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dimanche 12 juillet 2020

L'Institut des Systèmes Complexes publie une série de cartographies interactives d'études liées au Covid-19[1] grâce à la plate-forme Gargantext.

Gargantext[2] est une plateforme web collaborative, développée en open source par l'Institut des Systèmes Complexes Paris Ile de France (ISC-PIF). Elle permet l'exploration de gros volumes de documents non structurés à partir de son moteur de traitement automatique des langues et de puissants outils de visualisation de données. 
Gargantext a été créé au sein de l'ISC-PIF[3], par une équipe réunie autour d'un noyau de chercheurs et de développeurs tels que David Chavalarias directeur de l'ISC-PIF, le sociologue/développeur Alexandre Delanoë[4] et le développeur Simon Murail. L'initiative associe l'ISC-PIF et le Centre d'Analyse des Mathématiques Sociales. Elle est financée par École des Hautes Études en Sciences Sociales, l’École des Mines, ParisTech, l'Institut Pasteur, et l'Institut Mines Telecom[5].

Curieuse discipline que celle de l'étude des systèmes complexes. Un article paru dans la revue Hermès en 2011 et cosigné par des chercheurs de l'Institut des Systèmes Complexes de Lyon, Éric Bertin, Guillaume Beslon, Olivier Gandrillon, Sébastian Grauwin, Pablo Jensen et Nicolas Schabanel, définit la raison d'être de leur institut de la manière suivante:

« Nous appellerons « complexe » une approche qui vise à comprendre comment la dynamique d'interaction entre des entités micro parvient à créer une unité à un autre niveau d'observation macro. […] Nous défendons l'idée qu'une bonne pratique des « approches complexes » ne peut se faire que dans le cadre d'une interdisciplinarité équilibrée. Or, si l'interdisciplinarité est souvent invoquée par les politiques scientifiques, force est de constater que, dans les faits, les conditions de sa mise en pratique sont loin d'être réunies ; probablement parce que les difficultés de l'interdisciplinarité sont souvent sous-estimées. Au-delà de l'imprécation classique « l'interdisciplinarité passe par la définition d'un langage commun », ce sont l'ensemble des pratiques culturelles qui diffèrent d'une discipline à l'autre.[6] » .
 
Cet accent sur l'interdisciplinarité se retrouve aussi dans la présentation de l'ISC-PIF : « Crée en 2005, L’ISC-PIF est une unité de service et de recherche du CNRS dédiée au développement inter-institutionnel et inter-disciplinaire de la recherche sur les systèmes complexes[7] ».
L'utilisation d'outils cartographiques en adéquation avec l'approche micro/macro, facilite donc l'interdisciplinarité. Elle présente sans distinction de spécialités un ensemble de plus de 6500 études sur les coronavirus, parues depuis les années 2000, classées par thèmes et occurrences retrouvés par les outils de text mining et de natural language processing de Gargantext. David Chavalarias explique ainsi que :

 « En montrant explicitement les liens qui existent entre des termes utilisés par des communautés différentes, ces visualisations peuvent pousser les scientifiques à échanger leurs idées pour avancer. C'est d'ailleurs souvent à l'intersection entre les spécialités que se font les découvertes importantes. Dans ce sens, j'ai réalisé le 5 avril, à partir de près de 17 000 articles publiés là aussi sur les vingt dernières années, une autre carte qui synthétise la recherche sur les antiviraux de manière large. Sur cette carte, le coronavirus est un domaine parmi d'autres et l'idée est de visualiser les recherches qui se font ailleurs (herpès, cancer...) pour éventuellement trouver des réponses propres au Covid-19 [8]».  

Outil de travail bibliographique pour le chercheur, cette carte met en valeur les communautés thématiques des recherches sur le coronavirus. Elle est construite à partir des occurrences de thèmes communs aux différents textes. La taille des points est proportionnelle à la fréquence d'apparition de termes représentatifs du corpus.
Cartographie des recherches liées aux Coronavirus. Crédit: David Chavalarias

Les personnes intéressées par Gargantext pourront trouver ici une présentation de l'outil pour la veille, l'analyse de données brutes et leur organisation sous forme de cartes sémantiques : https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf [9].

On trouvera de même, à cette page, un tutoriel pour une utilisation sur les bases de données linguistiques du Crisco : http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865 [10].


[1] Cartographie des connaissances liées au coronavirus – David Chavalarias Homepage, https://iscpif.fr/chavalarias/?p=1712, consulté le 12 juillet 2020.
[2] Gargantext – Text analytics software from ISC-PIF CNRS, https://iscpif.fr/gargantext/, consulté le 12 juillet 2020.
[3] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[4] Delanoë Alexandre, 25 novembre 2016, Vidéo : Des outils pour un état de l’art, https://iscpif.fr/2016/11/11543/, consulté le 12 juillet 2020.
[5] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France, About – Gargantext, https://iscpif.fr/gargantext/about/, consulté le 12 juillet 2020.
[6] Bertin Éric, Gandrillon Olivier, Beslon Guillaume, Grauwin Sebastian, Jensen Pablo et Schabanel Nicolas, 2011, « Les complexités : point de vue d’un institut des systèmes complexes », Hermes, La Revue, 2011, n° 60, no 2, p. 145‑150.
[7] Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France – Un Institut par et pour les chercheurs, https://iscpif.fr/, consulté le 12 juillet 2020.
[8] Bourdet Julien, 2020, Visualiser la recherche sur le coronavirus en un coup d’œil, https://lejournal.cnrs.fr/articles/visualiser-la-recherche-sur-le-coronavirus-en-un-coup-doeil , 22 avril 2020, consulté le 12 juillet 2020.
 La cartographie des essais cliniques est visible à cette page : Chavalarias David, Mapping of Coronavirus Clinical Trials, http://maps.gargantext.org/maps/clinicaltrials/, consulté le 12 juillet 2020.
[9] Leitzelman  Mylène, Présentation de Gargantext, https://www.istex.fr/wp-content/uploads/2018/12/Pr%C3%A9sentation-de-Gargantext-Mylene.pdf, consulté le 12 juillet 2020.
[10] Chardon Laurette, 2019, CRISCO - Université de Caen Normandie - Lettre d’actualités n°7 du DES, UNICAEN, http://crisco.unicaen.fr/dictionnaire-electronique-des-synonymes/actualites-des/lettre-d-actualites-n-7-du-des-novembre-2019--995922.kjsp?RH=1530619460865, novembre 2019, consulté le 12 juillet 2020.

dimanche 2 février 2020

« Faire vivre la cartographie » : une étude pour le GIS CollEx-Persée

Le GIS CollEx-Persée [1] a mis en ligne le 6 janvier 2020 une étude réalisée par Six et Dix [2] intitulée : Recueil des attentes et des usages potentiels des responsables documentaires et des communautés de chercheurs, vis à vis d’un outil de cartographie documentaire et scientifique, pour le GIS CollEx-Persée. Grâce à une enquête auprès de bibliothèques délégataires et associées, de chercheurs et de professionnels de l’information, il s’agissait de déterminer si un besoin de cartographie était avéré. [3]

Le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) CollEx-Persée est un réseau d’établissements et d’opérateurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que de la Bibliothèque nationale de France. Il est formé par les collections d’excellence qui y sont présentes ainsi que de structures qui possèdent des fonds labellisés. [4]
L’étude réalisée par Six et Dix n’a pas pour objet de mener une réflexion sur la cartographie en tant que «découpage» [5] ou sur « la dimension partisane de la carte » par exemple.
Elle souligne que l’enjeu d’un système de cartographie documentaire et scientifique serait de valoriser le concept de « fonds » en en donnant une définition très large et en soulignant ses différentes natures pour donner aux chercheurs une vision plus synthétique de ce qui leur est offert.

Un groupe de travail « cartographie », copiloté par l’Abes et la BnF, associées aux bibliothèques du réseau, a d’abord été créé. Il visait à « déployer une cartographie dynamique croisant gisements documentaires et laboratoires de recherche, y associer des référentiels et en assurer le référencement sur le web », la priorité étant « d’améliorer la visibilité des collections par la cartographie et le référencement ».

L’objectif de l’étude :
. Définir les usages potentiels d’un outil cartographique croisant gisements documentaires et laboratoires de recherche (« portail Cartographie CollEx ») en recueillant les attentes des bibliothèques du réseau et des chercheurs sur la base d’entretiens semi-directifs.
. Etablir un état des référencements disciplinaires existants, en France et à l’international.
. Produire des recommandations opérationnelles permettant de décider de la mise en œuvre d’un outil cartographique.

Une synthèse des besoins auprès des publics cibles, les personnels des bibliothèques ou de tout établissement gestionnaire de fonds, les chercheurs ou professionnels de l’information, permettra de réaliser un des enjeux du système : « contribuer à rapprocher ces deux communautés d’utilisateurs » en mesurant les écarts entre les besoins de ces publics.
D'autre part, « le système de cartographie sera alimenté par chargement, moissonnage ou APIs à partir de systèmes de gestion existants. »

En prenant en compte la source des données possibles, l’étude a permis de dégager trois scénarios de mise en œuvre d’une cartographie des fonds, le premier consistant à adapter le Répertoire du CCFr, le second à adapter SCANR et le troisième à adapter un nouvel outil indexant les données du Répertoire du CCFR et de SCANR, sans modifier les interfaces utilisateurs de ces deux outils.

Si certains points restent en suspens, les préconisations sont dans l’esprit de démarches partagées et de mutualisation des moyens qui caractérisent le GIS, visant dans ce cas précis à rapprocher les personnels de bibliothèques et de gestion de fonds avec les chercheurs ou les professionnels de l’information.

[1] COLLEX-PERSEE. Appel à projets 2019-2020. Disponible en ligne. [Consulté le 02/02/2012] : <https://www.collexpersee.eu/appel-a-projets/>

[2] SIX&DIX.  Conseil en organisation et en systèmes d’information. Disponible en ligne. [Consulté le 02/02/2012] : <https://www.sixetdix.com/>

[3] SIX&DIX. Recueil des attentes et des usages potentiels des responsables documentaires et des communautés de chercheurs, vis à vis d’un outil de cartographie documentaire et scientifique, pour le GIS CollEx-Persée. 06/01/2020. Disponible en ligne. [Consulté le 02/02/2012] : <https://www.collexpersee.eu/etude-pour-un-outil-de-cartographie-documentaire-et-scientifique-collex-persee/>  <https://www.collexpersee.eu/wp-content/uploads/2020/01/Cartographie-CollEx-Pers%C3%A9e-Synth%C3%A8se-Etude-site-web-janvier-2020.pdf>

[4] BNUSTRASBOURG. Le GIS CollEx-Persée. Disponible en ligne. [Consulté le 02/02/2020] : <https://www.bnu.fr/fr/le-gis-collex-persee>

[5] La question de la cartographie disciplinaire comme « découpage de la recherche en spécialités » a fait l’objet d’une journée d’études sur la culture numérique.
BLOGDUSEMINAIRE. Interdisciplinarités & humanités numériques Carnet de recherche du séminaire IRIHS - Humanités Numériques. In(ter)disciplinarité(s) au prisme des humanités numériques, organisée par l’Université de Rouen-Normandie et l’IRIHS. 10/12/2019. Disponible en ligne. [Consulté le 02/02/2020] : < https://indisciplineshn.sciencesconf.org/>

lundi 9 janvier 2017

Google, moteur de recherche cartographique universel ?


Il y a 12 ans Google s’est lancé dans les services cartographiques avec le calcul d’itinéraire, la vision  satellite, les vues photographiques à  360 ° d’un lieu. Google Maps est désormais entièrement utilisable hors-connexion afin de faciliter son expansion dans les pays en voie de développement numérique. Un futur monopole mondial  se dessine.

Google Maps est de plus en plus utilisé comme référence. Or, il faut savoir que les tracés frontaliers des Etats sont adaptés à l’Etat commanditaire.
Si vous êtes indiens, pakistanais ou chinois, vous ne verrez pas les mêmes frontières représentées. Google s’adapte à ce que veut le régime: les territoires revendiqués sont intégrés au territoire national (dans notre exemple, l’Arunachal Pradesh, l’Azak Kashmir, le Gilgit-Balistan, la frontière nord du Bhoutan, l’Aksai Chin).

Ci-dessous, la vision de Google India :
https://www.google.co.in/maps/@30.6757157,81.5625005,5z
et la vision de Google China :
http://www.google.cn/maps/@25.7298725,77.4327017,5z
Google agit pour accéder à de nouveaux marchés, en ne voulant pas froisser les autorités en adhérant à leur vision nationale. "Dans les pays où nous avons une version locale de nos services, nous nous conformons aux lois locales", comme le souligne Google.

Google ignore les cartes publiées par les Nations Unies, 198 pays y adhérent. 
Ces cartes sont des outils juridiques internationaux qui font référence et qui ont besoin d’être renforcés.

"Dans l'histoire, le meilleur cartographe, un titre longtemps revenu à l'Empire britannique, était souvent aussi la première puissance mondiale", notait le journaliste John Gravois
Il faut se souvenir que Google est une entreprise commerciale et qu’il est toujours possible d’utiliser des alternatives : 
  • Les cartes des Nations Unies ou du Ministère des affaires étrangères pour la délimitation des frontières internationales, 
  • OpenStreetMap, autant que possible, dont il faut saluer le rapprochement avec l’IGN. 
Ce sont de bonnes pratiques, en attendant "les états généraux du web indépendant" comme le préconise Olivier Ertzscheid dans son blog affordance.info.


Sources:
Victor, Jean-Cristophe, France culture, "Comment Google dessine sa carte du monde" du 28 décembre 2016, consulté le 09/01/2017

Ertzscheid, Olivier, Affordance.info de "Pour des états généraux du web indépendant" du 18 décembre 2016, consulté le 09/01/2017

Vilars, Timothée, L'OBS, article "Google Maps, des frontières à la carte pour ne froisser personne" du 06 juin 2015, consulté le 09/01/2017