jeudi 6 décembre 2018

Serious Game : les archives en jeu


Alors que les jeux vidéos et autres jeux en ligne font aujourd'hui partie intégrante du quotidien des adolescents, de nouvelles formes de transmission et d'apprentissage font leur apparition. Les serious games, ces jeux dits "sérieux," sont de plus en plus prisés dans la mise en place de projets pédagogiques, et se nourrissent désormais des archives.

En novembre dernier, dans le cadre du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale, plusieurs projets faisant la part belle aux nouvelles technologies ont vu le jour. "Ne m'oubliez pas",un jeu numérique à destination d'adolescents de 13 à 15 ans [1], a été mis en place par les Archives départementales du Val d'Oise. Le principe ? Le joueur, plongé au temps de la Grande Guerre, revêt le costume d'un maire chargé d'ériger un monument aux morts peu après l'issue du conflit [2]. De démarches administratives diverses en quizz faisant appel à leurs connaissances, c'est le fonds même des archives du département qui est mis à profit. Comme c'est le cas également dans les Hauts-de-Seine, avec "Gueule d'Ange" [3], un projet similaire remis en ligne pour ce même anniversaire et qui découle des opérations de Grandes Collectes mises en place en 2014, au cours desquelles les particuliers pouvaient faire don de documents ou autres objets qu'ils avaient hérités de cette période.

Si l'apparition des serious games n'est pas nouvelle - le terme ayant fait son apparition aux Etats-Unis au début des années 2000 [4] -, le phénomène n'a cessé de se développer. Désormais outil pédagogique, les enseignants, comptant sur son aspect ludique et le caractère familier des jeux vidéos auxquels sont accoutumés leurs élèves, s'en emparent pour susciter leur engouement en histoire ou en littérature. En outre, le fait que des centres d'archives s'engouffrent dans cette même brèche démontre aussi de l'ampleur du phénomène et permet de faire évoluer l'image que le grand public peut se faire de l'utilité d'un fonds d'archives documentaires.

Le tout numérique, parfois décrié, prend alors tout son sens. Mêlant l'apprentissage des notions élémentaires issues de l'enseignement, aux activités et objets du quotidiens tant prisés des plus jeunes, le recours à ce type de support nous permet d'imaginer que la collecte d'archives en tout genre a  encore de beaux jours devant elle.


[1] PONLEVE, Pierre. Les archives départementales du Val d'Oise lancent leur premier jeu numérique. Archimag. 23/07/2018 Disponible en ligne [consulté le 5 décembre 2018]

[2] Archives départementales - Val d'Oise le département. "Jeu numérique - Ne m'oubliez pas". [consulté le 5 décembre 2018] 

[3] DAMECOUR, Anne-Sophie. Haut-de-Seine - Yvelines : Gueule d'Ange, soldat fictif et héros d'un jeu interactif. Le Parisien. 01/11/2018 Disponible en ligne [consulté le 5 décembre 2018]

[4] MAUCO, Olivier. Les serious game, un objet en construction. Ina Global. 05/01/2011. Mise à jour 24/03/2017. Disponible en ligne [consulté le 5 décembre 2018]

lundi 3 décembre 2018

Comment la blockchain peut-elle s’inviter dans le quotidien d'un professionnel de l'information ?

S’il est aujourd’hui courant d’entendre parler de bitcoin ou de crypto-monnaie, il est déjà plus rare de comprendre ce qu’est la blockchain et les applications possibles grâce à cette technologie. Dans ce billet, je vais vous présenter une explication simple et récente réalisée par Archimag ainsi qu'un petit tour des  actualités que cette technologie offre aux professionnels de l'information.



Pour les initiés, la blockchain est devenue un sujet majeur et identifiée comme l’une des technologies les plus porteuses de valeur pour les quelques années à venir.(1) Archimag vous propose ici une courte vidéo(2) de 4mn pour vous initier au sujet :



Lorsque la blockchain n’a plus de secret pour vous, il vous reste à savoir en quoi cette technologie pourrait concrètement vous rendre service.

1 - Le vote en ligne, sécurisé et anonyme !

Pour commencer, la Thaïlande ouvre la voie avec la mise en place d’un système de vote en ligne. Les « tiers de confiance », habituellement représentés par les bureaux de vote et l’institution, sont ici remplacés par la technologie inhérente à la blockchain. Le travail de cryptographie pour rendre le vote anonyme et unique est quant à lui supporté par le travail de « mineurs » rémunérés par une monnaie virtuelle appelée ZCoin (XZC).(3)


2 - Le dossier Médical Personnel (DMP)

Alors, avant toute chose, il est important de clarifier que le projet « DMP » français dans son état actuel, n’est pas supporté par la blockchain.(4) Les données médicales sont supportées par un réseau traditionnel centralisé ou « client-serveur »(5). Mais certains se posent déjà la question sur son exploitation et sa sécurisation par la blockchain. La start-up Embleema y travaille et teste cette transposition aux Etats-Unis sur un groupe de personnes. Son idée, permettre un recueil et un accès sécurisés à l’ensemble de ses données médicales et monétiser ses propres données rendues anonymes en les mettant à disposition d’équipes de chercheurs du monde entier.(6)

3 - La blockChain peut-elle vous sauver la vie ?

C’est ce qu’espère Sajida Zouarhi, la co-fondatrice du projet Kidner avec comme projet de permettre l’accès à une base de donneurs et de receveurs de reins sur un réseau décentralisé supporté par la blockchain. Un petit podcast à écouter de 7mn pour en savoir plus.(7)




Enfin, Archimag vous propose 8 exemples concrets dans une vidéo de 6mn.(8)



Sources :

1. livre-blanc-innovation-technologies-revolution-digitale-syntec-numerique.pdf [en ligne]. [Consulté le 29 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://syntec-numerique.fr/sites/default/files/Documents/livre-blanc-innovation-technologies-revolution-digitale-syntec-numerique.PDF>

2. La blockchain pour les nuls. Archimag [en ligne]. [Consulté le 29 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://www.archimag.com/demat-cloud/2018/10/22/blockchain-pour-nuls>

3. PIERRE PONLEVÉ. La blockchain se mêle des élections en Thaïlande. Archimag [en ligne]. [Consulté le 29 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://www.archimag.com/vie-numerique/2018/11/19/la-blockchain-se-mele-aux-elections-en-thailande>

4. DMP. CONDITIONS GENERALES D’UTILISATION DU SERVICE DMP POUR LES BENEFICIAIRES DE L’ASSURANCE MALADIE. mondmp1.dmp.gouv.fr [en ligne]. [Consulté le 30 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://mondmp1.dmp.gouv.fr/conditionsutilisation>

5. Client–serveur. Wikipédia [en ligne]. 2018. [Consulté le 30 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Client%E2%80%93serveur&oldid=153620379 > Page Version ID: 153620379

6. RM/AB. La start-up Embleema met la blockchain au service du partage de données de santé. ticsante.com [en ligne]. [Consulté le 30 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://www.ticsante.com/la-start-up-Embleema-met-la-blockchain-au-service-du-partage-de-donnees-de-sante-NS_4177.html>

7. Reportage «  blockchain et don d’organes : projet Kidner » avec Sajida Zouarhi [en ligne]. [Consulté le 30 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-mercredi-24-janvier-2018>

8. Comment utiliser la blockchain en 8 exemples concrets. Archimag [en ligne]. [Consulté le 29 novembre 2018]. Disponible à l’adresse : <https://www.archimag.com/demat-cloud/2018/10/29/comment-utiliser-blockchain-8-exemples-concrets>

vendredi 30 novembre 2018

Les Insta Novels de la New York Public Library

La New York Public Library (NYPL) poursuit sa stratégie de développement sur les réseaux sociaux. Elle propose, depuis août dernier, une nouvelle pratique de la lecture à partir de son compte Instagram. La NYPL espère ainsi toucher un public plus large et plus jeune.

En partenariat avec l'agence de création publicitaire Mother [1], La NYPL a conçu des Insta Novels qui reposent sur la fonctionnalité des "Stories Instagram" (publications éphémères d'images ou vidéos). Leur placement à la une du compte de la NYPL leur assure une pérennité et permet aux abonnés de les consulter quand ils le souhaitent. Ces ebooks, des classiques de la littérature anglaise, sont composés d'animations réalisées par des dessinateurs contemporains et du texte intégral de l'oeuvre [2].

Trois Insta Novels sont actuellement disponibles :

  • Les Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll
  • La Séquestrée de Charlotte Perkins
  • Le Corbeau d'Edgar Allen Poe (spécialement réalisé pour Hallowen [3])
Un quatrième (La Métamorphose de Franz Kafka) devrait rejoindre cette bibliothèque numérique en fin d'année.

En octobre, la New York Public Library a annoncé que près de 93000 personnes avaient lu Alice au pays des merveilles. De plus, le nombre d'abonnés à son compte Instagram a augmenté. Enfin ses autres platefomes de livres numériques ont également bénéficié d'une augmentation de leur trafic [4].

Cette initiative ouvre de nouvelles perspectives pour les bibliothèques. Son développement pourrait permettre de diversifier les publics et de toucher des personnes qui n'ont pas l'habitude de venir en bibliothèque.


Sources :

[1] New York Public Library. The New York Public Library introduces classic literature to "Instagram Stories" with Insta Novels. 22/08/2018. Disponible en ligne [consulté le 27 novembre 2018] :< https://www.nypl.org/press/press-release/august-22-2018/new-york-public-library-introduces-classic-literature-instagram >

[2] Jost, Clémence. La New York Public Library diffuse gratuitement des livres sur Instagram, et c'est vraiment très beau. Archimag. 23/08/2018. Disponible en ligne [consulté le 27 novembre 2018] : < https://www.archimag.com/bibliotheque-edition/2018/08/23/new-york-public-library-gratuit-livres-instagram-vraiment-reussi >

[3] Oury, Antoine. Découvrir Le Corbeau d'Edgar Allan Poe sur Instagram. ActuaLitté. 02/11/2018. disponible en ligne [consulté le 27 novembre 2018] : < https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/decouvrir-le-corbeau-d-edgar-allan-poe-sur-instagram/91681 >

[4] Svachula, Amanda. Instagram Now Home to Classic Feminist Literature. The New York Times.  05/10/2018. Disponible en ligne [consulté le 27 novembre 2018] : < https://www.nytimes.com/2018/10/05/arts/design/instagram-literature-new-york-public-library.html >


mercredi 28 novembre 2018

2018, une année de crise pour Facebook

Le scandale Cambridge Analytica a déclenché une crise dont le point culminant était l'audience de son fondateur, Mark Zuckerberg, devant le Sénat américain. Convoqué aussi par une Commission britannique pour expliquer la fuite des données personnelles des utilisateurs, Zuckerberg continue à refuser de se présenter devant les parlementaires mondiaux.

Le recrutement de Nick Clegg [1], ancien premier-ministre britannique, comme responsable de la communication et des affaires publiques de Facebook, est une indication de la stratégie pour faire face à la crise politique et financière provoquée par la découverte du cas Cambridge Analytica. L'histoire, révélée par les journaux anglais The Observer et The Guardian en mars 2018, a démontré comment ce cabinet d'étude anglais a pu siphonner les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs de Facebook, dans le but d'influencer l'élection américaine de 2016.

Facebook est devenu, depuis 2009, le leader mondial des réseaux sociaux [2], utilisé par 2,2 milliards de personnes, dont 68% de la population adulte juste aux États-Unis, selon l'enquête 2018 du Pew Research Center. Cependant, un étude montre un recul de l'usage de la plateforme pour s'informer ; selon l'Institut Reuters, 36 % de Français ont déclaré s'informer via les réseaux sociaux en 2018, une baisse de 9% par rapport à l'année de 2016 [3].

Néanmoins, si la confiance dans Facebook paraît avoir diminué, il ne suffit pas de quitter la plateforme, défend Siva Vaidhyanathan [4], en réaction à la campagne Twitter #DeleteFacebook. Ce professeur de media studies à l'Université de Virginia, auteur de "Anti-Social Media: how Facebook disconnects us and undermines democracy", propose une réponse citoyenne : demander plus de régulation, en commençant par l'application des mesures antitrust, étant donné que Facebook est aussi propriétaire de Messenger, Instagram et Whatsapp. La déconnexion, dans ce cas, "est l'opposée de l'activisme", déclare l'auteur.

Sources :

[1] RONFAUT, Lucie. Facebook recrute l'ex n°2 du gouvernement britannique Nick Clegg pour sa communication. En ligne sur Le Figaro. Publié le 19 octobre 2018 : [Consulté le 28 novembre, 2018]. <http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/10/19/32001-20181019ARTFIG00194-facebook-recrute-l-ex-n2-du-gouvernement-britannique-nick-clegg-pour-sa-communication.php>

[2] MYRNAIOS, Nikos. Du réseau de l’élite aux scandales en série : brève histoire de Facebook. En ligne sur INA Global. Publié le 28 septembre 2018 : [Consulté le 28 novembre, 2018]. <https://www.inaglobal.fr/numerique/article/du-reseau-de-l-elite-aux-scandales-en-serie-breve-histoire-de-facebook-10275>

[3] LE CAROFF, Coralie. Facebook, média de masse : un poids à relativiser. En ligne sur INA Global. Publié le 27 septembre 2018 : [Consulté le 28 novembre, 2018]. <https://www.inaglobal.fr/numerique/article/facebook-media-de-masse-un-poids-relativiser-10276>

[4] VAIDHYANATHAN, Siva. Don’t Delete Facebook. Do Something About It. En ligne sur New York Times. Publié le 24 mars 2018 : [Consulté le 28 novembre, 2018]. <https://www.nytimes.com/2018/03/24/opinion/sunday/delete-facebook-does-not-fix-problem.html>


Les médias haussent le ton




Tandis que les assistants vocaux et les applications à commande vocale se multiplient et prennent de plus en plus de place dans les foyers, certains médias trouvent le moyen de se faire entendre.


Aujourd'hui, l'utilisateur n’a besoin que de sa voix pour faire des requêtes.
En effet, il lui suffit d' interroger son application ou son assistant pour obtenir une réponse orale en temps réel.
Ainsi, il devient inutile de saisir ses demandes sur un écran ou un clavier.
Les enceintes de salon proposent désormais une variété de services : l'actualité, la météo, la musique, l'heure, etc.[1]

Ces objets font appel à diverses applications web et à de vastes bases de données, le plus souvent hébergées dans le cloud.
Dans un premier temps, ils s’attachent à comprendre la requête de l’utilisateur, c’est-à-dire à retranscrire la parole et à analyser le langage utilisé. Puis, ils vont extraire les informations clés et les envoyer à l’application appropriée. Celle-ci retourne un résultat qui est ensuite converti en langage naturel et synthétisé. La plupart de ces techniques relèvent de l’intelligence artificielle, sans laquelle les assistants vocaux ne pourraient pas fonctionner : reconnaissance des mots, des structures de phrases employées, des interprétations possibles, etc.[1]



D'après Laurent Frisch, directeur du numérique à Radio France, l'écoute de l'audio seule se développe très rapidement et devient très prisée.
Les assistants vocaux et les applications sont en plein essor. Il va donc falloir produire des contenus de toute sorte, afin d’offrir le plus grand choix possible à l’utilisateur. M. Frisch explique qu'il y a de la place pour de nombreux acteurs et il affirme que la radio en tant que média à un rôle important à jouer puisqu’elle sait produire de l'audio de qualité autant sur le plan technique qu'au niveau éditorial. Ainsi, il ajoute que la radio peut apporter de l'audience aux assistants vocaux.
De son côté, le digital peut permettre à la radio d'évoluer vers de nouvelles formes d'écriture.[2]

Certains médias papier tel que les Échos sont déjà présents sur les appareils et services de Google et Amazon.Clémence Lemaistre, rédactrice en chef numérique des Échos, explique qu'ils ont "une stratégie ambitieuse et volontaire sur le digital".[3]
Ainsi, en 2017, ils ont développé avec une agence des applications pour les assistants Amazon Echo et Google Home, proposant un résumé de l'actualité sportive ou de la politique internationale : "Nous avons donc créé un édito des Échos prononcé par un éditorialiste. C'est une vraie voix humaine qui raconte son texte."[3]

D'après Clémence Lemaistre, il faut réfléchir dès à présent à la place et à l'identité que l'on veut avoir sur les assistants vocaux. Cela demande beaucoup de préparation parce qu'il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte : techniques, éditoriaux, etc.[3]


Sources :

 [1] Audrey Dufour. La Croix. Comment fonctionnent les assistants vocaux ? LaCroix.com.Publié le 22 mai 2018 : [Consulté le 26 novembre 2018].https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Numerique/Comment-fonctionnent-assistants-vocaux-2018-05-22-1200940679 

  [2] Xavier Eutrope.La radio en 2018 vue par Laurent Frisch. En ligne sur inaglobal.fr. Publié le 8 janvier 2018 :[Consulté le 26 novembre 2018]. https://www.inaglobal.fr/radio/article/la-radio-en-2018-vue-par-laurent-frisch-10058

 [3] Xavier EUTROPE.Assistants vocaux, quelle voix pour l'information ? En ligne sur inaglobal.fr. Publié le 23 octobre 2018 :[Consulté le 26 novembre 2018]. https://www.inaglobal.fr/numerique/article/assistants-vocaux-quelle-voix-pour-l-information-10286

mardi 27 novembre 2018

Blockchain et RGPD et données personnelles

La Blockchain est une technologie au potentiel de développement fort qui suscite de nombreuses questions à propos de sa compatibilité avec celle du RGPD. Cependant, depuis le 24 septembre 2018 la CNIL se propose d'apporter des solutions concrètes aux acteurs qui souhaitent l'utiliser dans le contexte de traitement de données personnelles.

L'impact de la Blockchain sur les droits des personnes (droit à la vie privée et droit à la protection de leur données personnelles) fait appel à une analyse spécifique. La CNIL étant l'une des premières autorités à se saisir officiellement du sujet, va s'inscrire dans une démarche de coopération avec ses homologues européens pour proposer une approche solide et harmonisée.

Pour aller plus loin, voir les premiers éléments d'analyse de la CNIL sur la Blockchain. https://www.cnil.fr/sites/default/files/atoms/files/la_blockchain.pdf

Sources : CNIL. Blockchain et RGPD : quelles solutions pour un usage responsable en présence de données personnelles ? Publié le 24 septembre 2018 : [Consulté le 27 novembre 2018]. https://www.cnil.fr/fr/blockchain-et-rgpd-quelles-solutions-pour-un-usage-responsable-en-presence-de-donnees-personnelles

jeudi 22 novembre 2018

De l'émotion au capitalisme affectif : une valeur numérique sûre

Lors des dernières rencontres Ethics by Design à Paris début octobre, deux chercheurs en sciences de l'information et de la communication, Camille Alloing et Julien Pierre, ont présenté une conférence sur le rapport étroit entre les émotions, sentiments et affects et la production de valeur des services numériques. Tous deux ont co-écrit un livre, paru en 2017 chez Ina édition, intitulé "Le web affectif".

En 2016, la plateforme Facebook a élargi l'offre des icônes expressives : l'usager est passé du simple "like" exprimé par un pouce à toute une série d’émoticônes représentant la surprise, la colère, le rire et la tristesse, pouvant même exacerber l'expression de sa passion grâce à un cœur sur fond rouge. C'est cet exemple de Facebook Reaction que nos deux chercheurs ont choisi pour illustrer leur propos sur l'affectivité numérique, bien que le concept soit également utilisé par d'autres plateformes numériques comme Twitter et Netflix, et même par des industriels du secteur comme Apple, Samsung et IBM.

Cette analyse de sentiments (sentiment analysis) constitute l'informatique affective, fondée en 1997 par une chercheuse du MIT (Massachussets Institute of Technology). Dans un objectif marketing, cette méthode réunit et applique des éléments issus d'autres disciplines, notamment les sciences cognitives et la psychologie, pour, en retour, proposer aux internautes une meilleure offre de contenus et d'interfaces, des voix de synthèse, des agents conversationnels (chatbot) et des mouvements robotiques, le tout en guise de réponse émotionnelle.

Ainsi, les six émotions citées de la plateforme Facebook réduisent la complexité des sentiments humains à, selon leur description, "like, love, haha, wow, sad, angry". Le paradoxe, comme le font noter les auteurs, est de vouloir étendre l'empathie à l'échelle universelle tout en la réduisant à un minimum d'expressions, formulées par six petites icônes. Ainsi, le design des nouvelles interfaces intègre une dimension psychologique afin de donner une réponse émotionnelle à la marchandisation, mais d'autres usages comme le divertissement, le partage ou l'autoformation sont également importants à étudier lorsqu'il s'agit d'en évaluer l'éthique et de transparence.

Ces supposées émotions universelles, soulignent Camille Alloing et Julien Pierre, ne tiennent pas compte de la différence entre l'expression et l'émotion, et omettent par ailleurs l'importance du contexte socio-culturel. Designers et community managers doivent pouvoir ressentir les tendances émotionnelles des usagers, et même si l'OCDE souligne l'empathie comme une des qualités indispensables du travailleur du 21è siècle, cette simplification du concept de l'empathie, selon ces chercheurs, oublie le frayage, cette capacité de notre cerveau à faire passer nos émotions d'une neurone à l'autre, mais aussi le filtrage. Il en résulte un danger : celui de voir nos émotions guider nos parcours en-ligne, et pire encore, notre expérience vécue.

Sources : Julien Pierre, Camille Alloing. Le design du web affectif : entre empathie et universalité. Retour sur les phases de conception de l’affectivité numérique. H2PTM 2017, Oct 2017, Valenciennes, France. 2017, H2PTM’17 Le numérique à l’ère des designs, de l’hypertexte à l’hyper-expérience. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01626544/document