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mercredi 12 mai 2021

Recherche documentaire : une étude pour déterminer les pratiques des chercheurs français

Le consortium Couperin.org a publié début mars les résultats d’une enquête [1] lancée entre mai et juin 2020 par le biais d’un questionnaire relayé par les établissement et réseaux scientifiques français. Le but était de recueillir les pratiques de recherche documentaire des chercheurs, et ainsi de comprendre les réflexes des usagers en matière d’outils et d’interfaces de consultation. Parmi les 5598 réponses analysées, 74% des répondants provenaient du corps de recherche Sciences et Technique médicales, 26% au corps des Sciences humaines et sociales.

Des portails institutionnels trop lourds 

L’étude indique que 45% des répondants se connectent souvent aux portails documentaires de leurs institutions respectives. Cependant, ceux-ci mettent en lumière une certaine lourdeur dans l'accès aux ressources académiques. Ce manque d’ergonomie des portails se formalise par des parcours d’accès trop longs, une multiplicité des portails, ou encore une trop grande diversité des droits d’accès. [2]

Les outils d’accès aux ressources scientifique

L’utilisation d’un moteur de recherche généraliste reste une pratique fréquente pour les chercheurs : plus de deux tiers des répondants disent les utiliser dans le cadre de leurs recherches d’informations. L’enquête indique également que l’utilisation des moteurs de recherche généralistes est plus élevée chez les répondants âgés de 30 à 45 ans.

Concernant l’accès à un article intégral, 57% des répondants indiquent utiliser Google Scholar qui semble donc ancrée dans les pratiques des chercheurs, devant les plateformes éditeurs (Elsevier, Springelink, …) utilisées par 47% des répondants. Il est cependant intéressant de noter que 80% des répondants appartenant au corps des Sciences Humaines et Sociales indiquent utiliser des plateformes de revues telles que CAIRN ou JSTOR comme point d’entrée à l’accès de l’information. L’utilisation des archives ouvertes (HAL) est annoncée par 40% des répondants.

Sci-Hub, plateforme fournissant un accès libre à des dizaines de million d’articles scientifiques piratés est utilisé par 36% des répondants, dont 50% pour les moins de 50 ans. [3]

Un manque de connaissance des outils 

80% des répondants disent ne pas connaître les outils de facilitation à l’accès des textes intégraux tels que Unpaywall ou Open Acces Button : ces outils proposent souvent des extensions sur navigateurs qui signalent les liens vers des versions accessibles des articles.

ISTEX [4], le vaste programme d’acquisition d’archives scientifiques proposant un accès en ligne aux collections rétrospectives des publications scientifiques reste également méconnu par 80% des répondants à l’étude. Il en est de même PANIST [5], plateforme d’accès aux archives courantes acquises auprès de l’éditeur Elsevier, méconnue par 87% des répondants.

L’enquête met également en lumière la faible utilisation des services de documentation par les répondants. En effet, seulement 4% d’entre eux disent toujours faire appel au service documentaire pour leurs recherches. Ils sont cependant 50% à y faire appel lors de recherches ponctuelles.

Sources :

[1] BALIGAND Marie Pascale, COLCANAP Grégory, HARNAIS Vincent, ROUSSEAU-HANS Françoise, WEIL-MIKO Christine. Les pratiques de recherche documentaire des chercheurs français en 2020 : étude du consortium Couperin. Couperin.org [2021]. En ligne [consulté le 12/05/2021]. Disponible en ligne à l’adresse <https://hal.inrae.fr/hal-03148285/document>

[2] OURY Antoine. Recherche : Google et Sci-Hub, plus pratiques que les accès des bibliothèques ?. Actualitté.com [03/03/2021]. En ligne [consulté le 08/05/2021]. Disponible à l'adresse <https://actualitte.com/article/99158/edition/recherche-google-et-sci-hub-plus-pratiques-que-les-acces-des-bibliotheques

[3] DEMEURRE Yohan. Cette hackeuse pirate la science pour la rendre disponible à tous ! Sciencepost [31/03/2021]. En ligne [consulté le 08/05/2021]. Disponible à l'adresse <https://sciencepost.fr/cette-hackeuse-pirate-la-science-pour-la-rendre-disponible-a-tous/

[4] Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Présentation du projet ISTEX. . En ligne [consulté le 08/05/2021]. Disponible à l'adresse <http://www.cpu.fr/wp-content/uploads/2012/04/Projet_ISTEX.pdf>

 [5] Couperin. Ouverture de PANIST, la Plateforme d'Archivage National de l'Information Scientifique et Technique. En ligne [consulté le 08/05/2021].  Disponible à l'adresse <https://www.couperin.org/breves/1369-ouverture-de-panist-la-plateforme-d-archivage-national-de-l-information-scientifique-et-technique>

vendredi 22 janvier 2021

Un "kit pédagogique du citoyen numérique"

Le 18 janvier 2021, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), le Défenseur des droits et la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet (HADOPI) ont publié un « kit pédagogique du citoyen numérique ». Un projet qui s’inscrit dans la réflexion globale de la protection des données personnelles et de l’exercice des droits numériques, ici des mineurs. De ce fait, il est explicitement destiné aux formateurs et aux parents qui accompagnent ces jeunes internautes. 


De jeunes acteurs à accompagner

Deux phénomènes concomitants justifient ce projet. Le premier découle du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et la loi Informatique et Libertés, car les mineurs se voient reconnaitre pour la première fois des droits numériques qui leur sont propres et particuliers. Le second est lié à leurs pratiques numériques, et le constat qu'elles sont de plus en plus massives et précoces.

Les recherches menées par Anne Cordier [2] montrent qu’ils sont parfaitement conscients qu’en naviguant sur Internet, ils laissent des traces qui nourrissent des algorithmes, que leurs données sont collectées à des fins marchandes,... Pourtant, Anne Cordier l’affirme : il est indispensable pour eux d’être actifs et présents en ligne ou sur les réseaux sociaux « Il leur faut exister en ligne. Ce sont des instances de socialisation centrales ».

Une autre enquête réalisée par Génération Numérique [4] de novembre 2019 à février 2020 auprès de 7 225 jeunes montre quant à elle qu’ils n’ont pas encore acquis le réflexe de sécuriser leurs données personnelles. Voici quelques chiffres :

  • Navigation privée : 46 % des jeunes ne la connaissent pas et 23 % d’entre eux pensent qu’elle ne sert à rien. 
  • Mot de passe : 54 % des jeunes utilisent des mots de passe courts et simples (noms et prénoms, date de naissance, …). Près de 70 % des jeunes déclarent ne jamais en changer et 61 % d’entre eux utilisent le même mot de passe pour toutes les plateformes.
  • Réseaux sociaux : 54 % des jeunes déclarent utiliser leur vraie photo et 52% utilisent leur vrai nom.
  • Contenu : 75 % des jeunes pensent qu’il est difficile de supprimer un contenu qu’un autre internaute a posté sur lui.

Ce kit propose alors d’apporter des explications techniques et concrètes du fonctionnement d’Internet et de l'indispensable protection des données sous-jacente, d’accompagner les autorités parentales et/ou formatrices afin d’accélérer leur autonomie et les guider dans leur prise de responsabilité.


Vers un "numérique responsable"

La CNIL, le CSA, le Défenseur des droits et HADOPI ont mis en commun leurs ressources en matière d’éducation au numérique afin d’aborder - sous des formats variés (vidéos, tutoriels, fiches et guides pratiques, quiz, parcours pédagogiques, exposition itinérante,...) - quatre grandes thématiques [3] :

Les droits sur Internet 

  • Connaître les droits et devoirs de chacun à travers la plateforme Educadroit.fr ou le jeu vidéo Cyber Chronix qui sensibilise au RGPD ;
  • Appréhender les enjeux de représentation médiatique (égalité femme-homme, diversité,…) grâce à des modules élaborés en partenariat avec l’académie de Créteil et l'INA.

La protection de la vie privée

  • Repérer les signes du cyberharcèlement et connaître les sanctions : des parcours pédagogiques ont été conçus pour les 6-11 ans, et pour les 12 ans et plus ;
  • Utiliser et sécuriser ses comptes de réseaux sociaux : affiches, conseils, référentiel international de formation à la protection des données personnelles, dont un module décliné pour les 8-11 ans.

Le respect de la création

  • Comprendre le fonctionnement d’un site légal et la rémunération des auteurs ; 
  • Créer et sensibiliser au respect de la création : un projet pratique à destination des lycéens, leur faisant réaliser un documentaire avec leur smartphone. 

L'utilisation raisonnée et citoyenne des écrans

  • Identifier et se protéger des risques existants sur les sites illicites : des vidéos tutorielles sur la désinstallation d’un logiciel de téléchargement illicite et la reconnaissance de l’offre légale sur Internet ; 
  • Comprendre le modèle économique : modules sur le droit d’auteur, l’accès aux œuvres culturelles et la chaîne de valeur de l’audiovisuel. 


Grâce à l’accumulation de documents éducatifs et de conseils juridiques, ce kit propose d’accompagner les parents et formateurs à la bonne compréhension du fonctionnement de l’univers du numérique mais également aux pratiques des jeunes internautes. Il annonce clairement son ambition : éduquer les Français sur les pratiques du Web, et leur fournir les bases d’un « numérique responsable » [1].

Sources :

[1] CNIL, 2021. La CNIL, le CSA, le Défenseur des droits et l’Hadopi créent le kit pédagogique du citoyen numérique. Cnil.fr [En ligne]. 18/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.cnil.fr/fr/la-cnil-le-csa-le-defenseur-des-droits-et-lhadopi-creent-le-kit-pedagogique-du-citoyen-numerique>

[2] COURMONT, Antoine, 2021. Anne Cordier : « La socialisation a un effet majeur sur les pratiques des jeunes en matière de protection des données ». Linc.cnil.fr [En ligne]. 13/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://linc.cnil.fr/anne-cordier-la-socialisation-un-effet-majeur-sur-les-pratiques-des-jeunes-en-matiere-de-protection>

[3] DEFENSEUR DES DROITS, 2021. Kit pédagogique du citoyen numérique. Defenseurdesdroits.fr [En ligne]. 18/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/guides/kit-pedagogique-du-citoyen-numerique>

[4] EDUCNUM, 2021. Les 11-18 ans ne sécurisent pas assez leurs données personnelles ! Educnum.fr [En ligne]. 12/01/2021 [Consulté le 21/01/2021]. Disponible à l’adresse : <https://www.educnum.fr/fr/les-11-18-ans-ne-securisent-pas-assez-leurs-donnees-personnelles>

lundi 16 novembre 2020

TousAntiCovid - aura t-il plus de succès que StopCovid ?

 Après l'échec de StopCovid - l’application française de traçage des malades du coronavirus- sa nouvelle version TousAntiCovid a été lancée par le gouvernement le 22 Octobre.  Ce nouvel outil aura-t'il plus de succès que son prédécesseur dans la lutte contre la Covid-19 ? Quels seront les facteurs de réussite ?

Lors de la première vague du Covid du printemps dernier, différents pays européens ont développé  leur propre outil de traçage. Si tous ces outils avaient en commun l'objectif de contenir la propagation du virus, en stoppant au plus vite  les chaines de contamination, tous n'ont pas rencontré le même succès.

En effet, en date du 14 octobre, soit presque 4 mois et demi après son lancement, la France se plaçait en queue de l'Europe avec seulement 2,6 millions  de téléchargements et d'installations de son application StopCovid. A titre comparatif, les chiffres de son pendant britannique et allemand s'élevaient à 16 millions et 18 millions, respectivement.

Par ailleurs, moins de 8000 personnes s'y sont déclarées positives et moins de 500 notifications ont été envoyées à de potentiels cas contacts via StopCovid. [5].

Comment s'explique cette  divergence et que peut-on attendre pour le nouveau outil TousAntiCovid ? 

Rappel du fonctionnement de l'outil

"Lorsque deux téléphones se croisent pendant au moins deux minutes à moins d'un mètre, chacun enregistre l'autre dans l'historique de son application de manière cryptée. Cela permet rétrospectivement que, lorsqu'une personne se déclare positive dans l'application, l'ensemble des utilisateurs de StopCovid qu'elle a croisé soit prévenu. [...] Quand une personne est testé positive, elle reçoit un code à usage unique avec son résultat de test. Si elle le souhaite, elle peut alors utiliser ce code pour signaler dans l'application qu'elle est malade. Les personnes alertées par l'application seront invitées à consulter leur médecin traitant. (...]

La technologie utilisée est celle du Bluetooth en évitant de recourir à des technologies utilisant la géolocalisation des personnes" [12]. 

Toutes les applications Anti-Covid européennes fonctionnent selon ce mode de fonctionnement et il en est  de même pour l'outil TousAntiCovid, qui n'est rien d'autre qu'une mise à jour de l'application StopCovid, enrichie par l'accès à des informations factuelles et sanitaires sur l'épidémie. [4] 

La protection de la vie privée

En Europe, le respect de la vie privée et la protection des données est  un sujet de société important, ayant conduit au  "règlement général de protection des données" (RGPD) en 2018. 

Suite à la décision de la RGPD, l'utilisation de la géolocalisation dans le but de surveiller la propagation de la Covid-19 a été interdite, afin d'assurer "le droit des personnes à leur vie privée, pas seulement pour respecter l'État de droit, mais aussi parce que c'est un gage de confiance, sans lequel les utilisateurs potentiels de ces technologies seront peu disposés à les adopter."[13]

En France, La CNIL a à plusieurs reprises appelé à la vigilance et imposé des exigences supplémentaires au dispositif  "StopCovid", ce qui reflète l'importance que les Français accordent au sujet du respect de leur vie privée.  [1], [15]

Le contexte sanitaire et politique

Alors que les Français venaient de faire l'expérience inédite de la crise sanitaire de la "première vague" avec un pic sanitaire de plus de 7000 personnes en réanimation pour cause de Covid-19 de, atteint le 08 avril, la situation s'est ensuite continuellement améliorée.

Le jour du lancement de l'application StopCovid, le 02 juin, seulement 1253 personnes étaient encore hospitalisées en réanimation. Heureusement, le déconfinement, survenu deux semaines auparavant, n'avait pas non plus fait partir ces chiffres vers la hausse. [6]

Or, «Dans un contexte où la prévalence de l'épidémie décroît très vite, l'incitation des gens à installer l'application est limitée», a reconnu le secrétaire d'Etat au numérique.[16]

En revanche, la nouvelle version TousAntiCovid a été introduite  au moment où la deuxième vague de contamination submergeait l'Europe, à une semaine du deuxième confinement. Associée à ce contexte sanitaire "favorable", l'introduction de TousAntiCovid a bénéficié d'une communication réussie, résultant en deux pics de téléchargements importants (voir image ci-dessous).


Evolution des nouveaux utilisateurs de StopCovid/ TousAnticovid dans le context sanitaire
( graphique élaboré en superposant les données épidémiologiques [6] et les données métriques de l'outil de traçage[21])
                         
  • Le premier pic observé, autour du 22-23 octobre est consécutif à l'intervention, le 21 octobre, de Jean Castex et de Cédric O, lors d'une conférence de presse. C'est à ce moment-là que la nouvelle version a été annoncée. D'un coup, l'application a enregistré 919 637 téléchargements en deux jours. 
  • Le second pic observé, autour du 29-30 octobre est consécutif à l'allocution du chef de l'État, le 28 octobre et la conférence de presse de Jean Castex le lendemain durant lesquelles TousAntiCovid est de nouveau évoquée. En deux jours, l'application a été téléchargée près de 1 700 000 fois [...]

Ces deux pics ont permis de cumuler près de 3 millions de téléchargements en l'espace de cinq jours, qui s'ajoutent aux 2,5 millions de téléchargements "hérités" de StopCovid . [11]

En date du 14 novembre, environ 8,5 millions de téléchargements ont été réalisés et 500 personnes/jour sont notifiées contact.  


Evolution des personnes se déclarant contact, des cas notifiés et du nombre total d'utilisateurs
  ( graphique élaboré basé sur les données métriques de l'outil de traçage[21])

En conclusion: TousAntiCovid rencontre plus de succès que sa première version, StopCovid, mais ce n'est pas encore suffisant. L'objectif est d'atteindre 15 millions de téléchargements d'ici début décembre, date prévue du déconfinement. A titre comparatif, vingt millions de Britanniques ont à ce jour téléchargé et installé leur application à 22 [...] et 22 millions d'Allemands. [17]

La disponibilité des nouvelles fonctions telles que la possibilité de générer des attestations numériques améliorées [18] ou prochainement un carnet de rappel numérique [19] offrent une plus grande ergonomie et sécurité [10], ce qui devrait inciter davantage les Français à utiliser l'application .

La désinformation sur la Covid-19

La crise sanitaire a conduit à l'émergence d'un raz-de-marée de désinformation, qui se propage presque aussi vite que le virus, parmi lesquels un grand nombre mettent en cause la gravité de la la crise sanitaire, voire son existence, et par conséquence les moyens mis en oeuvre pour y faire face. Il est évident, que cette désinformation a eu un impact négatif sur le taux d'utilisation de l'application de traçage de la Covid-19. [20]

Afin de démanteler ces fausses informations, et dans le but de favoriser l'éducation au médias, l'AFP  a lancé dès le début de la pandémie un partenariat inédit avec Facebook France, avec une campagne de vidéos sur les fausses informations au sujet du Covid-19, disponibles sur son son site factuel.afp.com.  Le succès de cette campagne s'est traduit par une augmentation de l'audience du site de 900% au moment du pic de la première vague [7] et actuellement, au moment de la deuxième vague, les nouvelles fausses informations n'arrêtent pas d'affluer. Un bel exemple de l'utilité du fact-checking en cette période de crise sanitaire. 

Bibliographie

[1] SOW, Mamadou.Covid-19: concilier la surveillance et la protection de la vie privée. CNAM. Universblog.19/05/2020 [consulté le 09/11/2020] http://bloguniversdoc.blogspot.com/2020/05/covid-19-concilier-la-surveillance-et.html

[2] LESAVRE, Marie: TousAntiCovid: 4,2 millions de téléchargements en France. AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.27/10/2020  [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/tousanticovid-42-millions-de-telechargement-en-france-85257>

[3] LESAVRE, Marie: L'application TousAntiCovis à nouveau fonctionnelle après une saturation.AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.23/10/2020  [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/lapplication-tousanticovid-a-nouveau-fonctionnelle-apres-une-saturation-85073/>

[4]  NATHAN, Michael: Covid-19.Gouvernement Français. Portail d'information [consulté le 09/11/2020]< https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/tousanticovid>

[5] LESAVRE, Marie: TousAntiCovid: 4,2 millions de téléchargements en France. AFP. Les Techniques de l'IngénCovid-19: « Tous anti-Covid », nouvelle application de traçage du gouvernement (Macron). AFP. Les Techniques de l'Ingénieur.27/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www-techniques-ingenieur-fr.proxybib-pp.cnam.fr/actualite/breves-afp/covid-19-tous-anti-covid-nouvelle-application-de-tracage-du-gouvernement-macron-84832/>

[6] LUCCHESI, Laure: synthèse-fra. données relative à l'épidémie de Covid-19 en France. Gouvernement Français.MAJ 14/11/2020 [consulté le 14/11/2020]<https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/donnees-relatives-a-lepidemie-de-covid-19-en-france-vue-densemble/#>

[7] FRIES, Fabrice: Covid-19! L'AFP lance une initiative avec Facebook en France L'AFP sur tous les fronts de lutte contre les fausses informations.AFP. 16/04/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www.afp.com/fr/lagence/communiques-de-presse/covid-19-lafp-lance-une-initiative-avec-facebook-en-France>

[8] FRIES, Fabrice: Les hôpitaux "pas débordés" car les chiffres sur les lits de réanimation sont une "superchérie"?.AFP Factuel.31/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://factuel.afp.com/covid-19-les-reanimations-ne-sont-pas-debordees-faux>

[9] GRABLY, Raphaël: Plus de 500,000 Personnes ont installé Tousanticovid en 24 heures. BFM Business. 23/10/2020 [consulté le 09/11/2020]  <https://www.bfmtv.com/tech/plus-de-500-000-personnes-ont-installe-tous-anti-covid-depuis-hier_AN-202010230128.html>

[10] TRUJILO, Elsa: Carnets de rappel: ce que les restaurateurs peuvent faire (ou non) de vos données. BFM Business.06/10/2020 [consulté le 09/11/2020]<https://www.bfmtv.com/tech/carnets-de-rappel-ce-que-les-restaurateurs-peuvent-faire-ou-non-de-vos-donnees_AN-202010060229.html>

[11] DEMAGNY, Xavier, FLOCHEL, Claire: TousAntiCovid: les chiffres montrent "l'effet Macron" sur les téléchargements. France Inter.10/11/2020  [consulté le 10/11/2020]<https://www.franceinter.fr/tousanticovid-les-chiffres-montent-l-effet-macron-sur-les-telechargements>

[12] NATHAN, Michael: A propos de StopCovid/Comment cela fonctionne-t'il ?. Gouvernement Français [consulté le 09/11/2020]  <https://www.economie.gouv.fr/stopcovid-faq>

[13] UNTERSINGER, Martin: Coronavirus « Les applications de “contact tracking“ appellent la vigilance particulière ». Le Monde. Publié le 07/04/2020.[Consulté le 01/05/2020] <https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/05/coronavirus-les-applications-de-contact-tracing-appellent-a-une-vigilance-particuliere_6035639_4408996.html>

[14] DENIS, Marie-Laure: "TousAntiCovid": La CNIL revient sur l'évolution de l'application "StopCovid".CNIL. Publié le 23/10/2020 [consulté le 09/11/2020] <https://www.cnil.fr/fr/tousanticovid-la-cnil-revient-sur-levolution-de-lapplication-stopcovid>

[15] VERGARA, Ingrid:  Application StopCovid: la Cnil clôture la mise en demeure du ministère de la Santé.Le Figaro. Publié le 20/07/2020, MAJ le 04/09/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/application-stopcovid-la-cnil-met-en-demeure-le-ministere-de-la-sante-20200720>

[16] :  FEUILLEE, Marc: Stopcovid: 1,5 million de téléchargements et "une poignée de notifications, selon Cédric O. Le Figaro. Publié le 11/06/2020 [Consulté le 09/11/2020]< https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/stopcovid-1-5-million-de-telechargements-et-une-poignee-de-notifications-selon-cedric-o-20200611>

[17] BEMBARON, Elsa: TousantiCovid vise les 15 Mio de téléchargements. Le Figaro. Publié le 03/11/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/tousanticovid-vise-les-15-millions-de-telechargements-20201103

[18] BECHADE, Corentin: Comment Générer son attestation de sortie sur TousantiCovid. Les Numériques. Publié le 03/11/2020 [Consulté le 09/11/2020]<https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/comment-generer-son-attestation-de-sortie-sur-tousanticovid-n156493.html>

[19] KAHN, Samuel: Quels nouveautés pour la nouvelle application de Traçage Tousanticovid?.Le Figaro. Publié le 22/10/2020 [Consulté le 09/11/2020] <https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/quelles-nouveautes-pour-la-nouvelle-application-de-tracage-francaise-tousanticovid-20201022>

[20]MAFFRE, Bernard: https://www.lindependant.fr/2020/06/09/fake-news-non-le-gouvernement-ninstalle-pas-en-douce-lapplication-stopcovid-sur-les-smartphones,8924101.php

[21] QUEST, Christian: ficher tac-metriques.csv (Métriques d'utilisation de l'application TousAntiCovid. Gouvernement Français. Publié e 13/10/2020, MAJ le 15/10/2020 [Consulté le 16/10/2020]<https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/metriques-dutilisation-de-lapplication-tousanticovid/>

samedi 13 avril 2019

Le “travail du clic” : volontaire, gratuit... et motivé par la nostalgie

Les facettes de l’usage des réseaux sociaux sont multiples ; si les plateformes profitent de la participation des utilisateurs, cela n'est pas sans contrepartie. La création de comptes de commémoration permet aux personnes en deuil de saluer la mémoire de leurs proches décédés. 

"Ce jour-là" est une fonctionnalité de Facebook qui propose à l’usager des publications datées de l’année dernière, voire 10 ans auparavant, pour republication dans son fil d'actualité. Si les réseaux sociaux nous incitent à la participation constante, à la création du buzz avec le partage de contenu d’actualité, quelle est la valeur de ces "données du passé" ? La nostalgie provoquée par ces souvenirs nous enjoint à l'action : reconnecter, republier, repartager... Le but, observe Bruno Salgues, est d'inciter l'internaute à travailler volontairement et gratuitement pour les plateformes. [1] 

Par exemple, ajouter des hashtags à des photos de vacances crée des informations qui peuvent "être vendues à des régies publicitaires ou, mieux, être utilisées pour calibrer des intelligences artificielles qui proposent automatiquement de prochains séjours aux vacanciers". Les chercheurs Antonio Casilli et Paola Tubaro nomment cette production de données le “travail du clic”. La notion de vie privée est devenue une négociation, un échange de comportements et d’informations, et ce travail fait par les usagers est indispensable pour le modèle économique des plateformes. [2

Les pratiques de production de données par nous, autour de nous et à propos de nous ont un impact même dans la manière de faire le deuil aujourd'hui : après la mort physique, les identités numériques demeurent et parfois évoluent, transformées en "comptes de commémoration" gérés par un "contact légataire" [3]. Facebook a 2,3 milliards d'utilisateurs, et ses comptes de commémoration sont consultés par 30 millions de personnes chaque mois [4]. La chercheuse Jo Bell étudie l’appropriation de ces espaces, qui permettent l’expression des sentiments autour de la perte et réduisent l’isolement [3]. Et conclut : "les gens ne meurent plus comme avant". 


Sources

[1] SALGUES, Bruno. Comment les réseaux sociaux font commerce de la nostalgie. The Conversation [en ligne], 3/4/2019. Disponible en ligne [Consulté le 8/4/2019] : < https://theconversation.com/comment-les-reseaux-sociaux-font-commerce-de-la-nostalgie-112456 >
 
[2] CASILLI, Antonio, TUBARO, Paola. Notre vie privée, un concept négociable. Casilli.fr [en ligne], 22/1/2018. Disponible en ligne [Consulté le 8/4/2019] : < http://www.casilli.fr/2018/01/22/la-vie-privee-et-les-travailleurs-de-la-donnee-le-monde-22-janv-2018/ >  

[3] BELL, Jo. Comment Internet change la manière de faire son deuil. The Conversation [en ligne], 27/8/2018. Disponible en ligne [Consulté le 8/4/2019] : < https://theconversation.com/comment-internet-change-la-maniere-de-faire-son-deuil-101908 >  

[4] Facebook veut mieux prendre en compte le décès d’un utilisateur. Le Parisien, 10/4/2019. Disponible en ligne [Consulté le 10/4/2019] : < http://www.leparisien.fr/high-tech/facebook-veut-mieux-prendre-en-compte-le-deces-d-un-utilisateur-10-04-2019-8050014.php > 
 


lundi 17 décembre 2018

Les Français et leur smartphone : de la fusion à la "digital detox"

Alors que le Baromètre du numérique 2018 annonce que le smartphone est devenu l'outil le plus utilisé pour se connecter à Internet, de nombreuses études pointent du doigt les effets parfois délétères de l'ultra-connexion. Les Français eux-mêmes sont conscients de ce glissement insidieux qui transforme l'outil pratique en objet fusionnel, parfois au détriment de leurs capacités cognitives voire de leur vie intime. Réponse à ce phénomène : certains mènent des "digital detox" ou déconnexions volontaires afin de reprendre le contrôle sur les technologies... et sur leur quotidien. 

Le smartphone : l'outil de prédilection pour surfer sur Internet


Début décembre, le Baromètre du numérique 2018 a publié ses résultats. Cette étude annuelle menée par le CREDOC pour le compte de l'Arcep, du Conseil Général de l'Économie et de la Mission Société numérique fait le point sur les usages des Français en matière de TIC [1]. D'après Mounir Mahjoubi, Secrétaire d'État au numérique, il s'agit de "[prendre] le pouls de notre société face aux évolutions technologiques"[2].

Parmi les grands enseignements de l'étude, le fait que le smartphone est devenu l'outil de prédilection des Français pour surfer. 46% de la population préfère l'utiliser pour se connecter à Internet : c'est 4 points de plus par rapport à 2017 et c'est davantage que l'ordinateur qui n'est préféré que par 35% des répondants.

Cette évolution des usages s'explique en partie par une meilleure couverture du réseau 4G : 61% des détenteurs de téléphone portable l'utilisent en 2018 alors qu'ils étaient seulement 42% en 2016.

Photo libre de droit

Dans le même temps, les Français estiment qu'ils passent trop de temps sur leur téléphone


L'hebdomadaire Télérama a récemment réalisé un dossier au titre provocateur : "L'abus de smartphone rend-il idiot ?". Le magazine y évoque notamment, sur la base de données Ifop, que 42% des utilisateurs de smartphone se sentent "dépendants" de cet objet. Sentiment qui illustre ce que les anglo-saxons appellent le FOMO (Fear or Missing Out) ou, autrement, la peur de rater quelque chose [3]. 

Cette peur entraîne une consultation répétée de nos écrans : d'après une récente étude du cabinet Deloitte, les Français consultent leur téléphone en moyenne 26 fois dans la journée. C'est encore plus chez les 18-24 ans avec 50 consultations par jour en moyenne [4].

Cette consultation réflexe de nos écrans n'est pas neutre pour nos capacités cognitives. D'après l'endocrinologue américain Robert Lustig, nous mettons en moyenne 23 minutes après avoir consulté notre smartphone pour être de nouveau concentré à notre tâche [3]. En consultant à répétition nos écrans, nous finissons par ne plus être totalement présents à notre activité.

L'Observatoire Bouygues Télécom 2018 confirme cette déconnexion difficile y compris dans notre vie privée : 42% des répondants restent connectés en présence de leurs amis (69% chez les 15-25 ans) et 26% le restent même pendant les repas de famille (41% chez les 15-25 ans) [5].

Pourtant, même non-utilisé, la simple présence sur la table d'un téléphone altère la qualité d'une discussion, et en particulier de la capacité d'empathie. Un phénomène que les chercheurs surnomment le "iPhone effect" [6].

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Se déconnecter volontairement ou la "digital detox"


Pour se protéger du caractère invasif des nouvelles technologies voire se préserver de leurs propres mauvaises habitudes, de plus en plus d'individus entament une "digital detox". Le but est de se déconnecter volontairement afin de reprendre le contrôle.

Le projet Devotic (ou Déconnexion volontaire aux TIC), animé par le sociologue Francis Jaureguiberry, a enquêté auprès des populations les plus exposées à une utilisation intensive des TIC. Il explique : "Si ces technologies sont en effet synonymes d'immédiateté, de sécurité, d'ouverture et d'évasion, elles le sont aussi d'informations non désirées, d'appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions, de contrôles et de surveillance non autorisés" [7].

L'étude a révélé que cette déconnexion est rarement totale (elle peut en effet être difficile à mettre en oeuvre dans un cadre professionnel) et très souvent temporaire, mais elle permet d'avoir un usage plus conscient et raisonné des outils de communication et donc moins subi

D'après Francis Jaureguiberry, cette déconnexion est "parfaitement révélatrice de la figure de l'homme hypermoderne qui ne se contente pas du sens du mouvement moderne mais l'interroge au contraire par une réflexivité accrue sur ses choix". 


Sources :


[1] Arcep, Conseil Général de l'Économie, de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies, Mission Société numérique. Baromètre du numérique 2018 [Infographie en ligne]. 03 décembre 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[2] Sécrétariat d'État au numérique. Baromètre du numérique 2018 [Dossier de presse en ligne]. 03 décembre 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[3] Télérama : L'abus de smartphone rend-t-il idiot ? N°3594 du 1er au 07 décembre 2018. 

[4] Deloitte. Usages mobiles [Étude en ligne]. 2016 [consulté le 17 décembre 1986] 

[5] Bouygues Telecom. Observatoire Bouygues Telecom des pratiques numériques des Français. 1ère édition, février 2018 [consulté le 17 décembre 1986] 

[6] MISRA Shalini, CHENG Lulu, GENEVIE Jamie, YUAN Miao. The iPhone effect : the quality of in-person social interactions in the presence of mobile devices. Environment and behavior. 1er juillet 2014 [consulté le 17 décembre 1986]

[7] JAUREGUIBERRY Francis. Déconnexion volontaire aux technologies de l'information et de la communication. 7 janvier 2014 [consulté le 17 décembre 1986] 

lundi 12 novembre 2018

Wikipedia : bleu pour les filles, rose pour les garçons

Garçons trop confiants, fille plus défiantes. Et si le genre donnait le ton  de la recherche documentaire sur Wikipédia ?

A l'heure où le CDI, la bibliothèque sont parfois peu fréquentés en raison d'horaires inadaptés, voire d'espace d'accueil peu convivial, l'encyclopédie collaborative, est à la fois un outil de recherches validé auquel on accorde une confiance épistémique mais dont la réputation reste parfois controversée. La défiance vient surtout des filles, évaluatrices plus prudentes et sensibles aux risques informationnels. Voilà ce que démontre une étude réalisée d'après un questionnaire soumis à 841 élèves âgés de 11 à 25 ans. A tout âge et tout niveau d'études, les filles ont une foi moindre que les garçons dans ce support, idem pour l'information issue des blogs et réseaux sociaux. Elles sont aussi plus sensibles aux jugements négatifs d'autrui sur Wikipédia. Un point d'accord toutefois :  les deux parties ont l'impression de capter le même niveau de connaissance informationnelle. Des tendances générales que ce chercheur de l'Université de Toulouse 2 souhaiteraient bien mettre à profit pour ouvrir le débat  sur les enjeux et modalités d'une personnalisation de l'éducation aux médias et à l'information. Car même si la jeunesse n'est pas une catégorie homogène, le genre constitue bien une variable ayant des effets sur les représentations d'une source d'information prisée par tous ceux qui étudient.

Source :

Gilles Sahut, Les jeunes et Wikipédia : un rapport genré ?, LERASS-Laboratoire d'Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales https://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_01916490v1

mardi 23 janvier 2018

L’UX (User eXperience) design dans les bibliothèques



Useful, usable, desirable est un ouvrage publié par l’American Library Association (ALA) en 2014. Une équipe de bibliothécaires français d’horizons multiples (BU d’Angers, de Lyon, Clermont-Ferrand, Tours, BPI, ABES …) a décidé de le traduire bénévolement, estimant que ce livre en valait la peine. L’ENSSIB a emboîté le pas, en le publiant dans la collection « La Numérique » en octobre 2016. La recension faite en 2017 par le conservateur Pierre-Yves Cachard pour BBF donne le ton [1] : il s’agit d’un « véritable manifeste de l’expérience utilisateur appliquée aux bibliothèques ». Ainsi, en accès libre et gratuit sur internet sous format PDF, ce livre de 258 pages se lit facilement et rengorge d’idées nouvelles sur le design de service [2]. Qu’est-ce que peut bien être le « design de service » dans une bibliothèque, associé à l'expérience utilisateurs-trices ? L'exemple de design thinking dans la bibliothèque de Bayeux ("la future médiathèque de Bayeux intercom") mené par son directeur Nicolas Beudon (@Mr_Kochka) est un fil conducteur dans cette présentation [3].




 "Avez-vous déjà vécu un délicieux dîner dans un bon restaurant gâché par un serveur désagréable ? Ou, en avion, un problème de vol rattrapé par une hôtesse ou un steward adorable qui a tout fait pour être sûr que vous étiez bien ? " Ces deux exemples servent de manière quelque peu déconcertante à illustrer une expérience utilisateur réussie dans ... une bibliothèque ! Pour l'usager d'une bibliothèque et plus exactement le lecteur, le "design de service" lui permet une utilisation optimale de son lieu de lecture. Pourquoi, comment ? Les deux auteurs Amanda Etches et Aaron Schmidt, donnent quelques recettes qu'il s'agit ensuite d'appliquer ou qui peuvent servir de sources d'inspiration aux bibliothécaires mais aussi finalement, à tous les gestionnaires du traitement de l'information.

"Avant d’opérer le moindre changement dans votre offre de services qui réponde à l’objectif d’être plus centré sur l’utilisateur, mieux vaut d’abord jouer la carte de l’évaluation. On ne dira jamais assez que, pour développer des services réellement adaptés aux attentes du public, il faut commencer par bien comprendre les besoins des individus. » Ainsi, il faut interroger ses lecteurs/ses utilisateurs et se mettre à leur place. Une démarche qui peut apparaître comme commerciale mais qui peut aussi permettre aux professionnels d'interroger leur propre métier, méthodes, appréhension des usagers dans une perspective de changement mais aussi d'apprentissage mutualisé. 12 techniques pour analyser les usages sont prescrites dans ce livre au chapitre 2.

D'autres éléments importants voire fondamentaux s'égrainent dans les chapitres suivants de cet ouvrage "utile" comme : la recherche sur catalogue, la réponse aux questions des usagers, l'utilisation du logo, l'écriture spécifique au web ou encore la page d'accueil d'une bibliothèque (point d'entrée pour les non lecteurs...) et les fameux "points de contact". Le tout place le lecteur au coeur de toute démarche de travail et de toute interrogation qui en découle. Pour cela, la notion de "points de contact" est centrale : "plus vous optimiserez de points de contact, meilleure sera l’expérience globale des utilisateurs de votre bibliothèque." Qu'est-ce qu'un point de contact ? 

Il s'agit de l'ensemble des interactions entre la bibliothèque et ses utilisateurs : accueil physique, virtuel, téléphonique, signalétique dans la bibliothèque, le mobilier, l'aménagement, les actions culturelles ... la liste peut s'allonger. Ces contacts utilisateurs sont au centre des questions à se poser pour améliorer tout espace public et particulièrement les bibliothèques qui doivent donner avant tout, envie de lire. Le design UX est celui du choix de la simplicité d'utilisation appliqué par exemple au catalogue de recherches.

 "L'importance de la recherche catalogue sur le site web de la bibliothèque et la difficulté pour l’améliorer sont une véritable épine dans le pied pour tout bibliothécaire qui veut améliorer l’expérience de ses utilisateurs." Ce postulat semble évident. Pris à la lettre, il permettrait d'améliorer nombre de catalogues de recherche, en pensant aux non-professionnels c'est-à-dire à l'ensemble des lecteurs-trices! D'autres conseils sont donnés dans cet ouvrage. Ainsi en est-il, de ce que l'on pourrait nommer l'écriture web. Les auteurs préconisent de prendre en compte les habitudes de lecture en ligne des internautes : aller vite pour obtenir une information précise. Pour cela : éviter le jargon, créer un fil d'Ariane, placer le contact dans le pied de page, ne mettre que des photos utiles, considérer les titres comme orientant le regard et donc les choisir le plus précisément possible. De même, l'utilisation maximale du logo de la bibliothèque : le logo doit servir à revenir à la page d'accueil. Il se place toujours en haut et à gauche : le lecteur navigue ainsi sur le site avec une boussole ! Ces conseils de bon aloi permettent de penser la page d'accueil de la bibliothèque comme le portail d'entrée principal aux livres et à la lecture. Elle doit donc être aérée, sans phrase, avec de multiples points de contact sans oublier les accès aux réseaux sociaux tout en considérant la recherche de documents comme son objet principal d'action. 

Finalement penser le "design de service" revient à aménager des lieux ou des espaces virtuels où l'on se sente bien et où l'on souhaite revenir à partir de l'expérience du lecteur/utilisateur. L'ouvrage d'Amanda Etches et Aaron Schmidt nous y invite.

 



[1] ETCHES, Amanda et SCHMIDT, Aaron. « Utile, utilisable, désirable ». Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2016, n° 11, p. 189-191. Disponible en ligne : <http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2017-11-0189-002>. ISSN 1292-8399.
[2] ETCHES, Amanda  et SCHMIDT, Aaron. Utile, utilisable, désirable, Redessiner les bibliothèques pour leurs utilisateurs. Lyon : Presses de l'enssib : 2017. 258 pages. Collection "La Numérique". Disponible en ligne <http://www.enssib.fr/sites/www/files/documents/presses-enssib/La-numerique/Etches-Schmidt_Utile-utilisable-desirable.pdf>. ISBN PDF : 978-2-37546-004-7.
[3] MEUDON, Nicolas. Le  Design Thinking dans le #ProjetBayeux. Blog Le Recueil Factice, Nicolas Meudon : <http://lrf-blog.com/>. Consultable en ligne : <http://lrf-blog.com/2017/11/25/dtbayeux/#more-3868>. Consulté le 1er février 2018.