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lundi 18 février 2019

Le projet Europeana : les enjeux

Avec 54 millions de documents recensés[1], Europeana s'affirme depuis sa création en 2008 comme un modèle de bibliothèque numérique, à l'instar de Gallica. Son accessibilité et la richesse des collections mises à disposition du public en font un gigantesque entrepôt de stockage numérique. Quel est l'esprit de cet outil numérique ? Est-il comparable à Wikipédia dans les présupposés idéologiques ? Quels projets emblématiques sont attachés à Europeana et quels aspects culturels met-elle en lumière ? 

 

1-LE CREUSET : LES "PRINCIPES" DE L'OPEN DATA

 

A l'origine du Big Data, il y a l'esprit ou l'idéologie participative [2] : les contributeur(trice)s sont invité(e)s à participer à un projet identifiant une communauté, que cette communauté soit soudée autour d'un projet collectif à nature financière (crowdfunding), culturelle (Wikipédia), ou informatique (Ubuntu, Linux). 

Dans le cas d'Europeana, l'aspect participatif du projet repose sur les campagnes de collecte de documents de toute nature susceptible d'enrichir la fameuse collection numérique.

A l'instar de Wikipédia, l'encyclopédie universelle et multilingue, Europeana est en libre accès et comporte un aspect participatif en amont : les particuliers peuvent contribuer à enrichir la bibliothèque par leurs dons. Forme originale d'enrichissement des collections, la collecte revêt un caractère démocratique par cette horizontalité au service d'un bien commun.
 

 

2-EUROPEANA AU SERVICE DE LA MEMOIRE


Les commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale ont été mis à profit au nom de l'open data : quoi de mieux qu'un événement historique pour mettre plus de 500000 documents de supports divers à disposition des internautes  ?

Cette forme d'archivage inédit a reçu un écho dans la presse spécialisée : la commémoration, de politique, est devenue culturelle [3]. Si la dimension de libre accès semble avoir atteint son but, le volet scientifique soulève des questions : comment s'assurer de la provenance exacte et authentifiée de certaines sources ? Les archivistes rencontrent cette difficulté au quotidien dans leur métier et mettent en oeuvre le principe de "respect des fonds", que les allemands transcrivent en "provenienzprinzip".  

Si les concepts de nation et d'Europe semblaient devenus absents et désincarnés, c'est peut-être dans la sphère culturelle qu'ils ont trouvé refuge. On assiste à l'élaboration d'une histoire européenne. 

3-PARTENARIATS ET MENACES

 

Le projet Europeana demeure constant et de nombreuses initiatives voient le jour [4], à l'exemple de cette consultation publique lancée en octobre 2017 afin de recueillir un avis des utilisateurs d'Europeana.

La plateforme reste un projet collectif qui a besoin de ressources humaines et institutionnelles comme piliers de soutien. A ce titre, la BNF a  participé à l'entreprise de numérisation évoquée plus haut, lors des commémorations de la Grande Guerre et décline son offre de coopération à travers des expositions virtuelles [5].

Les investissements européens devront être à la hauteur de l'ambition que porte le projet, modèle d'archivage ouvert qui a besoin de voies de financement.  




[1] PAZZAGLIA, Loana, Des profondeurs d'Europeana, faire vivre le patrimoine culturel, 4 février 2017 [En ligne], Lettres numériques.[Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse suivante : https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/des-profondeurs-d-europeana-faire-vivre-le-patrimoine-culturel/69501.


[2] BROUDOUX, Evelyne, CHARTRON, Ghislaine (dir.), Open data-big data : quelles valeurs, quels enjeux ?, Actes du Colloque "Document numérique et Société, Rabat, 2015 [Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse suivante : https://www.cairn.info/big-data-open-data-quelles-valeurs--9782807300316.htm.

[3] PATIN, Nicolas, Europeana 1914-1918 : une ressource numérique utile pour écrire l'histoire de la Grande guerre ?, Histoire@Politique, N°35, Mai-août 2018 [En ligne].  [Consulté le 18 février 2019]. Disponible à l'adresse : https://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=35&rub=sources&item=38.

[4] Site web de la Commission européenne, Participez à une consultation publique sur Europeana, 18 octobre 2017, [Consulté le 18 février 2019]. [En ligne]. Disponible à l'adresse : https://ec.europa.eu/france/news/20171018_consultation_europeana_fr : consultation publique.


[5] Site web de la BNF, Des services numériques pour l'Europe, Europeana et le centre de compétence IMPACT. [En ligne]. [Consulté le 18 février 2019].  Disponible à l'adresse : http://www.bnf.fr/fr/professionnels/cooperation_europeenne/a.europeana_tel_centre_impact.html.



mercredi 11 avril 2018

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF a 20 ans


Mise en ligne fin 1997 avec 20.000 documents, Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France fête aujourd'hui ses 20 ans avec plus de 4 millions de documents.

Histoire et enjeux d'un outil ambitionnant de devenir "la bibliothèque virtuelle de l'honnête homme."

La cinquième tour de la BnF

En lançant le projet  de création de la BnF en 1992, Jacques Attali, conseiller du Président François Mitterrand, proposait la construction d'une cinquième tour "virtuelle". Un groupe de travail conçoit Gallica en 5 ans qui sera inaugurée fin 1997. La bibliothèque numérique comporte à son ouverture 20.000 documents dont des images et des livres.

Les années 2000 : numérisation massive, partenariats et NOK Google

Au début des années 2000 une nouvelle version de l'outil proposant des accès thématiques est lancée. 
Cette première décennie est marquée par un courant de numérisation de masse  des grandes bibliothèques telles que celles de Bavière, de Gand, de Lausanne ou la British Library.
Souhaitant numériser massivement son fond documentaire, la BnF sollicite Google avec laquelle elle ne conclura finalement pas. Fut en cause, l'octroi des droits d'usages pendant 25 ans créant un monopole sur l'accès aux documents dont la BnF souhaitait garder l'accès, ou dans certains cas, le rachat de la forme numérisée des documents par la bibliothèque.
Gallica sera donc massivement étoffée grâce à des crédits publics, dont notamment ceux du Centre National du Livre qui a donné plus de 60 millions d'euros.
La fin des années 2000 a marqué un tournant via des partenariats. Avec plus de 350 partenaires sur le sol national et des projets de coopérations internationales comme Europeana Regia, Gallica contribue à l'enrichissement de différents fonds documentaires numériques.
Gallica est aussi proposé en marque blanche en mettant son infrastructure à disposition de Numistral, la bibliothèque francophone numérique, et Rotomagus en l'échange de collections numérisées.

Les usagers "gallicanautes" 

Avec environ 40.000 visiteurs quotidien Gallica met aujourd'hui à disposition plus de 1500 téra-octets de données.
Selon un sondage mené par la BnF, ils sont moins souvent étudiants que chercheurs ou amateurs retraités :
Les plus de 50 ans sont 65% des gallicanautes, représentant 47% de la population française générale. La consultation des séniors est en progression de 89% entre 2011 et 2016. Ces utilisateurs viennent sur la bibliothèque numérique à des fins personnelles ou de loisir.
A l'inverse les 15 - 49 ans sont 35% des gallicanautes représentant 53% population française générale.
A 77% le Gallicanaute recherche des documents sur l'histoire, à 44% sur la littérature, à 40% sur l'art, à 34% sur les sciences humaines et à 28% sur la généalogie.

Quel futur pour Gallica et les bibliothèques numériques ?

Avec un présent au futur, Gallica propose ses livres au format ePub et ouvre ses données via le portail data.bnf.fr. La bibliothèque est présente sur les réseaux sociaux. Des médias sonores et vidéos sont disponibles. et des applications Android et iPhone permettent un accès via les smartphones et les tablettes.
La BnF a demandé a Google de faire apparaître ses livres dans les résultats de Google Books, telles les vidéos de différents fournisseurs de vidéos via Google Vidéos.
Mais quels serait l'avenir de Gallica et des bibliothèques numériques ?
Avec le grossissement de la population digital native et le développement de l’expérience utilisateur, des profils basés sur les usages des gallicanautes seraient érigés et personnalisés.
Le gallicanaute serait accompagné et conseillé via son environnement personnalisé.
D'après Robert Darnton, ancien directeur de la bibliothèque d'Harvard et fan inconditionnel de Gallica, l'échanges de données entre bibliothèques permettra d'ouvrir le savoir à tous via une bibliothèque universelle.

Envie d'en apprendre davantage ?
- Allez sur gallica.bnf.fr
- Téléchargez l'App Gallica sur votre Tablette ou smartphone iOS ou Android

Sources : 

1. LISIECKI Sylvie | La Galaxie Gallica | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Pages 18 à 21
bnf.fr

2. KOCH Corine | Gallica s'ouvre à la vidéo | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 22
bnf.fr

3. DARNTON Robert - Propos recueillis par Sylvie Lisiecki  | Pour une bibliothèque numérique universelle | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 23
bnf.fr

4. Tribune | Et demain ? | Chroniques de la BnF n° 81 | Janvier - Mars 2018 | Page 24
bnf.fr

5. SIMEONE Christine | Gallica, la plus grande bibliothèque numérique, a 20 ans | 24 Mars 2018
franceinter.fr

6. TEXIER Bruno | Gallica, bientôt 20 ans et 16 millions de visites par an | 27 Juillet 2016
archimag.com