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vendredi 24 janvier 2020

Le "Health Data Hub" : l'hébergement par Microsoft crée la polémique


Le «Health Data Hub» a été lancé officiellement le premier décembre 2019 et se substitue à l’Institut national des données de santé (INDS). La plate-forme permet le développement de l’intelligence artificielle appliquée à la santé et la création d’un guichet unique d’accès à l’ensemble des données de santé : des centres hospitaliers, des pharmacies ainsi que du dossier médical partagé. Le choix du gouvernement français de Microsoft comme hébergeur, crée la polémique et fragilise le principe de confidentialité et de souveraineté tant promues par les ministères.

Vingt mois après l’annonce du président de la République Emmanuel Macron de la création d’un hub des données de santé, le HDH est officiellement lancé. Cette décision s’inspire essentiellement du rapport sur l’intelligence artificielle rendu le 28 mars 2018 par le député Cédric Villani qui prône « une politique offensive visant à favoriser l’accès aux données, la circulation de celles-ci et leur partage », et évoque notamment la nécessité pour le secteur de la santé, de créer « une plate-forme d’accès et de mutualisation des données pertinentes pour la recherche et l’innovation ». (1) Prévu d’être opérationnel mi 2020, ce projet suscite des critiques liées à plusieurs facteurs :
  • Le choix de Microsoft comme prestataire d’hébergement crée une polémique autour de la souveraineté numérique, en particulier du fait du Cloud Act, loi adoptée en 2018 permettant à la justice américaine d’accéder aux contenus des serveurs situés en dehors des États-Unis. Le gouvernement se défend par la nécessité « d’aller vite » et le fait qu’aucune entreprise française n’était encore «certifiée hébergeur de données de santé» en 2018. Cependant le nombre d’hébergeurs certifiés est important, parmi lesquels Orange HealthCare, poids lourds français du numérique. (2)
  • L’accès aux données par des acteurs privés inquiète les professionnels du monde médical ainsi que les défenseurs de la vie privée, qui commencent à parler de risque de « la rupture du secret médical » et de la «privatisation de la santé». Bien que l’accès soit soumis à la condition de développer des projets d’intérêt général et après autorisation par la Cnil, Benoît Piédallu, membre de l'association La Quadrature du Net, pointe du doigt le fait que « personne ne sait comment sont traitées ces données, et de quoi sont faits les résultats... » (3)
  • L’accès aux données médicales personnelles sans consentement des personnes attire des inquiétudes. Les promoteurs du projet répliquent en évoquant le droit d’opposition qui peut être exercé par les patients pour le retrait de leurs données.
  • L’anonymat des données reste fragile. Le choix de la « pseudonymisation », introduite par le RGPD et qui consiste à séparer les données de leurs propriétaires respectifs, ne garantit pas l’anonymat pur car elle est réversible ; grâce à la clé d’identification le lien entre les données peut être rétabli.
En dépit de toutes ces réticences, la feuille de route stratégique (4), présente le «Health Data Hub» comme un atout et une opportunité pour améliorer la qualité des soins, un «véritable renfort de nos capacités à innover pour faire de la France un leader de l’analyse des données de santé». Ses principaux enjeux sont le décloisonnement du patrimoine de données de santé, le renforcement de leur usage, le positionnement de la France comme un leader dans le domaine et la garantie de la participation de la société civile. Reste à suivre l’évolution du projet et les réponses données par le gouvernement pour apaiser les inquiétudes.



(1) VILLANI, Cédric. Donner un sens à l’intelligence artificielle. Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation. Mars 2019. p. 25, 201. Disponible en ligne [consulté le 5 décembre 2019]  : < https://www.aiforhumanity.fr/pdfs/9782111457089_Rapport_Villani_accessible.pdf >

(2) ANS. Liste des hébergeurs certifiés. 09/01/2020. Disponible en ligne [consulté le 10 janvier 2020] : < https://esante.gouv.fr/labels-certifications/hds/liste-des-herbergeurs-certifies >

(3) HERARD, Pascal.  Données numériques de santé : le « Health Data Hub » français crée la polémique ». 04/12/2019. Disponible en ligne [consulté le 10 décembre 2019] :  < https://information.tv5monde.com/info/donnees-numeriques-de-sante-le-health-data-hub-francais-cree-la-polemique-335083 >

(4) HEALTH DATA HUB. Health Data Hub, Plan stratégique 2019 – 2020. Ministère des Affaires sociales et de la santé. Disponible en ligne [consulté le 10 janvier 2020] : < https://fee494fb-072e-49c6-a5ed-00cfc497e5db.filesusr.com/ugd/8b518a_b07f0118605b4828a926515d087264fc.pdf >

mercredi 18 décembre 2019

Un guide pratique sur l'ouverture des données publiques culturelles

Le Ministère de la Culture a publié en juillet 2019 un guide pratique sur l’ouverture des données publiques culturelles. L’objectif de ce guide est d’accompagner et d’accélérer la mise en œuvre des démarches d’ouverture des données publiques dans le domaine culturel en respectant les contraintes posées par le droit de la propriété intellectuelle et la protection des données personnelles. [1]

Depuis la loi pour une République numérique de 2016, les administrations et les établissements publics chargés d’une mission de service public ont l’obligation d’ouvrir leurs données (open data), les rendant ainsi librement accessibles et réutilisables dans la limite du droit d’auteur et de la protection des données personnelles.  Le ministère de la Culture s’investit depuis 1996 dans la numérisation des contenus culturels pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Afin d’accélérer cette démarche, il a engagé un plan d’ouverture, de communicabilité et de diffusion des données culturelles numériques pour la période 2019-2022. [2]

Dans cette optique, ce guide pratique de 32 pages accompagne les services du Ministère de la Culture et les établissements publics culturels dans la mise en œuvre de leur démarche d’open data. L’intérêt de ce guide est double : d’une part, il clarifie le cadre légal de l’open data culturel (respect de la propriété intellectuelle ; protection des données personnelles) et, d’autre part, il propose une méthode concrète pour organiser cette démarche d’ouverture des données (Sélectionner les données ; préparer les données ; diffuser et valoriser les données). Des fiches thématiques sont proposées en annexes et abordent notamment des aspects techniques ou réglementaires (Comment produire un fichier CSV ? Quels sont les licences ouvertes homologuées par l’Etat ?). [3]

Les indications pratiques de ce guide ont pour but d’enrichir la plate-forme data.culture.gouv.fr. Mise en ligne en décembre 2016, celle-ci offre à l’internaute la possibilité de visualiser les ressources culturelles numériques du ministère par le biais de divers outils tels que des cartographies ou des graphiques. Les données présentées concernent l’activité des institutions culturelles, les aspects économiques du secteur, des ressources iconographiques ou des événements culturels. A titre d’information, le jeu de données le plus consulté sur le site est la liste et la localisation des immeubles protégés au titre des Monuments historiques (plus de 28 000 téléchargements à ce jour). Les publics visés, chercheurs, journalistes mais aussi entreprises et développeurs, ont la possibilité de consulter et de réutiliser les données qui sont en licence ouverte. [4]

Les perspectives et les bénéfices de l’ouverture des données culturelles s’avèrent multiples : poursuivre la démocratisation de la culture, accroître la visibilité et la notoriété des institutions culturelles, faciliter les travaux de recherche, ouvrir des ressources à de nouveaux publics. Il ne faut pourtant pas omettre d’indiquer les difficultés susceptibles de freiner ces démarches telles que la longueur et le coût des campagnes de numérisation ou les difficultés posées par le droit d’auteur, notamment en ce qui concerne les collections d’art contemporain.

Sources : 

[1] Ministère de la Culture. Open data : un guide pratique dédié aux données publiques culturelles. culture.gouv.fr [en ligne]. [Consulté le 18 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : < https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Innovation-numerique/Donnees-publiques/Open-data-un-guide-pratique-dedie-aux-donnees-publiques-culturelles >

[2] Ministère de la Culture. Programme national de Numérisation et de Valorisation des contenus culturels (PNV). culture.gouv.fr [en ligne]. [Consulté le 18 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : < https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Innovation-numerique/Programme-national-de-Numerisation-et-de-Valorisation-des-contenus-culturels-PNV2 >

[3] Portaildoc – Le portail documentaire de l’INTD. Ministère de la Culture/Ouverture des données publiques culturelles : guide pratique. In « La littérature grise, une sélection du CREPAC », n°20, 21/11//2019. portaildoc-intd.cnam.fr [en ligne]. [Consulté le 18 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : < https://portaildoc-intd.cnam.fr/KP_visio.htm?prd=19215463124910336459&record=19215947124910331299&M_Token=470027477539470030482537469031441013436033436047485774433670&key=KPKP0_5_191121 >

[4] data.culture.gouv.fr – La plate-forme de données ouvertes du ministère de la Culture. culture-communication.gouv.fr [en ligne]. [Consulté le 18 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://data.culturecommunication.gouv.fr/pages/home/

mardi 12 novembre 2019

Le self data territorial : une nouvelle voie pour la smart city?

 
La smart city est irriguée par un flux incessant de données : des acteurs publics, des opérateurs privés, des GAFA... A l'heure du RGPD, le débat sur la maîtrise et la gouvernance de ces données suscite beaucoup de questions. La Fing -Association Think Tank- étudie et expérimente le self data qu'elle définit depuis 2012 [1] comme " la production et le partage de données personnelles par les individus, sous leur contrôle et à leurs propres fins". Elle propose une nouvelle approche de la smart city, issue de ses expérimentations auprès de trois villes, via "un kit de self data territorial"[2] à destination des collectivités. 

L'approche courante de la smart city pose en effet souvent la question du partage des données des parties prenantes en l'associant avec la problématique des données personnelles [3]. La nouveauté avec l'approche "self data territorial" est de replacer le citoyen au cœur de la smart city en lui donnant la maîtrise de ses propres données dans son intérêt et celui du collectif. 

L'idée est qu'il dispose d'un cloud personnel alimenté par ses données personnelles, elles-mêmes transmises par l'ensemble de l'écosystème de la smart city tels que la ville et les opérateurs privés. Le citoyen dispose ensuite d'une palette de services associés qu'il est libre ou non d'utiliser. On peut imaginer par exemple qu'il récupère ses données de consommation de ses fournisseurs d'énergie, ses données issues des transports publics et qu'il peut à la fin de sa journée mesurer son empreinte carbone via une application.

Cette approche nouvelle associant self data et smart city est encore en phase d'expérimentation et la Fing propose un outil méthodologique et expérimental pour que les collectivités puissent s'associer à cette démarche. Déjà trois villes ont été incluses dans le projet depuis 2017:  Lyon, Nantes et La Rochelle. A noter, chacune d'elle a identifié une problématique qui lui était propre et a appliqué un modèle de self data correspondant à ses enjeux. Par exemple, Lyon teste actuellement le self data au service de l'action sociale via un modèle de cloud personnel. 

Si l'approche est prometteuse et permettrait de résoudre un certain nombre de problèmes liés aux données personnelles tout en donnant une nouvelle place aux citoyens dans la smart city, elle reste encore tributaire du développement de certaines technologies comme par exemple le PIMS (Personnal Information Systems). La forme même d'un kit laisse de plus présager, que la démarche reposera sur la bonne volonté des collectivités alors qu'elles sont justement la clé de voûte de l'approche. Au Royaume par exemple, un programme similaire existe et est soutenu par le Gouvernement depuis 2012. Mais l'alternative, au regard aussi de la maturité du projet self data,  ne serait-elle pas d'en faire déjà une approche complémentaire à d'autres initiatives de la smart city [4] comme cela a été fait à Nantes par exemple?  

[1] Christine Tréguier, Le Self data: une autre façon d'utiliser nos données personnelles, 16 mai 2018. 

[2] La Fing, Publication du "kit de self data territorial", 11 octobre 2019, 

[3] La CNIL, Smart city et données personnelles: quels enjeux de politiques publiques et de vie privée? , 12 octobre 2017.

[4] Lucas Boncourt/ EVS pour Localtis dans Infrastructures numériques, données smart city, La maîtrise des données urbaines, enjeu central de la smart city,  12 septembre 2019.







mercredi 20 février 2019

Comment les générations considèrent-elles le livre numérique ?

Le livre numérique représente toujours une faible part des ventes de livres en France, même si elle est en progression. Les jeunes (15-25 ans) et les plus âgés (plus de 50 ans) y ont cependant trouvé un intérêt particulier, ainsi que les habitants des petites villes.

Dans un contexte où les ventes de livres baissent lentement, mais de manière continue, le support papier conserve une place prépondérante : il représente 97% du marché total de livres en France en 2018. Toutefois, le livre numérique est en progression de 6%. [1]

Le livre numérique offre des présentations et des formats de plus en plus diversifiés. On peut le lire en streaming, via un ebook ou un livre audio ; et ceci en utilisant un smartphone, une tablette, un ordinateur, voire une liseuse numérique - mais ce type d'objet souffre aujourd'hui d'une baisse des ventes. [3]

Hors contenus professionnels et scolaires, le livre numérique offre moins de choix que le livre papier. Les beaux livres, les livres pratiques et la jeunesse y sont peu représentés. Les achats se concentrent donc sur la littérature générale et la littérature de genre (science-fiction, romance, polar). [2]

Le prix peut représenter un obstacle. En moyenne, en France il est de 7,40€, prix proche de celui du livre de poche. [2] Mais le consommateur serait incliné à penser qu'un livre numérique devrait coûter moins cher qu'un livre papier. [3]

Malgré ces inconvénients, certains types de lecteurs semblent particulièrement séduits par le livre numérique.

Plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans utilisent des livres numériques (en 2017), même si 83% d'entre eux continuent d'utiliser majoritairement le format papier. Pour ces jeunes, les formats numérique et audio sont complémentaires du papier. Pour la lecture des livres numériques, les jeunes plébiscitent leur smartphone (58%). La liseuse n’arrive qu’en 4ème position, derrière l’ordinateur portable (44%) et la tablette tactile (39%). [5]

Les jeunes utilisent également les livres numériques pour leurs études scolaires et universitaires. La réforme des programmes scolaires des années 2016 et 2017 a eu un effet notable sur la croissance de l’édition numérique scolaire (+38,2%) en 2017. [4]

Un autre type important d'acheteur du livre numérique est le lecteur de plus de 50 ans. Selon le panel de consommateurs de GFK, cela représente 39% des acheteurs de livres numériques en 2018. Il s'agit en fait surtout de gros lecteurs [1], consommateurs de romans pour leur plaisir personnel.

Si on s'intéresse au lieu d'habitation des lecteurs de livres numériques, on trouve une surreprésentation des villes de moins de 2000 habitants : un tiers de dépenses en livres numériques viennent de ces villes, signe que le livre numérique est venu compenser l'absence d'une librairie à proximité. [2]

Loin des marchés de masse, le livre numérique serait-il en train de conquérir des marchés de niche ?



[1] HUGUENY, Hervé, 2019. Le livre, défi générationnel. Livres Hebdo [en ligne]. 8 février 2019. [Consulté le 12 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/le-livre-defi-generationnel

[2] HUGUENY, Hervé, 2018. Le numérique progresse, le papier résiste. Livres Hebdo [en ligne]. 2 février 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/le-numerique-progresse-le-papier-resiste

[3] VINCY, Thomas, 2018. 2018 en 12 thèmes [6/12]: Le livre numérique en panne?? Livres Hebdo [en ligne]. 24 décembre 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.livreshebdo.fr/article/2018-en-12-themes-612-le-livre-numerique-en-panne

[4] SYNDICAT NATIONAL DE L’EDITION, 2018. Les chiffres de l’édition française en 2017. Syndicat national de l’édition [en ligne]. 3 juillet 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.sne.fr/actu/les-chiffres-de-ledition-francaise-en-2017/

[5] VINCENT-GÉRARD, Armelle et VAYSSETTES, Benoit, 2018. Les jeunes (15-25 ans) adultes et la lecture - Synthèse. calameo.com [en ligne]. 19 juin 2018. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.calameo.com/read/001828715ab2eafcee3ee
Résultats d’une étude réalisée pour Le Centre national du livre par Ipsos

[6] VINCENT-GÉRARD, Armelle et CHOMET, Natacha, [sans date]. Les français et la lecture 2017. calameo.com [en ligne]. [Consulté le 20 février 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.calameo.com/read/00182871576d4704a0a58
Résultats d’une étude réalisée pour Le Centre national du livre par Ipsos

mardi 20 novembre 2018

Le Big Data, nouvel eldorado des politiques de santé ?


Le 12 octobre 2018, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, se félicitait de la création d'un Health Data Hub, lequel s'inscrit dans la volonté de refondation de notre système de santé voulu par le président Macron. L'objectif de ce nouveau dispositif : "mettre le patrimoine mondial des données de santé au service de la recherche, des professionnels de santé, des citoyens [...] et de la puissance publique" (1). Un vaste programme, qui interroge certes la notion de protection de données personnelles... et qui invite à repenser le corps social ?

Le 12 juin 2018, dans la droite ligne de la stratégie nationale d'intelligence artificielle française portée par le rapport Villani, la ministre de la Santé annonçait le lancement de la mission de préfiguration d'une plateforme d'exploitation des données, mission confiée à Jean-Marc Aubert, directeur de la Drees (direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques).
Le rapport final, rendu public le 12 octobre dernier, présente la feuille de route de la mise en place du Health Data Hub, une plateforme destinée à collecter toutes les données et innovations dans le domaine de la santé. Son intérêt n'est pas seulement économique, mais souligne les bénéfices d'une médecine préventive et prédictive, d'un partage plus efficace des informations du patient par tous les intervenants de la santé. 

Quelques mois auparavant, la France adoptait le règlement général sur la protection des données personnels (RGPD). Les données de santé étant considérées comme sensibles, elles doivent être encadrées par des dispositions particulières, comme le rappelle la CNIL. Or, si le rapport de la Drees n'omet pas de souligner que la donnée n'est pas la propriété de son producteur, il ajoute toutefois qu'"en dehors du cadre strictement légal, il est nécessaire de procéder à la large diffusion de la culture de la donnée" (p. 20 du rapport). 

Des questions restent en suspens (qui pourraient d'ailleurs intéresser le Projet open data impact de la Fing). Quid de l'interopérabilité des données de santé entre le patient et les soignants ? Quid du cycle de vie de la donnée personnelle ? D'autant que, même si le cadre juridique français peut être considéré comme un des meilleurs, dans la société numérique, le droit est souvent dépassé par les progrès technologiques, comme le rappelle une juriste en droit public, sans parler de l'hétérogénéité des législations entre les nations (2). Ces questions entre éthique et juridique seront à l'ordre du jour du prochain Technolex 2018, qui se déroulera le 28 novembre prochain au collège des Bernardins, à Paris, sur le thème "Opportunités et nouvelles règles du jeu", avec un focus sur l'e-santé.


Sources :

(1) Citée par JOST C., "Agnès Buzyn crée un Health Data Hub : un guichet unique de partage des données de santé", Archimag, le 18-10-2018 [consulté le 19-11-2018],
http://www.archimag.com/univers-data/2018/10/18/agnes-buzyn-health-data-hub-guichet-partage-donnees-sante
(2) N'DA B., "L'encadrement juridique de la gestion électronique des données médicales", thèse de doctorat en droit public, université de Lille-2, http://www.theses.fr/2014LIL20022

mardi 13 mars 2018

Le Big Data au service de la solidarité

Comment les données du Big Data et les algorithmes risquent - si l'on n'y prend pas garde - de monétiser l'action sociale et solidaire sous couvert de rendre le monde meilleur.

Rappel

Le processus du Big Data est toujours le même. Des données sont extraites d’immenses bases de données, puis analysées par des algorithmes complexes avant d’être finalement utilisées pour la prise de décision [1].
Le Big Data est jusqu'à lors utilisé à des fins de prises de décision d'intérêts économiques ou de surveillance [2] pourtant certains voient dans le Big Data l'opportunité de rendre le monde meilleur !

Chrystèle Bazin [3], se demande si les méthodes du Big Data peuvent s'appliquer directement aux questions sociales et solidaires ? Et s'il existe un danger sur le terrain de la solidarité, en particulier au regard de la mesure de l’impact social des actions ?

L'auteure rappelle quelques utilisations du Big Data ; par exemple, l'analyse des données issues d'associations et de citoyens en contact avec des SDF permet de cartographier des zones afin de leur venir en aide et de mieux couvrir leurs besoins. Une autre possibilité à mettre à l'actif de l'utilisation des données collectées est le crowdsourcing solidaire qui permet à des personnes en détresse de se manifester après un tremblement de terre, comme ce fut le cas au Népal en 2015.

Entrepreneuriat social 

Pour collecter, agréger et analyser les données, des plate-formes comme Quakemap, Entourage ou encore Mutum ont vu le jour et agissent comme des structures associatives qui mettent en relation un besoin et une capacité d’entraide. Ces plateformes portées par un entrepreneuriat social dont les acteurs veulent « faire le bien en se faisant du bien ». Chrystèle Bazin se demande alors si l'utilisation que font ces acteurs des données pour réussir leurs missions modifie l’ensemble du secteur social et solidaire ? Et dans quel sens ?

Risque de monétisation de l’action sociale et solidaire

Car les données ne sauraient, sans danger, être le seul indicateur de la réussite d’une action. Le risque est en effet que l’efficacité d’une action sociale soit jugée au nombre d’euros qu’elle fera économiser à la collectivité - efficacité elle-estimée à partir des fameuses datas. Car en effet, le Big Data prenant de plus en plus d'importance, la mesure de l’impact social serait, à terme, issue des seuls calculs algorithmiques sans prise en compte de la réalité du terrain ni surtout du fait que l'action solidaire et sociale se mène sur le long terme.
La monétisation de l’action sociale et solidaire risque alors d’attirer les investisseurs désireux d'investir dans des projets à impact social positif sans intérêt réel pour la solidarité ni la dignité des personnes.

Dans le but d’éviter cette possible dérive, les acteurs sociaux et solidaires doivent s’approprier les tenants et les aboutissants du monde numérique dans le but d'en faire une nécessité pour nous tous.


Sources :

[1] Bastien. L. Dangers du Big Data : le Big Data fait-il plus de mal que de bien ? In LE BIG DATA [en ligne]. Publié le 22 mai 2017 [consulté le 12 mars 2018] <https://www.lebigdata.fr/dangers-du-big-data-2205>

[2] Bastien. L. La Chine veut faire revivre le socialisme grâce au Big Data ? In LE BIG DATA [en ligne]. Publié le 22 janvier 2018 [consulté le 12 mars 2018] <https://www.lebigdata.fr/chine-big-data-danger-occident>

[3] Bazin. Chrystèle. Les données peuvent-elles faire le « bien » ? In Usbek & Rica [en ligne]. Publié le 12 mars 2018 [consulté le 12 mars 2018] <https://usbeketrica.com/article/les-donnees-peuvent-elles-faire-le-bien>

lundi 23 octobre 2017

Les musées publics français entrent dans l'ère du big data: lancement du projet Data&Musée

L'entrée des musées publics français dans l'ère du big data a connu un tournant décisif avec le lancement le 27 septembre dernier du projet collaboratif Data&Musée. Il est mené par la société Orpheo, en partenariat avec les écoles TélécomSudParis et ParisTech. Il doit réunir sur une plate-forme unique et ouverte les données des institutions culturelles. Ce projet devrait permettre aux institutions d'élaborer des stratégies de développement, et d'améliorer l'expérience visiteur. (1)

La question de l'utilisation des big data dans les institutions culturelles publiques se pose depuis plusieurs années déjà, mais, selon un des acteurs du "tourisme digital", TOM, elle se heurte encore à un manque de moyens humains et aussi à une résistance d'ordre "moral", car elle est beaucoup reliée, dans les esprits, au monde de l'entreprise.

Des projets ont cependant émergé, à la suite des expériences mises en place par le Dallas Museum of Art et le Musée de la Chasse et de la Nature. Le premier avait en effet créé un programme d'adhésion permettant finalement d'envoyer des mails personnalisés aux visiteurs et le deuxième a installé un livre d'or numérique collectant un nombre d'informations beaucoup plus élevé qu'un livre d'or papier.

La cellule études et marketing de la RMN-Grand Palais a quant à elle mis en place, en 2016, un ambitieux programme de collecte et d'utilisation des données pour mieux connaître et fidéliser les visiteurs.(2)

Le projet Data&Musée, lui, va essentiellement concerner le Centre des Monuments Nationaux et Paris Musées, groupement de 14 musées parisiens. Outre les données "classiques" collectées par les institutions (statistiques de fréquentation par exemple), la mise en place d'un livre d'or intelligent, l'analyse des réseaux sociaux et un système de géolocalisation indoor sont prévus. Ce dernier permettra notamment de visualiser les parcours visiteurs et d'analyser les flux. (1)

Le but étant, à terme, de personnaliser l'expérience visiteur et de  développer des indicateurs de performance des musées, dans un contexte économique difficile et de subventions de plus en plus réduites.

(1) Site EchosDoc, 17 octobre 2017,


Consulté le 23 octobre 2017.

(2) Luczak-Rougeaux, Julia. Data:quels enjeux pour les musées, site TOM, 8 avril 2016,


Consulté le 23 octobre 2017.

(3) Site I'mTech,


Consulté le 23 octobre 2017.