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dimanche 15 décembre 2019

La fracture numérique en Afrique: Quand la téléphonie mobile devient un palliatif pour l'accès à l'information.

Le potentiel de développement porté par les TIC reste quelque chose de purement théorique pour des millions de personnes compte tenu de l'existence de la fracture numérique qui sépare les « inforiches » des « infopauvres ». Dans la perspective de la construction d'une société de l'information inclusive, la question de l'accès universel aux TIC est donc centrale, notamment pour les pays africains. Cette problématique ne doit cependant pas être réduite à la question de la disponibilité des infrastructures de télécommunications ; elle doit prendre en compte l'accès réel, c'est-à-dire les usages [1]. C’est en ce sens, que la téléphonie mobile par son développement fulgurant est devenue un vecteur de diffusion d’informations et de services à une large échelle.

L'essor du mobile en Afrique :

Au cours de ces dernières années, le taux d’adoption de la téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest a rapidement augmenté, notamment grâce à l’extension de la couverture des réseaux mobiles à des localités jusqu’alors mal desservies et à des services et des terminaux mobiles de plus en plus abordables. D’ici 2025, l’Afrique de l’Ouest comptera environ 72 millions de nouveaux abonnés mobiles, et le taux de pénétration atteindra 54 %[3].


L'émergence d'une nouvelle économie  de l'information :

Tous les secteurs d'activité sont concernés  par la diffusion de l'usage des TIC, qu'il s'agisse des services, de l'éducation, de la santé etc.

Le secteur financier :

M-Pesa (M pour « mobile », PESA pour « argent » en langue swahili) est ainsi officiellement lancé en mars 2007 par Safaricom, premier opérateur mobile au Kenya. L’opération connait un succès immédiat et M-Pesa capta rapidement une part significative du marché des transferts d’argent au Kenya. Aujour­d’hui le service compte plus de 18 millions d’utilisateurs qui effectuent près de 8 millions de transactions par jour [3].

La santé :

Ce domaine présente des avancées significatives par son potentiel en matière de prévention, de dépistage, de traitement et d’élargissement de l’accès aux soins. Le recours à la technologie permet tout d’abord d’abolir les distances, de réduire les coûts et de pallier le manque de personnel ou d’infrastructures sanitaires, notamment en faveur de groupes isolés et de zones reculées. Ainsi le développement de kits d’examen portables couplés à la prise de photographies de haute qualité avec des téléphones portables et leur transmission à des spécialistes permettent-ils à des médecins de procéder à des diagnostics à distance pour des traitements plus précoces. Tel a été récemment le cas pour le dépistage de la fièvre Ebola au Rwanda et au Nigeria où la surveillance en temps réel a permis de contenir l’épidémie [4].

Le mobile comme outil d'accès à la connaissance :

En 2014, la Fondation Orange a lancé le programme Digital Schools afin de fournir un contenu éducatif gratuit en format numérique aux élèves des écoles primaires et secondaires dans les pays où l’opérateur est présent, notamment en Côte d’Ivoire, au Niger, au Sénégal, au Mali et en Guinée. Orange s’attend à ce que le programme serve les élèves des zones rurales et suburbaines isolées, où les écoles les plus défavorisées n’ont pas accès aux manuels scolaires[3].

Sources:
[1]SAGNA, Olivier. (2009). La lutte contre la fracture numérique en Afrique : Aller au-dela de l'accès aux infrastructures : Fractures dans la société de la connaissance. Hermès (Paris.1988) [ISSN 0767-9513], 2006, N° 45; pp. 15-24, 205 [11 p.]. 10.4267/2042/24030.
 [3] https://www.gsmaintelligence.com/ (consulté le 26/01/2020)

[4] https://www.vie-publique.fr/ (consulté le 26 /01/2020)

mercredi 13 novembre 2019

Dématérialisation en Afrique : Expériences, enjeux et défis

Ces dernières années, la dématérialisation des services publics s’est imposée comme un pilier de la stratégie numérique de nombreux États africains, comme l’illustre le Smart Rwanda Master Plan ou le partenariat conclu à la fin du mois d’octobre entre Pretoria et Microsoft pour l’adoption d’un système de cloud. Cette effervescence d’initiatives occulte parfois la diversité́ des défis auxquels sont confrontés les États Africains et l’importance de leur apporter une réponse agile et différenciée.[1]

C’est dans cette perspective, que certains Etats comme le Sénégal ont élaboré une stratégie numérique à l’horizon 2025 dont l’objectif de maintenir une position de pays leader innovant en Afrique dans le domaine du numérique. Cette politique s’inscrit dans une démarche globale de transformation structurelle de l’économie qui s’appuie sur les innovations technologiques afin de permettre aux sous-secteurs d’être plus compétitifs face à un marché mondial en constante mutation.
 Longtemps en retrait dans le domaine du numérique par rapport aux autres continents, l'Afrique et les pays qui la composent sont aujourd'hui en plein développement dans ce secteur et compte faire des nouvelles technologies le fer de lance de l'économie africaine.
C'est pourquoi aujourd'hui le numérique a conquis progressivement des pans entiers de la vie économique obligeant certaines entreprises dans une moindre mesure l’État à modifier leur structuration et leurs business models sur le terrain. C’est la raison pour laquelle, dans la plupart des pays africains, on assiste à la création d’un département ministériel chargé de l’économie numérique. Ceci a favorisé l’émergence de nombreux acteurs et projets du numérique tant du côté de l’administration publique que privée. Pour ce qui concerne les acteurs locaux, nous pouvons citer Softnet Group au Burkina Faso, Gainde 2000 au Sénégal, Open Bee en Tunisie, etc.
Malgré, l’environnement économique contraignant du continent Africain, certains Etats se démarquent par des innovations technologiques qui facilitent à l’administration et le secteurs privé la délivrance aux usagers et aux clients des solutions adaptées à leurs besoins.

Quelques expériences de réussites de la dématérialisation : Cas de GAINDE 2000 du Sénégal :

 [2] 
Gainde 2000 est une entreprise Sénégalaise spécialisée dans la dématérialisation des procédures. Elle propose des solutions innovantes à la fois aux États, aux acteurs économiques que sont les entreprises et aux citoyens. L’entreprise a investi dans les compétences et une capacité à épouser les réalités africaines pour répondre à des problématiques ponctuelles qui relèvent de contextes socio-économiques particuliers. Les solutions proposées par la plateforme est le concept de guichet unique pour lequel le Sénégal a été le cinquième pays au monde à l’intégrer afin de faciliter le commerce. Ce système met en relation tous les acteurs du commerce pour faciliter les transactions.
Défis et enjeux de la dématérialisation en Afrique :
L'adoption de la technologie numérique ne permet pas uniquement de développer l'efficacité, mais aussi de réduire la complexité des processus, leur coût et le temps qu'ils requièrent. Pour les économies africaines, qui se trouvent dans le besoin pressant d'améliorer leur compétitivité, la dématérialisation des procédures administratives est incontournable, pour améliorer la qualité de vie des citoyens africains, mais aussi pour séduire les investisseurs étrangers via un meilleur classement Doing Business.
Néanmoins, force est de constater le continent Africain doit relever plusieurs défis d’ordre structurel et conjoncturel ,que Jean-Baptiste Eyoukéliyè Kogoe dans son ouvrage intitulé les défis de la dématérialisation en afrique a résumé de la manière suivante « écartelée entre une classe sociale majoritairement analphabète, une intelligentsia digitale éphémère, des faiblesses économiques patentes, un pouvoir d’achat très faible pour ne pas dire incapacitant, des priorités nationales qui sont tous situées à la base de la pyramide de Maslow, des tares historiques, sociologiques et anthropologiques qui font émerger un sentiment d’afrophobie du tout numérique, un cadre juridique pas très bien établi, un commerce électronique encore balbutiant, des déserts énergétiques et numériques presqu’universels, un cyberespace sous fortes menaces, des problèmes liés à la rustique infrastructure télécom et une babélisation rampante de la donnée qu’elle soit publique ou privée »[3]

mardi 12 mars 2019

De la Pierre au Papier, du Papier au Numérique : quel est le rôle du professionnel de l'information documentaire ?

Affiche du colloque PPPN
Du lundi 25 au jeudi 28 février 2019, s'est tenu à l'Université Senghor à Alexandrie-Egypte, le colloque "De la Pierre au Papier du Papier au Numérique" (PPPN). 
De nombreux experts de l'Afrique et du monde arabe dans le domaine du patrimoine, bâti ou mobilier, du patrimoine documentaire (bibliothèques et archives) et du numérique dans le cadre de la sauvegarde patrimoniale, décideurs économiques et politiques, chercheurs et universitaires, gestionnaires et acteurs de la société civile, étudiants, ont répondu présents à cet événement d'envergure internationale. [1] 

L'objectif du colloque porte sur la préservation et la conservation durable du patrimoine. Les conséquences de la globalisation économique et les aléas d'un terrorisme de plus en plus nihiliste réactualisent les risques de destruction du patrimoine africain et arabe. 
C'est dans ce contexte, qu'un cadre de protection des documents, objets d'art et monuments, insuffisant, ajouté à un potentiel économique encore sous-exploité, peine à préserver le patrimoine et endiguer le pillage patrimonial qui touche les pays du Sud.

La profession de gestionnaire de l'information documentaire a longtemps été conditionnée par le contenant, c'est-à-dire le support, le contenu (l'information) était quasiment occulté. l'avènement de la dématérialisation de l'information comme "hyper-document" va changer la donne. Le document perd sa stabilité en tant qu'objet matériel et devient fragmenté et volatile. L'information va ainsi prendre de l’ampleur et on parle de plus en plus de gestion de l'information, ou gestion du contenu, de professionnel de l'information et même de société de l'information. A ce stade, les marocains ont inventé ont crée le néologisme "informatiste" pour remplacer documentaliste qui était trop ancré dans la gestion du contenant. De même, l'ADBS (Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés) est devenu depuis 1993 : (Association des professionnels de l'information et de la documentation)[2] pour aussi essayer de sortir de cette image très "orientée contenant"

En effet, le rôle du gestionnaire de l'information documentaire est primordial au sein d'une société. Face à cette réalité, le numérique peut-il constituer une solution de sauvegarde du patrimoine en péril ?    

D'aucuns pensent que la technologie va mettre au point un support numérique fiable et pérenne, une sorte de parchemin numérique, que l'on pourra ranger en toute confiance sur des rayonnages, à côté des livres et des registres de l'ancien temps, et que, dans cent ans, on pourra le relire sans difficultés. Alors que, comme l'affirme très justement le groupe de recherche international sur l'archivage numérique InterPARES : "Conserver un document électronique est à proprement parler impossible ; seule la capacité de le reproduire peut être préservée". Le support numérique ne dure pas. Il mute. Il migre.

D'autres estiment que le numérique ne convient pas pour l'archivage. Pour deux raisons principalement : ce n'est pas fiable et c'est trop cher. Certes, les supports numériques n'ont pas de résistance intrinsèque des supports traditionnels que sont le microfilm ou le papier chiffon mais la question ne doit pas être posée en termes manichéens comme si la seule alternative se situait entre le bien-papier et le mal-numérique ou, pour d'autres, entre le bien-numérique et le mal-papier. [3] 

Le processus de passage de la pierre au papier, du papier au numérique dans la gestion courante de l'information n'est pas achevé. c'est un processus qui s'étire entre les années 1980 et les années 2010.
L'information dans le support numérique n'est pas un objet visible et palpable comme l'est un registre, un objet que l'on peut feuilleter, dérouler simplement avec ses deux mains, dont on peut voir le contenu, même si on ne le déchiffre pas.  

Sources:

[1] Colloque Universitaire Senghor : De la pierre au papier, du papier au numérique (PPPN) [Internet]. La France à l'UNESCO. [cité 7 mars 2019]. Disponible sur : https://unesco.delegfrance.org/Colloque-Universite-Senghor-De-la-pierre-au-papier-du-papier-au-numerique-PPPN-3247

[2] Thiolon Catherine, « L'image des métiers de l'I-D. Diagnostic et recommandations pour une communication active », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2003/6 (Vol. 40), p. 396-400. DOI : 10.3917/docsi.406.0396. URL : https://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2003-6-page-396.htm

[3] Marie-Anne Chabin. Le blog de Marie-Anne Chabin [Internet]. Du papier au numérique.[cité 7 mars 2019]. Disponible sur: http://www.marieannechabin.fr/archiver-et-apres/3-du-papier-au-numerique/