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dimanche 15 décembre 2019

Sources libres, consultations payantes : Projet Gutenberg et détenus mis à mal dans les prisons de Virginie-Occidentale.



Malgré des tablettes électroniques mises gratuitement à la disposition des détenus de Virginie-Occidentale, la lecture d’un livre au format numérique va leur coûter 3 cents par minute de lecture, même si le livre est issu d’un catalogue complètement gratuit comme le Projet Gutenberg. C’est ce que rapporte le media en ligne américain Reason le 22 novembre 2019 [1], relayé en France par David Moszkowicz dans Booksquad le 27 novembre 2019 [2].
Si Greg Newby, CEO de la Project Gutenberg Literary Archive Foundation déplore cette situation, il ne voit « aucun levier qui permette de faire quoi que ce soit ».


Cette situation est le résultat d’un partenariat entre la West Virginia Division of Corrections and Rehabilitation (WVDCR) et l’opérateur Global Tel Link (GTL).
Comme dans d’autres états, les tablettes sont mises gratuitement à la disposition des détenus les plus vertueux pour leur permettre d’envoyer des emails, de communiquer avec leurs familles et donc de lire des livres. Autant de fonctionnalités payantes pour lesquelles la WVDCR touchera 5% de commission.
Même si cette commission est censée alimenter un fonds pour les prisonniers, des voix se sont élevées pour dénoncer une pratique moralement discutable, abusive et génératrice d’inégalités. C’est le cas de l’Appalachian Prison Book Project (association caritative qui offre des livres et des cours aux prisonniers) qui regrette, entre-autre, que ceux qui lisent plus lentement seront pénalisés et redoute que, pour favoriser ce système payant, il y ait à terme des restrictions d’achats ou de dons de livres papier comme ça a déjà été le cas dans d’autres prisons du pays.

Car les livres papier restent libres d’accès et sans coût pour les détenus. Et privatiser l’accès au catalogue d’une bibliothèque gratuite en ligne de plus de 60 000 textes du domaine public toutes langues confondues, comme celle du Projet Gutenberg, est non seulement priver les détenus d’un nouvel espace de liberté, mais aller à l’encontre des principes fondamentaux du projet.

Pour rappel, le Projet Gutenberg a été lancé par l’universitaire Michael Hart en 1971. Son objectif était de « constituer une bibliothèque virtuelle de versions numériques de livres physiques, les textes fournis étant du domaine public et libres de droit. » [3]
Désireux de « faire quelque chose d’utile à la société » et de « rendre les livres disponibles à tous », Michael Hart rappelait peu avant sa mort le 6 septembre 2011 : « À part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté. » [4] Car, comme l'écrivait Hervé Le Crosnier en lui rendant hommage, les ressources numériques sont additives et la gratuité n’est qu’un des aspects d’accès aux livres du projet Gutenberg : « […] il ne s’agit pas simplement de garantir « l’accès », mais plus largement la réutilisation. Ce qui est la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit ». [4]

Mais si le projet, qui était de développer la culture livresque, le goût pour l’héritage littéraire, lutter contre l’illettrisme et l’ignorance, joue encore son rôle originel [5], son dévoiement se constate dans l’évolution des pratiques.
Claire Clivaz et Dominique Vinck remarquaient déjà en 2014 : « Nous voyons se mettre en place de nouveaux assemblages de dispositifs souvent hybrides où le livre électronique en vient à coûter plus cher que sa version papier et se déploie de façon différentielle, ce qui construit une nouvelle géographie de l’accès au savoir ». [6]

[1] CIARAMELLA, C.J. West Virginia Inmates Will Be Charged by the Minute to Read E-Books on Tablets. Reason. 22/11/2019. Disponible en ligne [consulté le 1/12/2019] :  https://reason.com/2019/11/22/west-virginia-inmates-will-be-charged-by-the-minute-to-read-e-books-on-tablets/

[2] MOSZKOWICZ, David. Les détenus de Virginie-Occidentale vont payer leurs lectures à la minute. Book Squad. 27/11/2019. Disponible en ligne [consulté le 01/12/2019] : https://www.booksquad.fr/les-detenus-de-virginie-occidentale-vont-payer-leurs-lectures-a-la-minute/

[3] SOUAL, Laurent. « 1. Petite histoire du livre numérique », dans : Le livre numérique en bibliothèque : état des lieux et perspectives. Sous la direction de Soual Laurent. Paris. Éditions du Cercle de la Librairie. « Bibliothèques ». 2015. p. 19-28. Disponible en ligne [consulté le 3/12/2019] : https://www-cairn-info.proxybib-pp.cnam.fr/le-livre-numerique-en-bibliotheque-etat-des-lieux--9782765414773-page-19.htm

[4] LE CROSNIER, Hervé. Le projet Gutenberg est orphelin. Le Monde diplomatique. 11/09/2011. Disponible en ligne [consulté le 12/12/2019] : https://blog.mondediplo.net/2011-09-11-Le-projet-Gutenberg-est-orphelin

[5] À Belfort, les tablettes une fois connectées, les usagers d’un centre social ont accès à des cours, l’encyclopédie Wikipédia, le dictionnaire Wiktionnaire et le Projet Gutenberg.        L’EST RÉPUBLICAIN. Pour réduire la fracture numérique – Belfort : dix tablettes offertes au centre social des Résidences Bellevue. 27/01/2019. Disponible en ligne [consulté le 3/12/2019] :  https://www.estrepublicain.fr/edition-belfort-hericourt-montbeliard/2019/01/27/belfort-dix-tablettes-offertes-au-centre-social-des-residences-bellevue

[6] VINCK, Dominique. CLIVAZ, Claire. Les humanités délivrées. Savoir et culture réinventés hors du livre. Revue d'anthropologie des connaissances. 2014/4 (Vol. 8, n° 4. p. 681-704.  DOI : 10.3917/rac.025.0681. Disponible en ligne [consulté le 3/12/2019] :  https://www-cairn-info.proxybib-pp.cnam.fr/revue-anthropologie-des-connaissances-2014-4-page-681.htm

samedi 7 décembre 2019

Les GAFA: d'un pouvoir incontesté à la menace d'un démantèlement


A l'approche des élections américaines, l'étau se resserre sur les GAFA aux Etats-Unis. Elizabeth Warren candidate à la primaire démocrate, propose même dans  sa Tribune du 8 mars 2019 (1), le démantèlement des quatre géants de la Big Tech. Le débat suscite de vives réactions d'autant plus que les pouvoirs publics américains s'intéressent de plus en plus à leur manière de traiter leurs affaires: Google et Facebook  font l'objet d'une enquête auprès de la FTC - Federal Trade Commission - autorité de la concurrence américaine et Amazon et Apple auprès du Department of Justice tandis que  la commission de la Chambre des représentants a annoncé le 3 juin 2019 l'ouverture d'une autre enquête (2). Mais que reproche-t-on vraiment aux GAFA ? Y- a -t-il un risque avéré de démantèlement ?  

Les reproches adressés aux GAFA
Pour résumer, Elizabeth Warren accuse les quatre géants de la Big Tech d'être en position dominante empêchant les petites entreprises de se développer et de ce fait de supprimer  le jeu de la concurrence. Les consommateurs n'ont plus le choix de leurs plateformes suite aux rachats successifs et l'innovation n'est plus possible dans ce contexte. Elle leur reproche de plus, d'orienter les décisions politiques et de vendre les données personnelles des gens à des fins lucratives (3).
Et même les universitaires, pourtant historiquement très prudents,dans le rapport Stigler, accuse, entre autres, ces grandes plateformes de manipuler les gens et de favoriser l'addiction : "Ajouter un phénomène d'addiction à une situation de monopole et vous avez probablement la pire combinaison imaginable" selon eux (4).

Démantèlement et Lois Anti-trust
Cette levée de bouclier n'est pas nouvelle aux Etats Unis. Par le passé, le gouvernement américain s'est déjà levé contre des situations de monopole ayant recours aux  Lois Anti-trust. Ce qui change aujourd'hui en revanche, c'est que l'argument majeur avancé autrefois ne tient plus. En effet, il concernait l'absence de choix des consommateurs et surtout des répercutions sur les prix finaux, plus chers de ce fait. Or aujourd'hui les plates formes sont gratuites ou quasi gratuites. A ce titre,  les juristes américains souhaiteraient un aménagement de ces lois, plus conformes à l'ère du numérique. (5)

La réaction des GAFA
Les GAFA se sentent quand même menacés malgré leur croissance financière constante.  Leur budget lobby  n’a jamais été aussi haut. On estime à 55 millions d’euros leur budget annuel sur 2018 et qui ne fait qu’augmenter. La pratique  est bien rodé et ils n’hésitent pas à avoir recours au « revolving door "  pratique courante consistante à frapper aux portes des anciens hauts fonctionnaires de l’administration américaine qui leur répond. (6). 

La menace est donc réelle. Maintenant dans les faits, un démantèlement  devra répondre d’une volonté politique forte, et prendra certainement des années. A cela s’ajoute la menace  chinoise  qui pèse lourd  dans la balance. Aujourd’hui les GAFA  réalisent plus de 600 milliards de dollars de chiffres d’affaires et pèsent plus de 3 377 milliards de dollars en Bourse (7), difficile de prendre une position radicale d’autant plus que les conséquences d’un tel  démantèlement à l’échelle nationale et mondiale ne sont pas aussi claires avec le numérique qu’auparavant.  La suite au résultat des élections en 2020… 

(1) Team Warren, “Here’s how we can break up Big Tech”, Medium.com, 8/03/2019
https://medium.com/@teamwarren/heres-how-we-can-break-up-big-tech-9ad9e0da324c

(2) Louis Morilhat, "le rapport de force informationnel sur la question du démantèlement des GAFA", Infoguerre.fr, 28/11/2019
https://infoguerre.fr/2019/11/rapport-de-force-informationnel-question-demantelement-gafa/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Infoguerre+%28Infoguerre%29

(3) Anaïs Cherif, “Démanteler les Gafa ? L’idée ressurgit aux Etats-Unis », La Tribune.fr, 11/03/2019
https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/demanteler-les-gafa-l-idee-resurgit-aux-etats-unis-810193.html

(4) Winston Maxwell, "Les universitaires du Stigler Center signent un rapport accablant sur les plateformes numériques", Edition Multimedi@ n°222, 18/11/2019

(5) Anaîs Moutot, " Face aux Gafa, la nécessaire refonte des lois antitrust", Les Echos, 13/06/2019.
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/face-aux-gafa-la-necessaire-refonte-des-lois-antitrust-1028729

(6) Nicolas Rauline,  "Le plan des Gafa face aux pressions de Washington", Les Echos, 13/09/2019
https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/le-plan-des-gafa-face-aux-pressions-de-washington-1131320

(7) Damien Leloup et Alexandre Piquard, "Face à la domination des GAFA, les défis du démantèlement", Le Monde PEco 14, 23/10/2019
https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/10/22/face-a-la-domination-des-gafa-les-defis-du-demantelement_6016402_3234.html

mardi 5 février 2019

La presse et sa dépendance croissante de Google


La relation de dépendance envers Google ne se résume pas à la recette publicitaire, mais comprend aussi le financement direct

Google, le principal moteur de recherche dans le monde, est devenu pratiquement la porte d'entrée sur le web ; seulement en France, 93% des requêtes sur Internet sont faites sur son site. Cette position dominante et quasi-monopolistique exerce une pression sur la presse à s'adapter à ses demandes, par crainte de ne pas être bien référencée sur le moteur de recherche [1]. 

Ainsi, par exemple, des journaux comme The Guardian ont adopté le format Accelerated Mobile Pages (AMP), une technologie de chargement rapide de pages sur mobile, crée par Google en 2015. L'AMP est devenu un format privilégié pour l'indexation à partir de mars 2018, malgré les critiques de lock-in ("des pages crées avec Google AMP markup signifient des pages optimisées spécifiquement pour Google, indexées principalement par Google et montrées principalement pour les usagers de Google"). [2]

La presse, à cause de son modèle économique basée sur la publicité, est devenue dépendante du trafic issu de Google. Cette relation ne se résume pas seulement à la recette générée avec le trafic web, elle comprend aussi le financement direct. Via la Google News Initiative, l'entreprise américaine a versé 115 millions d'euros pour des projets journalistiques de 2015 à 2018, dont 10,2 millions distribués en France. Google est ainsi devenu un de plus importants financeurs du journalisme actuellement. Une analyse plus détaillée de ce financement et des activités de Google News Initiative en Europe est disponible en allemand et en anglais. La raison de l'investissement ? "Pour Google, l'industrie des médias est intimement liée à son cœur de métier : la collecte des données des utilisateurs." [3]

Sources :

[1] GILBERTSON, Scott. Kill Google AMP before it kills the web. The Register, 19/5/2017. Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] : https://www.theregister.co.uk/2017/05/19/open_source_insider_google_amp_bad_bad_bad/

[2] LAGUES, Benjamin. La presse peut-elle faire sans Google? INA Global, 28/1/2019. Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] :  https://www.inaglobal.fr/numerique/article/la-presse-peut-elle-faire-sans-google-10310

[3] FANTA, Alexander. The Publisher’s Patron: How Google’s News Initiative Is Re-Defining Journalism. European Journalism Observatory, 26/9/2018.
Disponible en ligne [Consulté le 5/2/2019] : https://en.ejo.ch/digital-news/the-publishers-patron

jeudi 4 mai 2017

Datalandscape : l'économie de la data en Europe



La Commission Européenne a mis en ligne, le 2 Mai dernier, les résultats de son étude sur le marché européen des données : « European Data Market Study ». (1)

Le marché de l'économie des données est en effet considéré comme un levier de la croissance économique, de l'innovation et de la digitalisation de tous les secteurs économiques en Europe et plus, particulièrement des P.M.E et start-up.

Le marché de l'économie de la donnée en Europe:
Les résultats de l'étude portent sur la période 2013-2016 et mesurent le développement et les tendances du marché à l'aide d'indicateurs tels que :
- le nombre de salariés, l'écart entre l'offre et la demande de compétences,
- les entreprises et leurs revenus,
- les entreprises clientes et leurs dépenses en matière de technologie,
- le marché du digital (les produits et services)
- les impacts sur l'économie européenne.
L'étude propose également trois scénarios d'évolution à moyen-terme.

Le marché de l'emploi dans le secteur de l'économie de la donnée :
Le nombre des travailleurs de la donnée en Europe passerait de 6.16 million ( 2016) à 10.43 millions en 2020 selon l'hypothèse la plus optimiste. Il manquerait 420 000 professionnels qualifiés en 2016 et 769 000 postes seraient vacants en Europe en 2020 (principalement en France et en Allemagne).

D'après le même scénario présenté dans l'étude, le nombre d'entreprises de la donnée passerait de 255 000 entreprises à 359 050 en 2020.

En complément de l'étude sur l'économie de la data, la Commission présente les outils de monitoring du marché européen de la data, sur le site datalandscape.  (2)

La politique de la donnée européenne: des fondations à la construction
La volonté de la Commission Européenne est de mettre en place une approche européenne coordonnée visant à créer une stratégie commune d'accessibilité et de réutilisation des données en Europe appelée digital single market  (3)

Cette volonté s'est traduite par une communication, un document de travail en janvier 2017 et une consultation publique afin de construire la politique et la législation du marché européen de la donnée.

Deux axes ont été fixés:
- la circulation des données et la levée des restrictions non justifiées ou disproportionnées.
- le transfert, la portabilité et la véracité des données non personnelles, générées par les machines.

 Sources :

(1) Final results of the European Data Market study, publié le 2 mai 2017 (consulté le 4 mai 2017) https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/news/final-results-european-data-market-study-measuring-size-and-trends-eu-data-economy

(2) The European data Market Monitoring Tool (consulté le 4 mai 2017) http://www.datalandscape.eu/european-data-market-monitoring-tool

(3) The digital single market (consulté le 4 mai 2017) https://ec.europa.eu/commission/priorities/digital-single-market_en

lundi 16 janvier 2017

Le rachat de Trello par Atlassian



Atlassian, éditeur de logiciels australien, a racheté la start-up Trello, spécialisée dans la gestion de projet.



L'entreprise Atlassian, fondée en 2002 à Sidney par Jay Simons, vend des outils collaboratifs en ligne, avec pour cible principale les équipes de développeurs. Présente dans 160 pays, elle compte 54 000 clients, dont 85 entreprises parmi les Fortune 100. Elle a engrangé plus de quatre milliards de dollars de revenus depuis 2014 et a été cotée au Nasdaq, en décembre 2015, pour 531,3 millions de dollars. 
Ses principaux logiciels sont les suivants: 
  1. - Jira, pour la gestion de projets et de bugs,
  2. - Confluence, pour la documentation collaborative,
  3. - Bitbucket, pour le partage de code, 
  4. - et enfin HipChat, pour la communication instantanée. 
Jira, aussi déclinable en version Service Desk pour les équipes de helpdesk informatique, de support client, de ressources humaines, de service juridique, etc., a une flexibilité telle qu'il peut se plier à tous les usages. Par exemple, la ville d'Helsinki s'en sert pour répertorier les interventions de plombiers sur la voirie, tandis que Sotheby's l'utilise pour coordonner les mouvements logistiques des œuvres d'art. 
Atlassian propose deux versions de ses logiciels: une sur le cloud, solution choisie par environ 800 entreprises parmi lesquelles Twitter et Dropbox, et l'autre sur serveur, utilisée notamment par BMW, la NASA, eBay, etc.
Atlassian, qui a rejoint l'Open API Initiative, offre également ses licences gratuitement aux projets libres.
    
La start-up Trello, qui possède plus de 19 millions d'utilisateurs, est le 18ème rachat d'Atlassian, qui a déboursé 425 millions de dollars pour en être propriétaire; la transaction devrait être effective dès la fin mars 2017. 
Trello, dont la simplicité et l'ergonomie en font un outil de gestion de projet "très attractif auprès d'une clientèle traditionnellement peu attirée par ce type d'outils", est, selon le communiqué de presse d'Atlassian, particulièrement populaire auprès des milieux de la finance, des ressources humaines, du droit ou du marketing. Son acquisition devrait permettre à Atlassian d'"asseoir sa position d'éditeur de premier ordre pour les solutions de gestion de projet" et de "continuer à étendre sa clientèle au-delà du milieu du développement informatique". 


Sources

L'Usine Digitale, "Oubliez Slack ou GitHub, l'australien Atlassian est le vrai champion du travail collaboratif" [en ligne],  mise en ligne le 26 mai 2016 [consultation le 16 janvier 2017].
L'Usine Digitale, "Atlassian rachète Trello pour 425 millions de dollars" [en ligne], mise en ligne le 10 janvier 2017 [consultation le 16 janvier 2017].

jeudi 12 janvier 2017

"Closed Access" à Elsevier en Allemagne, à Taïwan et au Pérou

Crédits photographiques : Mike Licht, NotionsCapital.com (Flickr)

En ce début d'année 2017, des milliers de chercheurs allemands, taïwanais et péruviens se retrouvent privés d'accès aux revues électroniques d'Elsevier.

Le même point de départ

Dans les trois pays, les tarifs exorbitants pratiqués par le géant néerlandais de l'édition ont déclenché une vague de résiliations d'abonnements.
En Allemagne, les universités et instituts de recherche membres du projet DEAL n'ont pas réussi à obtenir un accord de licence à l'échelle nationale pour le 1er janvier 2017. Dénonçant les propositions trop coûteuses d'Elsevier, ils ont annulé les abonnements en décembre dernier. Les établissements qui avaient négocié des contrats particuliers pluriannuels avant les négociations ne seront pas affectés. Mais ceux dont les licences sont arrivées à expiration fin 2016 vont perdre tout ou partie de leurs accès - cas par exemple de l'université de Göttingen.
C'est aussi à cause de prix jugés excessifs que le consortium taïwanais CONCERT, qui regroupe plus de 140 organismes de recherche, a appelé au boycott d'Elsevier le 7 décembre dernier.
Sept jours plus tard au Pérou, le Conseil national pour la science, la technologie et l'innovation technologique (CONCYTEC) renonçait au renouvellement de la licence nationale auprès d'Elsevier, la subvention gouvernementale n'ayant pas été reconduite.

Des rapports de force différents

Outre-Rhin, les pourparlers ont repris, mais la situation est tendue : un certain nombre d'établissements ont sciemment choisi de se priver des ressources d'Elsevier plutôt que de renégocier une licence individuelle. Le conflit est fortement idéologique : au delà de la question financière, il s'agit de pousser le plus loin possible la logique de l'open access. Leurs homologues hollandais ayant obtenu l'accès ouvert automatique à 20% (en 2017), puis 30% (en 2018) des articles publiés par les auteurs néerlandais dans 276 revues d'Elsevier, les Allemands du projet DEAL réclament la consultation gratuite de l'intégralité des publications signées par les chercheurs des établissements associés. Et ils comptent bien se montrer aussi intransigeants dans leurs prochaines discussions avec Springer Nature et Wiley...
A Taïwan, Elsevier a tenté de négocier individuellement avec les universités. Cela n'a eu pour effet que de convaincre d'autres établissements, comme l'Université nationale de science et technologie de Taïwan (NTUST) ou la prestigieuse Academia Sinica, de rejoindre la fronde. La tension semble retomber un peu : il y a quelques jours, Elsevier a prolongé jusqu'à la fin du mois de janvier les abonnements des universités taïwanaises qui les avaient annulés et les discussions ont repris avec CONCERT. 
Récemment encore, le Pérou bénéficiait d'un accès gratuit ou à bas coût aux principales revues académiques dans le cadre du programme HINARI de l'Organisation Mondiale de la Santé. En 2012, la croissance économique a privé le pays de cet avantage, réduisant certains chercheurs à "mendier" sur les réseaux sociaux ou auprès de leurs collègues étrangers. L'expiration de la licence nationale négociée en 2014 va contraindre les scientifiques péruviens à renouer avec le système D. 

Des expédients comparables

Pour se procurer les articles d'Elsevier en période de boycott ou de disette budgétaire, les chercheurs ont à leur disposition toutes sortes de moyens légaux : passer par des archives ouvertes, fréquenter les bibliothèques encore abonnées, s'adresser directement aux auteurs...
En Allemagne comme à Taïwan, le prêt entre bibliothèques fonctionne à plein régime. A l'instar d'autres établissements de la région, la NTUST a adhéré à un service international de "PEB express" organisé par les bibliothèques universitaires du Colorado, afin de limiter les effets néfastes du boycott.
Et puis il y a Sci-Hub, qui permet d'accéder gratuitement - et illégalement - aux articles scientifiques en contournant les paywalls classiques des éditeurs commerciaux. "Je dirais que 95% environ des gens de ma génération y ont recours", confie un biologiste péruvien de 30 ans. Même son de cloche de l'autre côté de l'Atlantique : "les jeunes générations le font tout le temps", explique la chargée des relations publiques de l'université de Göttingen. 


Sources

JOST, Clémence. 60 bibliothèques de recherche allemandes s'allient et boycottent Elsevier. Archimag.com : Bibliothèque Edition. 19 décembre 2016 [consulté le 12 janvier 2017]

MATTHEWS, David. Deal impasse severs Elsevier access for some German universities : as talks with the publisher stall, researchers in the country weigh whether they can cope without a deal. Times higher education. 6 janvier 2017 [consulté le 12 janvier 2017]

SCHIERMEIER, Quirin & RODRIGUEZ MEGA, Emiliano. Scientists in Germany, Peru and Taiwan to lose access to Elsevier journals : libraries pursue alternative delivery routes after licence negotiations break down. Richard Van Noorden, additional reporting. Nature, 23 Dec. 2016, 541:13. Corrected 3 Jan. 2017. Updated 9 Jan. 2017 [consulté le 12 janvier 2017]

lundi 12 décembre 2016

Zone Téléchargement est mort

Le site de téléchargement le plus important en France, Zone Téléchargement, a été fermé suite à une opération d'envergure réalisée par la gendarmerie nationale. Cette opération est l'aboutissement d'une longue enquête, initiée par une plainte de la SACEM, déposée en 2014.

État des lieux
Le 28 novembre 2016, la fermeture de Zone Téléchargement est annoncée. Il s'agit du plus grand site français de téléchargement de films, séries, musiques, et jeux vidéos. Ce site était le 10e site le plus visité en France, il contenait plus de 2 millions de liens de téléchargement.

L'histoire commence à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), qui porte plainte en 2014 contre Zone Téléchargement. Puis l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) se joint à cette plainte.
C'est alors qu'une longue enquête est mise en place par le Centre de lutte contre les criminalités numériques de la Gendarmerie nationale. L'enquête se conclut par la saisie des serveurs du site situés en Allemagne et en Islande et l'interpellation des deux administrateurs de la plateforme. (1)

Au lendemain de cette interpellation, David El Sayegh, secrétaire général à la SACEM, explique au journal Le Monde sa satisfaction, lors d'un interview mené par la journaliste Morgane Tual. Il parle alors d'un préjudice de plus de 75 millions d'euros de droits d'auteurs, il dénonce les encarts publicitaires du site à caractère phonographique et il conclu en disant «il n’y a plus d’impunité pour les pirates». (2)

Une autre vision
Olivier Ertzscheid, maître de conférences en Sciences de l'Information, offre une analyse toute autre de la situation sur son blog Affordance.info.
Il défend dans son billet intitulé "Zone Téléchargement" que
"Le web n'a jamais tué quelque industrie que ce soit. Et surtout pas ces "industries culturelles". Le web ne tuera pas la culture. Ni la musique. Ni le cinéma. Ni la littérature. Ni les libraires. Ni les 2BE3. Par contre le web a tué le temps." (3)

De plus, il fait un parallèle avec Google qui est, comme Zone Téléchargement, ou autre site de téléchargement, un annuaire de liens, le plus important au monde et qui comporterait également des contenus illégaux.

Mais encore, il fait référence à un autre de ces billets écrit lors de la fermeture du site de téléchargement Redlist, 3 ans plutôt, où il mettait en lumière les arguments des usagers de sites de téléchargement et les bénéfices de ce genre de site. En effet, après son analyse et sa synthèse réalisées sur plus de 800 commentaires d'usagers, il dégage des tendances fortes comme, par exemple :

  • une culture trop chère,
  • le téléchargement comme preuve de désir de consommation car l'offre crée la demande,
  • l'appartenance des usagers à une communauté,
  • la valeur ajoutée des méta données sociales générées par les usagers,
  • la diversité éditoriale par un accès à toute sorte de films même anciens ou de musiques du temps des vinyles,
  • le professionnalisme de ces sites biens construits avec moteur de recherche, listes et indexations, commentaires utilisateurs,...(4)

Dans la même actualité, il semblerait que le site français de téléchargement Cpasbien soit également sur la sellette. Il serait redirigé vers Torrent9, un autre site de téléchargement. Ainsi, la journaliste Elodie dans son article du 7 décembre 2016 intitulé "Après Zone Téléchargement, au tour de Cpasbien de tomber ?" paru dans le journal du Geek (5), s’interroge: «Le Roi est mort, vive le Roi ?».

Sources
(1) Morgane Tual, « Zone Téléchargement : sept questions pour comprendre sa fermeture mouvementée », Le Monde. Publié le 29/11/2016 [En ligne] [Consulté le 12/12/2016] http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/11/29/zone-telechargement-sept-questions-pour-comprendre-la-fermeture-du-site_5040199_4408996.html

(2) Morgane Tual, «Zone Téléchargement: pour la Sacem, «il n’y a plus d’impunité pour les pirates»», Le Monde. Publié le 29/11/2016 [En ligne] [Consulté le 12/12/2016] http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/11/29/zone-telechargement-pour-la-sacem-il-n-y-a-plus-d-impunite-pour-les-pirates_5040509_4408996.html

(3) Ertzscheid Olivier, « Zone-téléchargement », Affordance.info, ISSN 2260-1856. Publié le 29/11/2016 [En ligne] [Consulté le 12/12/2016] http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2016/11/zone-telechargement-.html

(4) Ertzscheid Olivier, « Chers nayantsdroits, les meilleures choses n'ont pas de fin», Affordance.info, ISSN 2260-1856. Publié le 05/06/2013 [En ligne] [Consulté le 12/12/2016] http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2013/06/chers-nayantsdroits-les-meilleures-choses-nont-pas-de-fin.html

(5) Elodie, «Après Zone Téléchargement, au tour de Cpasbien de tomber ?», Le Journal du Geek. Publié le 7/12/2016 [En ligne] [Consulté le 12/12/2016] http://www.journaldugeek.com/2016/12/07/cpasbien-fermeture/

jeudi 1 décembre 2016

Blockchain et efficacité énergétique : la smart grid de Brooklyn

A l’heure de la transition énergétique et du développement d’initiatives énergétiques alternatives, de nombreuses smart grids - réseaux de distribution d’électricité "intelligents" - voient le jour dans le monde. Focus sur le Brooklyn Microgrid, à New York, qui combine énergie propre et économie de partage.

De quoi s'agit-il ?

Le Brooklyn Microgrid est un projet pilote de système électrique décentralisé communautaire, qui facilite l’échange d'énergie sécurisé entre consommateurs, à l’échelle d’un quartier.

Lancé au printemps dernier par TransActive Grid, joint-venture composée de Lo3 Energy, société développant des systèmes décentralisés d’énergie solaire, et ConsenSys, startup spécialisée dans le bitcoin, il allie un micro réseau de distribution d’électricité à la technologie blockchain, afin de créer un marché local pour les crédits d'énergie renouvelable.
L'idée est de permettre aux particuliers de vendre leur surplus d’énergie entre voisins, sans intermédiaire, légalement et en toute sécurité grâce à la blockchain.

Comment ça marche ?

A l'aide de panneaux photovoltaïques posés sur les toits de plusieurs immeubles, et couplés à des systèmes de stockage, les bâtiments publics et résidentiels des alentours sont autonomes en énergie. Ils n’ont plus à s’approvisionner sur le réseau national.
L’échange d'énergie se fait en temps réel, sur de courtes distances et donc à moindre coût, en fonction des besoins et de la quantité d’électricité produite. Ce dispositif permet de réguler la consommation et de regagner une certaine autonomie face aux conditions météorologiques ou aux situations d’urgence.

Mais la nouveauté de cette expérience ne réside pas tant dans la production locale d’énergie que dans l’utilisation du système de la blockchain pour concrétiser cet objectif.

D'abord conçue pour le Bitcoin, la blockchain vient mettre ses garanties d'intégrité et de transparence au service de l'énergie intelligente. Cette technologie permet de stocker et transmettre les informations sans contrôle centralisé, via une base de données construite bloc après bloc, et partagée par ses utilisateurs sans intermédiaire. Sécurité et fiabilité des échanges sont ainsi garantis.

Concrètement, l’énergie, mesurée par des compteurs “smart meters”, est valorisée grâce à un système de jetons. Le producteur/consommateur disposant d’un excédent d’énergie peut le revendre en échange de jetons, échangeables ensuite localement.

Ce réseau local intelligent s’adosse à la plateforme Ethereum pour échanger de l’énergie de façon automatisée : les producteurs d’électricité  fixent eux mêmes leur prix, les acheteurs choisissent le volume d’énergie et le prix qui leur convient. Les transactions sont réalisées en peer-to-peer, à l’aide de smart contracts liant les usagers les uns aux autres.

Et après ?

A terme, l'objectif sera d’étendre ce premier réseau et de proposer une réelle alternative aux fournisseurs d’énergie traditionnels. Pour répondre à cette ambition, TransActive grid devra d’abord enrichir le système et améliorer sa puissance pour faire face à la croissance des consommateurs et faciliter la gestion des transactions.

Toutefois le changement est en marche, et les énergéticiens traditionnels devront rapidement composer avec ces communautés de consomm’acteurs, qui géreront de manière autonome leur production et consommation d’énergie. Nul doute qu'ils verront là l’opportunité de faire évoluer leurs business models en intégrant cette nouvelle donne.


Sources 

(1) GUERARD, Guillaume, NEHAI, Zeinab. Quand la Blockchain sert à s'échanger de l'électricité. THE CONVERSATION [en ligne]. Mis en ligne le 29/11/2016 [consulté le 01/12/2016]. http://theconversation.com/quand-la-blockchain-sert-a-sechanger-de-lelectricite-69512

(2) A New York, la blockchain partage l’énergie verte. Les Echos [en ligne] Mis en ligne le 03/11/2016 [consulté le 01/12/2016]. http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211459206747-a-new-york-la-blockchain-partage-lenergie-verte-2040175.php

(3) MARIE LUCE, Mickaëlle. Les nouveaux acteurs de la Blockchain. Blog UniVerDoc [consulté en ligne le 01/12/2016]. http://bloguniversdoc.blogspot.com/2016/01/blockchain-de-nouveaux-acteurs-veulent.html

mardi 8 novembre 2016

Facebook à l'assaut de l'Inde


Les autorités de régulation des télécoms en Inde ont écarté en deux temps le service Free Basics déployé par Facebook. En premier lieu, elles l'ont contesté sur le non respect de la neutralité du web, en second lieu elles ont refusé que l'offre "Free Basics" soit déployée par un seul opérateur. Puis Facebook a quitté l'Inde.

Qu'est-ce que la neutralité du web
C'est un principe, selon Wikipédia, qui garantit l'égalité de tous les flux de données quel que soit le contenu véhiculé, sans discrimination.

Qu'est ce que l'offre Free Basics
Free Basics est, en Inde, une offre d'accès gratuite et limitée à Internet, proposé par Mark Zuckerberg au travers de l'opérateur local Reliance et doté du moteur de recherche Bing, à l'exclusion de Google. Cette offre a été présentée comme une démarche d'ordre humanitaire.

Où est le problème ?
L'information n'est pas neutre, même celle qui n'est pas reçue ; et le choix de la diffusion ou non  de tel ou tel contenu relève communément des prérogatives de l'Etat.
Dans ce cas de figure, l'Inde a reçu comme une gifle d'être considéré comme un pays pour lequel le respect du principe de neutralité du web n'a pas à être respecté alors qu'elle y est aussi attachée que les pays économiquement riches. Y aurait-il deux poids deux mesures ? Le F des Gafa considère quant à lui qu'une offre gratuite ne saurait être repoussée. Facebook s'accorde en échange le privilège de déterminer quel sera le périmètre des informations accessibles à la population de l'Inde et s'autorise à collecter les données qu'il pourra utiliser comme bon lui semble. C'est ce que dénonce une coalition d'universitaires indiens tandis que Mark Zuckerberg finance une campagne publicitaire et de relation presse pour encourager la population à jouer de son influence à son profit auprès de l'autorité de régulation des télécoms.

Mais qu'est-ce qui se joue là-dessous ?
Il semble que Facebook se montre étonnamment altruiste. Or l'information est avant tout un marché. Facebook se rapproche de ses limites dans son modèle actuel qui est celui de la quasi-gratuité financée par de la publicité ou la collecte de données. Pour gagner plus, il est nécessaire que toujours plus de gens utilisent ses services.
Or, l'Inde est un marché à prendre avec un réseau internet qui peine à se déployer pour des raisons de coût, qu'il s'agisse des infrastructures ou du coût des terminaux financièrement inaccessible à la majorité dans un pays en voie de développement.
C'est là une démarche de conquête de marché déguisé sous une maladresse à prétention humanitaire.


Sources :

Epron Benoît-archinfo24 du 05/11/2016
http://archinfo24.hypotheses.org/3285

Zuckerberg Mark-The Times Of India du 28/12/2016
http://blogs.timesofindia.indiatimes.com/toi-edit-page/free-basics-protects-net-neutrality/

Raman Bhaskaran-News18 du 28/12/2016
 http://www.news18.com/news/tech/iit-iisc-faculty-members-call-facebooks-free-basics-a-lethal-combination-highlight-major-flaws-1183131.html

Delsol Emmanuelle-Usine Digitale du 09/02/2016
 http://www.usine-digitale.fr/editorial/pourquoi-l-inde-refuse-les-free-basics-de-facebook.N371210

Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Neutralit%C3%A9_du_r%C3%A9seau




lundi 24 octobre 2016

La mégafusion de Time Warner et de AT&T malgré les protestations

Samedi a été validé le rachat de Time Warner, géant américain de la télévision et du cinéma, par AT&T, l'un des deux plus gros opérateurs de télécommunication aux Etats-Unis. Cette transaction valorise de 85,4 milliards de dollars Time Warner. 

L'enjeu de cette vente, dans le paysage médiatique américain, est de taille puisque "[l']idée de cette fusion consiste à associer contenus et capacité de diffusion, tout en proposant de nouvelles offres sur Internet, dans un marché déclinant de la télévision payante"[1], confirmant ainsi la tendance de AT&T à s'inscrire dans une course aux contenus déjà initiée lors de son précédant rachat de DirectTV en 2015, un service américain de télévision par satellite, lui permettant ainsi de devenir le premier diffuseur de télévision des Etats-Unis. Avec le rachat de AT&T, il s'offre un panel important de contenus puisque Time Warner est propriétaire de HBO, CNN, Cinemax, TBS ainsi que des studios Warner Bros.

Malgré la pertinence de l'opération, beaucoup d'opinions divergentes s'expriment. Très critiqué par la classe politique américaine (Trump, Clinton, Sanders), ce mariage pourrait s'avérer néfaste pour le marché de la concurrence des médias puisque "cette puissance des deux groupes dans leur secteur respectif fait craindre une hausse des prix des abonnements et une limitation des contenus pour les rivaux.". Aussi l'un des concurrents des deux géants américains, Disney en appelle à un "examen réglementaire serré". [2]

Dans ce contexte de grande méfiance, on prévoit déjà l'examen de la fusion par des instances de régulation comme le département de la Justice américain (DoJ), le Sénat [2] ou encore la FCC (Federal Communications Commission) qui sera renouvelée après l'élection présidentielle du 8 novembre[1]

De son côté, pour rassurer l'opinion publique et éviter toute déconvenue, le PDG de AT&T, Randall Stephenson promet de préserver l'indépendance de CNN, ainsi que de se positionner comme une alternative possible aux géants Facebook et Google, qui, dans une logique d’intégration verticale, tentent de s'infiltrer sur le marché de la télécommunication. Cette mégafusion serait donc une manière de riposter et de défier le duopole sur le front des médias. [3]

Sources :
[3] Article de Wired du 22/10/2016 "AT&T Is Buying Time Warner Because the Future is Google" par Klint Finley

lundi 21 mars 2016

Une économie rêvant de Licorne

Pour sa deuxième année consécutive, la Tech Tour Growth Forum (1) a dévoilé une liste des meilleurs entreprises technologiques européennes. Ce forum s'est tenu en Suisse entre le 19 et le 20 mars 2016 et a pour objectif de créer une plateforme mettant en relation les entreprises de croissance avec les investisseurs. Ces entreprises sont nommées par la presse économique, des start-up mais une nouvelle terminologie semble apparaître dans le vocabulaire financier : Les licornes (2). Retour sur ces chevaux à corne qui font rêver autant les entrepreneurs que Rick Deckard. 
Selon la définition donnée par Wikipédia (3), une licorne (au sens économique) désigne "une jeune entreprise innovante valorisée à plus d'un milliard de dollars". Ce terme est apparu pour la première fois en 2013 sous la plume de Aileen Lee, spécialiste du capitale-risque. Cette dernière avait réalisé un constat : moins de 0,1% des jeunes entreprises dans lesquelles investissaient les fonds de capital-risque atteignaient des valeurs supérieures aux milliards de dollars. Peu de jeunes entreprises peuvent prétendre à atteindre le milliard de dollars en peu d'année et être cotées en Bourse. Cependant, aujourd'hui, des entreprises comme AirBnB, Uber, Netflix, ou BlaBlaCar en France montre l'exemple. 

L'origine des licornes peut s'expliquer grâce aux développement de l'économie numérique (4).  Le développement des technologies numériques et l'évolution grandissante des pionniers du net sont devenus le terrain d'innovation et de création pour de nombreuses entreprises souhaitant détrôner les géants du net, les GAFA (Google, Apple, Facebook & Amazon). Ces nouveaux acteurs ont eu une croissance vertigineuse et en quelques mois, ils peuvent être cotés en Bourse. Pour Barbara Chazelle, ces entreprises s'appuient avant tout sur des infrastructures ouvertes et existantes, développées par leurs prédécesseurs. Si l'environnement est ultra compétitif, le principe de cette nouvelle économie numérique repose sur la connexion et l'ouverture. Une licorne repose souvent sur un service existant sur Facebook ou Apple comme par exemple Uber s'appuyant tout autant sur l'AppStore d'Appel que Google Maps. 

Ainsi l'association faite entre licorne et le phénomène économique est intéressante. Voir une licorne est rare et dans la culture Heroic Fantasy, elle est fortement reliée au rêve et à l'aspect féerique de l'histoire. Pour les nouvelles startup, devenir une licorne devient un objectif voir un rêve irréalisable. Dans un esprit proche de la génération internet et la Silicon Valley, Aileen Lee offre un terme séduisant et proche de la réalité. 

Bibliographie

(1). http://www.techtourgrowth50.com/ [Consulté le 21 mars 2016].

(2). EUSTACHE, Sophie. Les 50 licornes technologiques européennes à suivre en 2016, l'Usine Digitale, 21 mars 2016. [Consulté le 21 mars 2016]. http://www.usine-digitale.fr/article/les-50-licornes-technologiques-europeennes-a-suivre-en-2016.N384371 

(3). Licorne (économie), dans Wikipédia, dernière modification le 17 mars 2016. [Consulté le 21 mars 2016]. https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Licorne_(%C3%A9conomie)&redirect=no

(4). CHAZELLE, Barbara. GAFA : comment prendre part à cette économie de réseaux ?, Méta-Media, 5 novembre 2015. [Consulté le 21 mars 2016]. http://meta-media.fr/2015/11/05/gafa-comment-prendre-part-a-cette-nouvelle-economie-de-reseaux.html

lundi 19 novembre 2012

Les 7 piliers de l’économie du document par Jean-Michel Salaün


Dans le cadre de la démarche des COurs Ouverts Pour Tous (COOPT), Jean-Michel Salaün a mis en ligne vendredi 16 novembre sur son blog, un cours introductif à l’économie du document qu’il a choisi de présenter sous la forme de sept piliers, comparant point par point la vie d’un exemplaire de journal avec celle d’une baguette de pain [1]. Ces sept piliers sont l’occasion pour lui de croiser des concepts issus de la documentation avec des notions empruntées à l’économie.

1. La destruction

Ou plutôt la non-destruction du document par opposition à la destruction par la consommation de la baguette de pain. Salaün en profite ici pour rappeler le concept de bien non-rival. Un journal, en particulier sous sa forme dématérialisée, est un bien non rival (c’est que la lecture par un individu d’un journal ne prive un autre individu de cette lecture) ; il n’en est pas de même pour une baguette de pain.
Toutefois, Salaün dépasse cette dichotomie pour s’intéresser aux informations que contient le journal, soulignant le caractère hautement périssable de l’information du jour par opposition à l’opposition à l’information du lendemain. De même, sa non-divulgation ou sa divulgation à des tiers soigneusement choisis peut lui conférer une toute autre valeur. De ce point de vue, l’information est un bien rival, il importe que l’on préserve sa confidentialité ou que l’on en fasse, au contraire, la publicité massive.

2. La singularité

Le régime de production d’une baguette de pain n’est pas non plus le même que celui d’un journal.
Dans le cas de baguette, il s’agit d’un régime d’accumulation, une deuxième baguette permet effectivement de doubler la consommation du bien.
Dans le cas du journal, nous sommes davantage dans un régime de duplication, c’est le premier exemplaire, la matrice, le prototype qui coûte. Dans le règne matériel, il faut encore des intrants et une logistique (encre, papier, distribution) pour assurer cette démultiplication. Dans le règne immatériel, cet obstacle qui constitue une « barrière à l’entrée » empêchant l’arrivée de nouveaux entrants n’existe plus, le droit d’auteur toutefois demeure qui maintient un monopole de l’auteur sur l’exploitation de son œuvre, faisant pièce aux « passagers clandestins » qui pourraient démultiplier le contenu à moindre coût sans avoir supporté les coûts de son élaboration.
Une autre conception toutefois émerge autour des biens communs laquelle consiste en une vaste mutualisation des ressources et des savoirs.

3. L’interprétation

La baguette de pain est univoque. Il n’en est pas de même pour le journal. Les informations qu’il contient sont sujettes à de multiples interprétations, utilisations, personnalisations, lesquelles peuvent aller en sens contraire, les personnalisations pouvant réduire fortement l’entropie, les champs d’interprétation jusqu’à réaliser pleinement un contrat de lecture tacite entre le rédacteur et son lectorat.

4. La plasticité

La forme et la structure d’une baguette sont irrémédiables. Tout ce qui vient ensuite n’est qu’accompagnement, expédients gustatifs.
Il va tout autrement dans le cas du journal, dont les informations sont d’une extraordinaire plasticité, facilitée au surplus par les dispositifs électroniques de présentation et de balisage des contenus en ligne. De nouvelles informations peuvent naître du traitement, du croisement de ces données, jusqu’à former un « Web de données », un nouvel « eldorado informationnel » [2].

5. La promesse

Point de promesse ni de surprise dans une baguette de pain, on sait ce qu’on achète. Il s’agit d’une bien de recherche. Le trouver suffit à satisfaire le besoin.
À l’inverse, la teneur exact d’un journal n’est pas connue à l’avance. Il s’agit d’un bien d’expérience. C’est au fur et à mesure de sa lecture que l’on va apprécier ou non son contenu. L’habitude de « consommer » ce type de bien joue également un rôle, on parle de « consommation cumulative ».

6. L’attention

La nécessité de la baguette ou du journal ne se fait sentir ni au même niveau ni au même instant.
La baguette se rattache au besoin de manger qui est un besoin primaire qui s’exprime sans qu’on ait même besoin d’y penser.
Dans le cas du journal, il faut y penser, y prêter attention, ce qui suppose de faire abstraction, au moins un court instant, de tout ce qui peut nous distraire. Cela a été systématisé sous le terme d’« économie de l’attention », laquelle s’inscrit dans une économie de l’abondance, dans laquelle nous avons beaucoup plus d’information à notre disposition que ce que nous pouvons traiter, il faut donc choisir. S’instaure donc un marché à deux facettes, un « marché biface », un marché des lecteurs et un marché des annonceurs, qui s’influencent mutuellement. Ainsi « le marché des lecteurs permet de capter une attention, et donc de valoriser le bien qui sera proposé aux annonceurs : l’espace publicitaire qui accueillera son message. Par les revenus générés, le marché des annonceurs permettra à son tour d’abaisser le prix proposé au lecteur et d’augmenter le lectorat, et par un effet de boucle de valoriser le prix de l’espace publicitaire ». On parle d’« externalités croisées ». Les dernières évolutions de la publicité et de l’« exploitation des traces » des internautes sur le Web élargissent considérablement le champ des possibles en la matière..

7. La résonance

Le circuit de consommation d’une baguette de pain est linéaire et à sens unique : du boulanger au consommateur.
Dans le cas d’un journal, les échanges sont beaucoup plus riches, tant en amont qu’en aval, dans la conception des articles et aussi et surtout dans leur réception dans l’espace public, tant est si bien que l’on va revenir vers certains articles, de façon conformiste (concentration) ou de façon curieuse (éclatement), suivant en cela la loi de distribution de Pareto ou la loi des 80/20, 80 % des demandes concernent 20 % des documents, et inversement. On parle aussi volontiers de buzz d’une part et de long tail (ou longue traîne) d’autre part.


En définitive ce texte de Jean-Michel Salaün nous permet de replacer le document tant analogique que numérique dans son économie particulière, qui, tournant autour d’un prisme à trois facettes (forme, texte, médium), n’est pas celle des autres biens ou services.


Jean-Michel Salaün est chercheur en sciences de l’information au Collegium de Lyon et professeur à l’Université de Montréal. C’est également une figure de prou de la bibliothéconomie française qu’il a fortement contribué à populariser, lors de son passage à l’Enssib.

Notes et références

Les citations entre guillemets et en italique sont issus du texte de Jean-Michel Salaün.

À lire

[1] Jean-Michel Salaün, Les sept piliers de l’économie du document révisés, novembre 2012 : < http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2012/11/16/Les-sept-piliers-de-l%E2%80%99%C3%A9conomie-du-document-r%C3%A9vis%C3%A9s-%28COOPT-Enssib%29 >

À écouter

[2] Jean-Michel Salaün sur France Culture : « Le web comme bibliothèque », Place de la Toile, 11-12, 21 avril 2012, < http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-le-web-comme-bibliotheque-2012-04-21 >