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mardi 28 janvier 2020

Les données numériques au secours de Notre-Dame de Paris

Le laboratoire de recherche du CNRS « Modèles et simulations pour l’architecture et le patrimoine » (MAP) travaille actuellement à un projet de constitution d’une base de données collaborative regroupant toutes les connaissances scientifiques sur l’édifice afin d’optimiser la restauration du monument incendié en avril 2019. Ce projet pose des enjeux importants en matière de sciences de l’information. [1]
  
Le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris fait intervenir plus de 25 laboratoires de recherche et 80 entreprises différentes : la collaboration et l’échange d’information entre ces différents professionnels, scientifiques ou historiens spécialistes du patrimoine, s’avère donc nécessaire [4]. 
« Nous allons créer un système d’information intégrant toutes les données scientifiques et techniques sur la cathédrale » explique Livio de Luca, le directeur du laboratoire MAP [1]. L’outil que proposera le MAP se présente comme un écosystème numérique permettant la centralisation et la diffusion de données afin de partager les expertises pour obtenir des résultats optimaux en termes de restauration du monument.

Parmi les données collectées, il faut citer les modélisations numériques de la cathédrale qui mettent à disposition des chercheurs de véritables maquettes numériques du monument ou BIM (Building Information Modeling). Spécialiste en la matière, l’entreprise Art Graphique & Patrimoine (AGP) a scanné intégralement la cathédrale quelques jours après l’incendie grâce à des lasers qui ont récolté des milliards de points de mesure, soit deux points par mm2. « Mais ce n'est qu'un des aspects du BIM. En fait, il s'agit d'une base de données collaborative permettant à tous les corps de métier qui vont intervenir d'agréger leurs compétences, mais aussi les contraintes techniques qu'ils doivent respecter » explique ainsi Gabriel Hamon, fondateur de la société AGP et ancien… tailleur de pierre [2]. Cette même société AGP avait réalisé une modélisation numérique de la charpente peu de temps avant l’incendie, mettant à disposition des restaurateurs des informations ô combien importantes si la cathédrale venait à être reconstruite à l’identique. [2] [3]
Le logiciel sur lequel travaille le laboratoire MAP a donc pour but de rassembler toutes les connaissances liées à l’histoire de Notre-Dame, du simple croquis médiéval à la maquette numérique du XXIe siècle. L’objectif du projet n’est pas de se cantonner à amasser des informations mais bien à les relier les unes aux autres afin de produire une base de données collaborative utile à une méthodologie de travail pluridisciplinaire. La structuration de l’information sera donc une des problématiques essentielles de la plateforme conçue par l’équipe du CNRS afin que celle-ci puisse permettre de réaliser des correspondances entre des informations collectées par différentes entités.

Si le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris représente un enjeu d’une dimension médiatique exceptionnelle qui a permis de réunir des moyens extraordinaires, il est à noter qu’en matière de documentation patrimoniale la diffusion d’outils numériques collaboratifs tend à se développer. Pour ne citer qu’un exemple, le même Livio de Luca a été récompensé en 2019 par la médaille de l’Innovation du CNRS pour la création de l’application « Aïoli », une plateforme d’annotation sémantique en 3D pour la documentation collaborative d’objets patrimoniaux. [5]

Sources:

[1] VEYRIERAS, Jean-Baptiste. « Un double numérique pour Notre-Dame ». lejournal.cnrs.fr. [En ligne]. Publié le 15 octobre 2019. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible sur : < https://lejournal.cnrs.fr/articles/un-double-numerique-pour-notre-dame >

[2] HENNO, Jacques. « Le premier BIM d’une cathédrale sera réalisé pour Notre-Dame ». lesechos.fr. [En ligne]. Publié le 4 juillet 2019. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible sur : < https://www.lesechos.fr/pme-regions/innovateurs/le-premier-bim-dune-cathedrale-sera-realise-pour-notre-dame-1035563 >

[3] HERMANS, Thomas. « La modélisation 3D pour venir au secours de Notre-Dame de Paris ». lefigaro.fr.  [En ligne]. Publié le 19 avril 2019. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible sur : < https://www.lefigaro.fr/culture/la-modelisation-3d-pour-venir-au-secours-de-notre-dame-de-paris-20190419 >

[4] MARY, Hubert. « Les promesses du double numérique de Notre-Dame de Paris ». usinenouvelle.com. [En ligne]. Publié le 12 novembre 2019. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible sur : < https://www.usinenouvelle.com/editorial/les-promesses-du-double-numerique-de-notre-dame-de-paris.N899649 >

[5] CNRS-MAP. Site de présentation de l’application Aïoli. [En ligne]. [Consulté le 28 janvier 2020]. Disponible sur : < http://www.aioli.cloud/?page_id=2219&lang=fr >

vendredi 15 novembre 2019

Les plateformes collaboratives BIM en butte aux résistances

Les plateformes collaboratives BIM (Building Information Model) sont devenues un élément fondamental d’un projet BIM. Editeurs et entreprises proposent des solutions clef en main ou évolutives mais leur usage au sein des organisations, s’il apparaît facilitateur, n’est toujours pas une évidence pour tous.

A l’heure où, du fait de son évolution, le BIM permet de gérer des masses de données importantes et que le processus lui-même génère des données supplémentaires, les outils de GED sont devenus indispensables autant que l’importance du travail collaboratif.  Stocker et gérer les données s’est imposé comme un enjeu important.

Depuis 1996, des missions gouvernementales ont été confiées à une association française telle que Mediaconstruct (membre de buidingSMART International) pour mettre en place des méthodologies et des normes pour « la promotion de formats neutres et de pratiques dites OpenBIM ». [1] L’association a aussi été mandatée par le gouvernement pour la mise en œuvre de la plateforme du PTNB (Plan de transition numérique dans le bâtiment). Autant de mesures mises en place pour pallier aux risques engendrés par l’évolution des technologies et celui « de voir s’imposer des formats natifs ou des plateformes collaboratives propriétaires ». [2]  Aussi, l’objectif aujourd’hui est-il de « clarifier et homogénéiser les échanges ». [3]

Récemment, la société Thinkproject qui se présente comme « le leader européen des plateformes collaboratives » a largement communiqué pas le biais de deux magazines spécialisés, Techniques de l’ingénieur et Archimag [4] [5] sur sa solution d’une démarche BIM-EDC (Environnement de données communes) intégrée qui allierait gain de temps et sécurisation des données. Mais si certains éditeurs comme Thinkproject, ou d’autres proposent leurs outils, de nombreuses entreprises sont encore dans une démarche expérimentale et cherchent des solutions qui leur sont propre. La thèse de Nicolas Ferrara [6] est à ce titre un exemple concret de recherche au sein du groupe Egis qui, le KM étant devenu obsolète, est passé au wiki et enfin à une solution de plateforme collaborative hébergeant de nombreuses communautés afin de maîtriser la gestion des données, dans le but de faciliter le partage des informations, les stocker, les sécuriser et les simplifier.

Dans le cadre de cette étude, il a soulevé plusieurs problèmes comme celui de l’accès à la connaissance, les risques de verrouillage de l’information ou des problèmes liés aux droits d’accès et même parfois à une stratégie « de contournement » de certains collaborateurs. Son constat est qu’il faudrait une véritable « appropriation » de l’outil collaboratif, l’approche collaborative n’étant pas encore spontanée. Car si buildingSMART France note que des résultats sont aujourd’hui palpables, l’approche collaborative continue de se heurter à des habitudes et des attitudes qui révèlent les « peurs » face au BIM.

[1] Internet (consulté le 23 octobre 2019) https://www.buildingsmartfrance-mediaconstruct.fr/
[2]  « Les fondamentaux du BIM », Techniques de l’ingénieur, entreprises et marchés, 27 juin 2018 Internet (consulté le 23 octobre 2019) https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/articles/les-fondamentaux-du-bim-56067/
[3] ibid.
[4] « Le BIM est un rouage et l’EDC le maître d’œuvre », Techniques de l’ingénieur, publi reportage du 16 octobre 2019 Internet (consulté le 23 octobre 2019) https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/le-bim-est-un-rouage-et-ledc-le-maitre-doeuvre-71668/
[5] « BIM, GED et si on vous proposait une plateforme unique pour vos projets BTP ? », Archimag, communiqué du 4 novembre 2019 Internet (consulté le 13 novembre 2019) https://www.archimag.com/demat-cloud/2019/11/04/bim-ged-plateforme-unique-projets-btp
[6] Ferrara, Nicolas, Le BIM au profit de la gestion et du partage des connaissances (BIM for knowledge sharing and management), Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et Ecole Spéciale des Travaux Publics, du Bâtiment et de l’Industrie – Thèse Professionnelle, 21/12/2017 (consulté le 11 novembre 2019)
Ferrara, Nicolas. (2017). Le BIM au profit de la gestion et du partage des connaissances (BIM for knowledge sharing and management). 10.13140/RG.2.2.23268.07044