vendredi 22 janvier 2021

Un "kit pédagogique du citoyen numérique"

Le 18 janvier 2021, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), le Défenseur des droits et la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet (HADOPI) ont publié un « kit pédagogique du citoyen numérique ». Un projet qui s’inscrit dans la réflexion globale de la protection des données personnelles et de l’exercice des droits numériques, ici des mineurs. De ce fait, il est explicitement destiné aux formateurs et aux parents qui accompagnent ces jeunes internautes. 


De jeunes acteurs à accompagner

Deux phénomènes concomitants justifient ce projet. Le premier découle du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et la loi Informatique et Libertés, car les mineurs se voient reconnaitre pour la première fois des droits numériques qui leur sont propres et particuliers. Le second est lié à leurs pratiques numériques, et le constat qu'elles sont de plus en plus massives et précoces.

Les recherches menées par Anne Cordier [2] montrent qu’ils sont parfaitement conscients qu’en naviguant sur Internet, ils laissent des traces qui nourrissent des algorithmes, que leurs données sont collectées à des fins marchandes,... Pourtant, Anne Cordier l’affirme : il est indispensable pour eux d’être actifs et présents en ligne ou sur les réseaux sociaux « Il leur faut exister en ligne. Ce sont des instances de socialisation centrales ».

Une autre enquête réalisée par Génération Numérique [4] de novembre 2019 à février 2020 auprès de 7 225 jeunes montre quant à elle qu’ils n’ont pas encore acquis le réflexe de sécuriser leurs données personnelles. Voici quelques chiffres :

  • Navigation privée : 46 % des jeunes ne la connaissent pas et 23 % d’entre eux pensent qu’elle ne sert à rien. 
  • Mot de passe : 54 % des jeunes utilisent des mots de passe courts et simples (noms et prénoms, date de naissance, …). Près de 70 % des jeunes déclarent ne jamais en changer et 61 % d’entre eux utilisent le même mot de passe pour toutes les plateformes.
  • Réseaux sociaux : 54 % des jeunes déclarent utiliser leur vraie photo et 52% utilisent leur vrai nom.
  • Contenu : 75 % des jeunes pensent qu’il est difficile de supprimer un contenu qu’un autre internaute a posté sur lui.

Ce kit propose alors d’apporter des explications techniques et concrètes du fonctionnement d’Internet et de l'indispensable protection des données sous-jacente, d’accompagner les autorités parentales et/ou formatrices afin d’accélérer leur autonomie et les guider dans leur prise de responsabilité.


Vers un "numérique responsable"

La CNIL, le CSA, le Défenseur des droits et HADOPI ont mis en commun leurs ressources en matière d’éducation au numérique afin d’aborder - sous des formats variés (vidéos, tutoriels, fiches et guides pratiques, quiz, parcours pédagogiques, exposition itinérante,...) - quatre grandes thématiques [3] :

Les droits sur Internet 

  • Connaître les droits et devoirs de chacun à travers la plateforme Educadroit.fr ou le jeu vidéo Cyber Chronix qui sensibilise au RGPD ;
  • Appréhender les enjeux de représentation médiatique (égalité femme-homme, diversité,…) grâce à des modules élaborés en partenariat avec l’académie de Créteil et l'INA.

La protection de la vie privée

  • Repérer les signes du cyberharcèlement et connaître les sanctions : des parcours pédagogiques ont été conçus pour les 6-11 ans, et pour les 12 ans et plus ;
  • Utiliser et sécuriser ses comptes de réseaux sociaux : affiches, conseils, référentiel international de formation à la protection des données personnelles, dont un module décliné pour les 8-11 ans.

Le respect de la création

  • Comprendre le fonctionnement d’un site légal et la rémunération des auteurs ; 
  • Créer et sensibiliser au respect de la création : un projet pratique à destination des lycéens, leur faisant réaliser un documentaire avec leur smartphone. 

L'utilisation raisonnée et citoyenne des écrans

  • Identifier et se protéger des risques existants sur les sites illicites : des vidéos tutorielles sur la désinstallation d’un logiciel de téléchargement illicite et la reconnaissance de l’offre légale sur Internet ; 
  • Comprendre le modèle économique : modules sur le droit d’auteur, l’accès aux œuvres culturelles et la chaîne de valeur de l’audiovisuel. 


Grâce à l’accumulation de documents éducatifs et de conseils juridiques, ce kit propose d’accompagner les parents et formateurs à la bonne compréhension du fonctionnement de l’univers du numérique mais également aux pratiques des jeunes internautes. Il annonce clairement son ambition : éduquer les Français sur les pratiques du Web, et leur fournir les bases d’un « numérique responsable » [1].

Sources :

[1] CNIL, 2021. La CNIL, le CSA, le Défenseur des droits et l’Hadopi créent le kit pédagogique du citoyen numérique. Cnil.fr [En ligne]. 18/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.cnil.fr/fr/la-cnil-le-csa-le-defenseur-des-droits-et-lhadopi-creent-le-kit-pedagogique-du-citoyen-numerique>

[2] COURMONT, Antoine, 2021. Anne Cordier : « La socialisation a un effet majeur sur les pratiques des jeunes en matière de protection des données ». Linc.cnil.fr [En ligne]. 13/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://linc.cnil.fr/anne-cordier-la-socialisation-un-effet-majeur-sur-les-pratiques-des-jeunes-en-matiere-de-protection>

[3] DEFENSEUR DES DROITS, 2021. Kit pédagogique du citoyen numérique. Defenseurdesdroits.fr [En ligne]. 18/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/guides/kit-pedagogique-du-citoyen-numerique>

[4] EDUCNUM, 2021. Les 11-18 ans ne sécurisent pas assez leurs données personnelles ! Educnum.fr [En ligne]. 12/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.educnum.fr/fr/les-11-18-ans-ne-securisent-pas-assez-leurs-donnees-personnelles>

mercredi 13 janvier 2021

Musique en temps de pandémie covidienne : comment les réseaux sociaux bouleversent la pratique musicale indépendante et professionnelle.

2020, année où la moitié de la planète a connu et continue de subir un confinement généralisé sans précédent, a changé définitivement notre rapport aux loisirs. Le secteur artistique, entre autres, est l'un des plus touchés, notamment celui de la musique. Cependant, entre désespérance et combativité, l'approche musicale par les réseaux sociaux pousse les musiciens professionnels à se renouveler et trouver une nouvelle énergie afin d'avancer et pour les amateurs, une visibilité renforcée de leurs pratiques musicales.


 
La violoniste Hilary Hahn - Musique connectée, © Getty / Hiroyuki Ito via France Musique.
 

La pandémie actuelle n'a pas seulement remis en cause notre lien à l'Autre, mais également notre rapport aux loisirs, aux arts et l'un des plus précieux : la musique. L'une des grandes joies de cet art était jusqu'en mars 2020, de pouvoir se rendre dans une salle de concert et écouter en "live" l'artiste dont la musique nous parle tant. [1]

Les professionnels de ce secteur, notamment les musiciens ont dû à la fois abandonner une grande partie de leurs revenus issus des concerts, mais également adopter une nouvelle relation de pratique face à une caméra, dans une salle de concert vide ou chez soi.

C'est le cas d' Hilary Hahn, violoniste américaine de renommée internationale, qui a lancé le 2 janvier 2021 le hashtag #100daysofpractice sur Twitter et Instagram où elle invite tous les artistes quelles que soient leurs disciplines, à continuer malgré la crise sanitaire de pratiquer leur art et travailler leur instrument. [2]. 100 jours qui mènent jusqu'au printemps afin de garder la vélocité des doigts et une combativité du travail mise à mal par la crise sanitaire.


Concerts gratuits en streaming

En Normandie, l'Opéra de Rouen a décidé  de poursuivre son activité et diffuse chaque semaine depuis le 20 novembre dernier,  des concerts en streaming, des œuvres originales et non des rediffusions qui plus est.[3]

Des mini concerts gratuits par des artistes de la scène internationale comme Norah Jones sous le hashtag #StayHomeConcert sur Youtube fleurissent depuis le début de la crise sur la plateforme. [4] Une initiative à la fois pour garder le lien avec leurs fans et continuer à nourrir leur art.

En Inde, dont la musique était dominée par l'industrie de Bollywood, a regagné sa place face au cinéma dont la crise a suspendu les sorties de films. Les concerts à distance explosent et permettent aux musiciens  indépendants de gagner un nouveau public et accroître leur visibilité. C'est le cas de Carlton Braganza qui a réalisé 70 concerts d'affilée sur Facebook à la demande de son public[5]. La plateforme de streaming indienne JioSaavn a vu une diversité grandissante dans les morceaux écoutés, laissant une plus grande place aux musiciens indépendants.[6]

La pratique musicale amateur aussi s'intensifie depuis plusieurs mois en France : une nette tendance à la baisse dans l'écoute de la musique et paradoxalement une hausse de la pratique, encouragée par les contenus de réseaux sociaux et les concerts improvisés aux fenêtres lors du premier confinement. [7]


Sources :

[1] THEVENIN, Frédéric. Musique : difficile de faire vivre un groupe en temps de Covid avec Sbroz. Le Journal de la Haute Marne. 11 Janvier 2021. Disponible en ligne : [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.jhm.fr/communes/chaumont/musique-difficile-de-faire-vivre-un-groupe-en-temps-de-covid-avec-sbroz/>

[2] MONTI , Rémy. Hilary Hahn, le monde de la culture au ralenti, son défi pour se remettre au travail. Radio Classique. 12 Janvier 2021. Disponible en ligne : [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.radioclassique.fr/magazine/articles/hilary-hahn-le-monde-de-la-culture-au-ralenti-son-defi-pour-se-remettre-au-travail/>

[3] LIONNET, Patricia. GUESSOUS, Sana. En Normandie, les artistes continuent à répéter malgré le confinement. 14 Novembre 2020. Disponible en ligne : [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.paris-normandie.fr/id147083/article/2020-11-14/en-normandie-les-artistes-continuent-repeter-malgre-le-confinement>

[4] JONES, Norah. Mini Concert (Live from home 10-22-2020). [Vidéo en ligne]. 22 Octobre 2020. 20mn13. [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.youtube.com/watch?v=7Iu7oLsiKKI&ab_channel=NorahJonesAllADream>

[5] FIGARO avec AFP. La pandémie propulse une nouvelle scène musicale en Inde au détriment de Bollywood. 6 Décembre 2020. Disponible en ligne : [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.lefigaro.fr/musique/la-pandemie-propulse-une-nouvelle-scene-musicale-en-inde-au-detriment-de-bollywood-20201206>

 [6] GERVAIS, Suzanne, prod. En Inde, la pandémie profite aux musiciens indépendants. [Texte, enregistrement sonore]. Musique connectée. Paris. France Musique. 6 janvier 2021. Quotidienne.  [en ligne]. [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.francemusique.fr/emissions/musique-connectee/musique-connectee-du-mercredi-06-janvier-2021-90601>

[7] JONCHERY, Anne. LOMBARDO, Philippe. Les pratiques en amateur et l'offre numérique plébiscitées pendant le confinement. Ministère de la Culture. 18 Décembre 2020. Disponible en ligne : [Consulté le 13 janvier 2021] <https://www.culture.gouv.fr/Actualites/Les-pratiques-en-amateur-et-l-offre-numerique-plebiscitees-pendant-le-confinement>

lundi 4 janvier 2021

ODEUROPA, un projet européen pour constituer une encyclopédie olfactive

Une Encyclopédie du patrimoine olfactif (Encyclopaedia of Smell Heritage) est en train d'être réalisée par un groupe de chercheursCe projet va employer l'intelligence artificielle pour mener les recherches dans les images et les textes allant du XVI au XX siècle pour créer une histoire olfactive de la culture européenne. Cette phase de recherche devrait être complétée par une phase de création des senteurs retrouvées à l'aide de chimistes et parfumeurs, pour que le grand public puisse en jouir au sein d'expositions muséales à venir. [1] 

Financé par la Commission européenne à la hauteur de 2,8 millions d'euro avec le programme Horizon 2020 [2], qui promeut la recherche et l'innovation, le projet ODEUROPA [3] est constitué par un groupe d'une quarantaine de chercheurs, spécialistes en différentes disciplines comme l'histoire, l'histoire de l'art, la chimie ou l'informatique. La méthodologie envisagée pour aboutir à des résultats probants a été de délimiter la recherche dans les collections de bibliothèques, archives et musées européens en utilisant l'intelligence artificielle pour identifier et tracer les références d'odeurs dans des textes et images allant du XVI au XX siècle. Comme l'explique Marieke van Erp, experte en technologie du langage : 

« Pour rechercher des odeurs dans les textes et les images, nous utiliserons des méthodes d'intelligence artificielle. En apprentissage automatique, nous "apprenons" à un ordinateur à reconnaître les références aux odeurs ».[4]

De cette manière le système d'IA employé analysera un ensemble de données d'environs 250-400K de peintures et gravures, pour sélectionner le contenu iconographique faisant référence à des objets comme des contenants de parfums et des représentations allégoriques.[5] Afin de développer un système de classification du contenu recueilli par l'IA il faudra avoir l'avis des experts, qui comptent sur cette phase de recherche assistée pour « explorer la faisabilité de l'analyse visuelle soutenue par l'IA et le développement d'ensembles de données »[6] comme deuxième objectif du projet. Pour ce qui concerne la littérature, les données seront recherchées dans des textes de sept langues européennes telles que le français, anglais, allemand, italien, néerlandais, slovène et latin. Une fois la phase de recherche achevée il sera question de trouver la manière de présenter les informations recueillies dans un graphique des connaissances dans un modèle de Semantic Web. Le produit se présentera sous forme de catalogue en ligne où il sera possible de relier les données à des ressources du Web, pour donner l'occasion aux visiteurs d'interagir et interroger les vocabulaires présentés, ceci donnant l'occasion de créer des histoires sur l'évolution de l'odorat dans la société européenne. 

Inger Leemans de l'Académie royale des arts et des sciences des Pays-Bas, cheffe du projet Odeuropa explique « L’objectif principal du projet Odeuropa est de montrer que l’odorat et notre patrimoine olfactif sont des moyens importants de promouvoir le patrimoine culturel et immatériel de l’Europe ».[8]

L'Unesco protège des expériences sensibles tel que l'ouïe et la vue, l'odorat quant à lui était resté délaissé jusqu'à présent. L’encyclopédie olfactive devrait être accessible dans différents musées européens dès 2024. Ce programme est voué à reconstituer la mémoire olfactive et actualiser des odeurs perdues, pour saisir l'Histoire à travers d'autres perspectives, répondant à des questions de sauvegarde du patrimoine culturel européen.


Sources:

[1] LOUIS, Nicolas. Les odeurs du passé bientôt ressuscitées grâce à l'intelligence artificielle [En ligne] Publié le 4/12/2020 <https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/les-odeurs-du-passe-bientot-ressuscitees-grace-a-lintelligence-artificielle-86631/> Consulté le 28 décembre 2020

[2] Horizon 2020. Portail français du programme européen pour la recherche et l'innovation<https://www.horizon2020.gouv.fr> Consulté le 28 décembre 2020

[3] LEEMANS, Inger. Odeuropa awarded €2.8M grant for research project on European olfactory heritage and sensory mining [En ligne] Publié le 17/11/2020 <https://odeuropa.eu>  Consulté le 28 décembre 2020

[4] BENMAKHLOUF, Mehdi. Odeuropa: une encyclopédie pour recenser les odeurs du passé [En ligne] Publié le 4/12/2020 <https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/12/odeuropa-encyclopedie-odeurs-du-passe> Consulté le 28 décembre 2020

[5] Site officiel Odeuropa. Horizon 2020 Methodology <https://odeuropa.eu/horizon-2020/h2020-methodology/ > Consulté le 28 décembre 2020

[6] Ibidem

[7] BENMAKHLOUF, Mehdi. Odeuropa : une encyclopédie pour recenser les odeurs du passé [En ligne] Publié le 4/12/2020 <https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/12/odeuropa-encyclopedie-odeurs-du-passe> Consulté le 28 décembre 2020

dimanche 3 janvier 2021

Rezo : Un Youtubeur améliore l'éthique de la presse allemande

Une année après le succès fulgurant de sa vidéo “ La destruction de la CDU" [1], Rezo réitère avec une deuxième vidéo critique à l’égard de la société au nom provocateur  « La destruction de la presse".  Fidèle à lui-même, l'auteur de cette vidéo n’a pas comme objectif de « détruire la presse », mais de "dénoncer et de combattre ses dérives, afin de rétablir la confiance envers la presse sérieuse" [2]. Pari réussi ?

Rezo : "La destruction de la presse"   [2]

Rezo est un jeune Youtubeur, entrepreneur et chroniqueur allemand, populaire notamment  pour ses vidéos de divertissement. Ce diplômé en informatique aux cheveux bleus publie une semaine avant les élections Européennes (en mai 2019)  une vidéo critiquant la politique environnementale de la CDU. Elle sera vue plus de 18M vues fois et déclenche un véritable débat de société en Allemagne, au point d'impacter même le résultat des élections européennes [3].

Sa vidéo « La destruction de la presse » [titre original : "Die Zerstörung der Presse"] est une nouvelle analyse critique d'un sujet de société, alliant rigueur scientifique, clarté et persuasion. Appuyé sur de nombreux exemples, Rezo dénonce diverses pratiques non éthiques de la presse et met en lumière leurs conséquences dramatiques. Le but affiché de cette vidéo est double : sensibiliser la presse au respect des pratiques éthiques et rétablir la confiance des lecteurs envers la presse sérieuse.

La vidéo analyse et dénonce les pratiques suivantes :

La propagation d'informations fausses
Selon Rezo, la propagation d'informations fausses (même "anodines") contribue à habituer les lecteurs à être moins exigeants envers la véracité des informations de la presse et à décrédibiliser la presse dans son ensemble. Par conséquent, elle favorise l'émergence des « courants alternatifs », tels que les dangereuses « théories du complot », fleurissant en situation de crise. Rezo cite l’exemple des théories du complot sur la Covid-19, qui ont conduit aux manifestations des « anti-masques », à l’origine de nombreuses contaminations.  

Le non-respect de la personne
Le codex de la presse, 
signé par la plupart des maisons d'éditions allemandes, stipule que la communication de la presse sur une victime d’un accident ou d’un crime ne doit pas contribuer à augmenter la souffrance de la victime ou de ses proches (article 11) et protéger l'identité des personnes (article 8) [4]. 

Or, les exemples suivants font partie des pratiques courantes de la presse, au mépris du respect de la personne :

-La publication de photos non-floutées sensationnalistes qui infligent une souffrance morale
 s
upplémentaire importante à la victime et ses proches.
-La communication d'informations permettant l'identification d'une personne menacée ou de son lieu
 d'habitation pouvant l’exposer à une menace de vie par ses détracteurs.

Des techniques rédactionnelles floues 

Les formes techniques suivantes permettent de transmettre n'importe quelle information :
- l
a formulation d'une affirmation spéculative sous forme d'une phrase
- l
'emploi du conditionnel  
Que l'information soit fausse ou diffamatoire, formulée de cette façon, l'auteur ne revendique ni un fait, ni même une opinion, donc on ne pourra rien lui rapprocher.

Une autre technique est l'attribution de l'information à une tierce personne pas clairement identifiée, telle que "La communauté Youtube est d’avis que" ou "beaucoup de gens pensent".   

Enfin, Rezo regrette un sourcing insuffisant, la fausse interprétation et la mise hors contexte de sources mentionnées. Il montre lui-même le bon exemple en indiquant scrupuleusement les plus de 250 sources utilisées dans cette vidéo [5].

Rezo  insiste que toute la presse n’est pas à mettre dans le même panier, et il oppose trois éditeurs mauvaises élèves à trois éditeurs exemplaires.
Il appuie son affirmation sur l'analyse quantitative de la véracité d’un échantillon de plus de 400 articles de divers éditeurs, sur une sujet qu'il connaît mieux que personne d'autre, à savoir lui-même (accessible ici: [5]: [F14]) .

Il lance un appel aux maisons d’édition pour qu'elles revoient leurs pratiques éditoriales contraires à l’éthique et remédient aux éventuelles dérives, afin de rétablir la confiance des lecteurs et combattre l'obscurantisme.

La vidéo de Rezo, a remporté une audience de 3,5 M de vues et elle a suscité des réactions majoritairement  très positives de la part d'un public très diversifié. De nombreux éditeurs et diverses associations de journalistes se sont engagés à revoir leur éthique éditoriale. Des professeurs en journalisme et des écoles recommandent cette vidéo. Des chaines de télévision publiques se sont emparées du sujet [6]. Rezo se dit très heureux de toutes ces réactions constructives. Sa vidéo a donc largement  relevé le défis de contribuer à l'amélioration des pratiques éthiques de la presse. Il a prouvé qu'il est possible, à travers les médias modernes et avec une rédaction de qualité, d'avoir un impact constructif de taille. 

Bibliographie 

[1] Rezo. Die Zerstörung der CDU. En ligne sur Youtube.comPublié le 18/05/2019 : [consulté le 10/12/2020] <https://www.youtube.com/watch?v=4Y1lZQsyuSQ&t=108s>

[2] Rezo. Die Zerstörung der Presse. En ligne sur Youtube.com. Publié le 31/05/2020 : [consulté le 08/12/2020] <https://www.youtube.com/watch?v=hkncijUZGKA>

[3] Collectivité editoriale. Rezo. En ligne sur Wikipédia. Publié le 18/04/2018. Edité le 08/12/2020 :   [consulté le 10/12/2020]  <https://de.wikipedia.org/wiki/Rezo>

[4] Presserat. PresseKodex. En ligne sur Presserat : [consulté le 15/12/2020] <https://www.presserat.de/pressekodex.html

[5] Rezo. Quellen Pressevideo. En ligne sur Google docs. Publié le 31/05/2020 : [consulté le 08/12/2020] <https://docs.google.com/document/d/1pL6ZTA-hwK-zp8ETFZaEi_FygaPXplb3M7gLn6Ir4ZU/edite>

[6] Rezo. Die dümmsten und lustigsten Reaktionen. En ligne sur Youtube.comPublié le 21/06/2020 : [consulté le 10/12/2020] <https://www.youtube.com/watch?v=JA3yqXGSi0k&t=1318s>

samedi 2 janvier 2021

PROJECT CORTEX ou la nouvelle appli Microsoft qui se fait attendre.

Les 3 et 4 novembre 2019, l'entreprise Microsoft tenait à Orlandi aux USA sa conférence annuelle Microsoft Ignite. Au cours de ce rendez-vous dédié à l'innovation technologique, l'entreprise américaine annonçait la sortie de son tout nouveau produit associé à la Suite Office 365 après Microsoft Teams : Project Cortex. Ce produit, basé sur l'IA, est selon son concepteur, un puissant outil capable d'optimiser davantage l'efficacité des entreprises. Cependant, attendu au premier semestre 2020, Project Cortex n'est toujours sur le marché au grand dam des utilisateurs des produits Microsoft.

Le Project Cortex de Microsoft : de quoi s'agit-il? 

De nombreux internautes et bloggers s'accordent à dire qu'il s'agit d'un produit révolutionnaire. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la toile pour s'en rendre compte. Antoine Crochet-Damais le qualifie du " plus ambitieux projet de Microsoft 365 après Teams" [1]. Esther Daga quant à elle n'hésite pas à associer l'avenir de l'IA avec le Project Cortex [2]. C'est le même avis que partage Powell Software qui est une entreprise dont la mission est de mettre en relation les organisations avec leurs employés par le biais de solution de Digital Workplace complètes [3]. Pour Vince Maret, on pourra tirer un meilleur profit des données de la Suite Office 365 avec l'entrée en jeu de Cortex [4].

En effet, il s'agit d'une nouvelle technologie Microsoft qui agit comme un réseau de connaissances au sein des applications Microsoft 365 d'une organisation. Jared Spataro, vice-président de Microsoft 365 décrit l'appli de la manière suivante :

"Project Cortex utilise l'IA pour créer un réseau de savoir qui analyse les données de votre organisation et les organise automatiquement en rubriques partagées telles que les projets et des clients. Le service fournit également un savoir pertinent aux membres de votre organisation via des fiches et des pages thématiques dans les applications qu'ils utilisent au quotidien" [5]. 

Avec Cortex, c'est la transformation du contenu Microsoft 365 en base de connaissances ou tout simplement la mise en place "d'un référentiel de connaissances interactif" [6].

Les promesses de Project Cortex

A en croire l'entreprise Powell Software, Cortex va révolutionner le travail au sein des organisations utilisatrices de produits Microsoft. Avec Cortex, les abonnées pourront bénéficier des fiches et des pages thématiques créées de façon automatique sur des sujets importants de l'organisation. La connexion de ce produit, grâce à l'IA, à tous les autres outils, va permettre d'analyser et traiter un important flux d'informations avec l'intégration des applications Microsoft 365 (Sharepoint, Teams, Outlook, etc.). L'aspect flexible de l'outil n'est pas en reste puisque cette technologie donnera la possibilité aux experts de la structure de la former au traitement de l'information. C'est le Machine Learning. Mais ce qu'il faut retenir, c'est qu'avec Project Cortex, les organisations auront droit à une meilleure gestion de l'information, un renforcement des connaissances des employés et une amélioration de la compréhension grâce à l'analyse automatique

Au regard de tout ceci, on peut comprendre tout l'intérêt que de nombreux abonnés de Microsoft ont pour ce produit. Cependant, ils doivent encore prendre leur mal en patience car aucune date officielle de commercialisation n'est connue jusqu'à ce jour. On se demande bien si la crise sanitaire ne serait pas à l'origine de ce retard quand on sait qu'elle a bouleversé le calendrier de plusieurs événements à l'échelle planétaire. Le projet serait donc toujours à sa phase test au sein de quelques entreprises triées sur le volet à l'issue d'un appel à candidature lancé par Microsoft en 2019. Vu l'enthousiasme suscité par Project Cortex, reste à savoir si le Cnam, abonné Office 365, va l'acquérir et comment employés et auditeurs pourront mettre à profit cet outil ?     

Bibliographie :

[1] CROCHET-DAMIS, Antoine. Project Cortex : le plus ambitieux projet de Microsoft après Teams, Paris, CCM Benchmark Group, 2020 [en ligne], consulté le 26/12/2020 : https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1496551-project-cortex-le-plus-ambitieux-projet-de-microsoft-365-apres-teams/?_scpsug=crawled,9187168,fr_60bce2997ab9b71c9b9ba4694ecf35ca009b89198c2206c9baf742580953eb0f#_scpsug=crawled,9187168,fr_60bce2997ab9b71c9b9ba4694ecf35ca009b89198c2206c9baf742580953eb0f 

[2] DAGA, Esther. Project Cortex, Microsoft 365 et l'avenir de l'IA, Paris, CCM Benchmark Group, 2020 [en ligne], consulté le 26/12/2020 : https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1492939-project-cortex-microsoft-365-et-l-avenir-de-l-ia/ https://powell-software.com/fr/a-propos/

[3] Powell Software, Le Project Cortex, Microsoft 365 et le futur de l'Intelligence Artificielle, Powell Software, Paris, 2020 [en ligne], consulté le 26/12/2020 : https://powell-software.com/fr/a-propos/

[4] MARET, Vince. Page Twitter de Vince Maret [en ligne], consulté le 27/12/2020 : https://twitter.com/VinceMaret/status/1286208122646863873 

[5] SPATARO, Jared. Des nouvelles expériences Microsoft Teams au tout nouveau service Project Cortex, voici ce qui viendra prochainement étoffer Microsoft 365, Paris, 2020 [en ligne], consulté le 27/12/2020 : https://www.microsoft.com/fr-fr/microsoft-365/blog/2019/11/04/from-new-microsoft-teams-experiences-to-the-all-new-project-cortex-heres-whats-coming-soon-to-microsoft-365/ 

[6] SABBAGUE, Stephane. Microsoft annonce Cortex qui transforme le contenu Microsoft 365 en base de connaissances, Meudon, 2019  [en ligne], consulté le 27/12/2020 : https://blog.calipia.com/2019/11/06/microsoft-annonce-cortex-qui-transforme-le-contenu-microsoft-365-en-base-de-connaissances/

mercredi 23 décembre 2020

L'immortalité numérique : un nouveau mythe moderne ?


Il existe, dans presque toutes les cultures, des représentations de la vie après la mort. Celles-ci ont été considérées comme des illusions consolatrices, censées exorciser la peur de la mort et comme des vestiges de formes de pensée archaïque, préscientifique. Mais aujourd’hui, c’est la science elle-même qui semble avoir quitté son terrain, recouvrant celui perdu par les religions et promettant, à l’instar de celles-ci, une sorte de vie après la mort : l’immortalité numérique. 

L’immortalité numérique désigne la possibilité pour un être humain de transférer sa conscience ou son esprit, ou pour un employer une expression plus conventionnelle et moins floue, le contenu de son cerveau sur un support numérique afin de s’assurer, une existence post-mortem, éventuellement sous la forme d’un robot humanoïde.

Le 10 juillet 2020 sortait le film écrit et réalisé par Gavin Rothery, et intitulé fort à propos Archive, qui raconte l’histoire d’un scientifique (George Almore) qui, endeuillé par la perte de sa compagne, essaie de la ramener à la vie, grâce au mind-uploading. Le scientifique en question avait auparavant réussi à télécharger, sous la forme d’une archive, le contenu du cerveau de sa compagne et essayait de fabriquer un robot humanoïde capable d’éprouver toute la gamme des passions humaines (joie, tristesse, jalousie, rancune...) afin d’y transplanter la conscience de la défunte. Les faits se passent en 2038, soit dans moins d’un demi-siècle. Ray Kurzweil, le directeur de l’ingénierie chez Google, celui que l’on considère comme « le Thomas Edison de notre époque » annonce, quant à lui, l’immortalité numérique d’ici 2045.  

Le mind-uploading est une technique, en développement, qui permet, ou pourrait permettre de transférer, le contenu d’un cerveau sur un ordinateur, lequel serait alors en mesure de reconstituer l’esprit en simulant son fonctionnement. On peut toujours arguer que cela relève de la science-fiction voire de la simple fiction puisqu’en fait, à ce jour, aucune extraction de la conscience et aucun transfert n’ont été réalisés. Mais toutes les prouesses technologiques ont été, au moment de leur conception, considérées comme impossibles. Chimériques ou non, cette idéologie bénéficie de l’appui de très grandes institutions comme Google qui investit massivement dans les sciences de la vie[1].

Rémi Sussan résume très bien l’idéologie des tenants de l’immortalité numérique ou virtuelle, enjeu majeur du transhumanisme : « Leur théorie est la suivante : notre esprit est une production émergente de l'interaction entre les neurones. Si nous pouvons cartographier ces interactions, et les reproduire sur un autre support, nous aurons effectué une "copie de sauvegarde" de notre personnalité. Reste alors à placer cette copie dans un nouveau corps, artificiel ou même virtuel, pour ressusciter l'individu ainsi préservé »[2].

Tout une industrie est en train de se créer autour de cette idéologie, relayée par une abondante cinématographie (de Total recall à Archive), par des applications qui permettent de discuter avec une sorte d’avatar virtuel d’un proche disparu (Replika) et des startups fantastiques comme Nectome qui propose à ses clients de sauvegarder leurs cerveaux sur le cloud en attendant de pouvoir le télécharger, dans un avenir plus ou moins proche, sur une machine.

Ce Graal, si tant est qu’on le trouve, « sera réservé, comme le remarque fort justement l’écrivaine Béatrice Jousset-Couturier, aux nantis et parachèvera la lutte des classes entre les riches, qui vivront éternellement jeunes, et les moins riches, qui mourront bêtement de vieillesse.»[3]

Sources 

1. L'immortalité, c'est pour bientôt? En ligne sur sciencesetavenir.fr. Publié le 05/10/2019 : Consulté le 23/12/2020 <https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/l-ia-et-l-humanite-eternite-l-immortalite-c-est-pour-bientot_137659>

2. Immortalité: la quête des géants technologiques. En ligne sur digitalcorner-wavestone.com. Publié en Juillet 2014 : Consulté le 23/12/2020 <https://www.digitalcorner-wavestone.com/2014/07/immortalite-la-quete-des-geants-technologiques/>

3. L'immortalité numérique entre fantasme et business. En ligne sur the conversation.com. Publié le 16 Janvier 2020 : Consulté le 23/12/2020 <https://theconversation.com/limmortalite-numerique-entre-fantasme-et-business-129384>

4. Google rêve de l'immortalité et y travaille sérieusement. En ligne sur numerama.com. Publié le 29 octobre 2014 : Consulté le 23/12/2020 <https://www.numerama.com/magazine/31108-google-reve-de-l-immortalite-et-y-travaille-serieusement.html>


[1] Google’s $1.5 billion research center to “solve death”. En ligne sur tottnews.com. Publié le 14 mars 2019 : [Consulté le 23/12/20] < https://tottnews.com/2019/03/14/google-calico-solving-death/ >

[2] Rémi Sussan, « Demain, tous immortels ? », Sciences humaines, Mars 2014, p. 29.

[3] Immortalité numérique : mon âme sur clé USB. En ligne sur Femina.ch. Publié le 06/02/2017 : [Consulté le 23/12/20] < https://www.femina.ch/societe/actu-societe/immortalite-numerique-mon-ame-sur-cle-usb >


mardi 22 décembre 2020

L’émergence d’applications écologiques de la blockchain démontrée par Suez

Suez, multinationale de la gestion de l’eau et des déchets a annoncé le 22 septembre [1] le lancement d’une blockchain de l’économie circulaire garantissant la traçabilité des boues valorisées dans les stations d’épuration. A travers cette annonce, loin d’être anodine, Suez démontre la percée de cette technologie en dehors du secteur bancaire et d’initiatives collectives à petite échelle. 

Anticiper l’application de la loi Economie Circulaire

Le but de ce déploiement ? Garantir aux agriculteurs une ressource sûre pour remplacer les intrants chimiques et encourager l’utilisation de ressources recyclées pour l’épandage des sols agricoles. Diane Galbe, directrice générale adjointe de Suez : 

“Nous récupérons sur les stations d'épuration du phosphore et le recyclons sous la forme d'un engrais, qui se substitue aux phosphates minéraux. […] Grâce à la blockchain, la traçabilité des matières fertilisantes est désormais 100% sécurisée et valorisée. Première technologique proposée sur ce secteur, la solution permet de rassurer les producteurs de boues par une plus grande maîtrise de la gestion de leur filière de valorisation agricole.” [1]

Avec CircularChain, Suez anticipe la loi Economie Circulaire votée le 12 février 2020 qui prévoit d’augmenter les contraintes concernant les boues valorisées pour les terres agricoles. Mais, au delà de cette application pour les agriculteurs, cette annonce tend à montrer que de nouveaux secteurs s’approprient la technologie, amorçant alors sa démocratisation annoncée depuis 2015 [2]. Et parmi ses applications, on en trouve de plus en plus d’ordre écologique, alors que la blockchain a pu rencontrer beaucoup de critiques sur sa consommation énergétique. Comment expliquer cette transition écologique de la blockchain depuis le lancement du Bitcoin en 2009 ?


Histoire de la blockchain, sujet de mode, d’espoirs… et de controverses 

C’est en 2015, lorsque The Economist s’intéresse à la blockchain, que le terme atteint un pic de notoriété. En couverture, le journal la renomme « machine à créer de la confiance ». Il prédit même que « la technologie derrière le Bitcoin pourrait changer le monde ». A la suite de cette publication, le sujet suscite une grande curiosité et l’ensemble des rédactions s’y intéresse pour relayer l’article. Le sujet est désormais partout et soulève l’intérêt du grand public. Elle reste cependant une promesse technologique qu’il faut encore développer, les acteurs devant s’en saisir pour exploiter ses capacités et l’appliquer à leurs domaines. [2] 

Si la technologie tient en elle tant d’espoir, c’est qu’elle promet une décentralisation des opérations, de ne plus avoir besoin de passer par un organisme tiers, envisageant la continuité du monde promis par Internet : disparition des intermédiaires, autonomie des individus et autorégulation libératrice. Et les chiffres rapportés par l’IDC (International Data Corporation) vont dans ce sens : les dépenses mondiales dans les solutions blockchain s’élève à 2,9 milliards de dollars en 2019, soit une croissance de 88,7% par rapport à 2018. Et on l’estime à 4,3 milliards de dollars pour 2020. [3]

Le coût environnemental du Bitcoin, mauvaise presse pour la blockchain

Mais rapidement, une notion centrale de la blockchain suscite la controverse : le protocole Proof-of-Work (PoW), utilisée notamment par la blockchain Bitcoin. Cette étape de contrôle des blocs de transaction met en compétition des « mineurs », garants de l’intégrité du système qui rivalisent de puissance de calcul pour trouver la « preuve » permettant la validation du bloc afin de remporter une récompense en bitcoin. Cette surenchère technologique, toujours plus gourmande en énergie, engendre une course à la puissance pour s’assurer de remporter la récompense. Ce qui fait que la dépense énergétique est consubstantielle au Bitcoin [4], mais pas nécessairement pour la blockchain. Même si aux yeux du grand public, les deux restent associés. Cette dépense énergétique demeure cependant relative. En effet, des études (dont celle de Bitmex du 15 septembre 2017) viennent montrer que les mineurs se tournent majoritairement vers des énergies renouvelables et sous-exploitées : 

« une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées (car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau).» [5]

Si le PoW demande une énergie toujours plus importante, d’autres protocoles moins gourmands existent, dont le Proof-of-Stake [6] qui est souvent préféré pour cette raison. 


Les premières applications écologiques de la blockchain 

En parallèle des cryptomonnaies, des initiatives collectives apparaissent peu à peu sur des projets de moindre envergure pour appliquer la blockchain dans le secteur de l’énergie et de l’écologie, voyant dans ce registre de confiance partagée une opportunité pour développer des projets de valorisation énergétique. Ouvrant alors la voie à l’exploitation écologique de la blockchain comme a pu le faire Brooklyn Microgrid (pour l’auto-gestion de la consommation photovoltaïque collective d’un quartier), un exemple souvent cité. [7] 

Si les montants des investissements des grandes sociétés dans la blockchain sont importants et qu’ils rencontrent une croissance fulgurante, on estimait en 2016 que pour les grands acteurs du secteur de l’énergie, elle serait encore longue à se déployer. Pour les entreprises bancaires, l’enjeu et les opportunités à se lancer étaient évidents, pour les autres, peut-être un peu moins. [7]  


2020, l’âge de la maturité ?

Après quelques années, le déploiement et les applications de la technologie pénètrent finalement ce secteur d’activité avec l’initiative de Suez, démontrant que la blockchain s’insère progressivement dans de nouveaux domaines. Ce projet fait figure de test pour le géant de l’eau et des déchets, qui compte poursuivre cette dynamique et développer prochainement une technologie similaire pour la traçabilité des déchets dangereux, qui constituent un volume annuel et des enjeux bien plus importants. En se lançant dans ce domaine, il pourrait être la locomotive de toute une filière et ainsi amorcer une révolution dans la gestion des déchets. Une baisse des investissements dans la blockchain ne devrait donc pas arriver avant un moment et pourrait même s’étendre à de nouveaux marchés. 


Sources : 

[1] HECKETSWEILER Tiphaine. SUEZ lance CircularChain, la blockchain de l’économie circulaire. Publié le 22/09/2020. Disponible en ligne. suez.fr [consulté le 05/12/2020] : https://www.suez.com/fr/actualites/communiques-de-presse/suez-lance-circularchain-blockchain-economie-circulaire-et-accompagne-la-transition-agricole-clef-de-voute-alimentation-durable

[2] LELOUP Laurent. Blockchain, la révolution de la confiance. Publié le 17/02/2017. Disponible en ligne. books.google.fr [consulté le 05/12/2020] :  https://books.google.fr/books/about/Blockchain.html?id=1t8fDgAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false   

[3] IDC. IDC Reports Worldwide Blockchain Spending to Slow Down to US$ 4.3 Billion in 2020. Publié le 22/06/2020. Disponible en ligne. idc.com [consulté le 19/12/2020] : https://www.idc.com/getdoc.jsp?containerId=prAP46625520

[4] RODRIGUES David. Blockchain et transition énergétique : une cohabitation impossible ? Publié le 16/09/2019. Disponible en ligne. environnement-magazine.fr [consulté le 19/12/2020] https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2019/09/16/125867/tribune-blockchain-transition-energetique-une-cohabitation-impossible

[5] JEANNEAU Clément. Impact écologique des blockchains et cryptomonnaies : idées reçues et réalités. Publié le 02/02/2019. blockchainpartner.fr [consulté le 19/12/2020] :     

[6] COMITOGIANNI Kevin. Proof-of-Work vs Proof-of-Stake. Publié le 19/10/2020. Disponible en ligne. crytonaute.fr [consulté le 15/12/2020] : https://cryptonaute.fr/proof-of-work-vs-proof-of-stake/

[7] LAURENT Anthony. Blockchain, 15 projets dans l’énergie. Publié le 08/02/2017. Disponible en ligne. environnement-magazine.fr  [consulté le 15/12/2020] : https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2017/02/08/48996/blockchain-15-projets-dans-energie