mercredi 14 novembre 2018

Faire rimer transformation numérique et transition écologique

Depuis plusieurs mois, les études sur la consommation énergétique du numérique se multiplient. Le développement du bitcoin, gros consommateur d'énergie [1], puis de la technologie blockchain appliquée à d'autres applications interrogent, à l'heure où les signaux d'alerte de la planète sont au rouge. En septembre, 700 scientifiques français lançaient un appel pour le climat [2]. Un point sur le coût écologique de la transformation numérique dans les entreprises s'impose pour les professionnels de l'information.


Tout comme nous nous sommes adaptés à la dématérialisation de nombreuses démarches dans notre vie quotidienne, les entreprises ont largement entamé leur phase de dématérialisation. D'abord présentée comme vertueuse de l'environnement grâce aux économies matérielles qu'elle permet (réduction des volumes de papier, réduction des transports), la visibilité des coûts n'a pas été immédiate pour les utilisateurs. Les mots "immatériel" ou "virtuel" ont induit en erreur sur le long terme [3].

Désormais, un discours de mise en garde sur l'empreinte écologique générée par les activités numériques émerge. Les volets sont très nombreux : fabrication du matériel informatique, consommation électrique de tous les équipements informatiques et du stockage des données... D'après le CNRS, "Ordinateurs, data centers, réseaux...engloutissent près de 10% de la consommation mondiale d'électricité. Et ce chiffre ne cesse d'augmenter"[3]. 
Les entreprises en prennent-elles la mesure ? En France, d'après une étude menée par WWF et WeGreenIt, les entreprises obtiennent la note de 59/100 [4]. Une bonne moyenne, à ceci près que seules 24 des 150 entreprises sélectionnées ont répondu à cet appel. Toujours selon cette étude, les entreprises seraient très immatures en terme de conception responsable de leur services numériques ; la plupart des personnes interrogées n'avaient pas conscience de cet enjeu. Le sujet peine à devenir grand public, et pourtant, il n'est pas anecdotique dans la démarche de transformation numérique. 
D'après le WWF et WeGreenIt, c'est aujourd'hui que les bonnes pratiques et usages doivent être intégrés, au risque de prendre du retard, d'augmenter considérablement l'empreinte carbone des entreprises, de participer au réchauffement climatique, à la dégradation des éco-systèmes et des ressources de la planète. La transformation numérique doit désormais rimer avec transition écologique. S'il est aujourd'hui très difficile d'établir des comparaisons de coûts énergétiques entre les système "matériel" et "immatériel", et d'en approuver l'un par rapport à l'autre, il est nécessaire de se s'informer dès maintenant sur des solutions alternatives, optimisées et répondant à des critères environnementaux. 
Le professionnel de l'information, amené à travailler au cœur de la transformation numérique aura à cœur de se tenir informé sur ce sujet dès à présent. 


[1] Sylvand, Christine. Le Bitcoin : un coût énergétique excessif ?. En ligne sur Techniques de l'ingénieur. Publié le 9 novembre 2018 : [Consulté le 14 novembre 2018]. https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/le-bitcoin-un-cout-energetique-excessif-60023/#reagir-article

[2] La rédaction du Monde avec AFP. Climat : 700 scientifiques lancent un appel. Publié le 8 septembre 2018 : [Consulté le 14 novembre 2018]. https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/09/08/climat-700-scientifiques-francais-lancent-un-appel_5351987_823448.html

[3] Cailloce, Laure. Numérique, le grand gachis énergétique. En ligne sur CNRS Le journal. Publié le 5 mai 2018 : [Consulté le 14 novembre 2018]. https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique

[4]Moracchini, Stéphane. La transformation numérique, chance ou danger pour l'écologie. En ligne sur Collaboratif-info. Publié le 12 octobre 2018 : [Consulté le 14 novembre 2018].
 http://www.collaboratif-info.fr/edito/la-transformation-numerique-chance-ou-danger-pour-lecologie

Pour en savoir plus sur la consommation numérique : 
Nicolas Martin. La méthode scientifique. Consommation numérique : la fabrique à CO2(.0). En ligne sur France Culture. Publié le 17 Octobre 2018 : [Consulté le 17 Octobre 2018].
https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/consommation-numerique-la-pompe-a-co20

lundi 12 novembre 2018

Wikipedia : bleu pour les filles, rose pour les garçons

Garçons trop confiants, fille plus défiantes. Et si le genre donnait le ton  de la recherche documentaire sur Wikipédia ?

A l'heure où le CDI, la bibliothèque sont parfois peu fréquentés en raison d'horaires inadaptés, voire d'espace d'accueil peu convivial, l'encyclopédie collaborative, est à la fois un outil de recherches validé auquel on accorde une confiance épistémique mais dont la réputation reste parfois controversée. La défiance vient surtout des filles, évaluatrices plus prudentes et sensibles aux risques informationnels. Voilà ce que démontre une étude réalisée d'après un questionnaire soumis à 841 élèves âgés de 11 à 25 ans. A tout âge et tout niveau d'études, les filles ont une foi moindre que les garçons dans ce support, idem pour l'information issue des blogs et réseaux sociaux. Elles sont aussi plus sensibles aux jugements négatifs d'autrui sur Wikipédia. Un point d'accord toutefois :  les deux parties ont l'impression de capter le même niveau de connaissance informationnelle. Des tendances générales que ce chercheur de l'Université de Toulouse 2 souhaiteraient bien mettre à profit pour ouvrir le débat  sur les enjeux et modalités d'une personnalisation de l'éducation aux médias et à l'information. Car même si la jeunesse n'est pas une catégorie homogène, le genre constitue bien une variable ayant des effets sur les représentations d'une source d'information prisée par tous ceux qui étudient.

Source :

Gilles Sahut, Les jeunes et Wikipédia : un rapport genré ?, LERASS-Laboratoire d'Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales https://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_01916490v1

jeudi 31 mai 2018

La médiathèque Les 7 lieux à Bayeux


La médiathèque de Bayeux va ouvrir ses portes début janvier 2019 [1]. Il y a trois mois, son nom était choisi: "Les 7 lieux". Tiens, des bottes magiques qui invitent petits et grands au voyage ? Qui nous emmènent très loin et très vite sur des îles mystérieuses ? Le conte de fée commence sur la route du Molay-Littry ...

La médiathèque intercommunale Les 7 lieux proposera 7 espaces principaux : un café presse, une galerie d’exposition, un forum de 80 places en gradins, un laboratoire, une salle de travail, un plateau réunissant les collections et un jardin de 100 m2. Plus encore en suivant le hashtag #Les7lieux, Nicolas Beudon -@Mr_Kochka sur Twitter- responsable de la future médiathèque, précisait le 18 mai: "Bayeux c'est 14 000 habitants, Bayeux intercom [l'intercommunalité] 30 000 hbts. L'équipe : 14 titulaires. Les espaces accessibles au public : 2 500m2. Je précise tout cela parce que la plupart des gens autour de moi imaginent le double!

Voici donc une médiathèque dont la construction a été commentée sur Twitter, photographiée sous tous les angles en pleine construction et médiatisée à souhait. Médiathèque à la taille finalement modeste, comme le rappelait dans son tweet Nicolas Beudon, certes, mais au vécu déjà long sans être ouverte au public ... L'originalité de la démarche annoncée se lit dans un poster [2] : merchandising (captation de l'attention des usagers), Design thinking, Design UX, pas de Dewey (mais classement par thématiques), prêts des objets entre usagers, éduquer aux médias et à l'information mais aussi plus classiquement développer la lecture publique, valoriser la mémoire locale...Mot d'ordre : "Les usagers au centre !" dans un lieu de savoir et de savoir-faire, entre chez soi et le travail...
Source : site de la ville de Bayeux

Ce sont les anciens usagers de l'ancienne médiathèque qu'il faut re-fidéliser. Ainsi, ils sont invités à participer à la végétalisation de la nouvelle médiathèque. Les Bayeusain-es doivent récupérer une bouture de plante dans l'ancienne médiathèque pour la ramener, grandie, à l'ouverture de la nouvelle. Un beau symbole ? L'équipe a aussi organisé un Biblioremix "3 jours pour imaginer la nouvelle médiathèque": brainstorming sur une bibliothèque idéale, "focus group" dans la bibliothèque municipale pour préciser ce que l'on aime ou pas, et atelier Sketchup pour réfléchir à l’aménagement intérieur de la future médiathèque. D'autres Biblioremix sont prévus.

 Les sources de ces idées ? Nicolas Beudon qui va diriger cette médiathèque n'est pas avare de sources livresques et autres dans son blog [3]. Il semble qu'en sus de communiquer, partager un savoir, le projet de son équipe et des personnes qui l'accompagnent, soit d'apprendre...à faire ! Les bibliothèques troisième génération deviendraient donc des ateliers, foyers, studios de mille et une activités : des lieux entourés de livres de mille et une matières...


Sources :

[1] Marie, Eric. Bayeux. La médiathèque s'appellera "Les 7 lieux". Ouest-France. <https://www.ouest-france.fr/normandie/bayeux-14400/bayeux-la-mediatheque-s-appellera-les-7-lieux-5599490>. Consulté le 28/05/2018.

[2] Les 7 lieux au congrès de l'ACIM.<http://lrf-blog.com/2018/03/13/acim/>.  Consulté le 29/05/2018.

[3] Le recueil factice, biblioblog : blog tenu par Nicolas Beudon, conservateur de bibliothèque. <http://lrf-blog.com/a-propos-2/>. Consulté le 31 mai 2018.

mardi 29 mai 2018

Qu'est-ce qu'un Learning center ?

Selon le dictionnaire de l'ENSSIB, l'expression "Learning center", traduite par centre d'apprentissage, est apparu il y a moins de 10 ans [1]. On peut dire que ce sont des "BU, nouvelle génération" [2], autrement dit, les Learning center traceraient "l'avenir des bibliothèques universitaires". Si le lieu appartient bien à la famille des bibliothèques, quelles sont donc ses caractéristiques propres? 


"Le Groupe ESSEC est un établissement d'enseignement supérieur spécialisé en gestion et management d'entreprise. Réparti sur 3 campus : Cergy, La Défense et Singapour, il accueille près de 4 400 étudiants en formation initiale dont plus de 30% d'étudiants étrangers et 6000 managers en formation permanent par an. Au sein de cette institution, le Knowledge-Lab a pour mission de développer, promouvoir et accompagner l'usage des expériences, contenus et outils digitaux pour la pédagogie et la recherche." [3] Le "Knowledge-Lab" ou "K-Lab", est un autre nom pour le Learning center de cette école de commerce. Cette courte présentation permet de déterminer deux caractéristiques importantes d'un Learning center : l'utilisation des outils digitaux dans un lieu de travail dédié à la pédagogie et a fortiori au travail en équipe. Autrement dit le Learning center est faire pour le travail collaboratif, la co-construction des savoirs, la production participative appelée aussi "crowdsourcing". Cette nouveauté est-elle source de changements profonds ou représentative de bibliothèques universitaires qui fonctionnent de façon "modernes" [4], comme l'écrivait non sans malice, Silvère Mercier en 2010, suite à la publication du rapport à ce sujet de l'inspectrice des bibliothèques Suzanne Jouguelet [5]?

Ce rapport rappelait que le nom, en anglais, marquait l'origine du concept. La première réalisation nominative d'un tel lieu fut en Grande-Bretagne en 1996 à l'Université de Sheffield Hallam. Ainsi, les deux caractéristiques principales d'un Learning center - à savoir : lieu d'accès privilégie aux outils numériques; lieu de pédagogie et de recherche - s'incarnent dans un espace architectural spécifique. Le groupe ESSEC propose des "bulles" mais aussi un "studio self-service pour filmer ses projets". Le Learning center de l'Université Paris-Saclay devrait offrir sous peu "un hall d'exposition, un auditorium, un espace de détente, une brasserie et un patio dans un environnement accueillant et convivial." [6] Cet aspect convivial semble être une autre facette du projet : le Learning center est aussi un lieu de sociabilité, central dans une université. Ainsi, dans le Learning center de l'Université de Lille, le Lilliad, on peut "expérimenter l'innovation pédagogique" dans la salle "Y", espace de 80m2 avec un équipement numérique de pointe : des vidéoprojecteurs, une caméra 360°, un système de son, une imprimante 3D, 40 boîtiers de votre électronique [7]. Le bâtiment ouvert en 2016 s'auto-promeut avec un maître-mot : l'innovation pédagogique [8].

Innovation, pédagogie innovante, recherche, un autre exemple de Learning center est celui de Lausanne qui porte le nom, avec plus ou moins de bonheur, d'un de ses contributeurs financiers : le  Rolex Learning center. Il symbolise habilement une certaine architecture du savoir. La lumière baigne ce "paysage intérieur" [9] fait de pentes douces, de continuité de l'espace sur un seul niveau, sans hiérarchie spatiale, de décloisonnement total. Ce choix architectural permet une ouverture de la bibliothèque au public, de manière la plus large possible. L'espace est donc pensé à l'image des changements de paradigmes des sources du savoir : l'avènement du numérique. Au Rolex Learning center : "Le personnel de la bibliothèque ne gère plus les commandes de livres en magasin et le guichet de prêt est remplacé par des bornes automatiques. Il dégage du temps pour conseiller les étudiants dans leurs recherches et leur apporte des réponses personnalisées et individualisées. Les bibliothécaires sont disponibles tous les jours jusqu'à 20h et sont relayés par des moniteurs étudiants jusqu'à minuit." [10]


Sérendipité de l'espace (faite de trouver par hasard ce que l'on ne cherchait pas), peu de signalétique, omniprésence du blanc et de la lumière, hybridation fonctionnelle : la bibliothèque du futur, troisième lieu, se caractérise par son adaptation aux nouvelles sources documentaires et aux nouveaux rapports entre usagers et bibliothécaires. Elle est aussi un lieu adapté à son temps.

Le Rolex Learning center à Lausanne    Source : Aparpa



[1] Dictionnaire de l'ENSSIB : Learning center. Notice créée le 23 février 2015. <http://www.enssib.fr/le-dictionnaire/learning-center>.  Consulté le 29/05/2018.

[2] Blitman, Sophie. Les learning centers, ces BU nouvelle génération. EducPros by l'Etudiant. Publié le 7 mai 2015. http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/les-learning-centers-ces-bu-nouvelle-generation.html. Consulté le 29/05/2018.

[3] Site de l'ESSEC Business School.http://learningcenter.essec.fr/. Consulté le 29/05/2018.

[4] Blog Bibliobsession. Blog de Silvae. Billet de blog publié le 20 janvier 2010.  <http://www.bibliobsession.net/2010/01/20/les-learning-centres-sont-des-bibliotheques-universitaires-modernes/>. Consulté le 29/05/2018  : "Bon prétendre réinventer un modèle de bibliothèque pour décloisonner l'ancien en le toilettant et en le dotant de moyens, pourquoi pas...(soupir). Un Learning center, au fond, c'est une Bibliothèque universitaire moderne qui fonctionne bien."

[5] Jouguelet, Suzanne. Les Learning centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l'enseignement et à la recherche. Rapport à madame la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Décembre 2009. 66 p. <http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2009/33/6/Rapport_Learning_Centers_7-12_RV_131336.pdf>. Consulté le 29/05/2018.

[6] Site de l'Université Paris-Saclay. <https://www.universite-paris-saclay.fr/fr/learning-center>. Consulté le 29/05/2018.

[7] Site de l'Université de Lille. <https://lilliad.univ-lille.fr/vivre-linnovation/experimenter-linnovation-pedagogique>. Consulté le 29/05/2018.

[8] Site de l'Université de Lille. <https://lilliad.univ-lille.fr/decouverte/combinaison-inedite>. Consulté le 29/05/2018.

[9] Architectures : le Rolex Learning center. Réalisé par Juliette Garcias. ARTE France, Les Films d’Ici, Musée du Louvre, Ministère de la culture et de la communication / Direction générale des patrimoines, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Centre Pompidou. 2013 (DVD 8). <https://www.youtube.com/watch?v=v57KDwRpJVk>. Consulté le 29/05/2018.

[10] Vettoruzzo, Cécile. Le Learning centre de Lausanne : prototype de la bibliothèque du futur? Mémoire d'étude. Diplôme de conservateur de bibliothèque, Université de Lyon. Sous la direction de Michel Melot. Janvier 2013. 93 p. <http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/61342-le-learning-centre-de-lausanne-prototype-de-la-bibliotheque-du-futur.pdf>. Consulté le 29/05/2018.


mercredi 23 mai 2018

Hey Google, quoi de neuf ? Les 5 grandes annonces de Google I/O 2018

Du 8 au 10 mai s'est tenue la conférence annuelle de Google I/O* dans l’amphithéâtre Shoreline,  à Mountain View (Californie). Cette année, on a beaucoup (plus) parlé de l'intelligence artificielle chez Google. Un véritable virage stratégique a pu être observé vers davantage d'IA. En effet, juste avant le keynote, Google a annoncé d'avoir renommé sa branche Google Research en Google AI. Ce changement indique que Google recentre de plus en plus son R&D sur la vision par ordinateur, le traitement du langage naturel et le machine learning. Les cinq plus grandes annonces du keynote du premier jour l'illustrent également (voir la vidéo complète ici).


Google Assistant : la fonctionnalité de "Conversation continue" et Google Duplex

On attend, dans les semaines qui viennent, la mise à jour de Google Assistant, avec une nouvelle fonctionnalité "Conversation continue". Son but est de rendre la conversation avec Assistant plus naturelle et plus fluide, en disant "Hey Google" ou "OK Google" seulement la première fois, et non plus à chaque fois que l’on veut énoncer une commande. Il sera également possible de poser plusieurs questions dans la même requête. 
Une nouveauté qui a suscité beaucoup de réactions mitigées : avec la nouvelle fonctionnalité Google Duplex, Assistant pourra même passer des appels à votre place pour prendre un rendez-vous chez le coiffeur ou réserver un restaurant.
Quand les premières protestations en lien avec l'éthique se sont élevées (et les premiers montages sur les dérives possibles), Google a finalement rappelé que Duplex n'était pour l'instant qu'une expérimentation et expliqué que si Duplex était aussi efficace pour imiter l'homme, c'est parce qu'il navigue dans "un domaine fermé", sur lequel il a été longuement entraîné pour s'adapter aux situations.
Néanmoins, Google se positionne déjà en tant qu'acteur important en matière d'agents conversationnels.

Google Assistant sur Google Maps

Cet été, Google Assistant arrive sur Google Maps, il sera disponible sur iOS et Android. Cette amélioration vise à fournir des recommandations plus personnalisées aux utilisateurs, et davantage géolocalisées.
En combinant Google Maps avec Street View, l'application va se rapprocher de plus en plus de la réalité augmentée : avec l'aide de Google Lens, on pourra identifier les bâtiments, les races de chiens, etc. Un renard apparaîtra pour vous guider.

Google Photos reçoit un coup de pouce de l'IA

Google Photos permettait déjà de corriger les photos ; avec des outils d'édition intégrés et des fonctionnalités alimentées par IA on pouvait créer automatiquement des collages, des films et des photos personnalisées. La nouvelle application plus augmentée permettra de faire encore plus de corrections automatiquement : colorisation de photos en noir et blanc, correction de luminosité, rotation, ajout de touches de couleur.

Google Actualités

Pour concurrencer Facebook et son "fil d'actualité", Google prévoit une version améliorée de Google Actualités. La fonctionnalité "couverture complète" va permettre de remonter aux sources d'une actualité et de mieux la comprendre. De cette manière Google vise également à lutter contre la désinformation. En outre, il sera possible de "soutenir les éditeurs auxquels on fait confiance" en s'abonnant aux différents journaux via Google et de voir leur contenu numérique version abonnés sur le fil Google.

Digital Wellbeing selon Google


Durant le keynote Google a présenté également sa nouvelle initiative Digital Wellbeing, qui vise à améliorer le bien-être mental en combattant la FOMO ("Fear Of Missing Out") et en recherchant davantage d'équilibre entre vie digitale et vie réelle. Les utilisateurs Android pourront surveiller leur activité sur mobile grâce à un tableau de bord. Une appli "nounou numérique" permettra de désactiver automatiquement certaines applications sur lesquelles on passe trop de temps, ou d'annoncer certaines notifications seulement à un horaire choisi. Il y aura plus de discipline sur YouTube également : si vous regardez trop de vidéos, on vous proposera de faire une pause...


Google travaille dur pour séduire ses utilisateurs : des réponses à toutes vos questions, une plateforme pour les photos, des informations personnalisées... Et si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ! Chaque cas d'utilisation de Google lui offre davantage de données et aide son IA à mieux apprendre, ce qui améliore non seulement l'expérience utilisateur de Google, mais également ses outils et ses propres services. Google, par son ADN est une société qui a besoin d'une masse de données importante pour son évolution.

Inquiets ? Google assure déjà être en conformité avec le RGPD. Pas convaincu ? Il existe toujours des alternatives...



*Le "I" et le "O" signifient respectivement "Input" et "Output"

Pour en savoir plus

Montet, Phane. Google Duplex donne une voix humaine aux assistants vocaux. in Usbek & Rica. 10/05/2018. En ligne sur https://usbeketrica.com/article/google-duplex-donne-une-voix-humaine-aux-assistants-vocaux [consulté le 17/05/2018]

Pardes, Arielle. Google and the Rise of 'Digital Well-Being'. in Wired. 09/05/2018. En ligne sur https://www.wired.com/story/google-and-the-rise-of-digital-wellbeing/ [consulté le 17/05/2018]

Deloffre, Xavier. Historique de Compte Google : comment contrôler les historiques de recherche. in facemweb. 12/05/2108 https://facemweb.com/notoriete-sur-le-web/historique-compte-google [consulté le 17/05/2018]

Perez, Sarah. Google and Levi’s ‘connected’ jacket will let you know when your Uber is here. in Techcrunch. 14/05/2018. En ligne sur https://techcrunch.com/2018/05/14/google-and-levis-connected-jacket-will-let-you-know-when-your-uber-is-here/ [consulté le 17/05/2018]

Blandin, Tiffany. Le prêtre qui murmure à l’oreille des GAFA. in Usbek & Rica. 05/05/2018. En ligne sur https://usbeketrica.com/article/le-pretre-qui-murmure-a-oreille-des-gafa [consulté le 17/05/2018]

Lausson, Julien. Le nouveau Google News est disponible sur iPhone et iPad. in Numerama. 16/05/2018. En ligne sur https://www.numerama.com/politique/367182-ce-qui-va-changer-dans-google-news.html [consulté le 17/05/2018]

Marien, Sebastien. Google va permettre à son "Assistant" de téléphoner à votre place. in Datanews. 09/05/18. En ligne sur http://datanews.levif.be/ict/actualite/google-va-permettre-a-son-assistant-de-telephoner-a-votre-place/article-normal-837683.html [consulté le 17/05/2018]

mercredi 2 mai 2018

Du Bruit et de l'Archivage

Un cri de perroquet d'Amérique du Sud, des pleurs de bébé, une horloge ou des applaudissements, des bruits de pas, de cloches, de clés dans une serrure, des chants d'oiseaux, etc... Autant de sons à écouter, réécouter, à superposer, à télécharger, accessibles et mis en ligne par la BBC.

La radio britannique met donc gratuitement plus de 16 000 effets sonores sur le site suivant BBC Sound Effects [1].  Cette  mise en ligne rentre dans le cadre du projet RES (Research and Education Space) comme le fait apparaître l'article de Geekzone [2].
Ce Projet "Research and Education Space" [3] vise à faciliter l’accès du public (enseignants,étudiants, etc.) non seulement aux archives de la BBC mais aussi à celles d'autres grandes institutions britanniques comme le British Museum ou encore la British Library

Ils peuvent bien sûr être écoutés en ligne mais aussi téléchargeables au format Wav. Il est possible de demander la permission à la BBC (et payer alors  une redevance) dans le cas d'un usage commercial, toute publicité ou sponsoring utilisant ces fichiers et en respectant les conditions spécifiées à l'article 4.f de la RemArc Licence [4] comme l'indique bien l'article de Fleur Labrunie [5]. L'article  de  Clémence Jost d'Archimag complète ces conditions en rappelant qu'ils peuvent être utilisés gratuitement à des fins personnelles, éducatives ou de recherche [6].

D'autres projets sonores complémentaires sont aussi mis en en avant comme "Conserve the Sound" [7] comme le montre le billet de blog de Libération [8], projet aussi cité par Julien Lausson [9]. "Conserve the Sound", né en 2013, a un objectif très simple : archiver le bruit des appareils qui étaient autrefois utilisés. Il met ainsi en avant les archives sonores du quotidien, rappelant à notre bon souvenir le bruit du magnétoscope ou encore celui du moulin a café.

Nous pouvons y retrouver alors les bruits des appareils et gadgets autrefois populaires comme celui d'un tampon de bibliothèque (familier aux lecteurs ayant connu l’époque où l'on tamponnait leur carte de lecteur), ou encore le son très caractéristique des toutes premières connexions à internet des années 90, à l'époque où celles-ci fonctionnaient à partir des lignes téléphoniques [6].

"Conserve the Sound" est financé par l'organisme allemand de "Film- und Medienstiftug NRW" [10], organisme de financement pour les films tant télévisuels que cinématographiques. C'est un projet participatif, c'est à dire que chacun peut y contribuer et l'enrichir avec ses propres photos et vidéos. Pour cela, il suffit de contribuer, par le biais d'une page dédiée [11] et en respectant quelques règles de format, de nommage, etc. 

Nous avons donc la possibilité de retrouver grâce non seulement à la BBC mais aussi à "Conserve The Sound" nos "madeleines de Proust" sonores. 


Sources :

[1] BBC Sound Effects  http://bbcsfx.acropolis.org.uk/ [Consulté le 2 mai 2018] 

[2] CAFEINE, La BBC vous offre 16 000 effets sonores, Geekzone, 23 avril 2018, https://www.geekzone.fr/2018/04/23/la-bbc-vous-offre-16-000-effets-sonores/  [Consulté le 2 mai 2018]

[3]  Projet RES (Research and Education Space) https://bbcarchdev.github.io/res/ [Consulté le 2 mai 2018]

[4] La remarcLicence,
https://github.com/bbcarchdev/Remarc/blob/master/doc/2016.09.27_RemArc_Content%20licence_Terms%20of%20Use_final.pdf  [Consulté le 2 mai 2018]

[5] LABRUNIE, Fleur, La BBC ouvre une base de données gratuite de 16 000 effets sonores, Numerama, 23 avril 2018, https://www.numerama.com/tech/349315-la-bbc-ouvre-une-base-de-donnees-gratuite-de-16-000-effets-sonores.html [Consulté le 2 mai 2018] 

[6] JOST, Clémence, Télécharger gratuitement 16 000 effets sonores issus des archives de la BBC, c'est possible !, Archimag, 24 avril 2018, http://www.archimag.com/archives-patrimoine/2018/04/24/telecharger-gratuitement-16000-effets-sonores-archives-bbc, [Consulté le 2 mai 2018] 

[7] Conserve The Sound, http://www.conservethesound.de/  [Consulté le 2 mai 2018]

[8] Libération, La BBC met en ligne gratuitement 16 000 effets sonores, 23 avril 2018, http://www.liberation.fr/direct/element/la-bbc-met-en-ligne-gratuitement-16-000-effets-sonores_80910/  [Consulté le 2 mai 2018]

[9] Lausson, Julien, Nostalgiques ? Ce site vous permet de réécouter les bruits de vos vieux appareils, Numerama, 15 avril 2018 , https://www.numerama.com/tech/344164-conserve-the-sound-site-reecouter-bruit-dappareils-anciens.html [Consulté le 2 mai 2018]

[10] Film- und Medienstiftug NRW, https://www.filmstiftung.de/en/about/team/ [Consulté le 2 mai 2018] 

[11] Contribuer à "Conserve The Sound" http://www.conservethesound.de/en/upload  [Consulté le 2 mai 2018] 

Le marché du livre numérique, une promesse tenue ?

Ces dernières années, des voix ont porté la vision du remplacement du livre papier par le livre numérique. Une plateforme telle qu'Amazon semblait promettre une révolution de l'ebook. Il semblerait pourtant que, loin d'avoir remplacé le papier, les ventes de livres numériques seraient en déclin. Certains rapports et articles parus sur le sujet nuancent néanmoins le discours affirmant que "les lecteurs n'accrochent pas au format et préfèrent le livre imprimé" [1]. Des décalages sont également observables entre différentes régions du monde (États-Unis, Europe, Asie). 

Comme le rapporte un article de Publishers Weekly, les ventes de livres numériques ont chuté de 10% aux États-Unis en 2017 par rapport à 2016 [2]. PubTrack Digital, du groupe NPD book, s'est basé sur les données transmises par 450 éditeurs. 162 millions de livres numériques auraient été vendus en 2017, ce qui représente 19% de la vente totale de livres (imprimés inclus), contre 21% en 2016. La plus grosse baisse (22%) a concerné le secteur jeunesse.
Le livre numérique qui a été le plus vendu en 2017 est The Handmaid's Tale édité par Houghon Mifflin Harcourt. 

Cependant, comme le signale un porte-parole d'Amazon [2], les chiffres sortis par PubTrack Digital ne prennent pas en compte la vente de livres numériques d'auteurs indépendants. 
Le fait de ne se concentrer que sur les données des grandes maisons d'édition est en effet remis en question. Pour contrebalancer ces résultats, AuthorEarnings, un site web rassemblant des auteurs, a réalisé sa propre enquête en prenant en compte les secteurs non traditionnels de l'édition. Ceux-ci avancent en effet que ce sont dans ces secteurs que les ventes de livres numériques ont continué de croître, alors que celles des éditeurs traditionnels n'ont cessé de diminuer [3]. Selon eux, la plupart des achats de livres en ligne en 2017 aux États-Unis ont été des ebooks (55%). Le phénomène d'autoédition aurait donc devancé l'édition traditionnelle concernant le livre numérique, notamment pour des questions de coûts. Une plateforme comme Wattpad, par exemple, propose des prix très bas [1].

En France, la part des ventes de livres numériques par rapport aux ventes totales de livres a toujours été faible. Selon les chiffres publiés par le Syndicat national de l'édition [4], le chiffre d'affaires de l'édition numérique française aurait tout de même progressé de 29,7% en 2016 par rapport à 2015. Les secteurs particulièrement concernés par cette augmentation sont le juridique et le scolaire (manuels numériques notamment). Selon le Baromètre des usages du livre numérique SOFIA/SNE/SGDL [4], 21% de la population française avait déjà lu un livre numérique en 2016.

Une récente étude de l'institut GfK a cependant constaté que le marché du secteur de l'ebook continue de régresser en France [5]. Il y aurait eu une baisse de 1% des ventes en 2017. Le secteur connaît tout de même une certaine dynamique, selon les résultats publiés par le 8e Baromètre sur les usages du livre numérique [6] . En voici quelques observations [7] : 
- les lecteurs passés aux ebooks lisent plus et achètent plus de livres qu'avant ; 
- le segment BD-Manga-Comics connaît une hausse importante (9%) ;
- le secteur de littérature générale et jeunesse continue de bien se porter ;
- le livre audio attire de plus en plus les lecteurs ;
- le prêt numérique en bibliothèque se développe. 

Du côté de la Chine, un bel avenir est prévu pour le livre numérique. D'après un rapport publié le 15 avril 2018, le marché chinois du livre numérique devrait atteindre les 4 milliards d'euros d'ici deux ans [8]. Les ventes auraient augmenté de 29,2% en 2017 par rapport à 2016. Le rapport ajoute que le lectorat est très majoritairement féminin, comme pour les livres imprimés. 

Les commentaires sur le marché du livre numérique sont donc très contrastés. On observe notamment un rapport très différent au livre numérique selon le pays ou la région de monde.

Autre actualité autour du sujet : le "Digital Publishing Summit Europe" se tiendra les 16 et 17 mai 2018 à Berlin [9]. Cet événement est organisé par l'European Digital Reading Lab (EDRLab), laboratoire européen de la lecture numérique. Il sera l'occasion de mettre en avant l'édition numérique, autour de rencontres et d'échanges sur des sujets tels que les innovations marketing et techniques, les dernières avancées sur les solutions de lecture ou encore les problématiques spécifiques de l'édition académique [10].


Sources :

[1]Oury, Antoine. Les ventes de livres numériques en baisse aux États-Unis. En ligne sur actualitte.com. Publié le 26 avril 2018 : [consulté le 26 avril 2018] <https://www.actualitte.com/article/monde-edition/les-ventes-de-livres-numeriques-en-baisse-aux-etats-unis/88581> 

[2] Milliot, Jim. E-book sales fell 10% in 2017. En ligne sur publishersweekly.com. Publié le 25 avril 2018 : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.publishersweekly.com/pw/by-topic/digital/content-and-e-books/article/76706-e-book-sales-fell-10-in-2017.html> 

[3] Juanuary 2018 Report : US online book sales, Q2-Q4 2017. En ligne sur authorearnings.com. [consulté le 2 mai 2018] <http://authorearnings.com/report/january-2018-report-us-online-book-sales-q2-q4-2017/> 

[4] Syndicat national de l’édition. Les chiffres du numériques 2017. En ligne sur sne.fr. Mis à jour le 4 décembre 2017 : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.sne.fr/numerique-2/le-livre-numerique-en-2015-le-numerique-en-marche/> 

[5] 8e Baromètre sur les usages du livre numérique. Les lecteurs de livres numériques : des usages qui se diversifient et s’intensifient. En ligne sur sne.fr : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.sne.fr/app/uploads/2018/03/barometre-2018_HD2-imprimeur.pdf> 

[6] GfK. Les Français ont acheté plus de 350 millions de livres en 2017. En ligne sur gfk.com. Publié le 20 mars 2018 : [consulté le 2 mai 2018] <http://www.gfk.com/fr/insights/press-release/les-francais-ont-achete-plus-de-350-millions-de-livres-en-2017/>  

[7] Dahl, Raphaël. Les chiffres et les usages du livre numérique en France. En ligne sur lettresnumeriques.be. Publié le 23 mars 2018 : [consulté le 2 mai 2018] <http://www.lettresnumeriques.be/2018/03/23/les-chiffres-et-les-usages-du-livre-numerique-en-france/ > 

[8] Fasseur, Barbara. Un avenir prometteur pour la lecture numérique en Chine. En ligne sur actualitte.com. Publié le 17 avril 2018 : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/un-avenir-prometteur-pour-la-lecture-numerique-en-chine/88410 

[9] EDRLab. Digital Publishing Summit Europe 2018. En ligne sur edrlab.org : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.edrlab.org/dpub-summit-2018/> 

[10] Solym, Clément. Berlin devient le cœur du livre numérique en Europe. En ligne sur actualitte.com. Publié le 11 avril 2018 : [consulté le 2 mai 2018] <https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/berlin-devient-le-coeur-du-livre-numerique-en-europe/88299>



mercredi 11 avril 2018

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF a 20 ans


Mise en ligne fin 1997 avec 20.000 documents, Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France fête aujourd'hui ses 20 ans avec plus de 4 millions de documents.

Histoire et enjeux d'un outil ambitionnant de devenir "la bibliothèque virtuelle de l'honnête homme."

La cinquième tour de la BnF

En lançant le projet  de création de la BnF en 1992, Jacques Attali, conseiller du Président François Mitterrand, proposait la construction d'une cinquième tour "virtuelle". Un groupe de travail conçoit Gallica en 5 ans qui sera inaugurée fin 1997. La bibliothèque numérique comporte à son ouverture 20.000 documents dont des images et des livres.

Les années 2000 : numérisation massive, partenariats et NOK Google

Au début des années 2000 une nouvelle version de l'outil proposant des accès thématiques est lancée. 
Cette première décennie est marquée par un courant de numérisation de masse  des grandes bibliothèques telles que celles de Bavière, de Gand, de Lausanne ou la British Library.
Souhaitant numériser massivement son fond documentaire, la BnF sollicite Google avec laquelle elle ne conclura finalement pas. Fut en cause, l'octroi des droits d'usages pendant 25 ans créant un monopole sur l'accès aux documents dont la BnF souhaitait garder l'accès, ou dans certains cas, le rachat de la forme numérisée des documents par la bibliothèque.
Gallica sera donc massivement étoffée grâce à des crédits publics, dont notamment ceux du Centre National du Livre qui a donné plus de 60 millions d'euros.
La fin des années 2000 a marqué un tournant via des partenariats. Avec plus de 350 partenaires sur le sol national et des projets de coopérations internationales comme Europeana Regia, Gallica contribue à l'enrichissement de différents fonds documentaires numériques.
Gallica est aussi proposé en marque blanche en mettant son infrastructure à disposition de Numistral, la bibliothèque francophone numérique, et Rotomagus en l'échange de collections numérisées.

Les usagers "gallicanautes" 

Avec environ 40.000 visiteurs quotidien Gallica met aujourd'hui à disposition plus de 1500 téra-octets de données.
Selon un sondage mené par la BnF, ils sont moins souvent étudiants que chercheurs ou amateurs retraités :
Les plus de 50 ans sont 65% des gallicanautes, représentant 47% de la population française générale. La consultation des séniors est en progression de 89% entre 2011 et 2016. Ces utilisateurs viennent sur la bibliothèque numérique à des fins personnelles ou de loisir.
A l'inverse les 15 - 49 ans sont 35% des gallicanautes représentant 53% population française générale.
A 77% le Gallicanaute recherche des documents sur l'histoire, à 44% sur la littérature, à 40% sur l'art, à 34% sur les sciences humaines et à 28% sur la généalogie.

Quel futur pour Gallica et les bibliothèques numériques ?

Avec un présent au futur, Gallica propose ses livres au format ePub et ouvre ses données via le portail data.bnf.fr. La bibliothèque est présente sur les réseaux sociaux. Des médias sonores et vidéos sont disponibles. et des applications Android et iPhone permettent un accès via les smartphones et les tablettes.
La BnF a demandé a Google de faire apparaître ses livres dans les résultats de Google Books, telles les vidéos de différents fournisseurs de vidéos via Google Vidéos.
Mais quels serait l'avenir de Gallica et des bibliothèques numériques ?
Avec le grossissement de la population digital native et le développement de l’expérience utilisateur, des profils basés sur les usages des gallicanautes seraient érigés et personnalisés.
Le gallicanaute serait accompagné et conseillé via son environnement personnalisé.
D'après Robert Darnton, ancien directeur de la bibliothèque d'Harvard et fan inconditionnel de Gallica, l'échanges de données entre bibliothèques permettra d'ouvrir le savoir à tous via une bibliothèque universelle.

Envie d'en apprendre davantage ?
- Allez sur gallica.bnf.fr
- Téléchargez l'App Gallica sur votre Tablette ou smartphone iOS ou Android

Sources : 

1. LISIECKI Sylvie | La Galaxie Gallica | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Pages 18 à 21
bnf.fr

2. KOCH Corine | Gallica s'ouvre à la vidéo | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 22
bnf.fr

3. DARNTON Robert - Propos recueillis par Sylvie Lisiecki  | Pour une bibliothèque numérique universelle | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 23
bnf.fr

4. Tribune | Et demain ? | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 24
bnf.fr

5. SIMEONE Christine | Gallica, la plus grande bibliothèque numérique, a 20 ans | 24 Mars 2018
franceinter.fr

6. TEXIER Bruno | Gallica, bientôt 20 ans et 16 millions de visites par an | 27 Juillet 2016
archimag.com


lundi 26 mars 2018

Rapport Orsenna : "Voyage au pays des bibliothèques"

Présenté le 20 février dernier à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, le rapport écrit par l'académicien Erik Orsenna et l'inspecteur général des affaires culturelles Noël Corbin sur les bibliothèques [1] suscite des réactions très diverses chez les professionnels. Parmi ses 19 propositions, le rapport annonce le lancement d'un "plan national pour les bibliothèques" portant sur l'extension des horaires d'ouverture, la mise en réseau des établissements, la collaboration Etat-collectivités ou encore la formation initiale et continue des bibliothèques. Pour le moment, la profession salue une volonté politique de s'emparer de la question, mais déplore "un manque de moyens engagé criant" [2].

Après trois mois de consultation auprès des bibliothécaires et des élus, Erik Orsenna et Noël Corbin dévoilent leur rapport intitulé "Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain" portant sur les bibliothèques, leur fréquentation et leur avenir. Parmi ces recommandations, une attention toute particulière est donnée à l'extension de leurs horaires d'ouverture.

Comme le rappelle Erik Orsenna, l'objectif de cette mission était d'établir un diagnostic des lieux de lecture publique en France afin de préparer la mise en oeuvre de l'engagement présidentiel "ouvrir mieux, ouvrir plus" [3]. Une démarche qui satisfait Xavier Galaup, président de l'Association des Bibliothécaires de France (ABF) qui tient à ce "qu'une analyse territoriale des besoins soit réalisée avant que les établissements se lancent dans de tels chantiers".  D'autres points ont également reçu l'approbation de l'ABF, tels que l'attention portée aux réseaux intercommunaux et le développement de partenariats.

D'autres professionnels réagissent au rapport Orsenna [4], et notamment Frédéric Saby, Conservateur général des bibliothèques et directeur général délégué à la documentation, université Grenoble-Alpes, qui pense que ce rapport va bien au-delà de la question des horaires d'ouverture et qu'il traite, avant tout, de la question de l'avenir des bibliothèques : "Elles jouent d'abord leur rôle par l'espace, par le lieu. Les bibliothèques virtuelles ne viendront pas remplacer les vraies bibliothèques. Elles les complètent, avec efficacité, en rendant un vrai service, elles ne les remplacent pas". Frédéric Saby souligne également un point important du rapport Orsenna : l'ouverture dominicale des bibliothèques universitaires (BU). Selon lui, il faut bien évidemment élargir les horaires d'ouverture des BU car la situation des étudiants est critique à Paris : "l'ouverture hebdomadaire moyenne des BU en France est de soixante et une heures bien en deçà de nos partenaires européens, qui se situent autour de soixante-cinq heures et moins de quinze BU sont ouvertes le dimanche sur le territoire pour 2,5 millions d'étudiants" [5]. Cependant, il faudra penser cet avenir en même temps que la place des professionnels des bibliothèques.

Par ailleurs, certains bibliothécaires sont plus mitigés concernant le rapport Orsenna. En effet, Nicolas Sautel-Caillé, bibliothécaire dans la région Midi-Pyrénées reproche au rapport de ne pas associer l'objectif culturel à l'élargissement des horaires d'ouverture : "Pourquoi ouvrir les bibliothèques le dimanche ? Pourquoi continuer à accueillir autant d'étudiants à Paris alors que les conditions d'études y sont désastreuses ?". Il souligne, ici, un problème majeur, celui du mal-logement. En outre, il reflète l'enquête menée en ligne, par Archimag du 20 au 22 février derniers, selon laquelle un bibliothécaire sur trois ne souhaite pas étendre ses horaires de travail (33%), et près d'un sur deux (43%) refuse catégoriquement de travailler le dimanche. Certains seraient prêts à travailler plus tard le soir et le dimanche mais sous certaines conditions.

Le rapport Orsenna fait donc débat et démontre l'importance de ces lieux considérés comme le premier réseau culturel de proximité. En effet, en 2016, 40% de la population française a poussé la porte d'une bibliothèque contre 25% en 1997 [6]. 55% de ces visiteurs n'empruntent pas de livres mais, selon Erik Orsenna, les bibliothèques sont des lieux de vie, de partage, d'échange dont la mission va bien plus loin que le seul prêt de livre ou conseil de lecture.

Il y aurait donc urgence à ce que les ambitions affichées bénéficient des moyens adéquats. Les professionnels, élus et associations attendent maintenant de voir comment ses 19 propositions vont se traduire concrètement et avec quels moyens.

Ce rapport arrive en prélude à une journée de concertation, le 9 avril prochain, au Centre Pompidou, à Paris pour définir les conditions de mise en oeuvre d'un plan national pour les bibliothèques.

Sources : 

[1] ORSENNA Erik, CORBIN Noël, "Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain", assemblee-nationale.fr, rapport, février 2018, [consulté le 26 mars 2018], <http://www2.assemblee-nationale.fr/static/15/commissions/CAffCult/20182002%20Rapport%20Voyage%20au%20pays%20des%20biblioth%C3%A8ques.pdf>

[2] OURY Antoine, "Un accueil mitigé pour le rapport Orsenna et ses 19 propositions", actualitte.com, 23 février 2018, [consulté le 26 mars 2018], <https://www.actualitte.com/article/monde-edition/un-accueil-mitige-pour-le-rapport-orsenna-et-ses-19-propositions/87494>

[3] JOST Clémence, "Ce qu'il faut retenir du rapport Orsenna pour les bibliothèques", archimag.com, 20 février 2018, [consulté le 26 mars 2018], <http://www.archimag.com/bibliotheque-edition/2018/02/20/rapport-orsenna-bibliotheques>

[4] GALAUP Xavier, SABY Frédéric, SAUTEL-CAILLE Nicolas, "Quel avenir pour nos bibbliothèques?", humanite.fr, 06 mars 2018, [consulté le 26 mars 2018], <https://humanite.fr/quel-avenir-pour-nos-bibliotheques-651492>

[5] GRAVELEAU Séverin, "Bibliothèques universitaires : le rapport Orsenna préconise d'en ouvrir trois le dimanche à Paris", lemonde.fr, 23 février 2018, [consulté le 26 mars 2018], <http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/23/bibliotheques-universitaires-le-rapport-orsenna-preconise-d-ouvrir-trois-bu-le-dimanche-a-paris_5261572_4401467.html>

[6] Culture.gouv.fr, "Erik Orsenna : voyage à travers les bibliothèques d'en France", publié le 03 octobre 2017, [consulté le 26 mars 2018], <http://www.culture.gouv.fr/Nous-connaitre/Missions-et-consultations-publiques/Mission-Orsenna-sur-la-lecture/Actualites/Erik-Orsenna-Voyage-a-travers-les-bibliotheques-d-en-France>




Le système d'information d'une entreprise est la clé de sa survie

La 24ème édition de Documation s'est tenue la semaine dernière. Ce salon professionnel, dont la thématique s'articule autour de la gestion documentaire et d'informations en entreprise, nous rappelle l'importance des systèmes d'information pour la survie de l'entreprise, dans un contexte d'actualité économique difficile.

La première journée s'est ainsi ouverte sur une conférence consacrée aux apports de l'intelligence artificielle dans les domaines de l'information, et notamment sur son pouvoir en matière de productivité. De nombreux éditeurs de logiciels étaient au rendez-vous pour présenter leurs solutions.  [1] 

Les enjeux pour les entreprises sont de plus en plus importants, comme en témoigne le récent exemple de la société américaine Toys'R'Us, qui a annoncé le mois dernier la liquidation de ses 735 magasins aux Etats-Unis. 
Une liquidation que des analystes économiques attribuent au manque d'investissement de la firme dans son système d'information. [2]
Pourtant, Toys'R'Us a été l'une des premières sociétés à investir dans un stock informatisé révolutionnaire dès les années 80, grâce à son fondateur Charles Lazarus. Mais après son départ en retraite dans les années 90,  l'entreprise n'a pas su négocier l'arrivée d'internet et de la vente en ligne . [2]
Aujourd'hui encore, le géant américain, comme beaucoup d'autres marques de jouets, continue de distribuer des catalogues papier pour promouvoir ses produits en période de fêtes. Outre le côté obsolète de ce genre de campagne, les études de marketing montrent qu'aujourd'hui, 70% des acheteurs vont sur internet pour rechercher des jouets. [3]

Avec l’avènement du numérique, les habitudes des consommateurs ont profondément changé, et les tentatives consistant à les encourager à retourner vers des habitudes plus anciennes, tout comme les tentatives de prédire quel sera leur comportement dans le futur, se soldent souvent par un échec, comme l'explique un article du Guardian, qui conseille de s'en tenir à satisfaire les besoins des consommateurs aujourd'hui. [4]

La priorité pour les entreprises se trouve plutôt dans les systèmes d'information et les deux concepts doivent évoluer ensemble, écrit Quentin Elhaik dans un article très intéressant des Echos[2]. "Montre-moi ton système d'information et je te dirai l'état de ton entreprise" écrit-il. 
D'après le journaliste, l'investissement des entreprises devrait même aller au-delà d'un ERP (Enterprise Resource Planning) ou d'un CRM (Customer Relationship Management), mais intégrer la révolution numérique dans leur quotidien et leur culture, et à tous les échelons. 
Les entreprises ont trop tendance à écarter les solutions de gestion documentaire et d'informations de la réflexion stratégique menée par la direction générale, or ces deux concepts ne peuvent évoluer l'un sans l'autre, explique-t-il.[2]
La transformation digitale est devenue une question de survie pour les entreprises. Combien, dans un futur proche, disparaîtront faute d'avoir investi à temps dans un système d'information leur permettant de prendre ce virage ?


Sources: 

[1] JOST Clémence, "Documation 2018: ce qu'il faut retenir de la première journée du salon", archimag.com, 20 mars 2018, [consulté le 26/03/2018] <http://www.archimag.com/demat-cloud/2018/03/20/documation-2018-retenir-première-journee-salon

[2] ELHAIK Quentin, "Toys'R'Us est-il victime de son système d'information? ", lesechos.fr, 18 mars 2016, [consulté le 26/03/2018] <https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-180464-toys-r-us-victime-de-son-systeme-dinformation-2161991.php

[3] WATTEZ Eric, "Faillite de Toys'R'Us: comment le géant du jouet en est arrivé !", capital.fr, 15 mars 2018, [consulté le 26/03/2018] <https://www.capital.fr/entreprises-marches/toysr-us-les-erreurs-qui-ont-precipite-sa-chute-1261387

[4] Observer editorial, "The Observer view on collapse of Maplin and Toys R Us", theguardian.com, 4 mars 2018, [consulté le 26/03/2018]  <https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/mar/04/observer-view-collapse-toys-r-us-maplin-town-centres-retail-crisis >