mardi 12 mars 2019

De la Pierre au Papier, du Papier au Numérique : Quel est le rôle du professionnel de l'information documentaire ?

Affiche du colloque PPPN
Du lundi 25 au jeudi 28 février 2019, s'est tenu à l'Université Senghor à Alexandrie-Egypte, le colloque "De la Pierre au Papier du Papier au Numérique" (PPPN). 
De nombreux experts de l'Afrique et du monde arabe dans le domaine du patrimoine, bâti ou mobilier, du patrimoine documentaire (bibliothèques et archives) et du numérique dans le cadre de la sauvegarde patrimoniale, décideurs économiques et politiques, chercheurs et universitaires, gestionnaires et acteurs de la société civile, étudiants, ont répondu présents à cet événement d'envergure internationale. [1] 

L'objectif du colloque porte sur la préservation et la conservation durable du patrimoine. Les conséquences de la globalisation économique et les aléas d'un terrorisme de plus en plus nihiliste réactualisent les risques de destruction du patrimoine africain et arabe. 
C'est dans ce contexte, qu'un cadre de protection des documents, objets d'art et monuments, insuffisant, ajouté à un potentiel économique encore sous-exploité, peine à préserver le patrimoine et endiguer le pillage patrimonial qui touche les pays du Sud.

La profession de gestionnaire de l'information documentaire a longtemps été conditionnée par le contenant, c'est-à-dire le support, le contenu (l'information) était quasiment occulté. l'avènement de la dématérialisation de l'information comme "hyper-document" va changer la donne. Le document perd sa stabilité en tant qu'objet matériel et devient fragmenté et volatile. L'information va ainsi prendre de l’ampleur et on parle de plus en plus de gestion de l'information, ou gestion du contenu, de professionnel de l'information et même de société de l'information. A ce stade, les marocains ont inventé ont crée le néologisme "informatiste" pour remplacer documentaliste qui était trop ancré dans la gestion du contenant. De même, l'ADBS (Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés) est devenu depuis 1993 : (Association des professionnels de l'information et de la documentation)[2] pour aussi essayer de sortir de cette image très "orientée contenant"

En effet, le rôle du gestionnaire de l'information documentaire est primordial au sein d'une société. Face à cette réalité, le numérique peut-il constituer une solution de sauvegarde du patrimoine en péril ?    

D'aucuns pensent que la technologie va mettre au point un support numérique fiable et pérenne, une sorte de parchemin numérique, que l'on pourra ranger en toute confiance sur des rayonnages, à côté des livres et des registres de l'ancien temps, et que, dans cent ans, on pourra le relire sans difficultés. Alors que, comme l'affirme très justement le groupe de recherche international sur l'archivage numérique InterPARES : "Conserver un document électronique est à proprement parler impossible ; seule la capacité de le reproduire peut être préservée". Le support numérique ne dure pas. Il mute. Il migre.

D'autres estiment que le numérique ne convient pas pour l'archivage. Pour deux raisons principalement : ce n'est pas fiable et c'est trop cher. Certes, les supports numériques n'ont pas de résistance intrinsèque des supports traditionnels que sont le microfilm ou le papier chiffon mais la question ne doit pas être posée en termes manichéens comme si la seule alternative se situait entre le bien-papier et le mal-numérique ou, pour d'autres, entre le bien-numérique et le mal-papier. [3] 

Le processus de passage de la pierre au papier, du papier au numérique dans la gestion courante de l'information n'est pas achevé. c'est un processus qui s'étire entre les années 1980 et les années 2010.
L'information dans le support numérique n'est pas un objet visible et palpable comme l'est un registre, un objet que l'on peut feuilleter, dérouler simplement avec ses deux mains, dont on peut voir le contenu, même si on ne le déchiffre pas.  

Sources:

[1] Colloque Universitaire Senghor : De la pierre au papier, du papier au numérique (PPPN) [Internet]. La France à l'UNESCO. [cité 7 mars 2019]. Disponible sur : https://unesco.delegfrance.org/Colloque-Universite-Senghor-De-la-pierre-au-papier-du-papier-au-numerique-PPPN-3247

[2] Thiolon Catherine, « L'image des métiers de l'I-D. Diagnostic et recommandations pour une communication active », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2003/6 (Vol. 40), p. 396-400. DOI : 10.3917/docsi.406.0396. URL : https://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-6-page-396.htm

[3] Marie-Anne Chabin. Le blog de Marie-Anne Chabin [Internet]. Du papier au numérique.[cité 7 mars 2019]. Disponible sur: http://www.marieannechabin.fr/archiver-et-apres/3-du-papier-au-numerique/




Le numérique, un monde sans femmes ?

L'exposition Computer Grrls [1] ouvre ses porte le 14 mars à la Gaîté Lyrique avec l'ambition de mettre en lumière le rôle des femmes dans le développement de l'informatique et d'imaginer un monde numérique inclusif. Cette exposition fait écho au constat fait par le collectif Femme@numérique, qui met en avant la diminution de la part des femmes dans les métiers du numérique depuis 30 ans.

Photo libre de droits

Selon Femme@numérique, seuls 33% des employés du secteur numérique sont des femmes [2]. Sur ces 33%, seules 15% font partie des fonctions techniques (développement, exploitation, production, gestion de projet) contre 75% dans des fonctions supports (ressources humaines, marketing, communication administration). D'après les chiffres, les femmes ne sont pas dans le cœur métier mais accompagnent la transformation digitale de la société.

L'autre constat qui est fait par le collectif est que le phénomène ne va pas en s'améliorant. Après une présence significative des femmes dans les filières informatiques jusque dans les années 80-90, les générations suivantes se sont mises à bouder les formations informatiques et technologiques dès l'enseignement secondaire [3]. 

Quelles sont les causes possibles ? L'une d'entre elles est qu'avec l'essor du secteur informatique dans les années 80 et l'adoption des technologies dans la sphère privée, le marketing autour des objets technologiques s'est concentré exclusivement sur la figure masculine [4]. Les femmes ont peu à peu déserté les formations puis les métiers des sciences informatiques et techniques, désormais considérées comme l'apanage des hommes. Aujourd'hui, les statistiques sur le turn-over des femmes dans le secteur et leur sentiment de non appartenance témoignent de cette tendance [3]. 

Les conséquences de cette tendance sont multiples et sont surveillées de près par les associations, qu'elles soient féministes ou professionnelles, mais aussi et surtout par le gouvernement. La perspective d'emploi dans les métiers du numérique est très forte et va s'accentuer dans les années à venir. Selon une étude de la Commission européenne, 756 000 professionnels du numérique vont manquer d'ici 2022 [5]. Les entreprises pourraient éprouver de grandes difficultés à trouver suffisamment de profils qualifiés. Le gouvernement prend les devants en communiquant régulièrement autour du sujet par le biais de témoignages de femmes entrepreneuses du numérique [6] avec la volonté affichée de s'adresser aux jeunes filles afin de les convaincre  que les portes sont désormais ouvertes. Le député La République En Marche Cédric Villani, a fixé l'objectif de 40% de femmes dans les filières du numérique dans son rapport sur l'intelligence artificielle [3].

D'un point de vue sociétal, l'inclusion des femmes dans la transformation digitale a une visée éminemment stratégique. La recherche de la parité a pour objectif de mieux appréhender les nouveaux usages et les services et ainsi créer un modèle de société plus égalitaire [2]. 

La question de la sous-représentation des femmes dans les métiers du numérique est une question au cœur de l'actualité, dont les répercussions économiques et sociétales sont déjà visibles et ancrées dans les mentalités.  


[1] La Gaîté Lyrique. Exposition Computer Grrls du 14 mars 2019 au 14 juillet 2019. La Gaîté Lyrique[en ligne]. [Consulté le 11 mars 2019]. <https://gaite-lyrique.net/evenement/computer-grrrls>

[2] Collectif Femmes@numérique. Un projet ambitieux : promouvoir la place des femmes dans le secteur numérique. Femmes@numérique [en ligne]. [Consulté le 11 mars 2019]. <https://femmes-numerique.fr/>

[3] Simeone Christine. Sexisme et numérique : "les femmes ne sont pas les bienvenues". France Inter [en ligne]. 19 janvier 2019 [Consulté le 11 mars 2019]. <https://www.franceinter.fr/info/sexisme-dans-le-numerique-les-femmes-ne-se-sentent-pas-les-bienvenues>.

[4] Simeone Christine. Comment les femmes ont été exclu peu à peu du monde numérique. France Inter [en ligne]. 9 mars 2019 [consulté le 11 mars 2019]. <https://www.franceinter.fr/societe/comment-les-femmes-ont-ete-exclues-peu-a-peu-du-monde-numerique>.

[5] Collectif Femmes@numérique. L'initiative. Femmes@numérique [en ligne]. [Consulté le 11 mars 2019]. <https://femmes-numerique.fr/l-initiative/>

[6] Royer Aline. Il faut plus de femmes dans le numérique, elles pensent les services et les besoins différemment. Gouvernement.fr [en ligne]. [Consulté le 11 mars 2019]. <https://www.gouvernement.fr/il-faut-plus-de-femmes-dans-le-numerique-elle-pensent-les-services-et-les-besoins-differemment>

jeudi 7 mars 2019

Le point sur la mise en place de l'identité numérique des Français

Alors que la mission pour le déploiement d'un nouveau service public dématérialisé, confiée en janvier 2018 à Valérie Peneau, Inspectrice générale de l'administration, prévoyait la divulgation d'une première solution au début de l'année 2019, des acteurs pointent d'ores et déjà les risques d'exclusion d'une partie des Français et font des préconisations.

Image IStock. Libre de droit

Dans le cadre du programme de dématérialisation des actes administratifs d'ici à 2022 [1], le gouvernement a lancé une réflexion sur le déploiement d'une identité numérique sécurisée, pour une mise en route à l'automne 2019. L'objectif premier est de faciliter les démarches administratives des citoyens par une entrée ou clé unique d'identification, qui doit faire office de justificatif d'identité du déclarant et doit sécuriser les transactions sur Internet. Si la plateforme FranceConnect, créée en 2014 et placée sous l'autorité de la DINSIC (direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat) permet déjà une identification commune pour plusieurs services administratifs, si le RGPD et la CNIL peuvent garantir le respect des droits fondamentaux, il s'agit d'aller vers plus de simplification et une refonte du service public, totalement dématérialisé.

19 % d'illectronistes en France

Une telle modification de notre espace public, physique et numérique, ne va pas sans susciter des craintes, ce que révèlent de nombreux articles sur la fracture numérique dans les régions. Une étude de 2018 du CSA (Consumer Science & Analytics) commandée par le Syndicat de la presse sociale [2] montre que 19 % des Français, issus de toutes les catégories sociales et de toutes zones géographiques, ont renoncé à utiliser Internet, et parmi eux 39 % ont abandonné pour une démarche administrative.
Dans ce contexte, dans un récent rapport [3], le Défenseur des droits vient appuyer le risque d'une transformation numérique à "marche forcée" des services publics, qui aurait un impact sur les inégalités de traitement civique et les droits fondamentaux des citoyens. Aussi, à partir des saisines déjà enregistrées sur ce sujet, avance-t-il plusieurs recommandations pour que cette dématérialisation aille dans le sens d'une amélioration de l'accès au droit. Parmi celles-ci, il souhaite :

  • le maintien de différentes modalités d'accès aux services ;
  • la protection des usagers qui rencontreraient des difficultés ou des problèmes techniques ;
  • l'envoi de notification papier, sauf consentement de la personne pour la voie dématérialisée ;
  • l'accompagnement des personnes en difficulté ;
  • enfin, des formations pour les travailleurs sociaux et les agents d'accueil de services publics.

Le think tank Renaissance numérique [4] vient également de publier une note de mise en garde sur une mise en place trop hâtive de ce dispositif. Plutôt que des préconisations, il développe des pré-requis pour garantir le succès du dispositif. Le plus important est l'adoption par le citoyen de ce changement, qui ne peut se faire que si un rapport de confiance est établi avec l'Etat. Ce dernier doit donc déployer tous les moyens pour garantir la sécurité du citoyen.
Or selon le baromètre numérique 2018 du Credoc [5] un nombre encore élevé de Français est défiant vis-à-vis de l'utilisation de ses données personnelles. C'est pourquoi l'Etat doit rester le garant de la centralisation et de la sécurisation de l'identité numérique. Et le citoyen doit être au cœur de la démarche et doit pouvoir maîtriser ses données.
En outre parmi les autres pré-requis, le dispositif doit être universel, accessible, agile (ou évolutif). L'accent est surtout mis sur la nécessaire simplification de l'interface utilisateur, comme condition d'adhésion.

Un enjeu d'inclusion sociale

Toutefois, face aux menaces de laisser de côté une partie des citoyens, ce nouveau service public peut être aussi un levier d'inclusion sociale, considère Renaissance numérique. En effet, il peut faciliter l'accès aux aides sociales en simplifiant les procédures et par un enregistrement automatisé des droits.
Le gouvernement accompagne, par ailleurs, les collectivités territoriales vers cette transformation et dresse régulièrement un bilan des avancées de sa politique de dématérialisation.

Renaissance numérique souligne également les avantages d'une standardisation des procédés d'identité numérique par les Etats pour une interopérabilité des services partout dans le monde.
Le programme de mise en œuvre d'une identité numérique doit en fait s'aligner sur la réglementation européenne "eIDAS" de 2014, qui concerne l'identification électronique des services de confiance pour les transactions électroniques au sein de l'UE [6]. Cependant, les Etats restent souverains du choix de leur plate-forme et des modes de validation d'authentification. Mais, pour le moment, les différents modèles déployés dans les Etats membres empêchent l'émergence d'un marché unique numérique.


[1] Programme "Action publique 2022".
[2] CSA. « L’illectronisme » en France. Etude du 25 juin 2018. csa.eu [en ligne]. [Consulté le 7 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.csa.eu/fr/survey/l-illectronisme-en-france
[3] Défenseur des droits. Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics. Rapport du 14 janvier 2019 [en ligne]. [Consulté le 7 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/rapports/2019/01/dematerialisation-et-inegalites-dacces-aux-services-publics
[4] Renaissance numérique. Identité numérique : Passer à une logique citoyenne. Note de janvier 2019. [en ligne]. [Consulté le 7 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.renaissancenumerique.org/ckeditor_assets/attachments/325/rn_note_identite_numerique_janvier2019.pdf[5] Baromètre du numérique 2018. [en ligne]. 1 décembre 2018. [Consulté le 7 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.credoc.fr/publications/barometre-du-numerique-2018
[6] Règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE [en ligne]. 28 août 2014. 32014R0910. [Consulté le 7 mars 2019]. Disponible à l’adresse : http://data.europa.eu/eli/reg/2014/910/oj/fra 

Intelligence artificielle et intelligence humaine

Avec l’essor des technologies et leur développement qui reposent sur l’intelligence artificielle et n’ayant peu à voir avec l’intelligence humaine, Avner Bar-Hen professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), analyse l’étymologie du terme intelligence. Il préconise notamment de former les jeunes et moins jeunes à la science algorithmique tout en gardant à l’esprit que les machines et leurs calculs ne sont pas infaillibles. 

Que ce soit la presse spécialisée ou non, l’intelligence artificielle (IA) occupe le devant de la scène médiatique. Depuis 2010, cette notion principalement visible dans les romans de science-fiction s’est introduite dans notre quotidien via des technologies toujours plus performantes. Mais pour comprendre ce phénomène, il convient de faire un détour par son étymologie. Emprunté du latin intelligentia, « faculté de percevoir, compréhension, intelligence », lui-même dérivé de intellĕgĕre (« discerner, saisir, comprendre »), composé du préfixe inter- (« entre ») et du verbe lĕgĕre (« cueillir, choisir, lire »).  Étymologiquement, l’intelligence consiste donc à faire un choix. Si l’un des aspects majeurs de la révolution numérique est l’accumulation de données, il faut garder à l’esprit que derrière toute donnée, il y a une mesure, c’est-à-dire une chose mesurée et bien sûr, des conventions sociales. L’accès aux données, l’archivage ou le stockage, représentent un pan important de l’informatique. Sans données, pas d’IA. L’IA permet donc de proposer des règles de décision au sein de cette masse d’informations. Le principe des algorithmes, à la base de l’intelligence artificielle, est de chercher des règles de calcul plus ou moins pertinente. Vouloir des algorithmes transparents et accessibles n’a de sens que si l’on est capable de les comprendre. Afin d'éviter que les humains ne deviennent de plus en plus stupides, faire des choix implique de pouvoir faire des erreurs. Si l’on apprend de ses erreurs (ainsi que des erreurs des autres), il est fondamental de ne pas accorder une confiance aveugle aux algorithmes. La notion d’intelligence artificielle génère de fait la notion de bêtise artificielle. Le risque donc n’est pas de voir les machines devenir plus « intelligentes » que les humains (mythe de la singularité), mais plutôt que les humains deviennent de plus en plus stupides. Il va nous falloir nous adapter à une société numérique, et au lieu d’une intelligence artificielle, privilégions une utilisation de l’IA qui nous aide à prendre des décisions respectant nos valeurs fondamentales.

Source : Avner Bar-Hen. L’intelligence n’est ni artificielle ni innée. Publié le 04 mai 2018. [consulté le 06 mars 2019].


mercredi 6 mars 2019

Le Grand débat ou le parcours des data

En décembre 2018, l’Etat a répondu au mouvement lancé par les « Gilets jaunes » un mois avant en proposant l’ouverture d’un grand débat national, auquel s’invitent aujourd’hui data et intelligence artificielle. 


Photo libre de droit

Depuis le 15 janvier 2019, des milliers de Français participent à ce grand débat en émettant des propositions sur tous les sujets qu’ils jugent importants. Education, écologie, fiscalité… tout y passe. Par le biais d’une plate-forme dédiée, tout d’abord, mais également sous format libre, par courrier, par courriel, ou à travers des cahiers de doléances (ou cahiers citoyens) disponibles dans les mairies de près de 9000 communes. Clôturées depuis le 20 février dernier, ces contributions papier se montent à plus de 10 500. Quant aux formulaires en ligne, ils dépassent les 850 000 et devraient assurément croître avant la clôture des dépôts, en avril prochain [1].


Ce procédé de démocratie participative prévoit de faire la part belle au numérique. Si l’on sait d’ores et déjà que l’Institut de sondages Opinion Way aura la charge des contributions en ligne, on en sait moins sur le sort prévu pour l’ensemble des contributions papier. Le format de ces documents est variable : les participations ont été obtenues sur des feuilles volantes comme sur de simples cahiers. La Bibliothèque nationale de France a un rôle à jouer dans cette étape puisque c’est elle qui devra référencer, indexer, numériser et retranscrire les documents dactylographiés en fichiers texte (Word, DocX), alors qu’un appel d’offres a été lancé pour trouver un prestataire candidat à la retranscription des documents manuscrits [2].

Une fois passées ces étapes, les cahiers de doléances et tout autre type de document papier seront gérés par un consortium que pilote Roland Berger et deux autres sociétés spécialisées dans la Civic tech.  Pour les contributions en ligne [3] comme pour les formats libres, le recours à l’intelligence artificielle semble une évidence, tant la masse de documents à traiter doit l’être dans un temps imparti des plus restreint. Pour ces deux chantiers concomitants, le recours à des logiciels « intelligents » permettra d’isoler les groupes de mots qui ressortent fréquemment et dont l’unité linguistique est la même ; l’analyse et l’interprétation humaine travailleront de concert dans cette entreprise dont les résultats devraient être consultables par tous en open data [4].

L'ampleur d'un tel projet rend son cheminement laborieux et soulève nombre d'interrogations quant à la réception qu'auront les citoyens des résultats. Pour autant, cela reste une entreprise inédite qui associe l'exercice démocratique à l'innovation technologique.




[1] TEXIER, Bruno. 2019. Grand débat national : l’autre chantier de dématérialisation du gouvernement. Archimag [en ligne]. 19 février 2019. [Consulté le 05 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.archimag.com/vie-numerique/2019/02/12/grand-d%C3%A9bat-national-autre-chantier-d%C3%A9mat%C3%A9rialisation-gouvernement

[2] GOUVERNEMENT. Compte rendu du Conseil des ministres du 13 février 2019 : Point d'étape sur le grand débat national [en ligne]. 13 février 2019. [consulté le  5 mars 2019] : https://www.gouvernement.fr/conseil-des-ministres/2019-02-13/point-d-etape-sur-le-grand-debat-national

[3] DEMICHELIS, Rémy. 2019. Grand débat national : à quoi l'intelligence artificielle peut-elle aider ?. Les Echos [en ligne]. 5 mars 2019. [Consulté le 05 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600782799543-lintelligence-artificielle-peut-elle-vraiment-aider-le-grand-debat-2248867.php 

[4]  TEXIER, Bruno. 2019. Grand débat : Une combinaison homme/machine pour analyser les cahiers de doléances. Archimag [en ligne]. 22 février 2019. [Consulté le 05 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.archimag.com/vie-numerique/2019/02/22/grand-d%C3%A9bat-combinaison-homme-machine-analyser-cahiers-dol%C3%A9ance

mercredi 20 février 2019

Comment les générations considèrent-elles le livre numérique ?

Le livre numérique représente toujours une faible part des ventes de livres en France, même si elle est en progression. Les jeunes (15-25 ans) et les plus âgés (plus de 50 ans) y ont cependant trouvé un intérêt particulier, ainsi que les habitants des petites villes.

Dans un contexte où les ventes de livres baissent lentement, mais de manière continue, le support papier conserve une place prépondérante : il représente 97% du marché total de livres en France en 2018. Toutefois, le livre numérique est en progression de 6%. [1]

Le livre numérique offre des présentations et des formats de plus en plus diversifiés. On peut le lire en streaming, via un ebook ou un livre audio ; et ceci en utilisant un smartphone, une tablette, un ordinateur, voire une liseuse numérique - mais ce type d'objet souffre aujourd'hui d'une baisse des ventes. [3]

Hors contenus professionnels et scolaires, le livre numérique offre moins de choix que le livre papier. Les beaux livres, les livres pratiques et la jeunesse y sont peu représentés. Les achats se concentrent donc sur la littérature générale et la littérature de genre (science-fiction, romance, polar). [2]

Le prix peut représenter un obstacle. En moyenne, en France il est de 7,40€, prix proche de celui du livre de poche. [2] Mais le consommateur serait incliné à penser qu'un livre numérique devrait coûter moins cher qu'un livre papier. [3]

Malgré ces inconvénients, certains types de lecteurs semblent particulièrement séduits par le livre numérique.

Plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans utilisent des livres numériques (en 2017), même si 83% d'entre eux continuent d'utiliser majoritairement le format papier. Pour ces jeunes, les formats numérique et audio sont complémentaires du papier. Pour la lecture des livres numériques, les jeunes plébiscitent leur smartphone (58%). La liseuse n’arrive qu’en 4ème position, derrière l’ordinateur portable (44%) et la tablette tactile (39%). [5]

Les jeunes utilisent également les livres numériques pour leurs études scolaires et universitaires. La réforme des programmes scolaires des années 2016 et 2017 a eu un effet notable sur la croissance de l’édition numérique scolaire (+38,2%) en 2017. [4]

Un autre type important d'acheteur du livre numérique est le lecteur de plus de 50 ans. Selon le panel de consommateurs de GFK, cela représente 39% des acheteurs de livres numériques en 2018. Il s'agit en fait surtout de gros lecteurs [1], consommateurs de romans pour leur plaisir personnel.

Si on s'intéresse au lieu d'habitation des lecteurs de livres numériques, on trouve une surreprésentation des villes de moins de 2000 habitants : un tiers de dépenses en livres numériques viennent de ces villes, signe que le livre numérique est venu compenser l'absence d'une librairie à proximité. [2]

Loin des marchés de masse, le livre numérique serait-il en train de conquérir des marchés de niche ?



[1] HUGUENY, Hervé, 2019. Le livre, défi générationnel. Livres Hebdo [en ligne]. 8 février 2019. [Consulté le 12 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/le-livre-defi-generationnel

[2] HUGUENY, Hervé, 2018. Le numérique progresse, le papier résiste. Livres Hebdo [en ligne]. 2 février 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/le-numerique-progresse-le-papier-resiste

[3] VINCY, Thomas, 2018. 2018 en 12 thèmes [6/12]: Le livre numérique en panne?? Livres Hebdo [en ligne]. 24 décembre 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/2018-en-12-themes-612-le-livre-numerique-en-panne

[4] SYNDICAT NATIONAL DE L’EDITION, 2018. Les chiffres de l’édition française en 2017. Syndicat national de l’édition [en ligne]. 3 juillet 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.sne.fr/actu/les-chiffres-de-ledition-francaise-en-2017/

[5] VINCENT-GÉRARD, Armelle et VAYSSETTES, Benoit, 2018. Les jeunes (15-25 ans) adultes et la lecture - Synthèse. calameo.com [en ligne]. 19 juin 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.calameo.com/read/001828715ab2eafcee3ee
Résultats d’une étude réalisée pour Le Centre national du livre par Ipsos

[6] VINCENT-GÉRARD, Armelle et CHOMET, Natacha, [sans date]. Les français et la lecture 2017. calameo.com [en ligne]. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.calameo.com/read/00182871576d4704a0a58
Résultats d’une étude réalisée pour Le Centre national du livre par Ipsos

La transformation digitale des entreprises : un levier majeur de la performance business

A partir de 2012, les entreprises ont entamé leur passage du numérique au digital. Alors qu’elles avaient jusque-là essentiellement exploité Internet via des sites, elles ont commencé à développer des applications utilisables de façon mobile pour commercialiser leurs produits et services. Un passage d'autant plus stratégique que la corrélation entre maturité digitale des entreprises et performance économique est établie. 
Loin de se réduire à l’adoption de technologies innovantes, la transformation digitale repose notamment sur de nouveaux modes de travail, sur la conviction du management dans les potentiels numériques et sur l’adaptation des salariés. 


Le poids du numérique dans le PIB : la France à la 8ème place mondiale


La part du numérique dans l’économie mondiale ne cesse d’augmenter, avec des réalités contrastées selon les pays. D’après un rapport McKinsey de 2014, le numérique représentait 5,5% de PIB français, plaçant la France à la 8ème place mondiale [1]. Devant elle, plusieurs pays asiatiques (Corée du Sud, Chine et Japon avec respectivement 10,1%, 9,2% et 7,6% de leur PIB), le Royaume-Uni (10%), les Etats-Unis (8%) et l’Inde et la Suède (7%). 

La maturité digitale des entreprises est un levier de leur performance business


Si la question de la transformation digitale des entreprises  constitue un tel enjeu, c’est parce qu’elle apparaît comme un levier essentiel de la performance économique

C’est à cette conclusion qu’arrivaient déjà Capgemini Consulting et le MIT en 2012 dans leur rapport « The Digital advantage » [2]. Sur la base d’une étude menée auprès de 400 entreprises mondiales, les auteurs mettent en évidence que les entreprises les plus matures en termes de digital (les «Digirati») sont également les plus performantes économiquement, quel que soit le secteur d’activité. En effet, les Digirati avaient une rentabilité de +26% par rapport à la moyenne des entreprises de leur secteur. Quant à la capitalisation sur les marchés financiers, elle était boostée de +12%. 

Par ailleurs, le rapport insiste sur une condition indispensable pour la réussite de la transformation numérique : c'est l’implication du chef d'entreprise. Celui-ci doit non seulement avoir une vision digitale mais aussi porter le projet de transformation en interne. 


Un succès qui dépend des convictions numériques du management et de l’engagement des collaborateurs


Dans leur ouvrage sur la transformation digitale des entreprises, Emily Metais-Wiersch et David Autissier, enseignants à l’ESSEC, déclarent : « Les modèles ultimes d’entreprises transformées sont ceux dont la tête dirigeante est l’incarnation ou la réincarnation de l’esprit entrepreneurial et d’une dynamique collective forte de l’entreprise » [3]. Et de citer en exemple le développement d’équipes pluridisciplinaires, les logiques de décloisonnement, d’agilité, ou encore d’approches « test and learn ».

De nombreuses entreprises françaises se sont emparées de ces questions, convaincues de la nécessité de prendre le virage du digital pour rester pertinentes et performantes sur leurs marchés. C’est notamment le cas de la Société Générale qui occupe la 1ère place du classement des Echos des champions de la transformation numérique en 2018 [4]. 

Frédéric Oudéa, Directeur général de la Société Générale, confirme les changements drastiques amenés par le digital : « La transformation touche l’ensemble de notre chaîne de valeur, de l’expérience client à notre modèle opérationnel, c’est tout notre business model que nous sommes en train de revisiter » [5]. 

Un changement qui impacte les collaborateurs en premier lieu : Frédéric Oudéa annonce que 75% des salariés vont devoir changer de métier dans la filière banque de détail. Le groupe a ainsi investi 150 millions d’euros pour accompagner la formation des 20 000 collaborateurs du réseau France en 2018-2020. 

Enfin, au-delà de la nécessité de développer les compétences numériques, ce sont aussi les modes de travail, les positions et le pouvoir dans l’entreprise qui bougent. Selon Frédéric Oudéa : « Les dirigeants, les managers en général, ne sont plus systématiquement les sachants. Face aux experts informatiques et aux Millenials, les cadres se retrouvent, par la force des choses, dans une posture d’apprenti ; il leur faut s’ouvrir au monde digital, expérimenter, mieux travailler en équipe, savoir gérer les échecs. »

- Photos libres de droit

Sources : 

[1] McKinsey France. Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France [en ligne]. Septembre 2014 [consulté le 20 février 2019]. https://www.mckinsey.com/fr/~/media/McKinsey/Locations/Europe%20and%20Middle%20East/France/Our%20Insights/Accelerer%20la%20mutation%20numerique%20des%20entreprises/Rapport_Accelerer_la_mutation_numerique_des_entreprises.ashx

[2] Capgemini Consulting et MIT Sloan Management. The Digital advantage: how digital leaders outperform their peers in every industry [en ligne]. 2012. https://www.capgemini.com/wp-content/uploads/2017/07/The_Digital_Advantage__How_Digital_Leaders_Outperform_their_Peers_in_Every_Industry.pdf

[3] METAIS-WIERSCH Emily et AUTISSIER David. La transformation digitale des entreprises, les bonnes pratiques. Eyrolles. 2016. 216 pages. ISBN-13 : 978-2212566277. 

[4] Les Echos Executives. eCAC40 : le classement 2018 des champions de la transformation numérique [en ligne]. 09 octobre 2018 [consulté le 20 février 2019]. https://business.lesechos.fr/directions-numeriques/digital/transformation-digitale/0302372715417-ecac40-le-classement-2018-des-champions-de-la-transformation-numerique-324011.php

[5] Les Echos Executives. Frédéric Oudéa : « J’ai l’impression d’exercer un nouveau job ! ». 10 octobre 2018 [consulté le 20 février 2019]. https://business.lesechos.fr/directions-generales/strategie/transformation/0302341561329-frederic-oudea-j-ai-l-impression-d-exercer-un-nouveau-job-324014.php

lundi 18 février 2019

Le projet Europeana : les enjeux

Avec 54 millions de documents recensés[1], Europeana s'affirme depuis sa création en 2008 comme un modèle de bibliothèque numérique, à l'instar de Gallica. Son accessibilité et la richesse des collections mises à disposition du public en font un gigantesque entrepôt de stockage numérique. Quel est l'esprit de cet outil numérique ? Est-il comparable à Wikipédia dans les présupposés idéologiques ? Quels projets emblématiques sont attachés à Europeana et quels aspects culturels met-elle en lumière ? 

 

1-LE CREUSET : LES "PRINCIPES" DE L'OPEN DATA

 

A l'origine du Big Data, il y a l'esprit ou l'idéologie participative [2] : les contributeur(trice)s sont invité(e)s à participer à un projet identifiant une communauté, que cette communauté soit soudée autour d'un projet collectif à nature financière (crowdfunding), culturelle (Wikipédia), ou informatique (Ubuntu, Linux). 

Dans le cas d'Europeana, l'aspect participatif du projet repose sur les campagnes de collecte de documents de toute nature susceptible d'enrichir la fameuse collection numérique.

A l'instar de Wikipédia, l'encyclopédie universelle et multilingue, Europeana est en libre accès et comporte un aspect participatif en amont : les particuliers peuvent contribuer à enrichir la bibliothèque par leurs dons. Forme originale d'enrichissement des collections, la collecte revêt un caractère démocratique par cette horizontalité au service d'un bien commun.
 

 

2-EUROPEANA AU SERVICE DE LA MEMOIRE


Les commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale ont été mis à profit au nom de l'open data : quoi de mieux qu'un événement historique pour mettre plus de 500000 documents de supports divers à disposition des internautes  ?

Cette forme d'archivage inédit a reçu un écho dans la presse spécialisée : la commémoration, de politique, est devenue culturelle [3]. Si la dimension de libre accès semble avoir atteint son but, le volet scientifique soulève des questions : comment s'assurer de la provenance exacte et authentifiée de certaines sources ? Les archivistes rencontrent cette difficulté au quotidien dans leur métier et mettent en oeuvre le principe de "respect des fonds", que les allemands transcrivent en "provenienzprinzip".  

Si les concepts de nation et d'Europe semblaient devenus absents et désincarnés, c'est peut-être dans la sphère culturelle qu'ils ont trouvé refuge. On assiste à l'élaboration d'une histoire européenne. 

3-PARTENARIATS ET MENACES

 

Le projet Europeana demeure constant et de nombreuses initiatives voient le jour [4], à l'exemple de cette consultation publique lancée en octobre 2017 afin de recueillir un avis des utilisateurs d'Europeana.

La plateforme reste un projet collectif qui a besoin de ressources humaines et institutionnelles comme piliers de soutien. A ce titre, la BNF a  participé à l'entreprise de numérisation évoquée plus haut, lors des commémorations de la Grande Guerre et décline son offre de coopération à travers des expositions virtuelles [5].

Les investissements européens devront être à la hauteur de l'ambition que porte le projet, modèle d'archivage ouvert qui a besoin de voies de financement.  




[1] PAZZAGLIA, Loana, Des profondeurs d'Europeana, faire vivre le patrimoine culturel, 4 février 2017 [En ligne], Lettres numériques.[Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse suivante : https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/des-profondeurs-d-europeana-faire-vivre-le-patrimoine-culturel/69501.


[2] BROUDOUX, Evelyne, CHARTRON, Ghislaine (dir.), Open data-big data : quelles valeurs, quels enjeux ?, Actes du Colloque "Document numérique et Société, Rabat, 2015 [Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse suivante : https://www.cairn.info/big-data-open-data-quelles-valeurs--9782807300316.htm.

[3] PATIN, Nicolas, Europeana 1914-1918 : une ressource numérique utile pour écrire l'histoire de la Grande guerre ?, Histoire@Politique, N°35, Mai-août 2018 [En ligne].  [Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse : https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=35&rub=sources&item=38.

[4] Site web de la Commission européenne, Participez à une consultation publique sur Europeana, 18 octobre 2017, [Consulté le 18 février 2019]. [En ligne]. Disponible à l'adresse : https://ec.europa.eu/france/news/20171018_consultation_europeana_fr : consultation publique.


[5] Site web de la BNF, Des services numériques pour l'Europe, Europeana et le centre de compétence IMPACT. [En ligne]. [Consulté le 18 février 2019].  Disponible à l'adresse : http://www.bnf.fr/fr/professionnels/cooperation_europeenne/a.europeana_tel_centre_impact.html.



mardi 5 février 2019

La presse et sa dépendance croissante de Google


La relation de dépendance envers Google ne se résume pas à la recette publicitaire, mais comprend aussi le financement direct

Google, le principal moteur de recherche dans le monde, est devenu pratiquement la porte d'entrée sur le web ; seulement en France, 93% des requêtes sur Internet sont faites sur son site. Cette position dominante et quasi-monopolistique exerce une pression sur la presse à s'adapter à ses demandes, par crainte de ne pas être bien référencée sur le moteur de recherche [1]. 

Ainsi, par exemple, des journaux comme The Guardian ont adopté le format Accelerated Mobile Pages (AMP), une technologie de chargement rapide de pages sur mobile, crée par Google en 2015. L'AMP est devenu un format privilégié pour l'indexation à partir de mars 2018, malgré les critiques de lock-in ("des pages crées avec Google AMP markup signifient des pages optimisées spécifiquement pour Google, indexées principalement par Google et montrées principalement pour les usagers de Google"). [2]

La presse, à cause de son modèle économique basée sur la publicité, est devenue dépendante du trafic issu de Google. Cette relation ne se résume pas seulement à la recette générée avec le trafic web, elle comprend aussi le financement direct. Via la Google News Initiative, l'entreprise américaine a versé 115 millions d'euros pour des projets journalistiques de 2015 à 2018, dont 10,2 millions distribués en France. Google est ainsi devenu un de plus importants financeurs du journalisme actuellement. Une analyse plus détaillée de ce financement et des activités de Google News Initiative en Europe est disponible en allemand et en anglais. La raison de l'investissement ? "Pour Google, l'industrie des médias est intimement liée à son cœur de métier : la collecte des données des utilisateurs." [3]

Sources :

[1] GILBERTSON, Scott. Kill Google AMP before it kills the web. The Register, 19/5/2017. Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] : https://www.theregister.co.uk/2017/05/19/open_source_insider_google_amp_bad_bad_bad/

[2] LAGUES, Benjamin. La presse peut-elle faire sans Google? INA Global, 28/1/2019. Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] :  https://www.inaglobal.fr/numerique/article/la-presse-peut-elle-faire-sans-google-10310

[3] FANTA, Alexander. The Publisher’s Patron: How Google’s News Initiative Is Re-Defining Journalism. European Journalism Observatory, 26/9/2018.
Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] : https://en.ejo.ch/digital-news/the-publishers-patron

La plateforme PANIST se renouvelle

L'INIST-CNRS et le consortium Couperin.org [1] ont annoncé la mise en ligne de la nouvelle version de la Plateforme d'Archivage National de l'Information Scientifique et Technique depuis le 7 janvier dernier.

A la demande du comité de pilotage du projet de la Bibliothèque Scientifique Numérique, la plateforme PANIST a été créée en 2014 par l'INIST-CNRS. Son objectif est de pérenniser l'accès aux collections issues des abonnements souscrits auprès des éditeurs scientifiques dans le cadre du groupement de commande de 2011-2013 ou de la licence nationale de  2014-2018 et cela indépendamment des sites internet des éditeurs. L’accès à ces documents est réservé aux usagers des établissements qui ont souscrit un abonnement dans les conditions mentionnées ci-dessus.

A ce jour, seules les archives d'Elsevier entre 2002 et 2017 sont disponibles dans la nouvelle version de PANIST [2] (ce qui représente environ 6,7 millions de documents). L'intégration des archives de Springer est annoncée courant 2019. La plateforme sera ensuite enrichie au fur et à mesure des années.

En plus de la plateforme, des outils complémentaires ont été développés afin de diversifier les accès aux ressources : une extension à installer sur les navigateurs Firefox et Chrome, des widgets à installer sur votre site web ou encore insérer les contenus PANIST dans le résolveur de liens de votre bibliothèque.

La plateforme est à découvrir ici.


Sources:

[1] Couperin.org. Ouverture de PANIST, la Plateforme d'Archivage National de l'Information Scientifique et Technique [en ligne]. 10 janvier 2019. [consulté le 5 février 2019] : < https://www.couperin.org/breves/1369-ouverture-de-panist-la-plateforme-d-archivage-national-de-l-information-scientifique-et-technique >

[2] Panist. Ouverture de la Plateforme d'archivage National de l'information Scientifique et Technique [en ligne]. 7 janvier 2019. [consulté le  5 février 2019] : < https://www.panist.fr/pdf/2019-01-07_Ouverture_PANIST_Communique_etablissements.pdf >

samedi 2 février 2019

Informatique « en nuage » : la nouvelle doctrine de l’État en matière de « cloud computing »


 



Les services du Premier ministre ont publié le 8 novembre 2018 une circulaire présentant les enjeux et la nouvelle doctrine d’utilisation de « l’informatique en nuage » ou le « Cloud Computing ».[1]


Quatre mois après la présentation de la stratégie de l’Etat en matière de cloud, le gouvernement explique à travers cette circulaire la nécessité de se doter d’une doctrine pour l’utilisation de l’informatique en nuage, et précise que cela répond à des objectifs stratégiques en matière de transformation numérique de l’action publique et à améliorer l'efficacité générale du système d'information des administrations.[2]
Cette doctrine de l’informatique en nuage, vise à développer massivement l'usage du cloud au sein des administrations et à en faire à terme la norme. Elle s’appuie sur le développement d’une offre de cloud hybride et serait accessible aux administrations avec trois niveaux de solutions en fonction de la sensibilité et du degré de pérennité des données, des traitements ou des applications :
    •    Un « cloud interne », dédié aux données et applications sensibles, accessible à l’ensemble des ministères via un portail interministériel. Hébergé par l’administration, ce cloud sera conforme aux exigences régaliennes de sécurité.
    •    Un « cloud dédié », pour les données et applications de sensibilité moindre, basé sur une offre externe personnalisée pour les besoins de l’État et hébergé sur des infrastructures dédiées. L'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) en supervisera la sécurité. Des briques de FranceConnect Plateforme y seront pré-intégrées pour simplifier les développements de services et d’applications.
    •    Un « cloud externe », dédié aux données et applications peu sensibles, constituée d’un catalogue d’offres Cloud accessibles sur internet, (notamment en Saas), porté par des centrales d'achat comme I'UGAP pour en faciliter la commande.

Le gouvernement invite également tous les organismes publics et collectivités territoriales à prendre compte les questions règlementaires dans l'utilisation de l’informatique en nuage, en raison du recours à des prestataires externes, ce qui implique des problématiques de maîtrise des données, de réversibilité, de sécurité informatique et de souveraineté. 


En encourageant le recours au cloud, le gouvernement souhaite ainsi renforcer la souveraineté numérique de l’État et la maîtrise de ses données. Il tient compte des évolutions de l’écosystème du numérique et de la diversité des usages, et explique qu’il semble difficile de trouver un unique compromis pour l'ensemble de l'action publique. Les tentatives précédentes, focalisées autour de la création d'un cloud souverain comme unique solution à la problématique, ont données des résultats très limités.

 

Sources :

[1] Site Légifrance. [Consulté le 3 janvier 2019]. Disponible à l'adresse suivante : http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2018/11/cir_44120.pdf

[2] Le gouvernement annonce sa stratégie en matière de cloud. Communiqué de presse (3 juillet 2018) . [Consulté le 3 janvier 2019]. Disponible à l'adresse suivante: https://www.numerique.gouv.fr/espace-presse/le-gouvernement-annonce-sa-strategie-en-matiere-de-cloud/

mardi 29 janvier 2019

Et si Windows Core ouvrait la fenêtre ?

Il n’y a pas si longtemps (quelques années), Microsoft menait ses troupes au combat (1) contre l’Open Source (2). Un temps qui semble révolu et un signal faible qui tend à prouver que la hache de guerre est en train de définitivement s’enterrer.


Libre pour usage commercial
Pas d'attribution requise
L’information est à prendre avec de grandes précautions, mais depuis quelques jours, le profil Linkedin de Corey Steward (3) arbore dans sa dernière expérience une amélioration des postures de sécurité des éléments Open Source exploités dans Windows Core OS.

Ce signal faible n’est pas le premier, en effet  thebear424  (4), un illustre inconnu de la toile, a posté sur le forum de Microsoft en janvier 2018 cette même information accompagnée de quelques précisions. Il explique notamment que ce nouvel OS serait le noyau nécessaire au déploiement de Windows sur n’importe quel périphérique (5) et ainsi, permettre à Microsoft de venir marcher sur les plates bandes d’Androïd (Google).

Ce virage semble tout à fait cohérent depuis l’arrivée de la nouvelle PDG de Microsoft  Satya Nadella (1) selon Raghu Ramakrishnan  (6), chercheur dans la gestion des bases de données et boursier technique de Microsoft. Ces propos ont d’ailleurs pu se vérifier par le rachat de GitHub par Microsoft en 2018 et suscité une grande inquiétude dans la communauté des utilisateurs de la plateforme (7).

Pas étonnant, à lire Les Echos, les avantages sont nombreux à exploiter ces solutions Open Source . Coût, personnalisation, sécurité, flexibilité (8)...
Un autre exemple concret de business avec de  l’Open Source  vient d’une célèbre application nommée  Waze . La carte utilisée pour programmer les trajets est produite par Openstreetmap , un logiciel Open Source  avec contribution communautaire qui supporte le succès de cette application. (9) Google s’est d’ailleurs emparé de la petite application pour 1.15 Milliards de dollars en 2013 (10). 

Openstreetmap est d’ailleurs un projet initialement financé par la Fondation Free, qui a également financé d’autres projets connus comme VLC  ou  Linuxfr  (11), Xavier Niel est derrière cette initiative et la Freebox n’est pas en reste pour exploiter les richesses de  l’Open Source  (12).

D’autres financements sont possibles, les participatifs tels que Liberapay (13), les contributions communautaires comme celles de Wikipédia ou public, indirectement par la Recherche Universitaire.

Nous l’avons vu, l’Open Source peut être rentable et, selon une étude de 2017 de Syntec Numérique, cette solution est deux fois plus dynamique que l’ensemble du marché numérique français avec un taux de croissance annuel moyen de 8,1%. Et cocorico, la France est leader, elle obtient 23% du marché Open Source  en Europe pour 4.46 milliards d’euros cette année-là (14).


Sources :

1. FÉVRIER 2018, Par Louis Adam | Mercredi 28. Pourquoi l’open source est si important pour Microsoft. ZDNet France [en ligne]. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.zdnet.fr/actualites/pourquoi-l-open-source-est-si-important-pour-microsoft-39864770.htm Le CTO Data de Microsoft nous a parlé de l’importance croissante de l’open source, sachant que Microsoft est aujourd’hui l’un de ses plus gros contributeurs.

2. Open source. Wikipédia [en ligne]. 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Open_source&oldid=155121176Page Version ID: 155121176

3. Corey Steward | LinkedIn. [en ligne]. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.linkedin.com/in/corey-steward-b44b48162/

5. thebear424. Windows Core OS - an open-source operating system platform to beat AOSP. [en ligne]. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://answers.microsoft.com/en-us/windows/forum/all/windows-core-os-an-open-source-operating-system/425e8d20-b335-4977-9559-d33f0b188d52 As you know, Windows 10 is a « service », meaning that it is a version that will evolve overtime non-stop. It will receive feature updates semi-annually. Mainstream Support ends on 2020, while Extended

6. Raghu Ramakrishnan. Wikipedia [en ligne]. 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Raghu_Ramakrishnan&oldid=837295558Page Version ID: 837295558

7. SIGNORET, Perrine. Le rachat de GitHub par Microsoft suscite des inquiétudes chez les développeurs. [en ligne]. 4 juin 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/06/04/le-rachat-de-github-par-microsoft-suscite-des-inquietudes-chez-les-developpeurs_5309561_4408996.html Les développeurs craignent que la plate-forme, qui héberge le code source de nombreux logiciels libres, ne soit dénaturée par Microsoft.

8. TEXIER, Brice./ CTO. 5 raisons pour lesquelles l’avenir de l’Open Source est... open ! lesechos.fr [en ligne]. 30 mai 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-183372-5-raisons-pour-lesquelles-lavenir-de-lopen-source-est-open-2179917.php#Xtor=AD-6000

9. Waze. Wikipédia [en ligne]. 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Waze&oldid=155287769Page Version ID: 155287769

10. Waze a coûté 1,15 milliard de dollars à Google, son CEO affiche ses regrets. FrAndroid [en ligne]. 7 avril 2014. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.frandroid.com/marques/google/206886_waze-coute-115-milliard-dollars-google-ceo-affiche-ses-regrets Au vu des dernières folies de Google ou encore de Facebook, rivalisant d’enthousiasme pour racheter diverses startups dans des domaines aussi variés que

11. AUBIN, Hugues. Bienvenue à la Fondation Free parmi nos partenaires ! My Human Kit [en ligne]. 24 octobre 2018. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://myhumankit.org/actualite/bienvenue-a-la-fondation-free-parmi-nos-partenaires/ C’est à la suite d’un premier contact pris par Nicolas Huchet qu’un rendez-vous a été fixé au mois d’avril 2018 entre My Human Kit et la Fondation Free, représentée par Elodie Delboulbé. Nicolas s’y est rendu avec notre talentueuse bénévole Flavie Benizri, afin de partager le projet de l’association et…Lire la suite

12. Freebox Free/Libre and Open Source Software. [en ligne]. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://floss.freebox.fr/

13. Liberapay. [en ligne]. [Consulté le 24 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://fr.liberapay.com/ Nous vous aidons à financer les créateurs et projets que vous appréciez.

14. FOUQUET, Caroline. Etude sur l’impact du logiciel libre / Open Source en France en 2017-2021. [en ligne]. [Consulté le 22 janvier 2019]. Disponible à l’adresse : https://syntec-numerique.fr/actu-informatique/etude-sur-impact-logiciel-libre-open-source-en-france-en-2017-2021 Un marché en forte croissance, un levier majeur d’innovation et une filière créatrice d’emplois.

jeudi 24 janvier 2019

De nouvelles valeurs "stratégiques" au sein des organisations

Aujourd’hui, les organisations se basent sur de nouvelles valeurs pour créer de la richesse et acquérir un patrimoine : le partage d’information, la transmission des savoirs en interne sont les nouveaux enjeux stratégiques des entreprises.

La gestion des connaissances est apparue  dans les années 2000. A cet effet, la profession de « knowledge manager » a vu le jour dans les organisations.  Ce gestionnaire a pour rôle de recueillir les différentes connaissances de l’entreprise, de les partager, mais aussi de les conserver afin de créer un patrimoine de connaissances. [1]

Certains auteurs, tels que Roberto Cerchione, Emilio Esposito et Maria Rosaria-Soprado du département de génie industriel de l'Université de Naples, notent que dans les PME, la transmission des connaissances se fait essentiellement en communiquant avec les personnes de son entreprise. [2]

Une nouvelle norme, adressée aux knowledge managers et à ceux qui s’occupent de la consolidation des connaissances en entreprise, apparaît en 2018.  Il s’agit de la norme ISO 30401, basée sur le management des connaissances dans les organisations.
Son objectif est de permettre aux organisations la mise en place d’un système de management solide, rigoureux, basé sur la préservation des connaissances, mais aussi sur leur diffusion et leur partage.[3]

Le  développement d’un système de gestion des connaissances est un réel objectif stratégique pour l’entreprise.
D’ailleurs certains auteurs : associent la gestion des connaissances internes à la « Compétitive Intelligence ». Ce domaine concerne l’analyse et la veille externes à l’entreprise, à savoir, la concurrence et l’ensemble de l’environnement et des parties prenantes.
Ainsi, « La connaissance est souvent considérée comme une source d’avantages concurrentiels. »
Peter Drucker, consultant américain en management d’entreprise, auteur et théoricien, disait : « Ce qui fait la différence entre les entreprises, ce n’est pas tant les capitaux, ni les personnes, ni non plus les ressources naturelles que les connaissances. » [4]



Sources :

[1] Nathalie Tessier et Isabelle Bourdon. Cairn. Le management des hommes : un défit pour la gestion des connaissances. Publié en 2009  : [Consulté le 24 janvier 2019].https://www-cairn-info.proxybib-pp.cnam.fr/revue-des-sciences-de-gestion-2009-3-page-35.htm 

[2] Pierre-Yves Debliquy. Euresis. Regard sur les pratiques de knowledge management en PME. Euresis.com. Publié le 18 décembre 2018 : [Consulté le 24 janvier 2018].
http://blog.euresis.com/index.php?/archives/1983-Regard-sur-les-pratiques-de-knowledge-management-en-PME.html

[3] ISO.  Club Gestion des connaissances. Systèmes de Management des connaissances — Exigences. http://www.club-gc.asso.fr. Publié en 2017: [Consulté le 24 janvier 2019].http://www.club-gc.asso.fr/sites/default/files/fichiers_attaches/evenement/enqu-te-publique-projet-norme-syst-mes-management-connaissances-exigences-pr-nf-iso-30401/iso-30401-version-fran-aise.pdf.


[4] Pierre-Yves Debliquy. Euresis. Intelligence économique, knowledge management, mission et vision. http://blog.euresis.com. Publié le 19 novembre 2018 : [Consulté le 24janvier 2018].


mardi 22 janvier 2019

Données publiques et big data

Consultant et président du cabinet Civitéo, Jacques Priol revient sur l'importance pour les collectivités de maîtriser leurs données et d'avoir accès à celles qui relèvent de l'intérêt général au sens de la loi pour une République numérique.

A la question le big data déstabilise-t-il les politiques publiques, l'auteur nous révèle comment dans le domaine du tourisme et des transports les plateformes telles que AirBnB, Waze, Uber pilotées par la donnée impactent la manière de concevoir et de mettre en oeuvre des politiques publiques. Waze, par exemple, disposant du signalement d'un accident plusieurs minutes avant les secours, il y aurait un intérêt général à disposer de données générées par ses activités. La ville de New York a élaboré une démarche intéressante avec Uber en récupérant l'ensemble des données des trajets effectués en Uber et les republie en open data. Toutefois, même si nous sommes loin de l'ubérisation du service public, précise-t-il, les collectivités ne doivent pas se faire déposséder de leurs données. La maîtrise de leurs données et le contrôle des usages qui peuvent en être fait deviennent des enjeux majeurs pour les collectivités. Des collectivités importantes comme (Paris, Dijon, Grenoble, Nantes) ont engagé une réflexion juridique sur la propriété et le contrôle des données produites dans le cadre de missions de service public ou plus largement d'intérêt général.

Pour aller plus loin, voir aussi l'article en lien avec le dossier : 
Open Data et réutilisation des données publiques : des promesses vertigineuses

Source : Fernandez Rodriguez, Laura. Les collectivités ne doivent pas se faire déposséder de leurs données. Publié le 18 décembre 2018. [Consulté le 21 janvier 2019].https://www.lagazettedescommunes.com/598178/les-collectivites-ne-doivent-pas-se-faire-deposseder-de-leurs-donnees/
 
 

Et demain ? Tous Robot Sapiens ?

Pour tous ceux qui croient encore que dans la Silicon Valley, la gestion des comptes Facebook, les tweets et autres animations de réseaux sociaux restent la préoccupation première, voilà une enquête au long cours, réalisée par Mark O'Connell (1) dans l'univers sondable de l'Intelligence Artificielle.


Le journaliste s'est immergé chez les transhumanistes aux Etats-Unis, dont le but est d'améliorer la condition humaine, corps et esprit, avec pour but ultime vaincre la mort. 
Cyborgs en devenir qui croient en la fusion des hommes et des machines, amateurs de cryogénisation, prêts à payer des fortunes pour une résurrection programmée, publics hétéroclites qui se précipitent aux compétitions de robotique comme à celles de sport et éprouvent de l'empathie pour la machine qui ne parvient pas à accomplir sa tâche, l'IA est de toutes les innovations et de tous les projets largement subventionnés par les GAFA.

Tout ceci pourrait paraître totalement absurde comme dans cette ubuesque traversée de l'Amérique profonde dans "le bus de l'immortalité" avec un futur et probable candidat à la présidence de la République, venu convaincre des électeurs potentiels sur le terrain et qui en trouve.
Mais rapidement on se rend compte à quel point ces réseaux sont organisés, bénéficient d'une couverture académique au niveau de l'Ivy League, sont confortablement financés par ceux qui en dénoncent les dangers et utilisent des laboratoires à la pointe de la technologie. On tremble même un peu quand on s'aperçoit que la DARPA ou Defense Advanced Research Project Agency y croit et joue un rôle moteur en matière d'innovation dans la guerre à distance.
Mark O' Connell a aussi rencontré tous ceux qui aujourd'hui inventent le monde de demain. Il les a suivi dans leur environnement professionnel comme personnel, leur réflexion philosophique, parfois à la limite de la pratique d'une nouvelle religion.
Avant la déferlante IA, qui n'est plus qu'une question de temps, et le temps ne compte pas pour les "immortels", ce reportage fouillé, impartial, permet de se poser les bonnes questions en terme de liberté, de qualité de vie et de quête de soi.


(1) Journaliste et écrivain irlandais qui publie dans le New York Times, le Guardian et l'Observer
(2) O'CONNELL, Marc, Aventures chez les transhumanistes, Paris : L'échappée, 2018, 261 p., ISBN 978-23730903-7-6