lundi 29 octobre 2012

Quels sont les impacts de la curation sur les métiers de l’information et de la documentation ?



La curation est un concept fraîchement né (il devrait bientôt fêter ses deux ans) qui s’inscrit dans la mouvance du Web sémantique et dans une logique d’interactivité et de partage propre au Web 2.0. C’est suite à la croissance exponentielle du volume d’informations dans les années 2000 que l’on a cherché à trouver des remèdes contre cette « infobésité » comme l’a appelé le bloggeur Brian Solis.

Cette pratique consiste à sélectionner, éditorialiser et partager les contenus les plus pertinents du Web pour leur donner une meilleure visibilité. Les objectifs, ambitieux, sont coordonnés autour de trois axes : faire gagner du temps aux utilisateurs dans leur recherche de contenus et d’informations (le tri et la sélection ont été effectués en amont), donner du sens à l’information choisie (contextualisation et organisation des données)  et enfin rendre plus accessible le Web invisible.

De fait, tout un écosystème s’est crée pour satisfaire la demande. On dénombre aujourd’hui plusieurs dizaines d’outils et de plates-formes de curation. Cette activité ne se destine plus uniquement aux internautes, mais elle se concentre dorénavant sur l’aide aux entreprises. Cependant l’offre s’attache à viser le public le plus large possible : des entreprises de Knowledge Management (Knowledge Plaza ou ConnectedN), de grands groupes souvent cotés en bourse (Factiva  leur permettant ainsi de comparer des données financières très pointues sur les concurrents et l’actualité du secteur d’activité) ou des médias (Flocker).

Cependant la fonction première d’aide à l’internaute n’est pas en reste puisque on trouve également des produits qui sont spécialisés dans la collecte et le partage de liens comme Kweeper, Pearltrees ou alors des outils qui permettent d’aider l’utilisateur à mettre en page ses contenus sur le Web (Scoop.it).

  
Comme on a pu le constater ci-dessus, cette activité « nouvelle » cumule beaucoup de points communs avec des métiers déjà existants. En définitive qu’est ce qui distingue le curateur d'un veilleur, d'un documentaliste ou d'un journaliste ? Quels sont les impacts de cette profession sur ces corps de métiers ? 


Lors de l’apparition de ce nouveau concept les documentalistes, notamment, se sont élevés contre cet abus de langage qui brouillait les cartes du secteur en créant un nouveau métier qui existait déjà. En effet la définition du métier de documentaliste telle qu’elle est donnée sur le site de l'ADBS  (la fonction du documentaliste est de mettre à la disposition des demandeurs d'informations ou des utilisateurs potentiels les documents, extraits de documents et/ou données conceptuelles ou factuelles satisfaisant leurs besoins d'information) semble quasiment identique à celle du curator. 

De plus la ressemblance touche aussi les veilleurs et autres gestionnaires de connaissance en entreprise ainsi que les journalistes. Quelles sont alors les différences fondamentales ?

La principale contradiction avec le métier de veilleur est que la recherche du curateur est subjective et orientée vers une communauté d’intérêts alors que le veilleur doit répondre à des demandes et à des questions précises. En outre leur statut est différent puisque le curateur n’est pas forcément institutionnalisé.

En ce qui concerne les journalistes, ce qui les différencie des curateurs c’est qu’ils recherchent l’information sur le terrain (enquêtes, interviews), ils créent leur propre contenu alors que les curateurs le réutilisent, et ils ne vont chercher l’information que sur Internet. En outre le journaliste doit respecter la ligne éditoriale de son employeur alors que le curateur est plus libre d’agir en fonction de ses intérêts propres. 

En définitive, le curateur semble être uniquement spécialiste d'un support, l’information immatérielle qu'il manie à sa guise sur Internet sans nécessairement faire concurrence aux autres métiers cités ci-dessus. En effet leurs statuts, leurs objectifs, leurs périmètres d'action, diffèrent. Néanmoins, il faut que les métiers de la documentation continuent de s’approprier ces nouveaux outils, ces nouvelles pratiques, pour devenir les prochains spécialistes du Web.


 

Sources 

Pierre Tran, le guide de la curation, les concepts, 14/03/11
http://pro.01net.com/editorial/529624/le-guide-de-la-curation-%281%29-les-concepts/

Pierre Tran, le guide de la curation, les pratiques, 15/03/11
http://pro.01net.com/editorial/530072/le-guide-de-la-curation-%282%29-les-pratiques/

Pierre Tran, le guide de la curation, les outils, 16/03/11
http://pro.01net.com/editorial/529626/le-guide-de-la-curation-%283%29-les-outils/

Pierre Tran, Plates-formes de curation, le 29/10/12
http://socialcompare.com/fr/comparison/curation-platforms-amplify-knowledge-plaza-storify

Remise en question du concept :
Sophie Ménart, La Curation, la branlette intello du moment, le 02/03/11
http://www.sophiemenart.info/2011/03/curation/

Aurélie Duclos,exterminons le curator et réhabilitions le documentaliste,
le 17/02/11
http://www.tradonline.fr/blog/actualites/exterminons-le-curator-et-rehabilitons-le-documentaliste-1695

1 commentaire:

helene caujolle a dit…

Ben justement, je vois pas trop la différence avec la veille... Peut-être parce que c'est le début de l'année ?
Je connais le curator en art, particulièrement contemporain ; y a-t-il un lien ?