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samedi 5 septembre 2020

Contrôle Scientifique et Technique sur les projets de dématérialisation : réalité terrain et témoignage d’expert

Les Archives départementales (AD) de Seine-et-Marne (à Dammarie-les-Lys) s’appliquent à relever les défis du numérique pour garantir l’efficacité de la collecte de demain auprès des structures sur lesquelles elles exercent le Contrôle Scientifique et Technique (CST). Qu’en est-il des démarches et des moyens actuellement déployés au sein de la collectivité territoriale ? Explications de Pauline Antonini, sous-directrice du pôle Contrôle, collecte et traitement des fonds.

Rôle des Archives départementales sur la dématérialisation

« Le rôle des AD sur les archives nativement numériques est le même que pour le papier mais la procédure diffère » explique Pauline Antonini, chartiste, conservatrice du patrimoine et sous-directrice de trois services depuis 2014 :

- Archives administratives, judiciaires et pénitentiaires ;
- Iconographie, archives privées et publications ;
- Archives notariales, communales et intercommunales.

Au même titre que pour le papier, les Archives départementales exercent leur mission régalienne en contrôlant, conseillant et accompagnant les administrations qui entreprennent une démarche de dématérialisation et ont pour obligation de verser leurs archives définitives.

L’objectif est de maîtriser les flux numériques pour qu’à terme les AD puissent récupérer des données nativement numériques répondant aux exigences techniques et assurer leur conservation pour les générations à venir.

Les avantages de la dématérialisation

Malgré la présence encore importante du papier pour nos besoins perpétuels en documentation, la e-administration poursuit son développement grâce à la dématérialisation offrant de nombreux avantages opérationnels et matériels ; elle conforte la possibilité d’une réponse à l’enjeu du stockage physique des archives : avec la « dématérialisation croissante des processus administratifs » [1], les données tendent à concurrencer le papier sur plusieurs critères.

Pauline Antonini précise : « en plus de permettre un gain de place, la dématérialisation offre l’excellent avantage d’éviter la démultiplication de bouts de dossiers et de constituer un dossier unique accessible à tous, un réel avantage pour la fluidité du travail ».

Le terme dématérialisation se définit ainsi : transformation de document papier en traitement numérique, soit par le biais d’une opération de numérisation, soit par la révision des processus de production et de gestion de l’information [2].

Les ressources internes

Un poste est dédié à la dématérialisation au sein du service des archives administratives, judiciaires et pénitentiaires. L’archiviste ici, exerce un rôle de veille, de contrôle, d’accompagnement des services. Ce travail collaboratif nécessite parfois l’intervention de plusieurs archivistes, en raison notamment de l'émergence de nouvelles obligations réglementaires de dématérialisation (des marchés publics, des factures) et proportionnellement aux avantages que ces projets apportent une fois mis en place.

Au sein des Archives du département de la Seine-et-Marne, le service mission SIA/SAE a été créé pour s’occuper du logiciel interne (Système d’Information Archivistique) et du Système d’Archivage Electronique (SAE). Ce dernier est en cours d’étude depuis plusieurs années mais il n’est pas implanté à l’heure actuelle. L’informaticien du service accompagne les archivistes sur les questions techniques.

« C’est notre regard couplé qui permettra de répondre au plus juste aux administrations qui nous sollicitent » exprime Pauline Antonini.

L'usage de SAE dans les départements

Certains départements mutualisent leur SAE avec des métropoles ou des communautés d’agglomération principalement en raison des coûts d’une telle solution.

D’après le rapport de Christine Nougaret (ex vice-présidente du Conseil supérieur des Archives en 2017), à Madame Audrey Azoulay (ex ministre de la Culture et de la Communication), si « [...] plus de la moitié des archives départementales disposent désormais d’un SAE, une minorité de ces services l’utilisent à ce jour, faute de flux d’archives définitives à prendre en charge. » [1, p. 10]

La masse des flux progressant de façon exponentielle, comment expliquer cela ? Le phénomène proviendrait-il de leur niveau d’« archivabilité », de leur capacité technique à être transféré, classé et lisible sur le long terme ?

Avant de mettre en place un SAE, il convient en amont de contrôler les données et métadonnées qui y seront déposées, de s’assurer de leur conformité, de pouvoir garantir leur intégrité pendant toute la durée de leur conservation et de pouvoir répondre aux exigences d’interopérabilité entre les différentes solutions techniques de gestion et d’archivage en vue de garantir les futurs versements entre les services versants et les Archives départementales dans les meilleurs conditions.

Exercer le CST en amont de la dématérialisation

« La collecte est la mission essentielle des services d’archives » ([1] p.16) et pour la mener à bien, il convient de l’anticiper au mieux.

Dès lors, la démarche des AD prend tout son sens précise Pauline Antonini :
« intervenir en amont de la dématérialisation, quand les archives ne sont pas encore produites ; apporter des conseils pour cadrer les projets et s’assurer que les archives soient produites selon les normes en vigueur et puissent être versées chez nous, dans un futur potentiel grâce à un interfaçage entre les logiciels de Gestion Electronique de Documents (GED) des administrations et notre (futur) SAE. » 

Afin de garantir une collecte et une conservation durable, fiable et intègre des données numériques, les AD prennent part et opèrent, à la genèse des projets, en apportant une aide à la prise de décisions auprès des administrations, en les accompagnant au plus près (en participant aux groupes de travail) et en apportant des préconisations afin d’éviter certains écueils. Cette démarche se matérialise par des comptes rendus, des notes, des documents de référence et des ressources relatifs au cadre normatif et technique de la dématérialisation, communiqués aux administrations qui en font la demande. Les AD de Seine-et-Marne proposent et mettent à profit le Vademecum du SIAF qui sert également de grille d’évaluation pour le suivi des projets.

En pratique, les équipes des AD vont sur place et participent aux réunions de réflexion. Elles rappellent aux administrations les durées légales de conservation des informations (à l’appui des circulaires du Service Interministériel des Archives de France (SIAF) et de tableaux de gestion), elles signalent les formats de fichiers préconisés par la norme NF Z42-013 [3] , elles recommandent d’établir des plans de classement ; puis les services producteurs évaluent les documents à intégrer dans une GED, leur degré d’importance afin d’être conservés pour des raisons parfois vitales, comme cela peut être le cas pour les dossiers sensibles d’aide sociale à l’enfance (l’un des projets les plus importants en cours de traitement) et dont la portée des informations reposent sur des critères et des enjeux juridiques conséquents, témoigne Pauline Antonini.

Les défis à relever au quotidien

Pauline Antonini explique : « nous sommes là en regard extérieur ; souvent les gens pensent que c’est nous personnellement qui donnons ces préconisations alors qu’en fait nous faisons référence à un cadre réglementaire. Nous ne sommes pas toujours entendus et suivis. »

En effet, après toutes les préconisations communiquées par les AD, comme pour le papier les services producteurs sont responsables de la continuité et de la progression de leurs projets. Par conséquent libres à eux de s’y conformer. Dans certains cas de figure, ils cessent parfois toute communication, ce qui rend difficile le recueil d’informations sur le fonctionnement des flux numériques pour certains projets.

Même si les exigences générées par la dématérialisation ne sont pas toujours respectées, il est important pour les AD d’avoir un retour sur le développement et la finalité des projets afin de comprendre la réalité terrain et d’envisager de possibles améliorations.

Comme pour le papier

Comme pour le papier, les administrations peuvent contacter les AD pour leur soumettre leurs interrogations [4]. Les équipes sont présentes pour leur apporter conseil.

Pauline Antonini ajoute : « nous ne sommes pas très connus et encore moins pour les projets de dématérialisation. Au quotidien, il s’agit d’un travail répétitif de pédagogie, de sensibilisation. »

Comme pour le papier, les problématiques restent les mêmes : « la dématérialisation, c’est l’avenir du métier mais en soit c’est le même métier. Tous les problèmes qui sont dans le papier, s’ils ne sont pas résolus, on les retrouvera dans le numérique. Le papier et le numérique sont indissociables » conclut Pauline Antonini.

En général, les interrogations sur la gestion et la conservation des archives demeurent les mêmes quel que soit le support. Mais c’est justement le « support » qui fait la différence. Aujourd’hui pour le numérique nous ne disposons pas du recul ancestral que nous observons avec le papier.

Contrairement au CST sur les archives au format papier, les Archives départementales de Seine-et-Marne agissent en amont de la création et de la collecte des données d’archives. Cette étape d’anticipation et de sensibilisation est une démarche qualité décisive et nécessaire pour maîtriser l’archivage à venir des flux numériques. Ces principes sont également recommandés par les normes de records management (AFNOR, NF ISO 15 489 et la série NF ISO 30 300).

Les AD de Seine-et-Marne sont une représentation terrain locale. Parallèlement et en d’autres points, les situations et les moyens diffèrent et apportent d’autres modèles d’observation, telles les Archives fédérales suisses imposant aux administrations de verser leur archives conformément aux directives qu’elles ont établies, disponibles sur leur site internet [5]. Elles ont ainsi développé différentes solutions logicielles proposées en téléchargement aux services versants pour pallier aux exigences techniques du transfert des flux de données.

Merci à Pauline Antonini pour sa disponibilité et son professionnalisme.

Sources :

[1] Madame Christine Nougaret, Rapport à Madame Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication, Une stratégie nationale pour la collecte et l’accès aux archives publiques à l'ère numérique, 2017, 53 pages, [en ligne]. Consulté le 5 septembre 2020 sur le site web du Service Interministériel des Archives de France : https://francearchives.fr/file/b0d6555950508ab637adb10ece33d381644d6d37/2017_03_24_RAPPORT_DEFINITIF_NOUGARET.compressed.pdf

[2] Association des archivistes français, Abrégé d’Archivistique, principes et pratiques du métier d’archiviste, AAF, 4è édition, refondue et augmentée, 2020.

[3] AFNOR, Archivage électronique, NF Z 42-013, mai 2019, page 72.

[4] Archives départementales de Seine-et-Marne, Espace Pro. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://archives.seine-et-marne.fr/espace-pro

[5] Archives fédérales suisses, Archivage, Versements numériques. Site web. Consulté le 5 septembre 2020 sur https://www.bar.admin.ch/bar/fr/home/archivage/versement-de-documents/documents-numeriques.html

mardi 25 février 2020

Records Management et Intelligence Artificielle


En 1956, les participants de la Conférence de Dartmouth donnaient son nom à l'Intelligence Artificielle, partant de ce principe : « chaque aspect de l’apprentissage ou toute autre caractéristique de l’intelligence peut être si précisément décrit qu’une machine peut être conçue pour le simuler » Des années ont passé avant de voir Deep Blue l’emporter aux Échecs sur l’intelligence humaine: c’était dans les années 90. L’intelligence Artificielle a ensuite passé le cap des années 2000, tournant dans son essor et, avec l’influence grandissante des GAFAM, l’IA continue son expansion et fait dorénavant partie de notre quotidien. Quid alors des pratiques du Records Management face à l'efficacité toujours plus poussée des technologies de l'IA?

Records Management et Intelligence Artificielle : un avant et un après ?

Le 20 janvier 2020, James Lappin, records manager anglais, a publié un article sur son blog Thinkingrecords.co.uk dans lequel il pose la question de l’avant/après intelligence artificielle pour les pratiques du Records Management. Basé sur son projet de recherche sur la politique d’archivage du courrier électronique, James Lappin retrace l’histoire de la gestion des documents, de l’avant révolution industrielle à la révolution numérique, décrivant ce que cette dernière a eu d’impact sur le records management.[1]

De la fonction de (révolution industrielle) à la fonction de « politique » (révolution numérique), le records management couplé à l’IA deviendrait une data science. Parmi ce qu’annonce James Lappin, voici quelques faits signifiants sur ce que l’après IA induit d’effets sur le Records Management :
  • Le Records Management devient une data science qui aura pour pratique de superviser les algorithmes de classification des informations documentées, des règles de conservation et d’accès aux enregistrements.
  • Le volume des documents et des données continueront d’augmenter car les algorithmes de l’IA produiront eux-mêmes des informations à gérer.
  • Au sein d’un même organisme, la cohabitation des diverses bases de données inter-services sera facilitée par l’IA : les algorithmes pourront utiliser les données d’une base de données pour gérer et alimenter les données d’une autre base de donnée.

IA : un renouveau pour les métiers du records management ?

La révolution de l'IA offre de nouveaux pouvoirs aux gestionnaires de documents / professionnels de la gouvernance de l'information pour intervenir efficacement au sein et entre les systèmes de documents à des fins de gouvernance. Comme tout pouvoir, cela s'accompagne de responsabilités et de la nécessité de l'utiliser judicieusement et en toute sécurité. Telle est l’analyse de James Lappin au sujet de l’impact de l’IA sur les métiers du records management. 

Le fait est que depuis 20 ans déjà, les professionnels de l'information tentent d’appliquer l’IA au Records Management. Sans trop de succès. Ce n’est que depuis 5 ans et grâce à l’essor de la technologie du Machine Learning que l’IA propose des solutions renversant les pratiques (et dépassant parfois les compétences) des professionnels de la gestion documentaire.  Ces tâches en particulier sont en voie d'automatisation : la classification (un des sujets les plus complexes du Records Management), l'élimination des doublons ou des documents obsolètes des systèmes documentaires, ou encore surveillance exhaustive de la conformité des données/documents. 

Où se situent alors les métiers du records management ? 

Percevoir le Machine Learning comme une menace ne constitue pas la meilleure approche : l’IA et ses Machines Learning permettent l’automatisation de certaines tâches au profit du développement de nouvelles compétences pour les professionnels de l'information.[2] Parmi elles, l’éducation de l’IA et des Machines Learning, une expertise visant à détecter des problèmes émergents en matière de gestion documentaire.[3] 

[1] LAPPIN, James. "Records Management, before and after the AI revolution". Thinkingrecords.co.uk. [En ligne]. 30 janvier 2020. [Consulté le 06 février 2020].Disponible sur : <https://thinkingrecords.co.uk/2020/01/30/records-management-before-and-after-the-ai-revolution/>.

[2] GILLIN, Paul. "A fresh look at Artificial Intelligence and Records Management". Infogoto.com. [En ligne]. 27 janvier 2018. [Consulté le 20 février 2020]. Disponible sur : <https://www.infogoto.com/a-fresh-look-at-artificial-intelligence-and-records-management/>.

[3] Conseil National des Archives. "Intelligence Artificielle et impact sur la gestion des documents et des archives". www.ica.org. [En ligne]. 19 mars 2019. [Consulté le 20 février 2020].Disponible sur : <https://www.ica.org/sites/default/files/mef_intelligence_artificielle_dissemination.pdf>.


vendredi 22 mars 2019

Les métadonnées au cœur du " Records Management "

Aujourd’hui, le « Records Management » (RM) occupe une place importante dans les organisations. Il se base sur des métadonnées « records » qui permettent de structurer la gestion des documents.

Le Records Management permet d'organiser et de gérer l’ensemble des documents d'activité qu’une organisation doit conserver pour mener à bien son exercice. Les records sont des documents d'activité qu'une organisation doit conserver pour mener à bien son exercice. « Quels que soient leur forme ou leur support, (ils sont) produits ou reçus par toute personne physique ou morale dans l’exercice de ses activités ou de ses obligations légales ». [2] Pour chacun de ces documents, la mission du RM est d'assurer son existence, sa traçabilité, son accessibilité, son authenticité, son intégrité et son exploitabilité. Ainsi, le RM permet à un organisme de disposer à tout moment des documents budgétaires, réglementaires ou légaux dont elle aura besoin en cas de contrôle ou de litige. [1]

Le RM se base sur des métadonnées « Records », qui permettent de structurer la gestion des documents. En effet, elles identifient, fiabilisent et garantissent l'intégrité des documents d'activité. Elles définissent également les méthodes de gestion des ces documents, c’est à dire "l'ensemble des moyens matériels, humains et financiers des activités et processus qui président à leur création et à leur existence". [3]


Ces métadonnées sont définies par la norme ISO 1548 9-1 :
  • contexte, contenu et structure des documents d’activité,
  • gestion des documents dans la durée : date de création, nom du créateur, etc. [3]
La norme ISO 2308 1-1 distingue deux classifications de métadonnées : "1-les métadonnées documentant le contexte, le contenu, la structure et l’apparence dans lequel le document d’activité est créé ou capturé ; 2-les métadonnées documentant la gestion des documents d’activité et les processus par lesquels le document est utilisé, y compris les changements induits sur le contenu, la structure et l’apparence."[3]
 Différentes normes mettent en évidence la spécificité des métadonnées du Records Management,
 "La norme ISO 15489-1 fait référence à la pérennité du mode de gestion des métadonnées. De plus, les normes ISO 23081-12 et 161713 apportent des compléments notables à cette définition en qualifiant les métadonnées d’informations structurées ou semi-structurées permettant la création, la gestion (et l’utilisation [ISO 16171]), l’enregistrement, le classement, l’accès, la préservation (et l’élimination [ISO 23081-1]) à travers le temps et quel que soit l’environnement. Par ces spécificités, les métadonnées du Records Management se distinguent ainsi des autres jeux de métadonnées." [3]

On le voit, la structure et le contenu des métadonnées ont une grande importance dans les projets de « records management ». En début de projet, il est donc essentiel de se poser la question de leur bonne interprétation par les « logiciels de gestion ou logiciels métiers et solutions d’archivage électronique.» [3]

Sources :


[1] Le Groupe métiers AAF-ADBS « Records management » . Cairn. Comprendre et pratiquer le records management. Publié en 2005 : [Consulté le 17 mars 2019]. https://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-infomation-2005-2-page-106.html

[2] Michel Remize. ArchImag. Le records management révise ses data : méthodes et bonnes pratiques. Publié en en 1/06/2017 [Consulté le 17 mars 2019]. https://www.archimag.com/archives-patrimoine/2017/06/01/records-management-revise-data-methodes-bonnes-pratiques

[3] Charlotte Maday, Marion Taillefer. Persée. Les métadonnées du records management du point de vue des normes ISO. Publié en 01/02/2018 [Consulté le 17 mars 2019]. https://www.persee.fr/docAsPDF/gazar_0016-5522_2012_num_228_4_4993.pdf 

lundi 18 décembre 2017

Vers un nouvel avenir des métiers de l'archivistique ? Le records manager.

Sur son blog Transarchivistique, Marie-Anne Chabin [1] publiait le 11 décembre dernier un billet questionnant l'avenir de l'archivage.

"L’archivage est ce geste managérial qui conduit à mettre en sécurité les documents ou données qui engagent dans la durée, avec une règle de vie qui pilote leur qualité, leur stockage, leur pérennisation, leur accès et leur destruction un jour, au mieux des intérêts de tous" [2].
Marie-Anne Chabin souligne le fait que l'archivage reste un geste fort et rappelle les cinq exigences incluses dans la règle de vie d'une archive :

  • la qualité
  • le stockage
  • la pérennisation
  • l'accès
  • la destruction

Au-delà du domaine archivistique, c'est la question de l'archivage managérial, "records management" en anglais, qui est au cœur du sujet d'étude de l'auteur. Rappelons que l'archivage managérial répond à la question suivante : "comment faire en sorte que les documents qui engagent la responsabilité de l’entreprise soient identifiés, bien conservés, sécurisés et accessibles selon leur nature, pendant le temps nécessaire, tout cela au meilleur coût ?"[3].
Dans son billet, Marie-Anne Chabin alerte sur la déresponsabilisation et parfois une tendance à l'irresponsabilité de certaines entreprises concernant les questions d'archivage. Leur gouvernance de l'information ne pourra désormais plus se cacher derrière le fait qu'il vaut mieux un placard bien rempli. Le règlement général européen sur la protection des données personnelles (RGPD) devrait bousculer les habitudes. Le non-archivage et l'oubli d'élaborer des règles archivistiques (création, conservation et destruction) pour les données et certains documents contenant des données à caractère personnel pourront avoir un impact certain sur l'activité de l'entreprise puisque RGPD prévoit de fortes sanctions financières.

"L'archivage a-t-il de l'avenir ?", voici le titre du billet de Marie-Anne Chabin. Nous complétons ici sa réponse avec une offre d'emploi du Conseil départemental de Seine et Marne à la recherche de deux records managers se déclinant ainsi :
"Au sein du ser­vice pro­jets et appli­ca­tions métiers du social, le res­pon­sa­ble archi­vage ou « records mana­ger » assure la res­pon­sa­bi­lité de la maî­trise du cycle de vie des docu­ments et des pro­ces­sus docu­men­tai­res de la DGAS. Il défi­nit et met en œuvre en lien avec les archi­ves dépar­te­men­ta­les la stra­té­gie et les pro­cé­du­res per­met­tant à l’orga­nisme de disposer à tout instant du docu­ment ou de la donnée dont il a besoin pour conduire ses acti­vi­tés et se pro­té­ger des ris­ques juri­di­ques (exi­gen­ces léga­les et régle­men­tai­res, conten­tieux...), et de détruire des docu­ments et don­nées confor­mé­ment à la loi. Le ges­tion­naire archi­vage garan­tit la pro­tec­tion des docu­ments et des don­nées en fonc­tion des exi­gen­ces liées aux ris­ques et au pro­ces­sus qua­lité. Il par­ti­cipe également à la réus­site des pro­jets de déma­té­ria­li­sa­tion des dos­siers du social. Il est l’inter­face avec la Direction des Archives Départementales" [4].
Soulignons que l'inclusion de de la spécification suivante "se pro­té­ger des ris­ques juri­di­ques (exi­gen­ces léga­les et régle­men­tai­res, conten­tieux...), et de détruire des docu­ments et don­nées confor­mé­ment à la loi" semble faire particulièrement écho au rapprochement du délai de mise en conformité des entreprises en vue de l'application de la RGPD le 25 mai 2018 [5].

Il sera intéressant d'étudier dans quelques mois la proportion de ce type d'offre d'emploi. En 2015, une enquête sur l'insertion professionnelle des anciens diplômés en archivistique avait déjà mis en avant la part grandissante du profil du records manager en entreprise [6].



Notes et références

[1] Marie-Anne Chabin enseigne l’archivage managérial (records management) aux étudiants du master GSI (gestion stratégique de l’information) à l'Université Paris 8, UFR MITSIC, Département Sciences de l’information de documentation.

[2] CHABIN. Marie-Anne. L'archivage a-t-il de l'avenir ?. In Transarchivistique [en ligne]. Publié le 11 décembre 2017 [consulté le 18 décembre 2017] <http://transarchivistique.fr/larchivage-a-t-il-de-lavenir/>

[3] CAZENEUVE, R., CHABIN Marie-Anne. L'archivage managérial. Les Référentiels du CR2PA (Club des Responsables de Politiques et Projets d'Archivage), Novembre 2012. Disponible en ligne : [consulté le 18 décembre 2017] <http://blog.cr2pa.fr/wp-content/uploads/2013/03/CR2PA_Referentiel-Archivage-managerial.pdf>

[4] Site de l'Association des Archivistes de France. Catégorie : Emploi. Le Conseil départemental de Seine et Marne recrute : deux Records Manager (h/f). Publié le 13 novembre 2017, [en ligne, consulté le 18/12/2017] <http://www.archivistes.org/Le-Conseil-departemental-de-Seine-et-Marne-3311>

[5] FROCHOT, Didier. RGPD : 6% des acteurs en France aujourd'hui conformes. In site Les infostratèges.com. [En ligne], publié le 24 novembre 2017 [consulté le 18 décembre 2018] <http://www.les-infostrateges.com/actu/17112469/rgpd-6-des-acteurs-en-france-aujourdhui-conformes>

[6] AAF, Cofem, Collectif A8. Enquête sur l'insertion professionnelle des archivistes : synthèse et analyse des réponses. 2015. Disponible en ligne : [consulté le 18 décembre 2018] <http://www.archivistes.org/IMG/pdf/collectifaaf_enquete_insertion_pro_synthese_finale_20160908.pdf>

mercredi 5 juin 2013

Le records management : opportunité de carrière ou cul de sac professionnel ?

Le Records Management, c'est la gestion des archives courantes ou intermédiaires, des documents qu'un organisme ou une entreprise aura décidé de conserver à titre de preuve ou en raison de leur valeur d'information (stratégique, juridique,...).

En France, la positionnement du Records Management n'est pas très clair, puisqu'il est vu essentiellement à travers le seul prisme des archives. La situation est déjà beaucoup plus claire dans le monde anglo saxon, avec une délimitation des périmètres bien marquée : d'un côté le Record et d'un autre côté l'archive.

Le Records Management, c'est donc pour une entreprise ou un organisme (public ou privé) l'action de conserver des documents "essentiels ou utiles dans la conduite de ses activités" (hors archives définitives).
Conserver… oui, mais pourquoi ? Pour quelle finalité ? Pour quelle valeur d'usage ? Selon une étude récente sur le  Big Data, 70% des informations produites en entreprise n'auraient aucune valeur (stratégique, juridique,…). Ces conclusions sont reprises dans un article récent titré "What to do About Data Debris". L'auteur propose une collaboration plus étroite entre les DSI et les spécialistes de la gestion des documents et de l'information. Mais qui imposera un leadership dans ce rapprochement : les professions qui s'inscrivent dans un périmètre purement informatique ou les professions qui sont plutôt dans un périmètre fonctionnel de management de l'information ?  
Le défi constant, me semble t-il, pour le Records est de défendre son positionnement et de démontrer dans un même temps qu'il n'est pas seulement un centre de coûts, mais qu'il apporte plutôt une valeur d'exploitation à l'information produite par les salariés d'une entreprise. Aujourd'hui, ces salariés sont enterrés sous une montagne de données numériques, les obligeant à passer des heures à chercher de l'information pertinente et sape leur productivité. En 2012, le taux d’accroissement annuel des données sur les serveurs était de 80%. Il était environ de 50% à 60% en 2010. La maîtrise des données apparaît donc comme un enjeu majeur. 

Le Records Management et toutes les professions qui gravitent autour, issues de cursus info/doc, ont toute légitimité à apporter des réponses concrètes : la définition de "bonnes politiques" qui conduisent à des stratégies informationnelles efficaces, l'amélioration de la rentabilité et la maîtrise des coûts, l'élimination des risques reproductibles... Donc, des stratégies qui débordent largement du périmètre du records : une proposition de gouvernance documentaire et de l'information.   

C'est une véritable opportunité pour les professions documentaires de se positionner au plus près des centres de direction. Encore faut il y être préparé, ne serait ce que par l'intermédiaire de la formation continue. Et en la matière, les offres de formations à ce niveau ne sont pas nombreuses. 

Toutefois, dès 2014, l'EBD ouvrira deux module sur la gouvernance documentaire et  l’architecture du SI documentaire avec l'ambition de former des managers de l’information et des documents. En outre, il existe un partenariat entre le CR2PA (Club des Responsables des Politiques de Projet d'Archivages) et le Cnam - INTD afin d'ouvrir dès la rentrée 2013 un module de formation continue à destination des profils concernés par la maîtrise de l'information numérique à risque. 

Aujourd'hui, la conservation et la valorisation "au plus juste" des informations, et donc aussi des données, est la finalité principale du Records Management. Malgré tout, combien d'entreprises (en dehors des entreprises de taille intermédiaire ou des grands groupes) sont prêtes à franchir le pas ? Le déploiement de telles politiques de bonne gestion documentaire demande du temps, un engagement des directions, des moyens humains et financiers conséquents. Une démarche de Records Management ne semble viable que dans une perspective plus large de Gouvernance de l'Information, c'est-à-dire sur tout le cycle de vie et toutes les exigences, juridiques et stratégiques notamment (conservation, protection, valorisation...). 

En conclusion, le Records Management, vu dans une perspective de gouvernance de l'information finira à terme par fusionner avec la gestion de contenu, la gestion des données et documents, la gestion des connaissances, le big data et d'autres principes de gestion de l'information.


Les sources :

CHABIN Marie-Anne, Information numérique. Le coût du stockage face au bénéfice du management http://blog.cr2pa.fr/2012/06/information-numerique-le-cout-du-stockage-face-au-benefice-du-management/

DE BOISDEFFRE Martine, Records Management et gestion des archives courantes et intermédiaires http://www.records-management.fr/spip.php?article80


Pour aller un peu plus loin :

Les archiveilleurs http://archiveilleurs.org/

CR2PA (Club des Responsables des Politiques de Projet d'Archivages) http://blog.cr2pa.fr