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mercredi 3 février 2021

Signal et Telegram profitent du dépit des utilisateurs de WhatsApp

Suite à l'annonce de changement de politique sur les données personnelles, des utilisateurs quittent WhatsApp notamment pour Signal. Cette dernière caracole en tête des applications téléchargées. S'agit-il d'un exode massif ou d'une simple vaguelette de départs ? Quelles sont les alternatives à WhatsApp? En effet, d'autres messageries sécurisées existent comme Telegram ou des acteurs français tel qu'Olvid, Skred ou Tchap. [1] 

 

Pour rappel, WhatsApp est « une application mobile multiplateforme qui fournit un système de messagerie instantanée chiffrée de bout en bout aussi bien via les réseaux de téléphonie que par Internet.» [Wikipédia]
 
Exode massif ou simple vaguelette de départs ? 
La question peut se poser après l'annonce, la semaine dernière, de WhatsApp de changer sa politique de partages de données. A compter du 8 février 2021, WhatsApp met à jour les termes de son service ainsi que ses règles relatives à la vie privée, et les utilisateurs qui ne les accepteraient pas, se retrouveraient tout simplement dans l'incapacité d'utiliser l'application. Face à ce changement à la hussarde, plusieurs personnes dont Elon Musk, Edward Snowden et Jack Dorsey ont appelé à abandonner WhatsApp pour un autre service de messagerie et notamment Signal [3].
 
 
Petite consolation : WhatsApp indique qu'elle va arrêter d'identifier les contacts de l'utilisateur qui n'utilisent pas son application. « Si l'un de vos contacts n'utilise pas encore nos services, nous gérerons ces informations pour vous de manière à ce que ces contacts ne puissent pas être identifiés par nous" a expliqué la société. Mais seront-ils si nombreux que cela à quitter le navire ? Le record d'appels vidéos et vocaux enregistrés par WhatsApp -1,4 milliard- rien que pour le 31 décembre 2020, laisse planer le doute.
 
 
Signal submergé par les demandes d'inscriptions
La décision de WhatsApp d'identifier la collecte et le partage de données de ses utilisateurs, qui ne concerne que les utilisateurs hors d'Europe, fait transpirer la toile. Suite à cette annonce, le sémillant fondateur Tesla Elon Musk n'y est pas allé par quatre chemins et s'est fendu d'un tweet aussi court que percutant : «Utilisez Signal.» Cause à effet ou non, le service de messagerie chiffré open source s'est rapidement retrouvé débordé par un afflux de demandes de création de comptes causant d'inhabituels délais de réception des codes de vérification d'activation. « On travaille avec les opérateurs pour résoudre cela le plus rapidement possible. Tenez bon.» [4]
 
 
Les alternatives à WhatsApp
Si Signal suscite un intérêt marqué, d'autres services de messagerie sécurisée peuvent profiter de l'affaire WhatsApp. En premier lieu, il y a Telegram qui a vu le nombre de téléchargements augmenter sensiblement depuis la fin de la semaine dernière. Pavel Durov, son fondateur et CEO, a expliqué dans un blog, «J'ai entendu dire que Facebook a un département entier qui consacre à comprendre pourquoi Telegram est devenu si populaire » et d'ajouter « Je suis ravi de faire économiser des dizaines de millions de dollars à Facebook en lui disant que le secret est le respect des utilisateurs. »
 
Et si vous passiez par des solutions « Made in France» ? Loin du tumulte de WhatsApp, il existe des services hexagonaux de messagerie sécurisée. La première est Olvid. La start-up propose une solution avec un système d'échange de clé (via 4 chiffres) pour chaque utilisateur promet le développement d'autres services prochainement. Parmi les autres solutions françaises, citons Skred,  proposée par le groupe Skyrock et son groupe Pierre Belanger. Elle a été développée avec l'aide de l'Inria et revendique 8 millions d'utilisateurs. Enfin, n'oublions pas la messagerie sécurisée de l'Etat français, Tchap. Après un retard à l'allumage, le projet développé à l'époque par la Dinsic s'installe dans plusieurs administrations notamment l'armée.
 
Reste maintenant à savoir si face aux 2 milliards d'abonnés de WhatsApp, les messageries alternatives vont réellement peser. Vont-elles bénéficier d'un effet d'aubaine face au changement de politique de la filiale de Facebook ? Il est peu probable que l'on assiste à un reversement des positions.[4] Face aux nombreux utilisateurs quittant WhatsApp, l'application mobile retarde sa politique de confidentialité. La messagerie instantanée a annoncé le 15 janvier 2021 un report de trois mois de leur entrée en vigueur. Ce délai lui permettra, d'après elle, de s'adresser avec sa communauté pour  dissiper toute confusion[5]. Pour justifier ce retard, WhatsApp avance que « beaucoup d'informations erronées ont circulé, ce qui a créé de l'inquiétude». [6]. Malgré cette annonce de renoncer à ses nouvelles conditions d'utilisation, les utilisateurs ayant quitté ou qui ont maintenu l'usage de WhatsApp, restent sceptiques en ce qui concerne le sort destiné à leurs données personnelles. Les autres applications alternatives à WhatsApp sont-elles meilleures en terme de gestion de données ? Le débat reste ouvert !

[1] CHEMINAT, Jacques. Signal et Telegram profitent du dépit des utilisateurs de WhatsApp. In  «Le monde informatique». [ En ligne]. Publié le 11 Janvier 2021. [Consulté le 26 Janvier 2021]. Disponible sur : « https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-signal-et-telegram-profitent-du-depit-des-utilisateurs-de-whatsapp-81596.html»

[2] Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/WhatsApp

[3]  CHEMINAT, Jacques. Signal et Telegram profitent du dépit des utilisateurs de WhatsApp. In "Le monde informatique". [En ligne]. Publié le 11 Janvier 2021. [Consulté le 26 Janvier 2021]. Disponible sur : « https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-signal-et-telegram-profitent-du-depit-des-utilisateurs-de-whatsapp-81596.html»

[4] FILLIPONE, Dominique. WhatsApp impose le partage de données privées à la hussarde. In "Le monde informatique". [ En ligne]. Publié le 08 Janvier 2021. [Consulté le 25 Janvier 2021]. Disponible au : « https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-whatsapp-impose-le-partage-de-donnees-privees-a-la-hussarde-81578.html»

[5] LAUSSON, Julien. WhatsApp retarde finalement ses nouvelles règles controversées. In  « Numerama". [ En ligne]. Publié le 18 Janvier 2021. [Consulté le 24 Janvier 2021]. Disponible au 
 « https://www.numerama.com/tech/682941-les-utilisateurs-fuient-whatsapp-lapp-retarde-ses-nouvelles-regles-controversees.html»
[6] Ibidem. 

mercredi 18 novembre 2020

Le poids informationnel de WhatsApp remarqué dans le cadre de l’information sur le coronavirus

Le 18 mars 2020, WhatsApp a annoncé, un partenariat avec l'OMS ainsi qu'une donation d’un million de dollars à l’International Fact-Checking Network (IFCN) du Poynter Institute. [1]


WhatsApp, pédagogue et actif en matière de lutte contre les fausses informations…

WhatsApp est une application de messagerie pour mobile ou ordinateur. Elle est possédée par Facebook depuis son rachat en 2014 [2]. Sur une page de son site internet, WhatsApp explique comment utiliser l’application, s’adressant notamment aux « responsables publics locaux » comme les membres du corps médical, les enseignants et les entreprises [3].
Vous y trouverez un lien qui dirige vers le canal de conversation propre à l’OMS [4], disponible en français depuis le 27 mars 2020 [5]. Pour rejoindre la conversation, l’utilisateur doit installer l’application WhatsApp et envoyer « salut » au +41 22 501 72 98. Cette conversation est destinée à tout le monde, aussi bien aux professionnels de santé qu’aux particuliers soucieux d’être informés aux mieux des nouvelles concernant la Covid19 [5].

Au-delà de son partenariat avec l’OMS, WhatsApp a effectué une donation d’un million de dollars à l’International Fact-Checking Network (IFCN) [1]. Cet organisme appartient au Poynter Institute, une école de journalisme américaine à but non lucratif, très investie dans la vérification des faits [6]. L’IFCN propose notamment une page internet renvoyant à des sources vérifiées, signataires d'un code de principes sur lesquels veille l'organisme [7]. Via WhatsApp, l’IFCN propose également un « bot de vérification ». De même qu’avec l’OMS, un canal de discussion propre à l'IFCN a été mis en place pour n’importe quel interlocuteur souhaitant vérifier une information. Pour utiliser ce service, il faut télécharger l’application et rejoindre la discussion au numéro de téléphone correspondant à celui de notre pays [8].

...et non sans raison

Il n’échappe à personne que ces services d’information en partenariat avec l’OMS et l’IFCN invitent les personnes qui ne sont pas utilisatrices de la messagerie à la télécharger [4] [8]. WhatsApp est gratuit mais cherche à augmenter son nombre d’utilisateurs. Aujourd’hui, l’application a dépassé la barre colossale des deux milliards d’utilisateurs dans le monde [9].

En renforçant sa pédagogie à propos de la fiabilité des sources d’information, WhatsApp donne de réelles clés à ses utilisateurs et remplit son devoir envers eux et en tant qu’entreprise responsable. Que l’on soit ou non en faveur de la plateforme de messagerie, force est d’admettre qu’elle a déployé de remarquables efforts pour faciliter à ses utilisateurs l’accès à une information vérifiée.

Cette dynamique de méfiance face aux informations délicates et non-vérifiées est d’autant plus nécessaire que les fausses informations et les arnaques se propagent rapidement sur la plateforme. Une personne mal intentionnée peut rédiger un message malveillant et compter sur la naïveté ou la bonne volonté des utilisateurs pour se laisser tromper [10]. 

Personne n'est à l’abri de recevoir un message d’un expéditeur inconnu. Au mieux, c’est une erreur et rien de grave ne s'en suit. Mais cela peut aussi être une fausse information ou une information invérifiable qui se propage sur la toile (un « hoax »), auquel cas il en va de la responsabilité de chacun de se garder de la diffuser à son tour. Plus gênant encore, un message d’origine inconnue peut être malveillant et avoir pour but de récupérer certaines de vos données personnelles (« phishing » ou « hameçonnage ») ou d’installer un virus sur votre téléphone ou votre ordinateur.

Quelques exemples de fausses informations ou de messages malveillants mises en œuvre via l’application WhatsApp [10] :

- Message indiquant qu’une version améliorée et payante de WhatsApp appelée « Gold » va sortir, incitant à cliquer pour y avoir accès [11].

- Message contenant un lien vous renvoyant soi-disant vers le code de vérification de votre compte. [10]

- Message contenant des bons d’achat [10].

- Message proposant d’appeler un numéro de téléphone au motif que l'utilisateur aurait demandé à transférer son numéro vers un autre appareil [10].

En dehors du fait que ces messages sont des arnaques, quel est le point commun des exemples cités ci-dessus ? 

Ils incitent tous l’utilisateur à passer à l’action, comportent un « call-to-action », poussant à transférer un message, à télécharger une pièce ou à cliquer sur un lien [12]. En cliquant, l’utilisateur prend le risque de télécharger un logiciel malveillant ou d’être redirigé vers un espace où il devra renseigner des informations personnelles.

Quelle posture adopter en cas de doute [10] [11] [12]
 ?
Ne pas cliquer sur les liens ou les documents contenus dans le message
.
Vérifier l’information auprès de sources fiables
 [3] [7].
Ne pas transférer le message [3]. Si vous souhaitez alertez vos proches à propos d’un message malveillant qui circule sur WhatsApp, rédigez vous-même un message qui ne comportera alors aucun lien ni aucune consigne appelant votre destinataire à une action nuisible.


 

 Mise en perspective et enjeux actuels

La messagerie est une plateforme d’intermédiation. Elle ne produit rien, mais permet de mettre en relation des acteurs. Ce positionnement a fait le succès des plateformes numériques d’intermédiation les plus connues. Amazon et Netflix — qui sont désormais aussi des producteurs de biens matériels et de films — sont avant tout de simples plateformes d’intermédiation mettant des personnes en relation, tout comme Uber, Facebook et Airbnb. Ces plateformes sont propriétaires des données primaires renseignées consciemment par les utilisateurs, et secondaires, traces laissées par l’activité de l’utilisateur [13 p.53].

L'accès aux données utilisateurs des plateformes d’intermédiation — moteurs de recherche, réseaux sociaux, sites internet étrangers — constitue un enjeu géopolitique majeur :
    

    « Pour des raisons historiques et politiques, l’Europe a peur des données. Elle voit dans la société de l’information une immense menace qu’il convient de circonscrire, et qui semble inhiber toute vraie ambition, sans se rendre compte que moins on développe l’industrie de l’information, plus nos données quittent le territoire. » [13 p.45]

    « Grâce à l’analyse des requêtes sur son moteur, Google sait, ou est en capacité de savoir, plus de choses que l’Insee sur la France. » [13 p.46]

Les coopérations WhatsApp - OMS et WhatsApp - IFCN témoignent du poids informationnel endossé par les GAFAM dans la société civile et nous rappelle l'enjeu géopolitique de la propriété des données utilisateurs, qui ne revient actuellement pas aux États mais à une entreprise privée, en l’occurrence nord-américaine.   

Finalement, il est une nécessité pour tous les utilisateurs de se former non seulement à l’utilisation mais aussi à la compréhension des outils numériques afin de mieux appréhender la complexité du monde actuel et de s’en protéger. Ce besoin est en partie comblé par les acteurs du numérique eux-mêmes comme nous l’avons vu ici dans le cas de WhatsApp. Mais en définitive, il relève de la responsabilité de chacun de maîtriser les outils numériques en ayant conscience des enjeux liés aux données primaires et secondaires.

 

 Références bibliographiques :

[1] Programme des Nations Unies pour le Développement. COVID-19 : l’OMS, l’UNICEF et le PNUD s’associent à WhatsApp. En ligne sur undp.org. Publié le 18 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.undp.org/content/undp/fr/home/news-centre/news/2020/COVID-19_WHO_UNICEF_UNDP_Partner_with_WhatsApp_to_Get_Real_Time_Health_Information_to_Billions_around_the_World.html>


[2] WELCH, Chris. Facebook is buying WhatsApp for $16 billion. En ligne sur theverge.com. Publié le 19 février 2014 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.theverge.com/2014/2/19/5427332/facebook-is-buying-whatsapp>


[3] WhatsApp. Comment WhatsApp peut vous aider à rester connecté(e) pendant la pandémie de coronavirus (COVID-19). Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.whatsapp.com/coronavirus?lang=fr>
 

[4] WhatsApp. Discuter sur WhatsApp avec World Health Organization. Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://api.whatsapp.com/send/?phone=41798931892&text=hi&app_absent=0>
 

[5] Organisation Mondiale de la Santé.Le service d’alerte sanitaire WhatsApp de l’OMS désormais disponible en français. Publié le 27 mars 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.who.int/fr/news-room/feature-stories/detail/who-health-alert-brings-covid-19-facts-to-billions-via-whatsapp>
 

[6] Poynter. The International Fact-Checking Network. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.poynter.org/ifcn/>
 

[7] IFCN-Poynter. Verified signatories of the IFCN code of principles. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://ifcncodeofprinciples.poynter.org/signatories>
 

[8] WhatsApp. Organisations spécialisées dans le fact checking IFCN sur WhatsApp. Publié le en 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://faq.whatsapp.com/general/ifcn-fact-checking-organizations-on-whatsapp/?lang=fr>
 

[9] GAUDIAUT, Tristan. WhatsApp atteint le cap des 2 milliards d'utilisateurs. Publié le 14 février 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://fr.statista.com/infographie/amp/20836/nombre-utilisateurs-actifs-mensuels-whatsapp/>
 

[10] STRAUSS, Alina. Les escroqueries les plus courantes sur WhatsApp. En ligne sur tophebergeur.com. Mis à jour le 12 octobre 2020 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.webblog.tophebergeur.com/les-escroqueries-les-plus-courantes-sur-whatsapp.html>
 

[11] CHAMBERS, Georgia. WhatsApp Gold virus 2019: The ‘martinelli’ message explained. En ligne sur EveningStandard.uk. Publié le 28 novembre 2019 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://www.standard.co.uk/tech/whatsapp-gold-virus-martinelli-message-explained-a4030661.html>
 

[12] Sophos News. WhatsApp Gold : comment détecter un hoax sur les réseaux sociaux ?. En ligne sur sophos.com. Publié le 11 janvier 2019 : [consulté le 18 novembre 2020] <https://news.sophos.com/fr-fr/2019/01/11/whatsapp-gold-comment-detecter-hoax-reseaux-sociaux/>
 

[13] FRÉNOT, Stéphane et CRUMBACH, Stéphane. Les données sociales, objets de toutes les convoitises. Revue Hérodote, Cyberespace : enjeux géopolitiques, n°152-153, 2014, pages 43 à 66. [consulté le 11 novembre 2020] <http://www.cairn.info/revue-herodote-2014-1.htm>

dimanche 24 mars 2019

Elections européennes et cyber-sécurité : l'Espagne démarre en tête

Premières élections célébrées dans le nouveau contexte sécuritaire et les plus surveillées depuis 40 ans : le 26 mai prochain des centaines de millions de citoyens sont appelés aux urnes pour élire 705 eurodéputés. Alors que l'Union Européenne appelle les 27 pays membres à blinder la campagne des européennes contre les cyber-attaques et les fake news, l'Espagne applique les directives en avant-première.

Les Oscars de la désinformation (Source : EU vs. Disinfo)
Dans la lutte pour la cyber-sécurité européenne, chacun des 27 pays membres est responsable de son processus électoral et doit veiller à mettre en place les préconisations de l'Union. Pour cela, les pays peuvent recourir, entre autres, à deux outils institutionnels communautaires en ligne. Hybrid CoE, basée à Helsinki, est une plateforme ouverte aux pays membres de l'OTAN et de l'UE destiné aux échanges de connaissance par la publication de rapports de recherche et d'analyse. Elle propose également des stratégies et des formations ciblées, et favorise les bonnes pratiques pour la lutte contre cette "menace hybride". 

De son côté, le corps diplomatique européen, épaulé par ses services d'information, a lancé EU vs Disinfo, une base de données alimentée par l'UE et par ses états membres, qui publie, étudie, analyse, diffuse et classe les données recueillies avec moteur de recherche (par date, titre, média et pays). Le site dispose également d'un flux d'alerte sur des menaces potentielles contre un ou plusieurs territoires. Un graphisme décalé et un registre léger, qui reste journalistique, montrent le dynamisme de la démarche promue par les services de politique extérieure.

Mais en février dernier, au moment où l'UE renforçait ses directives anti-fake news en vue de l'appel aux urnes, Pedro Sánchez, le socialiste à la tête de l'exécutif espagnol, n'a d'autre issue que de convoquer des élections présidentielles : ce sera le 28 avril, un mois avant les élections municipales et autonomiques qui seront célébrées en même temps que les européennes, le 26 mai. 

Jusqu'ici peu réceptive à la problématique de désinformation -la manipulation informative émanant de la Russie en 2014 se situait très loin de Madrid- la crise catalane a confronté l'Espagne à un phénomène similaire lors du pseudo-référendum indépendantiste. Le gouvernement espagnol s'est donc dépêché d'appliquer la stratégie préconisée par l'UE avant l'heure, afin de protéger la campagne présidentielle du mois prochain. 


Collage : Luis Parejo (Source : www.elmundo.es)
D'une part, le Ministère de l'Intérieur espagnol a mis en ligne un Guide national de notification et de gestion des cyber-incidents dans lequel il identifie 38 types d'incidents possibles, classés en dix catégories. Des descriptions et des exemples pratiques, destinés à orienter les communications et à faciliter l'analyse, la contention et la suppression du cyber-incident, sont accompagnés de graphiques, de tableaux récapitulatifs et de schémas explicatifs. L'Espagne devient ainsi le premier pays de l'UE à se doter d'un cadre normatif unique en la matière, destiné à clarifier et à renforcer la transposition de la loi sur la sécurité des réseaux et des systèmes d'information.

Par ailleurs, une centaine d'agents de police ont été affectés à une cellule dont le travail exclusif est de passer au crible aussi bien les sources ouvertes -réseaux sociaux, messageries, forums, blogs et sites web- que les sites hébergés dans le deep web -très prisé par les collectifs "anti-système"- afin de prévenir les cyber-attaques contre les organismes d'Etat. Cette petite armée cyber-sécuritaire divise en trois les menaces cybernétiques : celles contre le système informatique de décompte des votes, les fake news (classifiées selon leur degré de dangerosité) et les cyber-attaques contre les partis politiques et les administrations publiques. 

Un rapport hebdomadaire est désormais rendu au gouvernement, qui décide de la marche à suivre au cas par cas. Les campagnes de désinformation, par exemple, sont traitées soit par la publication directe de communiqués, soit en faisant appel à la presse traditionnelle pour rétablir les faits. Mais l'exécutif espagnol exprime une inquiétude particulière pour des applications telles que Whatsapp, dont l'Espagne est très adepte. Un moyen de diffusion direct, difficilement traçable et peu onéreux, déjà abondamment utilisé par le parti d'extrême droite Vox. 

Alors que les fake news inquiètent 80% des espagnols (face à la moyenne européenne de 76%), 36% de la population utilise Whatsapp comme source principale d'information (contre 6% en France), d'après une étude de l'Institut Reuters. L'actuel président du Brésil a d'ailleurs mené sa campagne présidentielle par voie de cette messagerie instantanée, parfaite pour la propagande nationaliste selon les analystes : 61% de ses votants ont suivi la campagne présidentielle sur Whatsapp. Après les élections, le journal Folha de São Paulo a dévoilé le résultat de son décompte : 97% des informations partagées par les partisans de Bolsonaro pendant la campagne étaient manipulées, ou fausses. 

Sources :

EU prepares itself to fight back against hostile propaganda | News | European Parliament, 2019. [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20190307IPR30695/eu-prepares-itself-to-fight-back-against-hostile-propaganda

Action Plan against Disinformation, [sans date]. EEAS - European External Action Service - European Commission [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/54866/action-plan-against-disinformation_en

Portada, [sans date]. Ministerio del Interior [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.interior.gob.es

BOE.es - Documento consolidado BOE-A-2018-12257, [sans date]. [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.boe.es/buscar/act.php?id=BOE-A-2018-12257

De Bolsonaro a Vox: cómo WhatsApp ha llegado a ser el arma más eficaz de propaganda política, 2019. ELMUNDO [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.elmundo.es/papel/historias/2019/01/05/5c2f91a8fc6c834e478b45dc.html

LÓPEZ-FONSECA, Óscar, 2019. Cien policías blindarán el 28-A contra bulos y ataques informáticos. El País [en ligne]. Madrid, 15 mars 2019. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://elpais.com/politica/2019/03/14/actualidad/1552571931_168409.html

ABELLÁN, Lucía, 2019. El 80% de los españoles se inquieta por las noticias falsas. El País [en ligne]. Madrid, 7 mars 2019. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://elpais.com/politica/2019/03/06/actualidad/1551901602_791213.html

EU vs DISINFORMATION, [sans date]. EU vs DISINFORMATION [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://euvsdisinfo.eu/

BBC - New BBC research shows nationalism is driving the spread of fake news - Media Centre, [sans date]. [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.bbc.co.uk/mediacentre/latestnews/2018/bbc-beyond-fake-news-research

Under Pressure From The Power, 2018. Folha de S.Paulo [en ligne]. [Consulté le 24 mars 2019]. Disponible à l’adresse : https://www1.folha.uol.com.br/internacional/en/ombudsman/2018/12/under-pressure-from-the-power.shtml

Analysis by Country, [sans date]. Digital News Report [en ligne]. [Consulté le 23 mars 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.digitalnewsreport.org/survey/2018/analysis-by-country-2018/

WIGELL, Mikael, 2019. Hybrid interference as a wedge strategy: a theory of external interference in liberal democracy. International Affairs. 1 mars 2019. Vol. 95, n° 2, pp. 255‑275. DOI 10.1093/ia/iiz018.