-a-la-traque_1784169>
[2] André Canidio “protéger la vie en cas de pandémie“,knowledge.insead.edu,[En ligne] ,publié le 29/04/2020, [Consulté le 01/05/2020], Disponible sur<https://knowledge.insead.edu/blog/insead-blog/safeguarding-privacy-in-a-pandemic-13956>
[3] Déclaration de l’EDPB concernant le traitement de données personnelles dans le contexte du coronavirus (covid-19), CNPD, Publié le 16/03/2020.[Consulté le 01/05/2020] .Disponible sur <https://cnpd.public.lu/fr/dossiers-thematiques/covid-19.html>
[4] Marie-Laure Denis, la présidente de la commission nationale de l’informatique et des libertés , Entretien « Les applications de “contact tracking“ appellent la vigilance particulière »,Le Monde ,Publié le 07/04/2020 .[Consulté le 01/05/2020]Disponible sur <https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/05/coronavirus-les-applications-de-contact-tracing-appellent-a-une-vigilance-particuliere_6035639_4408996.html>
[5] Amaelle Guiton , les droits dans l’engrenage, la libération .[En ligne],Publié le 28/04/2020. [Consulté le 02/05/2020] Disponible sur <https://www.liberation.fr/france/2020/04/27/stopcovid-les-droits-dans-l-engrenage_1786639>
[6] Philipe Rioux “ StopCovid et libertés individuelles : la Cnil veut plus de garanties“, La Dépêche .[En ligne] , Publié le 27/04/2020 ,[Consulté le 02/05/2020] , Disponible sur<https://www.ladepeche.fr/2020/04/27/application-stopcovid-et-libertes-individuelles-toujours-autant-de-reserves,8864189.php>
 [7] Martin Untersinger “ Ce que contiendront Sidep et Contact Covid , les fichiers des « cas contacts » , Le Monde , [En ligne ], publié le 08/05/2020 .[Consulté le 13/05/2020] , Disponible en ligne sur <https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/05/08/suivi-des-cas-contacts-ce-que-contiendront-les-deux-nouveaux-fichiers-medicaux-prevus-par-l-etat_6039059_4408996.html>

lundi 11 mai 2020

Pourquoi choisir la méthode REX dans l’évaluation de la crise sanitaire du Covid-19 ?

En cette période de pandémie du Covid-19, un vrai besoin d’évaluation de la situation, s’impose, que ce soit au niveau de l’Etat ou des structures sanitaires ou sociales. Afin d’éviter les analyses à chaud, chargées d’émotion, l’utilisation d’une méthode factuelle, objective et éprouvée est nécessaire. Le REX qui est plus qu’un débriefing, permettrait d’évaluer cette situation « au contact des réalités en proposant des solutions aux déficiences constatées ». [1] Cette méthode permet d’impliquer les acteurs concernés pour remonter les données du terrain et pour pouvoir par la suite les formaliser et les analyser. L’objectif principal est de tirer les leçons nécessaires afin d’identifier des pistes de progression, de valoriser les comportements et les modes d’organisation qui ont fonctionné efficacement et de partager ces connaissances.

La méthode REX, développée à l’origine au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) afin de capitaliser les expériences, a été appliquée ultérieurement dans différentes activités à caractère industriel. Elle a pu être utilisée également dans des situations d’urgence ou d’accident, ou même dans la cadre de l’étude des comportements des organisations et plus récemment pour les situations de crise. Pour gérer la crise du Covid-19, le REX pourrait être utilisé d’une part afin de formaliser les savoirs et les savoir-faire acquis par l’expérience et d’autre part pour tirer des enseignements, faire émerger des pistes d’amélioration et capitaliser les connaissances.

Le REX formel et informel

Pour bien mener le REX, des procédures formelles sont nécessaires :

  • La construction d’éléments de connaissance (EC) qui se présentent sous une forme de fiche comprenant des blocs de texte assez courts relatant le côté contextuel, factuel et analytique des expériences vécues.
  • La modélisation du domaine de connaissance constitué de trois réseaux : le réseau descriptif, le réseau lexical, le réseau contextuel.

Il est important de ne pas négliger les méthodes informelles du REX telles que les discussions à la machine à café, les réunions, etc. « Il ne s’agit pas simplement de formaliser ce qui est déjà écrit au sein de la structure mais de pouvoir capturer les savoir-faire, les méthodes personnelles acquises par le personnel ». [2] Le REX est participatif, chacun échange sur ses connaissances implicites, décrit l’expérience de la façon la plus neutre possible. L’informel permet davantage de liberté de parole, aide à être plus proche de la réalité du terrain. [3]

Le REX réhabilite le rôle constructif de l’erreur

Si le but du REX est d’éviter de reproduire les mêmes erreurs, son but n’est pas de les juger, mais de les utiliser comme source d’apprentissage. « Participer à un REX c’est s'apprendre déjà à soi-même ce qu'on peut dégager d'une expérience, le meilleur moyen d'en bénéficier. Dans un REX la démarche est autant importante que le résultat. » [4]
Quelques freins sont décelés face à cette méthode, car les participants peuvent émettre des réserves pour plusieurs raisons : peur de désigner un responsable, honte de l’échec, etc.
Pour aboutir à un résultat concret et constructif, l’utilisation de la chaîne des cinq pourquoi de Sakichi Toyoda, le fondateur de Toyota, est recommandée. Au-delà de la description des événements, elle permet d’identifier les causes fondamentales (les causes racines) d’un dysfonctionnement ou d’une situation problématique afin de pouvoir proposer des solutions efficaces et définitives. En voici un exemple :




Bien que le REX reste une méthode efficace, d’aucuns lui reprochent sa vision « rétrospective » et insuffisante pour établir une prévision. [5] Il connait également des freins d’une part à cause de la crainte d’une remise en cause personnelle et judiciaire suite à un accident grave, mais aussi parce qu’il lui est reproché de s’arrêter à l’identification de défauts techniques ou aux comportements inappropriés des individus, plutôt que de prendre en compte également des facteurs organisationnels. Enfin, les données d’entrée du REX sont le plus souvent des événements négatifs, dont on cherche à éviter la répétition.
Ne serait-il donc pas plus judicieux d’exploiter également un « REX positif » pour apprendre des réussites et diffuser les bonnes pratiques ?



[1] CUNY, Jean-Luc. Débriefer c’est bien. Le REX, c’est mieux, 25/08/2014. JDN. Disponible en ligne [consulté le 15 avril 2020] : <https://www.journaldunet.com/management/efficacite-personnelle/1142355-debriefer-c-est-bien-le-rex-c-est-mieux/>

[2] PRAX, Jean-Yves. Manuel de Knowledge Management, Mettre en réseau les hommes pour créer de la valeur. Malakoff : Dunod, 2019. p. 166.

[3] Les cahiers de la sécurité industrielle. Toulouse : ICSI, 2020/2 (n° 01), Disponible en ligne [consulté le 25 avril 2020]. ISSN : 2100-3874. p.46 < http://pnrs.ensosp.fr/content/download/34941/590001/file/CSI-REX-bonnes-questions.pdf >

[4] CHASTENET DE GERY, Gonzague. Le knowledge management - Un levier de transformation à intégrer. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur. 2018. p. 46.

[5] Lannoy, André. Le retour d'expérience : histoire, enjeux, limites, avenir. Disponible en ligne (consulté le 28 avril 2020] : <http://www.officiel-revention.com/formation/conseils/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=183&dossid=380>

lundi 4 mai 2020

DOLIA, le SI de l'INRAP : un projet en constante évolution

 

Depuis 2002, l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) assure la détection et l'étude du patrimoine archéologique touché par les travaux d'aménagement du territoire. Il exploite les résultats des fouilles et les diffuse. Aussi, pour nombre de spécialistes, "le coeur de l'archéologie, c'est le traitement de l'information". [1] On peut le comprendre en étudiant le soin avec lequel l'Institut a mené son projet de système d'information (SI) depuis 2006.


L'INRAP gère une première complexité: le siège parisien est en lien avec 8 directions interrégionales et 46 centres de recherches archéologiques en France. Environ 2 000 experts travaillent dans ce cadre. 
Par ailleurs, en lien avec sa mission de service publique, il doit respecter une chaîne opératoire très précise (diagnostiquer-fouiller-étudier-partager-conserver). A la fin de celle-ci, les archéologues exploitent et interprètent les données du terrain et rédigent un rapport d'opération. Le corpus des rapports, dont le contenu et la forme sont réglementés, est au cœur du projet original . En effet, les informations recueillies et les recherches menées enrichissent la connaissance, permettent la sauvegarde du patrimoine historique et sont partagées avec le public. [2]
Or, jusqu'il y a peu, les méthodes d'enregistrement de ces données restaient hétérogènes et peu interopérables.

"L'informatique est en train de révolutionner l'archéologie"... [1]

Aujourd'hui, la numérisation produit énormément de données mais facilite aussi cette démarche d'organisation et de structuration des informations. Lors des chantiers de fouille, les archéologues utilisent des techniques moins intrusives et plus efficaces.
Les données sont saisies sur des tablettes ou smartphones durcis utilisant une application d'enregistrement de terrain unique, "Enregistrement de Données Archéologiques (EDArc). Celle-ci permet de saisir les données minimales  pour répondre aux obligations réglementaires. EDArc peut également échanger avec d'autres applications et SI de l'INRAP ce qui favorise les échanges et les comparaisons de données. [3]
Les rapports, saisis sur une maquette unique de mise en page en PDF, sont imprimés par un prestataire. Les anciens rapports sont progressivement numérisés.
Tablette durcie Panasonic
Parfois, un relevé numérique complet est réalisé en prenant des milliers de photos qui sont ensuite assemblées par un logiciel spécifique. Puis, à partir de cet assemblage, on réalise un modèle 3D (une maquette numérique d'un bâtiment par exemple) auquel on peut intégrer d'autres données archéologiques.
On recourt aussi à des systèmes d'information géographique, des radars, des scanners 3D, des drones... [1 et 4]

Les possibilités en matière de recherche et de valorisation ont ainsi été démultipliées par le recours à ces nouvelles techniques. L'usage des statistiques s'est intensifié, les données sont croisées avec celles produites par d'autres sciences...
Les archéologues doivent donc se former à ces techniques (photogrammétrie, archéométrie etc. ). Des initiatives pour ce faire ont été mises en place par l'INRAP. [1 et 4]

Peut être plus impressionnant encore, CRMarchaeo, une extension d'EDArc, permet de mettre à plat et de formaliser les concepts et les raisonnements en vigueur sur les opérations archéologiques. Elle permet aussi de révéler certaines des catégories et des schémas de pensée des archéologues ainsi que certains des principes sous-jacents. On peut ainsi modéliser une fouille archéologique et la comparer, la critiquer. [3]

En bout de chaîne, l'Institut produit des ressources documentaires à l'usage des chercheurs et du public. On peut en apprécier la richesse sur le nouveau site inrap.fr: revues Archéopages et Archéologia, livres, expositions, documents audiovisuels, dossiers multimédias, conférences et colloques en ligne, web magazines, atlas interactifs, quiz, iconothèque, podcast de l'émission Carbone 14...
L’Inrap a fait le choix de développer son portail institutionnel d’archives ouvertes sur la plateforme HAL et met à disposition du public le portail Netvibes ArchéO'liens spécialisé en archéologie.


... mais cela entraîne de nombreuses exigences en matière de gestion des ressources documentaires

La répartition des centres de documentation

L'Institut n'avait pas vraiment de système documentaire avant d'élaborer son schéma directeur des SI 2006-2009 lié aux processus métier. Aujourd'hui, l'INRAP dispose de 13 centres de documentation coordonnés par la direction scientifique et technique et dirigés par les gestionnaires de documentation (qui peuvent être responsables d'autres bibliothèques).  Ces derniers mettent quotidiennement à jour les catalogues Dolia et Caviar (pour les données spatiales), reliés aux autres SI de l'établissement. En plus de cet archivage interne, les données d'EDArc sont versées au Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur (CINES) en vue de leur archivage pérenne.


Dolia
Longtemps, la principale utilisation de l'informatique était liée à la constitution et à l'exploitation de bases de données. Depuis sa mise en ligne en 2009, Dolia a tout changé.
Ce système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB) propriétaire répertorie les ressources documentaires conservées par l'Institut. Une documentation acquise (usuels, périodiques, monographies) ou produite (archives de fouille, littérature grise, rapports d'opération etc.). Il compte plus de 40 000 notices. Une grande partie est mise à disposition du public.
Interopérable avec les autres catalogues en archéologie, Dolia utilise le format Unimarc et indexe ses documents avec les microthésaurus PACTOLS du réseau spécialisé en archéologie Frantiq, dont fait partie l'INRAP. Il est doté de trois moteurs de recherche (simple, experte, en texte intégral).


Avec Dolia de nouveaux enjeux documentaires apparaissent
Dolia doit s'adapter à la tâche nécessaire et complexe d'intégrer au fil du temps de nouvelles ressources documentaires (archives de fouilles et inventaires notamment). Ainsi, la production de données, d'images numériques peut poser des problèmes techniques et scientifiques, des problèmes d'archivage et de stockage. Par exemple, le recours à la 3D permet d'obtenir des archives numériques... évolutives. Cela impose que les relevés successifs soient fiables et donc réalisés par des archéologues plutôt que par des cabinets d'ingénieurs. Former les archéologues aux techniques informatiques et documentaires récentes est donc impératif.

Le contexte législatif et budgétaire, la mise en concurrence ainsi que les conditions de travail sur les chantiers de fouille ont également des conséquences sur la capacité de l'Institut à contrôler la qualité des ressources placées dans son SI. [5]

La multiplication des bases de données sur l'archéologie et l'hétérogénéité de leurs formats rend nécessaire la mise en place de bonnes pratiques.  L'INRAP s'est allié à d'autres institutions de recherche afin de  réaliser les appariements de chaque source de données et mettre en place une application unique pour les interroger.
EDArc doit gagner en exploitabilité et préparer les données des opérations archéologiques pour leur publication et réutilisation sur le Web des données (web sémantique).  L'application évolue donc vers le format RDF avec le développement de l'extension CRMarchaeo. Le schéma RDF (Resource Description Framework) permet de décrire les données et les métadonnées du domaine culturel. Les objets de connaissance sont décrits sous la forme de triplets (sujet, prédicat, objet). Ce modèle permet de décrire les données et les métadonnées sur les entités, les observations et les processus de fouille du domaine de l’archéologie. Mais il n’existe pas une seule description possible des entités archéologiques et de leurs relations... Ce sont des travaux complexes nécessitant des choix à la fois techniques et scientifiques et sujets à de constants questionnements (ontologies...). [3]

Un nouveau plan de gestion des données (PGD) est en cours
A la lumière de tout ce qui précède on comprend que, dès 2006, le SI ait été conçu pour impérativement embarquer une gestion électronique de documents (GED). La diffusion des ressources en interne passe par cette GED et l'intranet (mise en place de nombreux outils collaboratifs Google, création de" Dépôt-Inrap", un outil de transfert de fichiers volumineux...). L'INRAP a progressivement ouvert l'accès à une sélection toujours plus importante d'informations tout en conservant un accès sécurisé à la totalité des ressources documentaires pour ses agents et partenaires extérieurs. En effet, il lui faut respecter les conditions réglementaires et déontologiques de mise en ligne des données tout en visant  à terme un partage "systématique" de ces dernières. Cette complexité l'amène  à mettre à plat la situation actuelle en élaborant un PGD.

Dolia évolue donc du système de gestion de bibliothèque à un système de gestion de l'information extrêmement élaboré et adapté aux métiers et missions de l'Institut. Un véritable "système d'information archéologique" tel que le souhaitent ses concepteurs.[3]




[1] Serge Abiteboul et Claire Mathieu, "Faire parler les murs", entretien avec Hélène Dessales, Blog Binaire [En ligne], mis en ligne le 17 février 2017, consulté le 14 mars 2020.URL:
[2] Un article très complet et utile pour comprendre la genèse et le déroulement du projet jusqu'en 2013: Emmanuelle Bryas, Gilles Bellan, Anne Speller et Carine Carpentier, « Dolia, le système documentaire de l’Inrap. État des lieux et perspective », Archéopages [En ligne], 37 | avril 2013, mis en ligne le 01 avril 2015, consulté le 14 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/357 ; DOI : 10.4000/archeopages.357
[3] Une présentation sur le SI et ses évolutions récentes par E. Bryas et C. Tufféry, "L’usage de normes et de thesaurus pour les données archéologiques et les métadonnées, de la production sur le terrain à la publication des rapports d’opération : l’expérience de l’Inrap" , dans le cadre du projet collectif ArScAn "ArcheoNum –L’Archéologie dans les Humanités numériques", MAE Nanterre, 16 avril 2018. [En ligne], consulté le 30 mars 2020. URL: https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1309/files/2019/03/ArcheoNum-EDArc_MAE_20180611.pdf
[4] Une conférence à laquelle nous avons assisté et que nous recommandons chaudement: "L'apport de l'image 3D à l'archéologie", carte blanche à l'INRAP, Les Rendez-vous de l'Histoire de Blois, 13 otobre 2018, [En ligne], URL: https://www.inrap.fr/l-apport-de-l-image-3d-l-archeologie-13920
[5] Maïté Darnault, "Les archéologues, nouveaux damnés de la terre", Libération [En ligne], mis en ligne le 21 juin 2018, consulté le 14 mars 2020. URL :
https://next.liberation.fr/arts/2018/06/21/les-archeologues-nouveaux-damnes-de-la-terre_1661003